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Full text of "Les propos de table de M. Luther"

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PROPOS DE TABLE 



DR 



MARTIN LUTHER. 



ASTOl^ Ni:V.-YOilK 



INTRODUCTION. 



La vie de Luther, envisagée sous le point de vue catholique 
ou protestant, a été éaite maintes et maintes fois : nous n'a • 
vons point l'intention de raconter de nouveau Thistob'e de ce 
réformateur célèbre ; il occupe incontestablement une des 
premières places dans les annales des quatre derniers siècles ; 
sa fougueuse et puissante parole n'a-t-elle pas secoué l'Europe 
jusque dans ses fondements? 

Quel que soit le jugement porté sur ce grand agitateur du 
seizième siècle, il faut reconnaître en lui, ainsi que l'a heu- 
reusement exprimé certain de ses biographes, un homme qui 
a été homme à la plus haute puissance , un homme complet 
de pensée et d'action. Nul, depuis une longue série de généra 
tioDS, n'a rempli, dans les annales de l'esprit humain, un rôle 
aussi important. 

Luther s'est lui-même dépeint dans l'immense collection 
de ses œuvres ; on possède encore sa volumineuse correspon- 
dance. Mais il existe , en outre , un livre qui nous introduit 
dans rintérieur de son ménage, qui nous fait asseoir auprès 
de son foyer domestique : à l'aide de ce livre nous pouvons, 
après avoir suivi à la promenade le docteur de Wittemberg , 
le voir auprès de ses enfants et de sa femme ; nous nous met- 
tons à table avec lui et avec ses amis ; il discute , il prie, il 
s'emporte, il rit, et pas une syllabe tombée de sa bouche ne 
nous échappe. 

Les paroles de Luther ont été saisies par des disciples trop 
empressés , leur zèle n'a pas toujours été selon la science. Le 



6 INTBODUCTION. 

grave, le trivial, l'insignifiant, ils prenaient tout ; ils étaient 
là, tablettes en main , lorsque leur maître quittait ou repre 
nait la plume ; par-dessus son épaule , ils venaient lire ses 
lettres ; une exclamation de tristesse ou de joie venait-elle à lui 
ccbapper, aussitôt elle était recueillie. Ce que le docteur Martin , 
pensant tout haut, se disait à lui-même, ils Tout entendu * . 
Il ne pouvait parler dans son lit, dans son sommeil, sans ren- 
contrer un écho. U était épié jusqu'en ses moindres gestes. 
Les secrets les plus murés de la vie privée, les arcanes du 
loyer étaient enregistrés avec édification. 

« Un homme observé et suivi de si près », observe fort jti- 
dicieusement M. Michelet, « a dû, à chaque instant, laisser 
« tomber des mots qu'il eût voulu ravoir. Plus tard les luthé- 
« riens y ont eu regTet. Ils auraient bien voulu rayer telle 
« ligne, arracher telle page. Quod scriptum est scriptum 
« est*.» 

Il ne saurait s'élever aucun doute sur l'authenticité des pa- 
roles de Luther, telles que les ont rapportées les compilatcuis 
des Propos de table {Tischreden). Témoins auriculaires, pé- 

' Voici uno anecdote que raconte W. Ziaegreff, et qui montre avec quel 
soin était recueillie la moindre dés paroles qui passaient par les lèvres de 
Luther. A la suite d'une longue conversation où il s'était montre tout aussi 
animé, tout aussi joyeux que de coutume, il aperçut un étudiant, assis à 
une table voisine, prenant note de ses propos et les enregistrant sur un 
carnet. Luther s'avance vers lui, Fans lui laisser le temps de fermer le li- 
vre ; il jette à la figure du scribe une poignée de gruau : « Tiens, dit-il en 
riant, tu peux aussi y mettre cela.» 

' Quelques théologiens de la Germanie ont refusé, mais sans alléguer de 
preuve?, de reconnaître dans \ei Propos de lable l'expression de la pen- 
sée de Luther; consultez notamment Amman de Polansdorf [Syntagma 
iheologlœ chritiianœ, 1, 292), Gisbert Voet {Seleciœ disput. iheoiog., 1, 
997), Jean Gerhard, Exeges. articulor, de Scripttira sacra, p. 51), J. 
A. Scherlzer (Breviar. iheolog., p. 576), Osiander, L. Ilutter, Zeamann, 
et plUiiieurs autres qu'il serait sans intérêt de nommer. Seckendorf, dans 
son Uisloria Lulherana (lib. m, p. 634), qualifie l'ouvrage qui nous 
occupe de librum minus caule eomposUum aul vutgatum. Heumann 
(Pœcil., t. II> p. 6) reste convaincu que Luther n'aurait jamais pe/mis que 
l'on itnprlhiât sous son nom tout ee qu'il gisait dans l'intimité. « Se^« 



IIVTRObtCTIOK. T 

nétrés du r^pect le plus profond pour celui qu'ils nomment 
sans cesse le vénérable homme 'de Dieu, ik avaient cru com- 
mettre un sacrilège en supprimant une seule phrase soiiie de 
la bouche de leur maître , en la modifiant , en y ajoutant. 
L'orade avait parlé ; ils mettaient leur orgueil et leur gloire 
k ti-anserire fidèlement ses décisions. 

Nous dirons tout à l'heure avec quelle rapidité se succ^ 
dèrent les éditions des Tisehreden ; l'Allemagne protestante 
les lut avec le plus vif empressement , elle ne put s'en ras- 
sasier. Lors de leur apparition , nulle voix ne réclama contre 
leur authenticité. 

Cet ouvrage si curieux n'est guère connu que de nom ; l'é- 
dition latine ne se trouve nulle part dans le commerce, et il 
est douteux qu'il y en ait quatre exemplaires en France ; les 
anciennes éditions allemandes sont également devenues d'une 
rareté excessive, et pour les bien comprendre, il faut que les 
personnes, même les mieux versées dans la connaissance de 
l'idiome germanique , aient fait une étude particulière de ce 
style yieilli, familier, traitant habituellement d'objets dont 
s'écaitent les études contemporaines. 

M. Michelet, dans le travail remarquable auquel il a donné 
le titre de Mémoires de Luther (1835, 2 vol. in-8®) , a fait 
passer dans notre langue un certain nombre des Propos de 
tahh 9 mais il entrait dans son plan de se borner à quelques 



quidqidd in buccam venit loquUur. Âurifaber auiem Luiherum hnbebai 
pro oraculo quodam, alque eiîam spttta ejus omnia putabal esse lin- 
genda, » Christophe Berold a dit de même (et nous sommes de son avis) 
que Ltither n'eut jamais rinteiition de publier des propos échappés 
dans une deni-ÎTrcsse et en des lieux od l'on peut tout le permettre, 
tout si ce n'est de montrer de la piété. Vbi omnia cum liceant, non 
licet esse pUan. Un pasteur hollandais: , J. Verheydcn, observait qu'il 
eût été A désirer que les Propos de table n'eussent jamais vu le jour , 
parce qu'il s'y trouvait beaucoup de choses qui excédaient la licence 
accordée même aux biiseursde comédies. Plurima quœ piœ casiiga- 
tctgue aures etlani in ludis atque iheatHs comicorum non ferrent. 






8 I!STRODUCTiON« 

fragments de peu d'étendue. Jusqu'ici c'était à 1 aide de ces 
lambeaux (choisis d'ailleurs avec pénétration , avec un tact 
digne de l'éloquent auteur déV Histoire de France), c'était en 
consultant quelques pages de cette vigoureuse attaque contre le 
moine saxon, que M. Audin a intitulée Histoire de la F'ie 
ei des Ecrits de Luther , que le public français a pu se 
former quelque idée d'un livre dont il n'y avait pas de 
modèles , dont il n'y a eu que des imitations incomplètes, et 
qui, mieux que personne, vient nous dévoiler tous les secrets 
de bonhomie et de dureté, de foi et de doute, d'égoîsme et 
de dévouement, d'originalité et de bizarrerie, d'enthousiasme 
et de prostration, de bon sens et de superstition, d'éloquence 
et de trivialité, de grandeur et de petitesse du père de la ré- 
forme. On retrouvera ses défauts et ses qualités dans l'ouvrage 
que nous avons essayé de traduire ; il se monti'era derechef 
avec cette imagination rapide qui lui servit à remuer les 
masses; ayant d'ailleurs, comme tout controversiste, l'habi- 
tude de se vanter et le besoin de prodiguer à ses adversaires 
les plus virulentes injures ; intolérant, fougueux, toujours prêt 
à s'exalter , tombant aussi par moments dans l'abattement , 
et doue de poumons de fer. Visitez-le tant qu'il a le verre à 
la main, écoutez aux portes ; yous le trouverez parfois éloquent 
et touchant; parfois vous lui entendrez dire les choses les plus 
éti'anges: après avoir effrayé ^es auditeurs en leur faisant'des 
contes de sorciers , après leur avoir dépeint le diable rôdant 
sans cesse autour d'eux , il leur débite des contes grivois que 
saluent les plus bruyants éclats de rire. 

I..es discussions théologiques tenaient une grande place dans 
sa convei'sation, c'est tout simple ; mais il était également né- 
cessaire pour nous de laisser de côté tant de pages consa- 
crées aux abstruses questions du libre arbiti'e , de l'inamissi- 
bilité de la justice, de la volonté divine et de la prédestination. 

Aucun lecteur catholique ne devra se scandaliser de voir 



WTBOBITGTtOlf. % 

lesdcdamalioas auxquelles se livre Luthei* chaque ibis que le 
mdt de Rome sort de sa bouche ; seuls au oMiade ^ q ue l qu e s 
luéthodktes anglais yont encore affirmant qUe k pape et 
Tantechrist c'est toiit un. De nos fours , il est peut-être en 
Enn^ quelques habitations souveraines on ftim e ntea t des 
vues de ^idité et d'ambition capables d'agiter les peuples, 
mats ce n'bst pas ata VaticaÉ. Les jours d'AIexandrt VI et de 
Léon X sont passés pour ne plus reyem'r. 

Arrivons à quelques détails assea peu connus et ilcoenaircb 
sur les diverses éditions des Tisehreden. 

Ce fut Jean Aurifàber qui^ le premier^ rédigea les Pr(ipo9 
de tahie^ en se servant des notes prises par les norameUsani rt 
les amis les plus intinles de Luther ; il désigne spécialement 
Antoine I^autn-bach > Vett DÛetrith ^ Jérôme BesoMi ^ Jean 
ScblagenhaufTen, Jean Mathesius, George Rorer, J^an Stols 
et JacqUte Wèber '. L'uA de ces personuàgcsy JeaiiMatfaesitis, 
dit en eilet^ dans son dourième sermon sur l'histoire de 
Luther (p. ISI], que, admis efi 1540 à la table du docteur 
Martin y il avait noté avec soin tout ce qu'il y avait entendu, 
et il nomme diverses personnes qui l'avaient secondé dans ce 
travail. 

Luther était depuis vingt ans descendu dans la tombe , 
lorsque ces notes furent mises en ordre ti publiées. L'édition 
originale parut en 1566 , in-folio ^ à EislebeÉ ^ par les soins 
de J. Aurifàber ; il mit en tête un avis adressé aUt Conseils 
de Strasbourg, Augsbourg , Ulm ^ Lubèck ) FVaAcfort-soi- 
Mrin, Ratisbonne, Lunebourg et Brunswick*. En 1567^ deux 
nouvelles éditions^ Tune in*8<*y l'autre in*folio| rirent le jour 

> ua tMotagtea «» Lobèet, muft^ Beft^f 0Wz6, i écfit Mto tfMertâ- 
ifofi «p6eiiie «ar itê (éflttHt«rt «a péM et la r«li9riii« t 99 étmeêti^s 
tMtktii tt'ft^vAniè) iMT, tii-4^. 

' Bani» cette trés^fôii^a^ épit^ éftmeatdft^, Aartfkèer «è pl«ta« «è ce 
que la docitine <te son matttl^ eat loiabée dtBf VéubW et le mépris ; 
l'AUemagne en est fafse, le nom de Luther sonne désagréablemtm Mis 



10 K'VTmOOUCTIOIC. 

à Francfort, et l'aimée suivautc, uae ({tiatrième réioipression 
ift-lblio parut dans la mémo ville. Cette dernière est précédée 
d'un avis d'Aurifabcr, qui commence par annoncer que son 
travail a été fort bien accueilli du public , mais qu'il a à se 
plaindi'e du docteur Kngling, qui se permet des changements 
et des suppressions dans le texte des Propos de table; il est 
bien triste pour lui Aurifalier, de voir gâter un livre , fruit 
de tant de soins et de peines. 

L'on doit croiic que la révision contre laquelle il s'élevait 
ainsi n'a poiut été livrée à l'impression , du moins die est 
restée inconnue aux bibliographes ; les quatre éditions que je 
viens de signaler, ont été faites les unes sur les autres et avec 
une trop scrupuleuse fidélité , car des leçons évidenmient vi- 
cieuses de l'in-folio de 1566 sont reproduites dans celui 
de 1567. 

En 1 569 , nouvelle édition in-folio', publiée à Franfort : 
celle-ci renferme un appendice intitulé « Colloquia ou 
« Propos de table du docteur Martin Luther, ou G)nversations 
« que le vénérable homme de Dieu a , peu de temps avant sa 
« uiort et son heweux dépait de ce monde , tenues avec di- 
« vers savants théologiens et ecclésiastiques , avec beaucoup 
« de lettres de consolation , d'avis , histoires, réponses à des 
« questions sur dilllérents objets, etc. » La dédicace au conseil 
de la ville de Rauschembourg est datée du 24 mars 1568 ; 
Jean Fink , qui l'a signée , annonce qu'il a tiré ses conversa- 
tions de Luther, de divers livres et écrits. A la suiie on 

trouve : Propheceyungen « Prophéties du docteur 

Martin Luther , pour rappeler et exhorter à la pénitence 

onilles, Seine Lehre isi jeizi abso verachiet, mau Ut ihrer auch 
aUo UberdrtiMig, ntMe und tait wordeu Un Deutsehen Lande dass 
nian seines Kamens scliier nicht yerne horet gedenken, 11 appelle les 
Propos uii Iré&or; ces micUes tombées de la table de cet homme de 
Dieu seront bien utiles pour ap^iïrr» élapclier la (aim M ia soif (|e« 
fidèles. 



iNTnODUCTIOK, il 

chrétienne , réunies avec ordre et avec grand soin par maître 
George Wallher, prédicateur à Halle, en Saic. » 

Deox autres éditions in-folio panirentàEisleben, en 1569 
et 1577; Fabricius les signale [Cenîifùlium Luiheranum^ 
p. 301); elles sont devenues introuvables, et, même au delà 
(lu Rhin, les dépôts littéraires les plus lichcs ne les possèdent 
plus. 

André Stangwald, né en Prusse, et l'un des continuateiu's 
de l'ouvrage historique connu sous le nom des Centuries de 
Magdehourg, s'occupa de son côté des Propos de table ; il 
se plaint de ce que les premières éditions étaient défectueuses 
et très— incorrectement irapx'imées ; il dit avoir revu le texte 
de nombre des conversations de Luther sur les copies manu- 
scrites en son pouvoir ; d'ailleurs il a fait usage des corrections 
et additions qu'un des amis du docteur, Joachim Merlinus , 
avait déposées sur les marges d'un exemplaire de l'édition 
originale. Le travail de Stangwald fut imprimé en 1571, à 
Francfort , chez les héritiers de Thomas Rebart; vingt ans 
plus tard, en 1590, on le voit reparaître imprimé avec une 
dédicace au conseil de Mulhouse. Dans sa préface, Stangwald 
promettait, sous le bon plaisir de Dieu, de donner une autre 
partie des colloques et apophthcgmes de Luther. Cette suite 
n'a pas paru. 

Le texte donné par Stangwald fut publié derechef a 
Jena, en 1603, à Leipzig, en 1621, in-folio; mais la pré- 
face de cet éditeur fut supprimée et remplacée par celle que 
Âurifaber avait mise en tête du volume de 1566. 

La faveur publique à laquelle l'on devait cette rapide suc- 
cession d'éditions nouvelles se ralentit, il se passa quatre- 
vingts ans avant que les Propos de table fussent remis sous 
presse ; ils reparurent enfin, en 1700, à Leipzig, chez Andié 
Zeidler, iti- folio. Celte édition donne les deux préfaces dP 
Aurifaber (1566), et de Staingwald (1591) ; elle reproduit 



12 ISTRODUCTION. 

le texte de ce dernier, en y ajoutant les Prophéties qn'avait 
recueillies George Wallher , ainsi que nous Tavons dit ci- 
dessus. Il en fut donné, en 1723, une réimpression Odèle, 
sous la i-ubriquc de Dresde et I^eipzig, chez J.-G. Zimmer- 
niann et J.-N. Gerlach. 

Un autre contemporain de Luther, Nicolas Selneaer', 
avait de son côté recueilli les propos de son maître ; il s'oc- 
cupa, lui, troisième, à les rédiger. Ce travail parut en 1577 ; 
il reparut en 1580, in-folio. 11 est précédé d*un discours his- 
torique sur la vie du vénérable maître et homme de Dieu, 
Martin Luther. Selncyer a suivi Tordre adopté par Stang— 
wald, dont il reproduit le plus souvent le texte, sepermci- 
l;int toutefois de temps à autre quelques additions et quel- 
(jues changements. Dans la préface de son édition de 159|, 
Stangwald blâme le travail de Selneuer ; il dit que le dis- 
cours sur la vie de Luther renferme beaucoup d'inexactitudes, 
et il s'engage, s'il en trouve le temps, à donner une relation 
étendue de la vie et des écrits du réformateur. 

La plupart des théologiens allemands du dix-septième 
siècle ont regardé les éditions de Stangwald et de Selneuer 
comme préférables à celle d'Aurifabei-, et c'est au travail de 
Selneuer qu'ils décernaient la palme *. Quant à nous, nous 
regardons au contraire le travail d^Âurifaber comme le plus 
digne de foi, comme celui qui reproduit le mieux les paroles 



' Ké en 1530 à Hersbruck, en Franconie, ce théologien , assez célèbre^ 
de son temps, fut un des disciples les plus assidus de MélanclilOD -, il 
mourut à Leipzig en 1593. G. If. Goëlz a publié une notice étendue et ré- 
digée avec soin sur sa vie et sur ses écriu. 

' Citons entre autres travaux spéciaux ie Schediatma historicum de 
heaii Luiheri colloquiis mensalibus d'Adam Rechenberg (Leipzig, 1698 ; 
réimprimé à la suite des ExercUaiiones in Novwrn Testamenlum,hi8ioriam 
ecciesiasilcam et litterariam du même auteur, 1707, in-b») et la dissertation 
de J. G. Moller : De auetorliate scripU êub Ululo: Luiheri colioquiorum 
mmtaliitmin germanico^ mglico et latino idiomate tditi (Rostock 
1003). 



INTRODUCTION. iS 

de rintraitable ennemi de la papauté, du propagateur de 
cette dissolvante liberté plénière d'examen eu matière de 
religion, qui, an sein des communions réformées, n'a peut- 
être pas encore confessé , an moins hautement , son dernier 
mot. D'ailleurs, la connaissance bibliographique de ces di- 
verses éditions est restée longtemps fort incomplète, et le 
docte J. A. Fabricius, si exact d'ordinaire, est toml)é dam 
diverses méprises à cet égard. 

Les Propos de table, après avoir été écartés des diverses 
éditions allemandes des œuvres de Luther, furent admis dans 
ceUe de Halle, 1743, 24 vol. in-4®, due aux soins de Jean 
George Walch; ils forment le vingt-deuxième volume de 
cette ti^op lourde collection . Ils n'ont pas été admis dans les 
différentes éditions in-folio, où les écrits latins ont été ré(mi>. 

Ds parurent séparément en cette langue presqu'en même 
temps qu'en allemand. 

La première édition a pour titre : Silvula sententiarum^ 
exemplorum^historiarum, allegoriarum^ similitudinum, 
facetiarum, pariipi ex reverendi viri D. Martini Lu- 
theri ac Philippi Melanchtonis cvm privatis tum publicis 
relaiionibus^partimexaliorumveterumatquerecentium 
doctorum monumeniis observata ; elle est due à Nicolas 
Ëtriccus, et elle parut à Francfort en 1566, in-8®. Ce mince 
volume, très-incon-ectement imprimé, est fort loin de con- 
tenir tout ce qu'a donné Aiirifaber ; mais parfois il renferme 
des choses que ne donne pas l'in-folio allemand, mis au jour 
la même année, on bien il les présente différemment. C'est 
un recueil de dits de Luther, de Melanchton et de quelques 
autres docteurs sur toutes sortes de sujets ; le compilateur les 
dispose dans l'ordre alphabétique. On y trouve aussi quel- 
ques lettres de Luther, une entre autres, pag. 42, à un ha- 
bitant de Grimma , sur cette question : Peut-on baptiser un 
enfant qui est encore dans le sein de sa mère? f, pag. 45, 

3 



iA INTRODUCTION. 

une lettre k Melchior Frcnlzel , pastciii- à llannebcrg , sur 
cette autre question : Peut-on employer tic Tcau chaude dans 
la cérémonie du baptême? 

Plus tard, Henri Pierre Rebenstok, pasteur à Eschcrsheim, 
mit au jour , à Francfort-sur-Mein , deux tomes petit in-8<*, 
sous le titie de CoUoquia , meditaliones , consolationes , 
consilia, judicia^ sententicBy narrationes^ responsa, 
faceticBy D. Martini Lutheri^ piœ et sanctœ memoriœ 
in mensa prandii et cœnœ et in pei^egrinationibus ob- 
servata et fideliter transcfipta. Le premier tome est daté 
de 1558, le deuxième de 1571 , et le frontispice apnonce que 
ce n'est pas d'après Aurifaber, mais d'après un autre collec- 
teur que ces propos ont élé réunis. Bien que celte édition la- 
tine s'écarte parfois du texte allemand de 1566, elle y est 
cependant presque toujours conforme , et l'annonce du pre- 
mier feuillet promet en fait de nouveauté plus qu'elle ne 
tient'. 

C'est d'après cette édition, écrite en un latin barbare, 
riche en solécismes de toute esjpèce et en fautes d'impression 
des plus énormes, que Bayle et les anciens critiques ont men- 
tionné ou cité les Propos de table; elle est devenue d'une 
extrême rareté ; nous l'avons inutilement cherchée à la Biblio- 
thèque du Roi; M. le marquis Du Roure, heureux possesseur 

' Rebenslock affirme, dans la dédicace de son recueil à Pliilippe Louia, 
comie de Ilanau, que ce fui à lable que Luther enseigna fidèlement la pa- 
role de Dieu , ce fui là qu'il fil la dislribuUon de cet ineslimable trésor. 
iMihertu in mensa Dei verbum, thesaurum preiiosissimum, fideliter do- 
cuit suisque disiribuit. Après avoir dit que déjà un partisan de la Térilé 
évangéliqiie (N. Ericeus) avait fait passer en latin ces pieux et salutaires 
propos, dans le but de contribuer à la louange de Dieu et à l'utilité de Tfi- 
glise, il ajoute que cette rédaction laissant à désirer, il en a entrepris 
une nouveiie, d'après l'avis de quelques hommes doctes et pieux; bien 
qu'il se regardât comme indigne de cet emploi, il n'a pu s'en défendre ut 
verbum Dei omnibus noium fieret, Deisque in omnibus lunguis célébra-- 
retur; il finit par dire que c'est dans les Propos de Luther qu'il faut put- 
ser, comme & une source sacrée , le fondement de la vraie piété. ] 



INTRODUCTION. 15 

de Texemplaire du comte d'Hoym, en a parlé dans son jina" 
lectabiblion (Techencr, 1840, 2 vol. in-8«), t. II, pag. 3. 

Nous ne nous sommes asti'eint à aucune édition spéciale, 
mais nous les avons toutes consultées : à force de peines et 
de démarches non interrompues durant deux ans, nous avons 
pu réunir sous nos yeux les diverses éditions primitives du 
seizième siècle, celles auxquelles il était d'autant plus néces- 
saire de recourir, que les réimpressions moins anciennes sont 
singulièrement adoucies ou modifiées'. C'est en comparant,' 
en rapprochant les textes latins et allemands, que nous avons 
formé celui dont nous présentons une traduction fidèle. Nous 
avons reproduit dans toute leur incohérence , parfois dans 
toute leur crudité, certains propos qui ne choquaient nulle- 
ment une époque moins sévère sur les bienséances; nous 
avons cru toutefois de\'oir laisser en latin quelques passages 
qu'il nous aurait paru difficile de faire passer dans notre 
langue sans mériter le reproche de manquer de respect au 
lecteur. 

Les diverses éditions des Tischreden ou des Colloquia 
suivent chacune un ordre différent; nous avons réuni en 
chapitres distincts les divers propos relatifs au même sujet. 

Il existe une traduction anglaise sous le titre de D' Mar^ 
tin Lutherie divine Discourses at his table^ etc. Londres, 
1652, in-folio. Cette version fut l'œuvre d'un officier, le ca- 
pitaine Henry Bell ; il raconte, dans sa préface , les circon- 
stances plus ou moins authentiques qui le décidèrent à entie- 
prendre cette besogne. Selon lui, presque tous les exemplaires 



' Ccst ainsi que l'on chercherait Inutilement dans rin-4o de Halle, 1743, 
quelques liislorieU-s contenues dans Hn-So de Francrort, 1571 ; «Nobilis 
quidam uxori suœ, t. 1, fo 53, verso; In inferiori Gcrmania fettur spon* 

sus.... ro230, reclo; M. L. dicebatdc Fiandris 331 recto, etc., etc. 

Par contre, Fhistoin; du démon qui prend l'S traits d'une femme morte, 
est bien plus détalléc dahs IMn--4o (colonne 1169) qtto dans Fin-fto 
(f* 114;. 



16 INTRODUCTION. 

de rédition originale furent détruits par ordre du pape 
Grégoire XIII. En 1652, un gentilhomme allemand, nommé 
Gaspard von Sparr, était occupé à faire creuser les fondements 
d'une maison sur un terrain près duquel avaient séjourné ses 
ancêtres; il trouva, enfoui à une grande profondeur, un 
volume plié avec soin dans une toile grossière ; ce paquet 
était cacheté ; on l'ouvrît, on trouva les Propos de table de 
Luther ; le grand-père de von Sparr les avait enterrés aûn de 
les soustiah^e aux agents de Rome. A cette époque , Ferdi- 
nand II était assis sur le trône impérîal ; il manifestait la plus 
vive inimitié contre les protestants, et von Sparr, n'osant pas 
garder le livre si inopinément découvert, ne voulant pas le 
détruire, était dans un grand embarras. Il se souvint qu'il 
avait en Angleterre un ami intime , le capitaine Bell , fort 
versé dans la connaissance de l'idiome germanique ; il lui fit 
passer l'œuvre de Luther comme un dépôt sacré ; il lui re- 
commanda delà manière la plus expresse de la traduire, afin 
que rÉglise réformée profitât de ce travail. Le capitaine né- 
gligea d'abord de se mettre à l'ouvrage; une circonstance 
surnaturelle vint lui révéler l'importance de cette tâche. 
Laissons-le parler. 

« Six semaines après avoir reçu ce livre, je me trouvais dans 
mon lit, encore éveillé, entre minuit et une heure du matin ; 
j'aperçus près de moi, au côté du lit, un vieillard, revêtu 
d'une robe blanche, ayant une longue barbe blanche et touffue 
qui lui venait jusqu'à la ceinture ; il me tira l'oreille droite 
et me dit : « Drôle, ne prendrez-vous pas le temps de traduire 
a ce livre qui vous est envoyé d'Allemagne? Je vous pro- 
« curerai bientôt le temps et la demeure qu'il vous faudra 
« pour cela. » Et à ces mots il disparut. » 

Quinze jours plus tard, le capitaine était enfermé dans nnc 
des prisons de Londres (à Gate^House^ Westminster) ; il y 
resta captif, et il employa cinq années à traduire l'ouvrage 



l!>iTRODUGTION. 17 

en question. L'archcvêqne Laud vint à apprendre qu*il s'oc- 
aipait de cetrayai], et ce prélat envoya son chapelain aupris 
du capitaine pour le prier de prêter son manuscrit. Après 
l'ayoir gardé deux ans, I^aud déclara que cette lecture lui 
avait causé la plus vive satisfaction, et il promit d'iutervenir 
en faveur du prisonnier 4[ui avait fait un si bon usage de ses 
loisbs. II tint parole , et, peu de temps après , non content 
d'avoir fait remettre Bell en liberté, il lui donna une gratifi- 
cation. 

En 1646, la Qiambre des Communes, informée que la 
traduction dont il s'agit était terminée, ordonna de la publier : 
mais l'on sait avec quelle promptitude s'exécutent les ti*avaux 
littéraires votés par les assemblées législatives ; l'impression 
ne fut terminée que six ans plus tard, et le traducteur avait 
cessé de vivre. L'ordonnance de la Chambre s'exprimait 
ainsi : « Comme le capitaine Henry Bell a étrangement dé-* 
couvert et trouvé un livre de Martin Luther , intitulé : Dû 
vins Discours, lequel a longtemps été miraculeusement 
conservé en Allemagne, et comme ledit Bell a, avec beaucoup 
de peine et de dépense, traduit ce livre de l'allemand en an- 
glais, la Chambre ordonne, etc. » 

Cette ordonnance avait été rendue sur le rapport de deux 
commissaires, Ch. Herleet W. Corbet, rapport qui s'exprimait 
ainsi : « Nous trouvons que beaucoup de choses divines et 
excellentes sont contenues dans ce livre et qu'elles sont di- 
gnes d'être mises en lumière et présentées au public ; mais 
nous y trouvons aussi beaucoup de choses impertinentes 
{many impertinent things) , quelques-unes qui auront be- 
soin d'un grain ou deux de sel, et quelques autres qui requer- 
ront une note marginale ou une préface. 

L'in-folio de 1652 est. devenu rare; il en a été rendu 
compte dans une publication périodique digne d'estime, mais 
qui n'a vécu que peu d'années {Rétrospective Review, Lon- 



iS mTRODDCTIOIf. 

don, 1822, tom. V,pag. 283). Après une courte préface^ 
00 sont relatés les faits que nous mentionnons, le traducteur 
anglais a translaté exactement la préface d'Âurifàber ; mais 
il s'écarte souvent du texte de cet éditeur, et il nous paraît 
avoir introduit dans son ti'avail des mudiiîcations arbitraires. 
Il a traduit les Prophéties qu'avait recueillies Walther. 

Les bibliographes anglais mentionnent une autre édition 
in-folio, sous la date de 1791 . 

En 1832, il a paru à Londres un Choix de propos de 
/a6to (Lutber's select table talk ; 1 yol. in-12de 323pag.); 
mais le compilateur de ce volume, protestant zélé et sans cri> 
tique, n'a pris chez le réformateur que des discussions théo- 
logiques et des controverses contre Rome. Il a supprimé avec 
le plus grand soin tout ce qui montre dans son intérieur le 
père de la réforme ; 11 a voulu le peindre en beau ; il en a 
fait un prébendier anglican, poli, bien élevé, à la parole 
grave, et dont la place est toute marquée dans les cercles aris- 
tocratiques du dix-neuvième siècle. Ce Luther-là, c'est celui 
de Wittemberg, c'est l'adversaire de Léon X , tout comme 
Orosmane est musulman, tout comme Alzire est Péruvienne. 

Si nous n'avons pas trop présumé de notre audace en en- 
gageant ce duel dangereux avec la phrase et la pensée d'un 
homme tel que Luther ; si cette traduction faite , refaite , re- 
vue, corrigée durant deux fois douze mois , obtient les suf- 
frages de quelques juges iirécusables dont nous attendons 
l'arrêt, nous donnerons pour pendant aux Propos de table 
un volume qui en sera le complément nécessaire , un choix 
de ces letti'es où le docteur Martin a retracé si vivement la 
part immense qu'il a prise aux grandes crises de l'époque 
qu'il a soulevée , où il parle de omnibus rébus et multis 
aliiSj des Turcs, du baptême, des moines, de la communion 
sous les deux espèces, de la critique biblique, des femmes, de 
l'antechrist, des auteurs classiques , du diable, des princes 



INTRODUCTION. 19 

de rÂllemagne, de ses enfants, de ses amis, de ses ennemis , 
lettres ■ qui nous font entrer en plein dans l'eiistence agitée, 
dans le drame saisissant de la vie de ce moine audacieux, fils 
d'un pauvre mineur, ne possédant rien au monde*, et que l'on 
vit en quelques années remuer l'Europe , en arracher une 
grande moitié à la puissance papale alors st redoutable, tenir 
en échec un empereur tel que Charles-Quint, et réunir en lui 
tous les contrastes. G. B. 

' Un célèbre penseur anglais, Coleridge, affirmait qu'une portion de la 
correspondance de Luiber formeratl le plus délicieux des TOlumes : 
I ean scarcely conceive a more deligthful volume tkan mlghl be maiie 
from lMiher*s leiiersy especially thoae ihai were wriiten from the Wurh 
burg. (Coleridgo's Table-Talk, 1836, p. 167.) 

* ftihil litneo quare nitùl habeot écr'iiRii le docleur de WiUemberg. 



LES 

PROPOS DE TABLE 

MARTIN LUTHER. 

— — ^^^■•^^»— — 
LE DIABLE, LES SOEOEms, LES 1NGVBE8, BfC. 

La plus grande punition qu'on puisse infliger aux impies, c'est 
lorsque TEglise, pour les châtier, les livre à Satan >, qui avec la 

' Oo sait quel rôle imporlanl joue le diable dans la vie de Luther ; noua 
aurons occasion d'en reparler ; la vie du père de la réforme, telle qu'il la 
raconte iui-raéroe, n'auraii élé qu'une suite de comtMls toujours terminés 
an désavantage du malin. Nous ne traduirons pas toutes les horrifiqitet 
histoires que Luther racontait à ses commensaux épouvantés, nous ne ré- 
péterons pas tout ce qu'il a dit sur un sujet qu'il trouvait inépuisable : 
dans rédiiion de Walcli , le chapitre consacré au diable (et il est loin de 
renfermer tout ce qui se rencontre dans d'autres éditions) ne remplit pu 
moins de 65 colonnes. Un critique distingué nous semble avoir fort bien 
apprécié ce côté curieux de la vie du terrible antagoniste de la papauté. 
et nous ne pbuvons mieux faire que de transcrire ses paroles : « Le diable 
commente avec Luther la Bible et les conciles ; on dirait que les sympa- 
thies de l'orgueil et de la révolte rapprochent le réformateur et le démon. 
Que Luther écrive oo médite, qull veille ou qu'il dorme, le diable est près 
de lui qui l'encour-ige, le gourmande, l'approuve ou le désapprouve par 
des arguments tirés de saint Thomas, de Scott ou de saint Paul. Tantôt il en- 
courage Luther à la guerre ; tantôt, comme elTrayé drs ruines qu'il pré- 
pare, il lui conseille la paix et lui demande avec des reproches amers : 
« Luther, qu'as'tu fait de l'autorité ?» Et par ces reproches il jette dans 
rame du réformateur cette souffrance du doute, cette tristesse de l'in- 
certitude, que le réformateur avait jetées dans la conscience du monde 
catholique. C'était bien la peine de nier le pape et les saints, pour affirmer 
Saian ; c'était bien la peine d'évoquer l'esprit des temps modernes, pour se 
replonger dans les ténèbres du passé et se montrer plus crédule encore 
que ces docteurs du moyen Age dont l'hérésie insuluit la foi ! Four Lu- 



22 PROPOS DE TABLE UE MARTIN LUTHER. 

permission de Dieu les tue, ou qui leur fait subir de grandes ca- 
lamités. Il y a dans beaucoup de pays des lieux qui servent de 
demeure aux démons. La Prusse est pleine de démons; la basse 
AUemagtie renferme une foule de sorciers. Dàfls la Suisse, près 
de Lucerne, sur une montagne très-élevée, il y a un lac que Ton 
nomme le lac de Pi la te, et Satan y déploie sa fureur. Dans mon 
pays, ajouta le docteur Luther, sur la liante montagne de Prock- 
nesberg, il y a un lac : si Ton j jette une pierre, il s'élève une 
grande tempête et tout le pays tremble aux environs. C'est un 
lieu qi^ sert de demeure à des démons qui y sont retenus pri- 
sonniers. 

WSÊ 

Un paftieur, près de Torgau , vint trouver le docteur Luther, 
se plaignant que le diable le tourmentait sans relâche. Le docteur 
lui dit : Il me vexe et me tracasse aussi, mais je lui résiste avec 
les armes de la foi, et je lui oppose ce verset : « Mon Dieu est 
celui qui a créé Tbomme , et toutes choses sont sous ses pieds. » 
Il lui raconta ensuite Thistoire d'une dame de Magdebourg qui 
avait mis Satan en déroute en faisant un pet ^ Ces exemples ne 
conviennent pas à tous les hommes; ils sont dangereux ; carie 
diable est un esprit de présomption, et il ne cède pas facilement. 
On s'expose à bien des périls lorsqu'on veut faire plus qu'on ne 
peut) il en est des exemples. Un homme se glorifiait de son bap- 
tême, ei le diable s'étant présenté à lui, la tête muhie de cornes, 
il lui arracha une de ses cornes; un autre voulut en fgire autant, 
et le diable le tua. 

Henning le Bohémien demanda au docteur Luther pourquoi le 

iber, le diable est le maître absolu, le prince de la terre ; il est partout, dans 
Tair que nous respirons, dans le pain que nous noangeons. On dirait que 
Satan s'est relevé de son antique déchéance, cl qu'il vient de conquérir 
l'ubiquité qui n'appartient qu'à Dieu. Ainsi se GOiifondcnt souvent dans un 
môme liommo, dans un môme temps, toutes les grandeurs, toutes les mi- 
sères. Luther croit reconnaître le diable dans les mouches qui se posent 
sur sa Bible cl Sur son nei, et le retrouver môme dans des noisettes.» 
(Ob. liouandre, Revue des BeiwUondei, t. XXXI, p. S79.) 
' BBilmnttà erepitu venirk fugavit. 



LE DIABLE, LES SORCIERS, LES WCIIMS, ETC. 18 

diable portait au genre humain une haine si fnrieuie; le deetear 
répondit : « Gela ne doit pas te surprendre ; vois (jiielie haine a 
contre moi ie duc George *, qui ne peut rester en repos %i qui 
songe, jour et nuit, aux moyens de me nuire. 1^ plus grand plai- 
sir qu'il pourrait avoir serait de mMnftiger des milliers de sup- 
plices. Si telle est la haine de Thomme , que ne doit pas être 
celle du diable ! »— Henni ng dit alors : « Je tondrais bien con- 
naître le diable. »— Le docteur Luther répondit: « Prends le Dé- 
calognc au rebours, et tu auras la véritable image de Satan, car 
ses ordres sont précisément l'opposé des ordres de Dieu. » 

mm 

Le diable séduit d'abord par l'attrait du péché , afln de nous 
pousser ensuite dans le désespoir ; il réjouit la chair, afln d'at* 
trister l'esprit. L'on n'éprouve aucune douleur en péchant, mais 
ensuite l'esprit demeure triste et la conscience reste troublée. 

iOi 

Celui qui veut avpir pour maître et pour roi Jésus-Christ qui 
est né d'une vierge, et qui a pris notre chair et notre sang» eelui- 
là aura le diable pour ennemi. 



Le docteur Luther dit : Le diable est un esprit plein d*or- 
gueil , aussi ne peut - il souffrir d'être humilié ; lorsqu'il se 
targue le plus, un pauvre prédicateur peut venir et rabaisser 
toute sa superbe. Nous lisons dans les f^ies de$ PireM^ qu'un 
jour un vieil anachorète était en prière ; le diable vint derrière 
lui et fit un grand bruit , de sorte que l'anachorète croyait en- 
tendre une troupe de cochons qui l'entouraient en grognant et 
en faisant hou I hou ! hm ^ et le diable en usait ainsi pour ef- 
frayer le solitaire et pour le détourner de son oraison. L'anacho- 
rète dit alors : « Tu es bien ravalé, démon ; tu étais jadis un ange 
• 

* Lo dae George, feuverain de Miinie et de Thuriage ; Il montnt tou* 
jours un grand zèle contre les lulliérieai. 



i4 FI10H>8 DE TABLE OE MARTIN LUTHER. 

puissant, et voici que tu es devenu un cochon >. » Alors le bruit 
cessa immédiatement, car le diable est tout hors de lui lorsqu'on 
lui témoigne du mépris. Et lorsqu'il s'attaque à un véritable chré- 
tien, il est toujours repoussé avec humiliation, car il ne peut rien 
gagner là où il y a foi et conBance dans le Seigneur. 

WSÊ 

Le ministre du village de Supz, près de Torgau , vint trouver 
le docteur Luther , se plaignit à lui que le diable faisait dans 
la nuit un grand vacarme dans sa maison, brisant toute sa vais- 
selle et tous les vases de bois, fie lui laissant aucun repos ; il dit 
que le diable lui jetait à la tële les assiettes et la vaisselle, et sou- 
vent il Tentendait rire, mais il ne le voyait pas. Ce manège du- 
rait depuis un an , et la femme ainsi que les enfants du pasteur 
ne voulaient plus rester dans la maison, mais bien en sortir sans 
délai. Le docteur Luther parla ainsi à ce ministre : « Cher frère, 
sois ferme dans le Seigneur et sois certain de ta foi en Jésus- 
Christ ; ne t'inquiète pas de ce meurtrier, le diable ; souffre avec 
patience ses passe-temps, et résigne-toi au dég&t qu'il peut occa- 
sionner à ta vaisselle et à tes assiettes, car il ne peut rien entre- 
prendre contre ton corps ni contre ton &me.Tu l'as éprouvé jus- 
qu'ici ; l'ange du Seigneur se tient à tes c6tés ; il te protège et 
veille sur toi. Laisse donc le diable s'amuser, s'il le yeut, avec 
des plats et des assiettes ; pour toi, adresse tes prières au Seigneur 



* Le porc, ainsi que l'a Joëlcieutemenl remarqué H. Alfred Maury, dana 
son Bsiiai sur les légendes pieuses du moyen âge (Paris, i843), le porc, 
animal impur frappé de réprobation par les Juifs et par les Ëg)piiens, le 
porc dans le corps duquel l'£vangile nous montre le démon allant cber- 
cher un refuge au sortir du corps du possédé, devait naiurellement de- 
venir un symbole du diable. Chez les Orientaux , le démon est désigné par 
le nom de pore ; saint Jean Cbrysosiôme dit que le diable qui occupait par ■ 
intervalles le corps du religieux Slagyrus, paraisuit sous la forme d'un 
pourceau couvert d'ordures. Dans les récits des légendaires , le diable se 
montre sans cesse transformé en ours, en cerf, en âne, en veau, en cra- 
paud, en corbeau ; il s'est même changé , ce qui est plus^iiarre, en 
queue de veau. {àUo tetnpore irons format se dœmon in caudam viiiUl,'^ 
Tissier, Bibtiotheca dstereiensls. 11, I99.) 



LE UAfiLE, LES SOEUEES, LES IHCOEES, ETC. t5 

ainsi que ta femme et tes enfants, et dis : « Retire-toi » Satan ; 
ce n*est pas toi qui es le maître dans celte maison; c*est moi. » 

iQi 

Le diable ne peut être que notre ennemi, car nous combat- 
tons contre lui avec la parole de Dieu ; nous jetons le trouble 
dans son empire, etc. Il est le maître et le dieu du monde, et il 
a un pouvoir supérieur à celui de tous les rois, princes et sei- 
gneurs de la terre; aussi veut-il se venger de nous, ce quHl tente 
sans relâche et ce que nous voyons et sentons. 

Nous avons contre le diable un grand avantage ; car, quelque 
méchant, puissant et rusé qu'il soit, il ne peut nous nuire, puisque 
ce n*est pas contre lui que nous avons péché, mais contre Dieu 
seul, ainsi que le dit David (psaume 51, v. 6) : « J*ai péché 
contre toi seul. » Dieu est plein de bonté , de miséricorde et de 
douceur pour ceux qui sont fidèles à Jésus-Christ , car il leur a 
donné le salut. 

WÊ 

Quelqu'un dit un Jour : « Maître N... a dit en chaire que le 
diable ne connaissait pas les pensées des hommes» ; le docteur 
Luther répondit : « Je ne pense pas qu'il ait pu s'exprimer ainsi, 
car l'Ecriture montre clairement que le diable inspire aux hommes 
de mauvaises pensées et qu'il suggère les projets des méchants. 
Il est écrit dans l'Evangile de saint Jean que le diable entra dans 
le cœur de Judas et lui inspira la volonté de trahir Notre-Sei- 
gneur. Et ce fut à son instigation que Gain non*seulement conçut 
une haine violente contre Abel , mais encore qu'il le tua. Mais 
Satan ne connaît pas les pensées des justes ; il ne pouvait savoir 
ce' que Jésus-Christ pensait en son cœur, et il ne peut savoir non 
plus ce qui se passe dans le cœur des fidèles où habite Jésus- 
Christ. C'est un esprit puissant déchu, car Jésus-Christ l'appelle 
le prince du monde (saint Jean, ch. xit, v. 30); il décoche jus- 
que dans le cœur des justes des flèches ardentes, c'est-à-dire 
de mauvaises pensées , des sentiments de désespoir, de haine 

a 



S6 PROPOB DE TABLE ME MARTIM LUTBBR. 

eootre Dieu, de colère, eic. Saint Paul a bien ressenti ses assauts 
et i) s*6n plaint amèrement. » 

Il est très-certain que quant aui hommes qui se sont pendus 
ou se sont donné la mort de quelque autre façon, c'est le diable 
qui a pris la corde et qui Ta mise à leur cou ou à leurs mains ; 
divers exemples le prouvent. Un nommé Musohanz fut aiusi tenté 
jusqu'au désespoir, et , allant à cheval dans la campagne , il se 
pendit à un licou de dessus son cheval, ses pieds touchant la terre. 
Un jeune homme de Goldberg, un étudiant , fut trouvé dans sa 
chambre pendu à une poutre bien peu forte ; il s'y était attaché, 
se tenant debout sur la terre .-^Un homme avait coutume, toutes 
les fois qu'il tombait, de dire : « Voilà qui s'est fait au nom du 
diable. » On lui conseilla de renoncer à cette mauvaise habitude, 
de peur que le diable, ainsi appelé, ne vint. Il promit de le faire 
et d'employer d'autres expressions ; mais un jour, ayant fait une 
chute, il invoqua, selon sa coutume, le nom du diable, et il fut 
tué sur-le-champ , étant tombé sur un morceau de bois qui le 
perça. 



Un ministre éevivit à mattre Georges Rorer, à Wittemberg , 
pour lui dire qu'une femme étapt morte dans un village et ayant 
été enterrée, elle s'était dévorée elle-même d^os son tombeau, 
et que tous les bonumesqui habitaient ce village étaient morts*; 



■ C'est une histoire de vampires. Il est rare d'en trouver ailleurs ^ue 
dai|f les provinees qui arrosent le ^ai Danube j |i, ils se sont iDuUipliéi 
of^tt niisurt . |tn i73fi nolamment, la Servie se plaignit d'en être infestée, 
et la question de l'existence de ces hideux raniômes donna lieu à grand 
nombre d'écrits publiés en Allemagne; maints érudits de Francrort, de 
Vienne, de Leipzig, de Nuremberg, prirent part à une vive controverse qui 
s'éleva à ee sujet. On trouvera de fort eurleuses particularités dana le 
rff^ueUd^P, C. Uom, Xauber^Bibliothek (llayence, i82l,in-8o), 1. 1, 
p. 35i-?78; t. V, p. 381-394. Voici rindicalion de quelques écrits spé- 
ciaux bons à consulter à l'égard des vampires : 

Disseriatio plufsica de cadaveriàus sangulmgls ; Jcnœ, 1TS8. 

J. II. Zopir, Diiteriailo de Vœmpirit Servien^ibut ; Hall», ITSS. 



LE DUBUSi LES •0IICIKR8| LB6 IMGUBBS» ETC. 27 

H le priait en même temps de demander au docteur Luther son 
opinion à cet égard. Le docteur Luther dit : « C*est Teffet de la 
malice et de l'imposture du diable i site n'avaient pas em et nV 
vaient pas été effrayés, ils n'auraient eu aucun mal. Leur mort 
a été la suite de leur superstition. On n'aurait pas dû tellement 
se presser d'enterrer ces gens ; il fallait dire : « Tiens,' diable, 
mange , voilà de la viande pour toi ; tu ne nous tromperas plus. » 
— Et le docteur Luther j^outa : « Avant peu , le diable sera re- 
douté , honoré et adoré comme Dieu. Il faut écrire k ce ministre 
de se tenir pour convaincu que tout cela est l'ouvrage de Satan. 
Qu'ils aillent tous ensemble ft l'église et qu'ils prient Dieu de 
leur pardonner leurs péchés au nom de iésos-Ghrist et de ter- 
rasser le diable. » 

•Qi 

Le docteur Luther dit qu*il tenait de l'électeur de Saxe , Jean 
Frédéric , qu'une puissante famille d'Allemagne avait le diable 
pour ancêtre , ayant été engendrée par un succube ^ . Voici ce 
qui était également arrivé ailleurs : « Un gentilhomme avait Ude 
femme jeune et belle qui mourut et qu'il fit ensevelir. Peu de 
temps après, ce gentilhomme et un de ses valets étant couchés 
dans la même chambre , la femme qui était morte vient dans la 
nuit et se penche sur le lit du gentilhomme comme si elle s'en- 
tretenait avec lui. Le valet ayant vu semblable chose arriver 
deux fois , demanda à son maître s'il savait que toutes les nuits 

J. M .Rantff, DisserU 1 et 11 de Vantpiris et de masticatione mortuorum 
in lumulis; Lipsis, 1730. 

J. G. PohI, Dissert, de hnminibus poit mortem tanguiiugis ; Lipsi», 1743. 

H. C. Haremberg, Von Vampyren, 1728. 

Pour l'indication d'autres ouvrages de vampirologle^ nous renvoyons A 
la BibUoiheca magica d*e Grasse (Leipzig, IS43, in-8«), p. ai. 

' C'fest également un démon succube ou une fée qui, d'âpre lï légende, 
est la souche de la) maison de Haro ; elle avait un pied de biche d'où elle 
lira son nom. Plus d'un arbre généalogique célèbre dans le monde idéal 
DU dans le monde réel, a ses racines dans renfcr. La vanité féodale s'est 
emparée de crue croyance pour cmioblir ses blasons, et la famille des Ja- 
gelloni se vantait de descendre des fées , qui sont elles-mêmes les colla- 
téralei du diable I elle portail sur ses armes les emblémei de l'ange des 
léDèbres. 



28 raOPOS DE TABLE DE MARTIN LUTBER. 

une femme vêtue de blanc venait se placer à côté de son lit. Le 
maître répondit quMl dormait la nuit entière et qu*il ne s*aper- 
cevait de rien. La nuit suivante , cependant , il se tint sur ses 
gardes et il resta éveillé dans son lit ; la femme revint et le gen- 
tilhomme lui demanda qui elle était et ce qu'elle voulait. Elle ré- 
pondit qu'elle était sa femme. Il lui répliqua : « Tu es morte et tu 
as été enterrée. » EUe répondit qu'elle avait voulu mourir à cause 
de ses péchés, mais que s'il consentait à la recevoir de nouveau » 
elle redeviendrait sa femme. Il dit que si la chose était possible 
il en serait bien aise, et elle l'avertit de bien se garder à l'ave- 
nir de jurer comme il en avait l'habitude , car elle mourrait 
bientôt derechef s'il jurait. Il le promit , et la morte habita dans 
sa maison , coucha avec lui , but et mangea avec lui, prit soin 
du ménage et eut des enfants. Un jour qu'il avait des convives à 
dîner, la femme alla chercher des épiceries qui étaient renfer- 
mées dans une boite dans un autre appartement , et elle resta 
longtemps absente. Le gentilhomme s'impatienta et lâcha son 
ancien juron, et la lemme disparut. On fut étonné de voir qu*elle 
ne revenait point; on alla dans l'appartement où elle avait passé, 
et l'on trouva par terre les vêtements qu'elle portait. On ne la 
revit jamais depuis. C*est l'œuvre du diable , qui peut revêtir la 
figure d'un homme ou d'une femme. Il fabrique un fantôme qui 
trompe les yeux, de sorte que l'on croit coucher avec une 
femme véritable et il n'en est rien. De même quand il prend les 
traits d'un homme ; car le diable est puissant auprès des enfants 
de l'incrédulité , ainsi que le dit saint Paul. Quant aux enfants 
qui résultent de ces unions , je crois que ce sont aussi des 
. diables. C'est une chose bien horrible et effroyable que le diable 
ait le pouvoir d'engendrer des enfants. Il en est de même des 
nixes dans l'eau i; ils attirent les vierges et les jeunes filles et 
ils ont commerce avec elles , et ils engendrent des diablotins. 
Engendrer des enfants est une œuvre divine , et là Notre-Sei- 

■ Il existe turles nixes une disserialioa spéciale de J. V. Mcrbilz , de 
nymphU germanU Wat»emixen; Lïps., 1678, iiM«; Jen», 1744, in-8*. 
Consultei surlput à Tégard du nichus le savant travail de Jacob Grimm 
sur la mythologie allemande (Gouingue, 1835, p, 375-381 >, et Keightiey, 
Falry Uylkologyf 1. 1, p. 334 et suiv. 



LE IHABLB, LES SORCIERS, LES IMCOBES, ETC. 20 

gnear Jésus-Christ joue le r6lede créateur, car nous lui donnons 
le nom de père de tous les hommes. 

iQi 

Tout ce que Dieu fait, il le fait dans le but de la vie, comme 
dit le prophète Jérémie. Mais le diable s*appelle le père de 
la mort; car, que fait-il sinon éloigner les hommes de la vraie 
et pure religion, causer des séditions, des pestes et autres 
fléaux? 

iQi 

Lorsque je n'étais encore qu*un jeune garçon , quelqu*un me 
raconta cette histoire : « Satan arait en yainmis toutes ses ruses 
en jeu pour séparerdeux époux qui Tivaient ensemble dans une 
grande union , et qui s*a!maient cordialement; alors il Tint au- 
près d*eux sous la figure d'une vieille femme et il cacha un ra- 
soir sous leur oreiller ; il parla ensuite à chacun en particulier, 
lui disant que l'autre avait formé le projet de le tuer, et allé- 
guant pour preuve que Ton trouverait un rasoir sous le traver- 
sin. Le mari le trouva le (Nremier, et dans sa colère il coupa la 
gorge à sa femme. » On voit ainsi combien le diable est puissant 
dans sa malice. 

lOi 

Le docteur Luther raconta l'histoire suivante : « Un lansque- 
net avait déposé de l'argent dans les mains d'un homme chez 
lequel il logeait, dans le Brandebourg. L'hôte, quand le lans- 
quenet lui redemanda cet argent , prétendit n'avoir rien reçu. 
Le lansquenet, irrité, se jeta sur lui et le maltraita ; mais le fri- 
pon le fit arrêter par les magistrats et l'accusa d'avoir violé la 
paix domestique. Or, tandis que le lansquenet était en prison , 
le diable vint le trouver et lui dit : « Tu seras demain condamné 
et exécuté; mais je puis te délivrer, poun'u que tu veuilles me 
vendre ton corps et ton âme. » Le lansquenet s'y refusa , et le 
diable lui dit : « Si tu ne veux pas m'écouter, écoute du moins 
le conseil que je te donne. Demain , lorsque tu seras en pré- 
sence des juges , je me tiendrai auprès de toi , la t^tc couverte 

3. 



90 PROHM D£ TABLB DE MARTIN LUTHER. 

d*ao bonaet l>leu avec une plume blanche. Dis alors aux juges 
qu'ils me laissent plaider pour toi , et je te Urerai d*affaire. » Le 
lansquenet dit au diable qu'il suivrait son conseil; et comme 
rhôte continuait de nier, Tavocat au bonnet bleu lui dit : « Mon 
ami, comment as-tu Taudace de te parjurer ainsi ? l'argent que 
ta prétends ne pas avoir reçu est caché sous le traversin de ton 
lit. Si les juges y envoient, ils verront*que j*ai dit la vérité. 
L*hôte entendant cela , s'écria en jurant : « Si j'ai reçu Fargent, 
je veux que le diable m*emporte aussitôt. » Mais les gens en- 
voyés chez lui trouvèrent l'argent à l'endroit désigné, et ils rap- 
portèrent devant le tribunal. Alors l'homme au bonnet bleu se 
mit à rire et il dit : « Je savais bien que j'aurais le lansquenet ou 
l'aubergiste, un des deux devait me revenir. » Et il tordit le 
cou à l'homme qui s'était parjuré et l'emporta à travers les 
airs. » Il faut bien se garder de jurer de par le diable, comme 
font beaucoup de gens ; ce coquin-là n'est pas loin de nous ; pour 
qu'il soit présent, point n'est besoin de peindre son image sur 
les murailles. 



Une servante avait eu , durant plusieurs années , un esprit fa- 
milier et invisible qui s'asseyait près d'elle au fbyer, où elte lui 
avait fait une petite place , et ils conversaient ensemble familiè- 
rement durant les longues soirées de l'hiver. Un jour elle de- 
manda à Heinzchen ( c'est ainsi qu'elle nommait l'esprit) de se 
laisser voir sous sa forme véritable. Heinzchen refusa d'abord 
de le faire ; enfin , après de longues instances , il y consentit , et 
il dit à la servante de descendre à la cave, où il se montrerait à 
elle. La servante prit un flambeau et descendit à la cave, et là , 
dans un toones^u ouvert , elle vit un enfant mort qui flottait au 
milieu de son sang, et plusieurs années auparavant, elle était en 
secret accouchée d'un enfant qu'elle avait égorgé et qu'elle avait 
caché dans un tonneau ^ 

* Heinrchen rappelle, à certain» égards, H sauf l'horreur du dénoûmeni, 
la eharmânie nouTelle de Ch. Nodier : Trilby ou le Uiiin d'Argail. La 
croyance en ces eiprits folieis, aerviabies el eapiéglea, a fait le tour du 
inonde; elle se retrouve partout. 



LE NABLE, LES SORCIERS, LES INGCIIS, ETC. 31 

On raconta un jour qae des gentilsbomoies allant de compa- 
gnie à cheval , Tun d*eux 8*était écrié en piquant sa monture : 
« Au diable le dernier! » Il avait deux chevaux et 11 en llicba un, 
celui-ci resta en arrière et le diable l'emporta dans les airs. Le 
docteur Lulber dit : « N'appelons pas Satan à notre table , il 
vient sans être invité ; tout est plein de diables autour de nous ; 
nous veillons et prions continuellement, et cependant nous avons 
bien affaire avec lui. » 

Le docteur Luther trouva une chenille, et il dit : c Voilà bien 
la ihanière de marcher ou de ramper du diable ; cette bète pré- 
sente des couleurs variées comme si elle portait la livrée de Sa- 
tan ; elle Voit et marcbe comme lui. » 

WÊ 

Cerbère en grec , Scorpbur en hébreu , signifie le chien in- 
fernal à trois gueules *. Ce sont le péch^, le jugement et la mort. 

Job a décrit dans deux chapitres ( le xl« et le xli« ), le Behe- 
moth ou baleine devant laquelle nul n'est en sûreté. Que feras-tu 
du Leviathan? dit-il ; penses- tu qu'il tombera & tes pieds et te 
supplieraf — Ce sont des ligures, des images qui désignent le 
diable. 

9SÊ 

Le diable couche beaucoup plus souvent avec moi que Ketha >. 
H m'a causé plus de tourments qu'elle ne m'a donné de joies. 



Le docteur Luther raconta ceci : « Un Jeune homme impie et 
corrompu buvait et faisait bombance dans un cabaret avec quel- 

' Synesias, évoque de PtolémaTs , qui florissait au commencement du 
cinquième siècle, place encore, dans son hymne IX, le chien A la garde de 
l'enfer chrétien. 

' Ketha, c'est-A-dire, Catherine Borrc, la femme de Luiher. 



32 PROPOS DE TABLE DE MARTIN LUTHER. 

ques-uns de ses compagnons. Lorsqu'il n'eut plus d'argent il dit : 
«t Si quelqu'un voulait m'en donner, je lui Tendrais bien volon- 
tiers mon àme. » Il vint alors un autre voyageur qui se mit à 
table avec eux et qui dit au jeune homme : « Etes-vous disposé , 
comme vous le disiez tout à l'heure , à vendre votre &me? » — 
Le jeune homme répliqua que oui, et l'inconnu paya pour lui à 
boire durant toute la journée. Le soir, le jeune homme étant 
ivre , le voyageur dit à ceux qui se trouvaient là : « Mes amis , 
lorsqu'on achète un cheval , est-ce que la selle et la bride ne font 
pas partie du marché ? » Les assistants furent d'abord fort ef- 
frayés , et ils n'osaient pas répondre ; mais l'inconnu les interro- 
geant de nouveau , ils répondirent : <x Oui , la selle et la bridé 
appartiennent à l'acheteur. » Aussitôt le diable (car c'était lui) 
emporta le jeune homme à travers le plancher, et jamais Ton 
n'a eu depuis nulle nouvelle de ce malheureux. 

Wi 

Le docteur Luther parla beaucoup de la sorcellerie et des fas- 
cinations ; il dit que sa mère avait eu beaucoup à souffrir d'une 
de ses voisines qui était sorcière , et pour laquelle elle était for- 
cée de montrer beaucoup d'égards et d'attentions , car cette 
sorcière jetait un sort sur les enfants , et ils criaient jusqu'à ce 
qu^ils fussent morts. Un prédicateur l'ayant punie un jour» elle 
fit un charme qui lui occasionna une maladie mortelle, sans 
qu'aucun remède pût le soulager, car elle avait pris de la - 
terre sur laquelle il avait marché et elle l'avait jetée à l'eau. 

On demanda si les bons chrétiens et gens craignant Dieu pou- 
vaient aussi être ensorcelés. Le docteur Luther répondit : « Oui, 
car notre corps est toujours exposé aux attaques de Satan. Je crois 
que les maladies que j'éprouve ne sont point naturelles, c'est ce 
coquin de Satan qui m'assaille par les ressources de la sorcelle- 
rie ; mais Dieu sauve ses élus de pareils malheurs. » 



LE mABLE, LES S0RC1ER8, LES IKGUBESy ETC. 35 

Il y avait à N. un magicien nommé Wildferer, qui avala un 
paysan avec un cheval et une charrette , et quelques heures plus 
tard , le cheval, la charrette et le paysan furent retrouvés dans 
un bourbier à quelque distance de là. Il y eut aussi un moine 
qui demanda à un paysan , lequel conduisait an marché une 
charrette chargée de foin , combien il demanderait pour laisser 
manger son foin. Le paysan demanda un kreozer. Le moine se 
mit à Tœavre , et il avait déjà avalé presque tout le foin, lorsque 
le paysan le chassa. 

ioc 

Un habitant de Berlin était en butte à Tinimitié de quelques 
sorcières , et elles avaient jeté un sort, de sorte que ses mois- 
sons périssaient et qu'il était réduit à la misère. Il s*adressa au 
diable pour savoir ce qu'il avait à faire , mais sa conscience n'é- 
tait pas tranquille. Le docteur Luther, consulté à cet égard . 
dit : « Il a agi d'une manière répréhensible et contraire à la loi 
de Dieu ; pourquoi n'a-t^il pas suivi l'exemple du saint pa- 
triarche Job , en prenant patience et en implorant Tassistance 
do Seigneur? Donc, qu*il fasse pénitence et qu'il ne s'adresse 
plus à Satan, mais quMl-se résigne au bon plaisir de Dieu. » 

Le 25 août 1538 on parla beaucoup des sorcières qui volaient 
des œufs dans les poulaillers, du lait et du beurre. Le docteur 
Luther dit : « Je n'aurais aucune compassion à leur égard , je 
voudrais les faire brûler. On lit dans l'ancienne loi que les 
prêtres étaient les premiers à lapider les malfaiteurs. On dit que 
ce beurre volé est très-puant et qu'il tombe par terre lorsqu'on 
veut en manger. Celui qui veut s'opposer à ces sorcières et les 
chMier, est lui-même tourmenté corporellement par le diable. 
Des maîtres d'école et des curés de village en ont fait l'eipé- 
rience. Nos péchés irritent et offensent Dieu ; quel doit donc 
être son courroux contre la sorcellerie, que l'on peut nommer à 
juste titre un crime de lèse-majesté divine , une révolte contre 
la puissance infinie de Dieu! Les jurisconsultes qui ont si docte- 
ment et pertinemment traité de la rébellion , affirment que la 



34 FROFOS DE TABLE DE HAETIM LUTHEE. 

sujet qui se révolte contre son souverain est digne de mort. La 
sorcellerie ne mèrite-t-elle donc pas la mort, puisqu'elle est une 
révolte de la créature contre le Créateur, puisqu'elle refuse à 
Dieu une autorité qu'elle accorde au démon? 

On parla à la table du docteur Luther de deux sorcières qui , 
étant dans uiie auberge 4 avaietit, le soiri déposé en un eeruin 
coin deux vases remplis d'eau, et qui discutaient ensuite l'une 
avec l'autre si elles en feraiéut du grain ou du vin. L'auber- 
giste , qui s'était caché dans un coin et qui les entendait, se sai- 
sit des deut vases, et, lorsque ces femmes se fhrent couchées, 
il leur Jeta Cette eftu dessui^ et elles expirèrent sur l'heure. Le 
docteur Luther dit : « Le diable a un grand empire suf les sor- 
cières. » 

' iPi 

L'empereur l^'rédéric , père de Maximilien , invita à dtnel" Ufl 
nécromancien , et , par ses connaissances en magie , il fit que 
les mains de ce nécromancien se changèrent en pledâ de bœuf 
avec des grifies. L^empereur lui dit alors de manger, tnais if 
avait honte et il cachait ses pattes sous la table. Cépëùdant , 
lorsqu'il ne put plus les cacher plus longtemps, il fut oblige de 
les laisser voir. Alors il dit à l'empereur : « Je ferai aussi quel- 
que chose à Votre Majesté ^ il elle le i^efmet. » L'empereur ré- 
pondit qu'oui, et le magicieh fit par son art qu'un gradd bruit 
se fit ëh tendre dans la cour ; retiit)el^ur mit la tête à une croisée 
pour Voir ce que é'êtait , et aussitôt 11 lui poussa à la tète de 
grandes cornes de cetf, de dOrte qu'il ne pouvait retirer la tète 
de Ift fenêtre. Lé docteur Lulher dit: «Je suis charmé lorsqu'un 
diable eii te«6 et en tourmente un autre ; ils ne sont pas tous 
de fofce égale, n 

•Qf 

En 1538, le docteur Luther dit : « Le diable a emporté à Su- 
wen , le jour du vendredri saint, trois écuyers qui s'étaient don- 
nés |)i|i.» 

m 



% 

LE DIABLE, LES SORCtERS, LES INCITER, ETC. 95 

Le diable a Juré de nous tourmenter sans reUche , mtls il 
mordra dans une noix creuse. 

•81 

Voiai cp q|ii §*est passé à ^rfurt ; il y a?ait deux étudjaDts, et 
Vun d*^ttf conçut ppinr fine jeune fille une si violept^s passion 
qu*il en était devenu comme fou. L^autre , qui était magicien , 
lui dit : « Si tu promets de ne poinl Tembrasser, Je ferai en 
sorte qu^elle vienne te trouver. » Son camarade le promit , et le 
sorcier fit que la Jeune fille vint en effet dans la chambra de son 
ami; il était un fort beau garçon; il la reçut avec une eitrèroo 
joie, ci ils eurent une conversation fort tendre , et le néeroman* 
cien craignait toujours qu'il ne Tembrassàt. Et ne poavant résls* 
ter à Tamour qui le pressait, Tétudiant embrassa enfin la Jeune 
fille, et elle tomba aussitôt par terre et mourut. En la voyant 
privée de vie, ils furent saisis d'effroi. Le nécromancien dit 
alors : « Nous devons avoir recours aux moyens extrêmes. » Et 
il fit que le diable rapporta la jeune fille chez elle, et elle con<^ 
tioua de faire tout ce qu'elle faisait auparavant dans la maison ; 
mais elle était extrêmement p&le et ne parlait pas. Au bout de 
trois Jours, les parents allèrent trouver les théologiens et leur de» 
mandèrent leur oonseil sur ce qp'il convenait de faire. Et ceux* 
ci ayant parlé à la Jeune fille avec autorité, le diable s*enfuit et 
Tabandonua , et le cadavre tomba par terre en répandant uni 
odeur extrêmement infecte. Car le sang est ce qui donne une 
bonne couleur, et quant à l'esprit qui l'anime , il n'est pas au 
pouvoir dii diable de le produire ; c'est Dieu seul qui en est l'au- 
teur, 

II y a quelques années, dans le paysdeThuringe, le diable vou- 
lut emporter un jeune homme ; mais il se défendit vaillamment 
et lutta si longtemps que le diable dut céder. Le Jeune homme 
fit (lénitence et s'amenda , et il n*eut pas de mal. 



S6 PBOPOS DE TABLE DE MARTDi LUTHER. 

Vraiment , ce ne sont pas des histoires oiseuses et inventées i 
plaisir pour faire peor aux gens ; ce sont des récits effroyables 
et non des enfantillages , comme les appellent les épicuriens. 
Prions donc, mettons notre confiance en Dieu, et craignons d'a- 
voir le diable pour h6te ; il est beaucoup plus près de nous que 
nous ne Timaginons. Souvenons-nous aussi de ce qu*a dit saint 
Jean : « Le Fils de Dieu est venu aGn de détruire les œuvres du 
diable. » 

Le docteur Luther raconta une histoire qu'il tenait de maître 
Nicolas d'Amsdorf, qui lui en avait garanti l'exactitude. Il s'était 
arrêté durant une nuit dans une auberge, et il vit eïitrer dans sa 
chambre deux nobles qui étaient morts depuis quelque temps , 
et que suivaient deux valets munis de flambeaux ; ils allèrent 
vers lui , le réveillèrent , lui dirent de se lever, l'assurant qu'il 
ne lui serait fait aucun mal. Quand il se fut levé, ils lui firent 
écrire une lettre qu'ils lui dictèrent et qu'ils lui recomman- 
dèrent de remettre au vieux H.; ils disparurent ensuite: il re- 
mit fidèlement la lettre au Prince. Amsdorf m'a rapporté cela 
comme lui étant arrivé. L'on voit aussi dans beaucoup d'his- 
toires et de récits , que le diable ne se repose pas ; il est souvent 
à nos côtés sans que nous l'imaginions , et puisqu'il peut trou- 
bler et vexer nos âmes , à plus forte raison a-t-il pouvoir sur le 
corps. 

•Qi 

Dans les mines, le diable tourmente et tracasse les ouvriers; 
il leur présente des fantômes , de sorte qu'ils croient trouver de 
riches fiions d'argent et il n'y a rien du tout. Il peut en plein 
jour, sur la terre et à la clarté du soleil , faire croire aux gens 
qu'ils voient ce qui n'existe pas , et il trompe ainsi leurs sens ; 
dans les mines il agit bien souvent de la sorte. Parfois il a été 
trouvé de véritables trésors ; c'est un effet de la grâce de Dieu , 
mais ce n'est pas donné à chacun. Je sais bien que je n'ai eu 
aucun succès dans les mines , mais puisque telle a été la vo- 
lonté de Dieu , j'en suis content. 



LE IltABLE, LES SORCttRft, LKS UCL'BKt, ETC. S? 

J*aime mieuK que ce soit le diable plutAt que Tempereur qui 
me fasse périr ; si je succombe , ce sera du moins sous on puis» 
sant seigneur. Le diable me mord» mais je prendrai bien ma re* 
Tanche quand viendra le jugement dernier. 

Aucune maladie ne vient de Dieu » qui est bon et qui veut te 
bien de tous; elles viennent du diable, qui cause et produit 
tous maux et qui est l^auteur de la peste , de la vérole , de la 
fièvre , etc. LorsquMl se mète parmi les jurisconsultes II enfante 
toutes sortes de discordes et de trames; il change la justice en 
injustice et Tinjustice en justice. S*approche-t-il des grands sei- 
gneurs , des princes , des rois , il enfante des guerres et des mas- 
sacres. A-t-il accès auprès des théologiens, il en résulte des 
maux qu'aucune expression ne peut rendre ; de fausses doc* 
trines séduisent et corrompent les âmes. 11 n'y a que Dieu qui 
puisse mettre une digue à tant de calamités. 

iQi 

Le diable a deux occupations auxquelles il s*applique sans re- 
Iftche , et qui sont les bases de son empire : le mensonge.et Tbo- 
micide. Dieu a dit : a Tu ne tueras pas, tu n'auras pas d'autre» 
dieux. » Satan agit de toutes ses forces contre ces deux pré- 
ceptes. Il n'a d'autre but que celui de tromper les hommes en 
les attirant dans l'idolfttrie et de les faire périr. 

iQi 

Le 6 novembre 1538 , le docteur Luther dit : « Je tiens d^un 
exorciste qu'un jour il demanda aiu diable dans quel endrpit se 
trouvait un objet qui avait été perdu ; le diable lui désigna la 
ville , mais sommé de désigner la maison , il répondit : « Je ne 
le peux , car un brouillard épais me la cache. » Mais Dieu voit 
bien ce que le diable fait et ce qu'il projette , tandis que le diable 
ne peut connaître les pensées de Dieu et des saints. » 

waÊ 



58 PB0F08 DE TABLE DE MABTIN LUTHEK. 

he docteur Grégoire Bruck , chancelier de Saxe, raconta au 
docteur Luther Fhistoire que voici : « Deux nobles, de la cour 
de Tempereur Maximilien , étaient ennemis déclarés et avaient 
juré de se tuer i'uni*autre. Il arriva que durant la nuit, lé diable 
tua Tun d'eux avec Tépéede Tautre , et cependant on la retrouva 
rentrée dans le fourreau et suspendue au chevet du lit , mais ta- 
chée de sang. Le survivant fut mis en prison comme véhémen- 
tement soupçonné d*ëtre Tassassin, mais il put prouver par des 
témoignages irrécusables , quMl n*était pas , cette nuit-là , sorti 
de son auberge; ott pensa alors que c'était le diable qui atait 
commis le meurtre , et le survivant fut condamné & mort; tnais 
sa peine fut mitigée de la manière suivante : on le meiia sur la 
place publique , on enleva la terre que couvrait son ombre et 
on le bannit du pays. Cest ce qu'on appelle la mort civile , et il 
la méritait , parce qu'il avait eu l'intention de tuer son ennemi. » 
— Le docteur Luther répondit : « Il en arrive toujours mal à 
ceux qui font alliance avec le diable et qui se laissent induire à 
péché par lui ; il fdit d'abord semblant de les flatter et de les se- 
conder, puis il les fait tomber dans l'ablme. » 

On deraâtidà au docteur Martin , si Samuel , qui apparut au 
roi Saiil à Vinvdcation de la Pythonisse *, ainsi qu'il est rapporté 
au l«r livre des Hoi$ (ch. xxyiii, v. 14), était veritabietnent le 
prophète. Il répondit : Non, c'était un spectre et un mauvais es- 
prit qui avait revêtu cette forme. Ce qui le prouve , c'est que 

' Oa formerail une colleclion considérable si l'on parvenait à rasseni- 
bier une parlie des écrits qui ont eu pour but de discuter In problème 
que soulève l'apparition de Samuel. Indiquons les principaux, d'entre 
eux. 

G. Lesseos , Sotuiio quœsiionis : quomodo Venefica Endorea Saûlem 
regem vito Samuele agnoicere poluerit ? ienmy 17S4. 

W. Chrysander, De vero Samwle posi mortem êuam eum SatUe Uh 
quenie. We!mst., 1749. 

A. G. Waener, De Endorensi prœsligialrice. Golling., 1738. 

Nous laissons de cdté diverses dissertations en allemand de Bieber 
WiUemberg, 1752), de Kleberg (Brème, i754) , de Scbroer (Leipzig, 

17S«V 



LE DIABLE, LES SORCIERS^ LES I?ICUBES, ETC. 39 

Dien avait défendu, dans la loi de Moïse, que Ton interrogeât les 
morts ; ce fut donc un démon qui se montra sous la forme de 
rhomrae de Dieu. De même un abbé de Spanheim, qui était sor- 
cier et nécromancien, fit apparaître devant l'empereur Ifaximi-^ 
lien tous les empereurs ses prédécesseurs et les héros célèbres, 
et ils défilèrent devant lui avec les traits et le costume qui les 
caractérisaient de leur vivant, et parmi eux il y avait Alexandre 
le Grand , Jules-César, ainsi que la fiancée de Tempereur que le 
roi de France, Charles, lui avait enlevée; mais toutes ces appa- 
ritions étaient Tœuvre du démon. 

Le 15 janvier 1539, on parla de la grande sécurité dont on Jouis- 
sait dans ces derniers temps. Et le docteur Martin dit : « Ah! Ton 
ne doit pas se regarder comme si tranquille, car nous avons un 
grand nombre d'ennemis et d'antagonistes déchaînés eontre 
nous; ce sont les diables, dont la multitude est telle qu'il n'y a 
pas moyen de les compter; et ce ne sont pas seulement des dia- 
bles enchaînés dans l'enfer, mais des diables qui résident sur la 
terre , des diables qui sont à la cour et auprès des princes, et 
qui , depuis très-longtemps , sont bien habiles ; ils ont une pra- 
tique et expérience de cinq mille ans. Satan a mis sans relâche 
tout son pouvoir en œuvre pour tenter et tromper Adam , Ma- 
thusalem, Enoch, Noé, Abraham, David, Salomon, les prophètes, 
les apôtres, notre Seigneur Jésus-Christ lui-même et tous les fi- 
dèles. » 

Le diable est un esprit triste, et il afflige les hommes; aussi ne 
peut-il souflfrir que l'on soit joyeux. De là vient qu'il fuit au plus 
vite lorsqu'il entend la musique, et qu'il ne reste jamais lorsque 
Ton chante surtout de pieux cantiques. C'est s^insi que David dé- 
livra , avec sa harpe , Saâl qui était en proie aux attaques de 
Satan. 

mn 

Le docteur Luther dit , en 1541 , que la musique était un don 
4e Dieu qui était tout à fait en opposition avec le diable, et qu'on 



10 PROPOS DE TABLE DE MARTI» LUTHER. 

pouvait s*en servir pour éloigner les pensées et les tentations 
<Jont il nous assaille, car le diable ne peut souffrir la musique. 
£t le docteur, se tournant vers un de ceux qui étaient à table 
avec lui , lui dit : «Gardez-vous bien d*entreren contestation et 
en controverse avec le diable ; ne disputer pas avec lui sur la 
loi» car il a plus de mille tours de passe-passe, et il peut trom- 
per les hommes de la façon la plus merveilleuse.» 

LÀ-dessus, maître Leonbard , le ministre de Guben , dit que 
lorsquMl était prisonnier, le diable rayait bien tourmenté, et que 
plus d*une fois, lorsqu*!! avait pris un couteau à la main , Satan 
lui avait dit : « Allons, frappe-toi, » mais qu*il avait jeté le cou- 
teau loin de lui. Et il ajouta que le diable Tavait tracassé au 
point qu*il ne pouvait plus réciter Toraison dominicale ni dire 
des psaumes, bien quHî les sût parfaitement. — Le docteur Lu- 
ther répondit qu'il lui en était arrivé de même, et que le diable 
lui avait souvent troublé la mémoire au point qu*il ne se sou- 
venait plus de ses prières. 

Lé docteur Luther dit un jour : «Le diable met à la place des 
enfants d'autres enfants, que les savants appellent svppoÊiti, et 
les Allemands des Hlleeroffi, II vient parfois trouver de jeunes ' 
filles dans Teau ; il les engrosse, et il est près d'elles lorsqu'elles 
accouchent ; alors il emporte ces enfants et il les substitue à 
d'autres qu'il dérobe à leurs mères dans les six premières se- 
maines de leur naissance. Mais, à ce que Ton assure, ces enfants 
du diable ne peuvent vivre au delà de dix-huit ou dix-neuf ans. 

SOI 

Il y a huit ans, à Dessau, je vis et touchai un enfant qui avait 
été changé en nourrice par les esprits . et qui avait douze ans ; 
il avait les yeux et tons les membres comme un autre enfant : il 
ne faisait que manger, et il consommait chaque jour autant qu'au- 
raient pu le faire deux paysans ou deux batteurs en grange. Si 
quelgu'ui) vepait à le toucher, il criait ; lorsque quelque malheur 



LE DIABLE, LfIS SORCIERS, LES LHCUBES, ETC. Ai 

sorvenait daus la maison , il riait et était joyeux ; mais lorsque 
tout allait bien, il pleurait et il manifestait une grande tristesse. 
Je dis au prince d*Anbalt que si j'étais souverain du pays» je me 
hasarderais à être homicide en pareil cas, et que je jetterais Ten* 
fant dans la Moldau. J'exhortai les habitants de Tendroit à prier 
Dieu avec ferveur pour qu'il les débarrassât du diable ; ce qui 
fut fait, et la seconde année après, Tenfant mourut. Les enfants 
de cette espèce ne sont, à mon avis, que des masses de chair pri- 
vées d'àme. 

En Saxe , près d*Ualberstadt, était un homme qui avait aussi 
un de ces killecroffs ou enfants changés. Il tétait au point qu'il ne 
laissa pas une goutte de lait à la mère et à cinq autres femmes, 
et, en outre, il mangeait énormément. On conseilla à cet homme 
d'aller en pèlerinage à Halberstadt, de vouer l'enfant à la vierge 
Marie et de le faire bercer en cet endroit. L'homme suivit ce 
conseil et il apporta l'enfant dans un panier ; et comme il passait 
une rivière sur un pont, un autre diable qui était dans l'eau se 
mit à crier : « KillecroiT! killecroff ! » i.'enfant qui était dans le 
panier , et qui jusqu'alors n'avait pas proféré un mot. répondit : 
<r Oh ! oh ! oh ! »— Le diable qui était dans la rivière lui cria : o Où 
vas-tu ? » et l'enfant répliqua : « Je vais à Halberstadt, vers notre 
mère chérie , pour m'y faire bercer. » Le paysan , saisi d'épou- 
vante , jeta enfant et panier dans la rivière ; et alors les diables 
Ski mirent à crier ensemble : « Oh ! oh ! oh ! » puis, après avoir 
fait quelques cabrioles, ils disparurent. 

Un gentilhomme alla voir un paysan qui était possédé du dia- 
ble, et il dit au démon : « Pourquoi tourmentes-tu ainsi ce pauvre 
homme? que ne vas-tu plutôt t'en prendre aux grands seigneur^ 
de la cour? Laisse ce malheureux tranquille. » Le diable répon- 
dit : « Je le ferai bien volontiers, pourvu que tu me laisses passer 
en toi. » Le gentilhomme répondit : «Garde-t'en bien ! » Alors le 
diable dit : « Permets-moi du moins de demeurer dans la dou- 
blure de ton habit; tu n*en ressentiras aucun inconvénient, et 

i. 



42 PHOROS PE TABLE DE HARTIN LUTHER. 

dans tous les tournois et exercices tu remporteras la victoire. » 
Le gentilhomme le lui permit; et en effet, dans tous les tour- 
nois et rencontres il fut vainqueur, et il s'acquit beaucoup de 
gloire. Lorsque cela eut duré quelque temps, il se dit à lui- 
même : « Cela va bien en ce moment, mais je prévois bien ce 
qui m^attendrait après ma mort; il faut donc changer de vie. » 
Et il donna congé au diable ; puis, quittant la cour, il se retira 
dans un hôpital et s*y voua au service des pauvres. 

SGC 

On dit au docteur Luther que N. * voyait le diable qui se mon- 
trait à lui sous la forme d^nn homme. — Il répondit : «Tant pis 
pour celui qui reçoit le diable chez lui. Le docteur Luc Gauric, 
le magicien quMl a fait venir d'Italie , m'a souvent dit sans dé- 
tour que N. avait des intelligences avec le diable. » 

On demanda à table , au docteur Luther, si Ton baptisait les 
killeeroft. Il répondit: «Oui, puisque d'abord on ne peut les re- 
connaître pour ce qu'ils sont ; mais Ton s'en aperçoit bientôt, 
parce qu'ils épuisent leurs nourrices. » 

Un jeune ouvrier, qui exerçait la profession de maréchal fer- 
rant, était poursuivi par un spectre qui le suivait de çà et de là 
dans toutes les rues de la ville. Il fut amené chez le docteur Lu- 
ther qui l'examina depuis six jusqu'à huit heures du matin , en 
présence de plusieurs personnes doctes , et qui lui demanda s'il 
savait 1q catéchisme. L'ouvrier répliqua que le spectre lui avait 
reproché d'avoir péché contre Dieu en recevant la communion 
sous les deux espèces, et qu'il avait fini par lui dire : « Si tu re- 
tournes dans la maison de ton maître, je te tordrai le cou. » 
C'est pourquoi il n'était pas rentré depuis plusieurs jours. — Le 

' U est probable qu'il l'agit ici du due George de Saxe , adversaire dé- 
fiée de Luther. 



LE DIABLE, LES SORCIERS, LES 1!«CUBBS, ETC. 43 

docteur Luther nous dit : a II ne faut pas ^uter légèrement foi à 
chacun , car il y a beaucoup dMmposleurs; et d'ailleurs , quelle 
que fût rinjouction donnée {Kir le spectre à ce jeune homme , il 
ne devait pas cesser son travail. » — Et il lui dit : « Garde-toi 
bien de mentir ; crains Dieu ; écoute avec assiduité la parole de 
Dieu ; retourne chez ton maître, et vaque aux travaux, de ta 
profession ; si le diable revient, dis-lui : Je ne t'écoute pas, je 
fais la volonté de Dieu , qui m'a appelé à ce métier, et un ange 
viendrait du ciel pour m'en détourner que je ne lui obéirais 
point. » 

L'apôtre donne au diable le titre de possesseur delà puissance 
et de la force de la mort [Epîtré aux Hébreux^ cb. ii, v. 15], et 
Jésus-Cbrist l'appelle un meurtrier (saint Jean , cb. yih, v. 44). 
Il est si habile, que d'une petite feuille d'arbre il peut tirer la 
mort. Il a plus de vases et de flacons remplis de poisons avec 
lesquels il tue les bommes, qu'il ne s'en trouve chez tous les apo- 
thicaires de Tunivers entier. Si uu poison ne lui réussit pas, il 
essaye d'un autre. En somme, le pouvoir du diable est plus grand 
que nous ne pouvons nous l'imaginer; il n'y a que le doigt de 
Dieu qui puisse le surmonter. 

Je maintiens que Satan produit toutes les maladies qui affli- 
gent les hommes i, car il est le prince de la mort. Saint Pierre a 
dit: « Le Christ a guéri tous ceux qui étaient au pouvoir du diable.» 
Jésus-Christ ne guérit pas seulement ceux qui étaient possédés, 
mais encore rendit^il la vue aux aveugles, l'ouïe aux sourds, la 
parole aux muets, la force aux paralytiques; aussi je pense que 
toutes les graves inflrmités sont des coups et des plaies, œuvre 
de Satan. 11 les emploie comme des instruments naturels, tout 
comme un assassin se sert d'une épée ou de toute autre arme. 
De même Dieu emploie des moyens naturels pour maintenir la 

' iiaque, dttTertulliea en partant d«t démons {Apolorj.y c. 22}, corpori- 
bus quidem ei valeiiidinei infiiguni et aliquos catm aeerboi* 



44 raofOtt i>c table de mabtin lutber. 

vie et U santé de rbomme, tels que le sommeil» le boire, le 
manger , etc. Le diable nuit aussi à Thomme et le tue par des 
moyens qui lui sont propres; il empoisonne l'air, etc. 

dm 

Un médecin répare Touvrage de Dieu, il assiste le corps; nous 
autres tbéologiens, nous venons au secours de Tâme que le dia- 
ble a endommagée. Le diable donne du poison pour tuer les 
hommes, un médecin donne de la tbériaque ou toute autre dro- 
gue ; il emploie la créature pour assister la créature, c'est-à-dire 
le remède pour soulager le malade. 

U est surprenant que des remèdes que donnent et appliquent 
de grands princes et seigneurs soient efficaces et salutaires, et 
qu*ils demeurent sans effet lorsqu'un médecin les emploie. J*ai 
appris que les deux électeurs de Saxe, le duc Frédéric et le duc 
Jean, ont une eau qui guérit les maux d'yeux lorsqu'ils la don- 
seqt, que le mal vienne du chaud ou du froid. Aucun médecin 
ne saurait l'employer. C'est ainsi que dans les matières spiri- 
tuelles, un prédicateur a plus d'onction , remue plus les con- 
jciences qu'un autre. Nous pouvons donc employer les remèdes 
pour le corps comme une bonne chose que Dieu a créée. 

Notre bourgmestre me demanda un jour s'il était contre la 
volonté de Dieu d'employer des remèdes. Carie docteur Carlstadt 
avait publiquement prêché que celui qui était malade ne devait 
employer aucun remède, mais oiTrir^son mal à Dieu et prier le 
Seigneur que sa volonté s'accomplisse. Je lui demandai s'il man- 
geait lorsqu'il avait faim; il me répondit qu'oui. Alors, je lui 
dis : «Vous devez de même avoir recours aux remèdes qui ont été 
créés par la puissance de Dieu , aussi bien que ce qu'on mange, 
ce qu'on boit, etc., et que toutes les autres choses que nous em- 
ployons aux usages de la vie. » 

Dieu emploie le diable pour châtier les hommes de leurs pé- 
chés et de leur ingratitude par beaucoup de maladies, de maux, 
de fléaux, tels que la peste, la guerre ; de sorte que c'est le dia- 



LE DUBLE» LES SORCIERS, LES IHCUIBS, ETC. 45 

ble , et non pas Dieu , qui est l*autenr de toutes les catemités 
que nous éprouvons. Tout ce qui donne la mort, sous quelque 
nom qu'on rappelle, est un instrument dont le diable fait usage 
et quMl emploie sans cesse contre le monde. Par contre , tout ce 
qui sert à la vie est un don, une grftce et un bienfait de Dieu. Il 
tue quelquefois, mais c*est pour donner la vie. ainsi que le dit 
sainte Anne dans son cantique : « Le Seigneur tue et fait revivre»; 
mais lorsque Timpiété et les péchés de tout genre prévalent par- 
tout, alors le diable est le bourreau du Seigneur. Dans les temps 
de peste, il souffle sur une maison et il y répand la désolation. 

SOC 

Satan trouble et poursuit les hommes de toute manière : du- 
rant leur sommeil , il les vexe et les effraye avec des songes pé- 
nibles et des apparitions, et le corps tout entier est en sueur par 
suite de Textrème anxiété du cœur. Il conduit parfois les gens 
endormis hors de leur lit et de leur chambre, dans des lieux 
élevés et dangereux ; et, si ce n'était à cause de Vassislance et 
de la protection des saints anges qui sont auprès d'eux , il les 
précipiterait en bas aOn de les tuer. 

Le diable est non-seulement un habile docteur, mais encore 
plein d'expérience et d'habileté ; voici six mille ans qu'il est à 
Tœuvre, qu'il exerce son métier et qu'il déploie son savoir-faire. 
Personne ne l'emporté sur lui, si ce n'est Jésus-Christ. H a aussi 
tenté d'employer son habileté vis-à-vis du Sauveur, puisqu'il lui 
dit, ainsi que le rapporte saint Matthieu (ch. iv, v. 9): « Si tu te 
prosternes devant moi, et si tu m'adores, je te donnerai tous les 
royaumes du monde. » Il ne disait plus, comme précédemment : 
« Es-tu le fils de Dieu ? » mais il disait : « Je suis Dieu, tu es ma 
créature, car toutes les puissances et souverainetés du monde 
sont à moi, et j'en dispose ainsi que je l'entends; si tuveuxm'a- 
dorer, je te les donnerai. » Jésus-Christ ne put souffrir ce blas- 
phème ; il appela le tentateur par son véritable nom , et il le 
chassa : « Retire-toi, Satan . » 



4(t PROPOS DE TABLE DE MARTIN LUTHER. 

A Moblbourg, dans le pays de Thuringe , non loin d*Erfurt, 
il y avait un musicien qui allait jouer aux noces pour de Pargent: 
il se plaignit au ministre de sa paroisse d*ètre tous les Jours at- 
taqué par le diable qui Tavait menacé de Tenlever, parce 
qu'un Jour il avait bu dans un grand verre où quelques gens 
avaient mêlé , par espièglerie , du crotin de cheval avec du vin. 
Le ministre le consola , pria pour lui et Tinstruisit, lui exposant 
beaucoup de passages de TËcriture sainte qui sont dirigés contre 
la diable. Le musicien fut tellement rassuré qu'il ne douta plus 
du salut de son àrae et qu*il dit : « Le diable ne peut faire aucun 
mal à mon âme, mais il emportera mon corps. » 11 reçut donc 
le saint sacrement du véritable corps et du sang de Jésus-Christ. 
Le diable lui annonça à Tavance quand il viendrait et remporte- 
rait. Alors on lui donna des gardiens pour veiller avec lui dans 
cette crise ; ils priaient avec lui et lisaient la parole de Dieu. 
Cela dura pendant quelques jours. Un samedi, à minuit, les 
gardiens étant à leur poste et quelques-uns se tenant auprès du 
musicien avec des lumières, il vint un grand ouragan qui étei- 
gnit toutes les lumières , et il enleva le musicien et le mena , en 
traversant des chambres qui étaient cependant fermées , jusqu'à 
une petite et étroite croisée d'où il tomba dans la rue. Et Ton 
entendit un grand bruit, un vacarme comme celui que feraient un 
^nd nombre de gens armés de pied en cap qui combattraient 
ensemble. Et le musicien avait disparu , si bien que personne 
ne savait où il était. Le matin on le chercha de çà et de là , 
et on le trouva gisant les bras étendus , mort et noir comme du 
charbon , dans un petit ruisseau qui coule près de Mohlbourg. 
Cette histoire est très-certaine, dit le docteur Martin ; c'est 
ainsi que me Ta racontée Frédéric Mecum, pasteur à Gotha ; 
et il la tenait de Jean Becken, qui était alors ministre à Mohl- 
bourg. 

WSÊ 

Le docteur Luther dit en 1543 : « Il y a vingt ou viugt^sept 

ans que vivait à Eisenach un musicien qui était aux prises avec 

diable ; Satan voulait l'enlever parce qu'il avait joué à la noce 



LE DIABLE» LB8 ftOftClSRS, LES INCVBfiS, ETC. 47 

d'une mariée qui avait été promise à un autre homme que celui 
qu'elle épousa. Dans son angoisse, ce musicien s'adressa ft Juste 
Menius et à plusieurs pasteurs, qui tous le consolèrent arec des 
sentences tirées de rÉcriture sainte, lui donnèrent le sacrement 
et Tabsolution, veillèrent nuit et jour auprès de lui et scellèrent 
les fenêtres et les portes afin qu'il ne fût pas emporté. Enfin il 
dit : a II ne peut faire aucun mal à mon lime , mats U /emportera 
mon corps aujourd'hui à huit heures, i» L'on redoubla de surveil- 
lance , mais le diable vint et il fracassa deux ou trois des car- 
reaux du poêle et il enleva le musicien. Le matin on le chercha 
de tous côtés, et on le trouva, non loin de la ville, roide mort 
et accroché à un coudrier. » 

Un noble , non loin de Torgau , alla un jour se promener, et 
il rencontra un homme auquel il demanda s'il voulait se mettre 
à son service , car il avait besoin d'un serviteur. Celui-ci lui ré- 
pondit qu'oui et qu'il le servirait. Le noble lui demanda com- 
ment il s'appelait, et l'homme répondit qu'en bohémien on rap- 
pelait N. N. ^< Eh bien! dit le noble. Viens avec moi. » Et il 
le mena à ses écuries , et il lui montra les chevaux qu'il avait à 
soigner. 

Ce noble était un homme sans pitié et adonné à la rapine. Il 
s'absenta un joiir et il ordonna à ^h terviteur d*avoir grand 
soin d'un Cheval auqtiel il était fort attaché. Dès qu'il se fut éloi- 
gné, le serviteur céhduisii le cheval au sommet d'une toui* éle- 
vée ; quâtad le noble retînt, le cheval Taperçut et le reconnut , 
et il se mit à hennir et étendre la tête. Le noble demanda où 
était son cheval, et le valet répondit qu'il avait agi de la sorte 
pour mieux accomplir les intentions de son maître. On ne put 
jamais faire repasser le cheval par où il était monté , et il fallut 
le descendre, du haut de la tour par le moyen de cordes et de 
poulies. — Quelque temps après, ce noble ayant été fait prison- 
nier et étant retenu en prison , demanda à son valet s'il ne pou- 
vait pas le secourir. Celui-ci lui répondit : « C'est en mon pou- 
voir; nais ik'ét«ndip»a aitifti les bras devant tDi, car J« ne ^pênkn le 



48 PEOPOS DE TABLE DE MkSLTlS Lt'THBR. 

^offrir. » Il parlait ainsi parce que le noble avait étendu ses 
bras en forme de croix. Puis il le prit et remporta à travers les 
airs avec toutes ses chaînes et ses fers. Le noble épouvanté s*é- 
cria : « Bon Dieu , où suis-je? » Aussitôt le valet le laissa tom- 
ber dans une mare; il alla ensuite trouver la femme de ce gen- 
tilhomme et lui dit : «( Ton mari est en tel endroit. » Elle ne 
voulut pas d^abord y croire, mais il lui dit : « Eh bien ! vas-y 
voir. 9 Elle y fut, et elle trouva son mari enfoncé dans le bour- 
bier; elle le débarassade ses liens et le ramena à son château. 

Satan essaya de faire périr notre prieur, il fit tomber sur lui 
un pan de mur; mais Dieu le préserva miraculeusement de ce 
danger. 

Le diable fait courir certaines gens, durant leur sommeil , de 
côté et d'autre ; on dirait , à les voir agir, qu'ils veillent. Les pa- 
pistes prétendaient , dans leur superstition , que ces gens-là n'a- 
vaient pas été bien baptisés , ou que le prêtre était ivre lorsquMl 
leur administra ce sacrement. 

Nous ne pouvons aujourd'hui chasser les démons avec cer- 
taines cérémonies et certaines paroles , comme le faisaient les 
prophètes, Jésus-Christ et les apôtres. Nous devons prier, aii 
nom de Jésus-Christ , pour que le Seigneur veuille bien , dans 
sa miséricorde, délivrer les possédés. Et si cette prière est faite 
avec foi, ainsi que l'assure Jésus-Christ ( Saint Jean, cb. xti, 
v. S.3 ), elle est si puissante et si efficace que le diable ne peut y 
résister, ainsi que je pourrais en rapporter des exemples. Mais 
nous ne pouvons nous-mêmes chasser les mauvais esprits, nous 
ne pouvons même l'entreprendre. 

Les hommes sont possédés de deux manières, les une en 



LE DfABLB, LES SOftCIERS, LES 1?«CUBIS, ETC. 4^ 

corps, les autres en esprit, comme tous les impies. Quant aux 
furieux qu*il possède corporellemeut, il a , par la permission de 
Dieu, puissance sur le corps qu'il agite et quMl vexe , mais il ne 
peut rien sur r&me , quMI est forcé d'épargner. Les impies qui 
persécutent la doctrine divine et qui traitent la vérité de men- 
songe , ceux-là sont malheureusement bien nombreux de nos 
jours , et ils sont en esprit possédés du diable; ils ne peuvent en 
être délivrés , mais ils demeurent ( c'est horrible à entendre ) 
ses prisonniers, comme, du temps de Jésus-Christ, Anne, Caîpbe 
et tons les Juifs impies que Jésus-Christ lui-même ne pouvait 
délivrer du diable , et tel qu'est aujourd'hui le pape avec ses 
évêques , ses partisans , ses satellites et ses tyrans cruels. 

Le diable peut être expulsé par les prières de l'Église entière, 
lorsque tous les ebréticos se mettent de concert à genoux et 
adressent à Dieu une oraison fervente , laquelle est si puissante 
qu'elle s'élève au-delà des nues et qu'elle est exaucée , ou bien 
celui qui veut expulser le diable doit être très-éclairé en esprit 
et avoir une ferme et constante résolution , et alors il est certain 
d'être entendu, ainsi qu'il est arrivé à Éiie, Elisée, Pierre, 
Paul, etc. 

Un moine était en voyage, et il rencontra un homme qui était 
bien armé et qui portait une arquebuse. Le moine fut bien con- 
tent d'avoir rencontré un compagnon de voyage , car la route 
n'était pas sûre. Lorsqu'ils eurent fait une partie du chemin , le 
moine demanda àson compagnon s'ils étaient dans la bonne voie, 
et celui-ci répondit: « Non. » Le moine, se voyant sur une route 
qui lui était tout tout à fait inconnue, commença à avoir grand 
peur. Son compagnon lui dit : « Moine , donne-moi ton man- 
teau. » Et il lui sembla alors qu'un tourbillon de vent furieux 
lui enlevait son manteau. 11 prit la fuite à toute jambe et il cou- 
rut jusqu'au village le plus proche, où il arriva à demi mort et i 
raconta ce qui lui était arrivé. 

asac 



90 PftOPOS DE TABLE Dfi lUBTIN LUTHER. 

Le prieur d*un monastère se mit en voyage avec un .ftHlM 
frère , et quand ils furent arrivés à une auberge, l'li6te leur dit 
qu'ils étaient les bienvenus et qu'ils lui porteraient bonheur, 
car il avait dans une chambre uu malin esprit que personne ne 
pouvait chasser, et ceux qui logeaient là étaient battus et tour- 
mentés de toutes façons. Et il ajouta quMl ferait placer, pour les 
respectables pères, un bon lit dans cette chambre, car le diable 
n'aurait aucune prise sur d'aussi saints personnages. La nuit , 
lorsqu'ils se furent couchés et qu'ils voulaient dormir, l'esprit 
commença à faire du bruit et à les tourmenter ; les moines se 
dirent alors l'un à l'autre : « Mon frère , demeure en repos et 
laisse-moi dormir. » Le diable revint une seconde fois et il prit 
le prieur par la tète , et celui-ci s*écria : « Retire-toi , au nom 
du Père , et du Fils et du Saint-Esprit , et reviens nous trouver 
dans le couvent. » Et après qu'il eut ainsi parlé ils restèrent en 
repos et ils s*endormirent. Lorsqu'ils revinrent dans le couvent, 
le diable était assis sur le seuil de la porte et il se mit à crier : 
« Sois le bienvenu , père prieur. » Ils ne furent point troublés, 
car ils voyaient qu'il était en leur puissance et en leurs mains , 
et ils lui demandèrent ce qu'il voulait. 11 répondit qu'il désirait 
les servir dans le couvent , et il demanda qu'on lui indiquât un 
endroit où ils pourraient le trouver lorsquUls auraient besoin de 
son service. Et ils lui assignèrent un coin de la cuisine ; et aGn 
qu'on pût le reconnaître , ils lui donnèrent un froc auquel ils 
attachèrent une petite clochette, comme un signe auquel on le 
distinguât. Ensuite ils l'appelèrent pour qu'il leur apportât de la 
bière. Alors ils l'entendirent courir et dire : « Donnez-moi de la 
bonne bière, et je tous apporterai de bons écus. » Il fut connu 
dans la ville entière. Lorsqu'il allait chez un débitant et qu^on 
ne lui donnait pas la quantité convenable , il disait : « Donnez- 
moi pleine mesure et bonne bière , je vous ai donné de bon ar- 
gent. » Ces papistes pensaient quMl y avait de bons esprits qui 
pouvaient obtenir le salut et qui servaient les hommes ; c'est 
ainsi que les païens envisageaient leurs dieux lares , ignorant 
qu'ils n'adoraient que des démons. Un cuisinier du couVent se 
plut à tourmenter cet esprit en jetant des plats et des débris 
dans le coin où il était , et ayant continué, quoique averti plu- 



LE DIABLE, LES SORCIEBS, LES INCUBES, ETC. 5i 

sîeim fois de cesser, Tesprit le blessa en faisant tomber sur lu( 
une poutre de la cuisine ; alors le prieur le força de partir. 

ne 

Le docteur Luther raconta un jour que le diable était, en un 
certain yillage, entré dans le corps d*un paysan. Un ipoinc avait 
voulu le chasser, et il s'élit réupi à d'^u^r^s moines, et toi^ en- 
semble s^acheminèrent processionnellemeiAt et en grande pompe 
vers la maison du poss^clé, etqua^nfl ils y entrèrept, le diablu 
s*écria par la bouche du payssin : « Q mpn peuple, qne Tai-je 
fait?» 

aa 

Le docteur Luther dit que Ton pouvait singulièrement (leher 
les sorcières qui volent du lait et du beurre, en «'emparant de 
ces pbjets et en les mettant sur des cbarbons ardents; alors Sa* 
ta^ tourqiente tellement les sorcières qu'elles sont forcées de 
veqir ; m^is le moyen qu'employait Pomeranus était le meilleur 
de tous : il satisfaisait ses besoins dans le chaudron et mêlait ses 
eieréments au lait *, de sorte que ces coquines ne pouvaient ti- 
rer sucun parti de ce qu'elles avaient dérobé. 

Ouant aui possédés, je pense que tous les blasphémateups et 
les usuriers sont tourmentés par le diable. Les médecins attri- 
buent beaucoup de ces cas à des causes naturelles , et parfois 
leurs remèdes apportent quelque soulagement , mais ils igno- 
rent quelle est la puissance et la force des démons. Est-ce que 
Sat^Q ne pourrait pas rendre les hommes frénétiques et insensés , 
lai qui remplit les cœurs de fornication, de meurtre, de rapine 
et de tout penchant déréglé ? 



L'on a brûlé, à Erfurt, un magicien qui, durant quelques an- 
nées, était en proie à la tristesse , parce qu'il se trouvait dai)s 
une grande pauvreté. Satan lui apparut sous une forme visible, 
et lui promit de le combler de biens s'il voulait renoncer au 

' Cacabat ewim in oUam et immUcebat lac ei stercus. 



81 PROPOS DE TABLE DE MARTI3I LUTHER. 

baptême et à la rédemption par Jésus-Christ, et promettre de 
ne jamais faire pénitence. Le malheureux souscrivit à ces con- 
ditions; Satan lui donna aussitôt un miroir avec lequel il pouvait 
deviner Tavenir, et il devint renommé et riche, car l'on s'adres* 
sait beaucoup à lui. Enfin le diable le poussa à déclarer, par 
rinspection de son miroir, coupables d'un vol des gens qui 
étaient innocents, ce qui le fit mettre en prison; et là , violant 
rengagement qu'il avait pris envers Satan, il fit appeler un mi- 
nistre de rËvangile . et il fit une pénitence sérieuse , exhortant 
ensuite le peuple à profiter de son exemple pour ne pas s'écar- 
ter de Tobéissance due à Dieu ; il subit son supplice avec joie. 

. » ' 

Lors delà messe que Ton célèbre le matin de la fête de Noël \ 
les sorciers et les sorcières emploient bien des sortilèges , et en 
voici un entre autres : Un sorcier s'asseoit, après le coucher du 
soleil, dans un endroit où quatre chemins se croisent; il prend 
trente florins et trace un cercle autour de lui , et il ne regarde 
point derrière lui , autrement le diable lui tordrait le cou sur- 
le-champ. Il se met ensuite à compter cet argent jusqu'à ce que 
sonne l'heure de la messe , comptant d'abord dans Tordre régu- 
lier, et ensuite à rebours 30, 29, 28, 27, etc. S'il se trompe dans 
renonciation de ces chiffres . le diable lui tord aussitôt le cou. 
Ensuite le diable s approche de lui , et lui montre beaucoup de 
gens décapités, pendus et des supplices horribles. Il reçoit en- 
fin du diable un florin magique qui, chaque nuit, en produit un 
autre. L'on a eu la preuve de cela dans le village de Pantzsch- 

' La niiU de Noël joue un grand rôle dans l'hiMoire de la sorcellerie { 
e'e>l une iradilion que l'on rencontre dans toute l'Europe, en Italie 
comme en Suéde. Bornons-noua â un acul exemple que nous fournit la 
France et que nous empruntons aux savantes et curieuses Recherches de 
M. Alfred Maury sur les Fées du moyen âge (1843 , p. 59). En allant d'.il- 
u)cs i Daropifrre, deux ou trois cents pas environ avant d'arriver à la 
montée qui conduit de Chartres à Tours, on remarque, à gauche sur le 
gazon, une pierre plate d'environ trois pieds ; c'est le fameux perron de 
Caréme-prenant, où, d'après le dire des gens du pays, tous les chats des 
hameaux voisins ou plutôt les diables, sous ceue form'^ qu'ils airoenti 
revêtir, viennent faire le sabat la nuit doNo^l. 



C0!«TE8, APOLOGUES ET JOYEUX DEVIS. S5 

dorff, où notre sénat a fait arrêter une vfeille femme qui po«è* 
dait un semblable florin. Voie! comment elle a été découverte. Elle 
allait s'absenter pour quelque temps, et elle avait recommandé à 
sa serrante, lorsqu'elle aurait trait sa première vache, de faire 
bouillir le lait et de le verser dans un pol, et de le serrer en- 
suite dans un coffre. La servante, pensant que la chose ne pres- 
sait pas, trait toutes les vaches; elle apporte ensuite le lait, et 
ouvrant le coffre, elle aperçoit un veau tout noir qui ouvre une 
gueule effroyable; saisie de surprise et d'épouvante, elle lui jette 
à travers le poêlon plein de lait. Le diable , caché sous la figure 
de ce veau , s'enfuit alors , et le feu prit à cette maison , mais 
ce fut la seule qui fut brûlée. La vieille et la servante aynnt été 
arrêtées, celle dernière raconta tout ce qui s'était passé. Le juge 
promit à la vieille qu'elle aurait la vie sauve si elle avouait tout; 
et dans sa confession , elle raconta ce qui concernait le florin 
magique. 

CONTES , APOLOGUES BT JOYEUX OETIS '. 

Quoiqu'un chrétien doive être circonspect dans ses propos, afin 
de n'offenser pei*sonne , cependant , pour délasser l'esprit , une 
conversation enjouée est permise entre amis. 

On raconta divers exemples de procès singuliers. L'ftne d'un 

' Parmi les joyeoselés tliics à la Ubie de Luther, il s'en rencontre qoi 
rendent la lAcbe d'un traducieur bien difficiio; il court le riitque d'Mre 
beaucoup trop clair, ou de ne donner qu'une bien fausse idée du texte 
qu'il a soua les yeux. Nous prenons le parti de iai^^ser en latin le récit 
suivant, qui a tout l'air d'une page d"8 Facéties de Poggeou des nouvelles 
de llorliiio égarée au miliou des Tischreden. 

«Oeinde dicebanl de qiiodam magisiro, quem Rra«mus Roterodamus fi« 
lio ducisGeorgii psdagogum rx Flandria mis<>ral : Is euro in balnea pu- 
blica ivisset, sine femoraii, cui cum ancilla obviassel, fémorale ofTereiis, 
nduit, ita lamen ut testes legerenlur, priapo emiuente ; ibi secunda an-> 
cilla con.*ucio more, ei fémorale induit. Kespondil D. Martinus Lutherus : 
Najoremne induslriam habere deberet qûam dux Jobannes smn discipu- 
us, qui cum semel in mensa sedisset, ejusque priapus ex tibtalibus pro- 
^issetnec enm tegeret, ibI admonafl eum raus arcbilriclinus his verbis : 



M PROIK» DB TABLE BE MARTIN LUTEEB* 

meunier était entré dAis une vigne au moment de la vendange, 
et il avala une bonne gorgée dans un vaisseau plein de vin nou- 
veau. Le propriétaire de la vigne cita le meunier en justice, ré- 
clamant de lui des dommages. Sentence fut rendue, portant que 
l'âne n'ayant fait que boire une gorgée en passant, et sans s'as- 
seoir, le meunier n'était tenu de rien payer. — L'&ne d'un autre 
meunier entra dans la barque d'un pécheur, et la barque se dé- 
tachant du rivage s'en fut, avec l'ane, entraînée par le courant. 
Les deux propriétaires s'accusèrent mutuellement ; l'un dit : 
L'ane a fait perdre ma barque; Vautre réplique : La barque a 
emporté mon àne ; et l'affaire n'est pas encore jugée ; adkue sub 
Judicê Hi Mf.— On cita aussi l'exemple d'un avare qui, lorsqu'il 
envoyait son serviteur chercher du vin à la cave, exigeait qu'il 
s'y rendit la bouche pleine d'eau et qu1I crachât cette eau à son 
retour, afin de démontrer ainsi son abstinence. Mais le serviteur 
mit à la cave une cruche pleine d'eau, et après avoir rejeté celle 
qu'il avait prise avant de descendre , il buvait le vin qu'il vou- 
lait et il se remplissait de nouveau la bouche ; et il avoua depuis 
qu'il n'aurait jamais songé à boire du vin, s'il n'y avait été excité 
par la ladrerie de son maître. 

Un Allemand était sur le point de partir pour l'Italie ; mais 
ayant entendu dire qu'il n'y trouverait pas de bière de Toi^au , 
il changea aussitôt d'avis, disant : «Je ne puis ni vivre, ni habiter 
là*où je n'aurai pas de cette bière , et je ne visiterai jamais les 
pays étrangers. » 

Un étudiant d'Erfurt n'était jamais sorti de cette ville, et ayant 
le désir de voir Nuremberg, il fit marché avec un cavalier pour 
l'y conduire. S'étant mis en route, et ayant à peine fait un demi- 

Domine clero«nlifsrne, quaie eral animal quod liodie cinplum est a pâtre 
luo? Respoiidit iili : Tauruaerat. Aller e conlra baculo illius priapum lan- 
geas, dixil : Credo Clenenliam roagnam parlem de carne tauri comedisse. 
— Taies sont principun mores, qui ingenio et* viriute aliis anteir» de- 
beat.» 



C0MT£6, APOLOGUES ET JOYEUX BETIS: SS 

mille, rétudiant demanda à son compagnon s*ils arrîTertieot 
bientôt à Nuremberg ; l'autre lui répondit : « Nous en sommes en- 
core bien loin, puisque nous venons à peine de quitter Erfurt. » 
L'étudiant ayant plusieurs fois répété sa question et recevant 
tonjours semblable réponse, dit enfin : « Renonçons à notre 
Toyage, et revenons chez nous, puisque le monde est si vaste et 
si grand. » 

mm 

Le docteur Gomeranus raconta qu*uQ moipe avai( secrètement 
introduit une p... . dans sa cbpmbre pendant la nuit, et se ren- 
dant à matines, il se frottait le visage d'eau parfumée. La p 

voulut en faire autant , mais dans robscurité elle prit une bou- 
teille d*encre et se barl)uuJl|a toute la face. Le moine, trouvant 
à son retour ce visage tout noir* crut que |e diable était là en 
personne , et , agité par la peur et par les reproches de sa con- 
science, il se mit à pousser de grands cris. Sa p voulut le 

rassurer, mais il n'en fut que plus épouvanté et il voulut s'en- 
fuir. A ce bruit tout le couvent accounit, et Tintrigue du moine 
fut découverte. 

Il n'y a rien de ridicule comme Tarrogance de certains êtres 
sans force. Une mouche s'était posée sur une charrette chargée 
de foin; et comme cette charrette, en cheminaiit, faisait lever 
de la poussière, la mouche dit avec orgueil : «Oh! diable, comme 
une mouche peut soulever dépoussière!...» C'est, comme un 
moucheron qui, s'étant posé sur un chameau, lui dit en s'envo- 
lant : «Je pense que tu t'aperçois de quel poids tu es allégé?» 
C'est ainsi que Cochlœus croit avoir fait de grands exploits et 
avoir dpnnc de l'embarras à Luther. 

Le docteur Luther raconta une histoire facétieuse : Un gen- 
tilhomme ayant été interrogé par sa femme sur la vivacité de l'at- 
tachement qu'il avait pour elle, lui répondit : « Je t'aime autant 
qu'une bonne décharge de ventre. » Elle fut courroucée do 



56 PROrOft DE TABLE DE MARTIN LDTncn. 

celte réponse; mais le lendemain il la iit monter à cheval et il 
l'y retint toute la journée sans qu'elle pût satisfaire ses besoins; 
alors elle lui dit : « O seigneur, je sais maintenant à quel point 
tu m*aimes; je te conjure de t*en tenir là dans rattachement 
que tu me portes. » 

Il y a des poètes qui veulent passer pour hors d*eux-mèmes , 
et qui feignent des transports d'enthousiasme. Je me rappelle 
que Richius en agissait ainsi : il était assis sur une croisée, et il 
appelait le diable avec force malédictions et imprécations. Sti^el 
passait par là par hasard ; il prit le poète par le pied , et le ti- 
rant à lui , il le fit tomber ; Richius eut une peur effroyable , 
croyant que le diable venait en effet le saisir, et ce fut pour 
toute la ville un grand sujet de risée. 

Un étudiant étant revenu de T université chez son père, quand 
vint rheurc de souper, la mère posa trois œufs sur la table; le 
mari dit : « Pourqui sers-tu si peu de chose , lorsque notre fils 
est de retour chez nous ? tu aurais dû lui faire faire meilleure 
chaire. » Le fils répondit : « Nous n'avons pas à nous plaindre ; 
il y a six œufs. » Le père repartit : « Comment cela? » Et le fils 
dit : « Est-ce qu*un, deux, trois, ne font pas six? » Le père ré- 
plique : « C'est juste ; aussi , je donne un œuf à ta mère , j'en 
prends deux pour moi et je te laisse les trois autres. » 

Maître Forstheim dit qu'un Vaudois , nommé Laurent, s'était 
châtré dans sa jeunesse, mais que dans sa vieillesse il s'en re- 
pentit ; et il avoua qu'il était plus enflammé qu'auparavant. Le 
docteur Luther dit : « Les eunuquesont plus d'ardeur que les au- 
tres hommes, car c'est le pouvoir qui |>érit,tion le désir, qui sMr- 
rite par l'impuissance. » 



dOMTES, ATOLOGCES BT lOTEUX DBTIS. 91 

Le poète Lœmmicbës ayant fait une pièce de vers , le docteur 
Luther lui répondit par une autre pièce de dix vers dans le même 

style *. 

Un ermite ayant vu un homme tué dans un champ, un ange 
s'approcha de lui pour lui montrer les Justes jugements de Dieu, 
et ils firent route ensemble. Et d*abord Tange déroba à son hète. 
qui rayait très-bien accueilli , une couiie d*or ; secondement, il 
donna cette coupe à un scélérat ; troisièmement , il convertit un 
ermite qui Tavait accueilli et qui voulait aposta.sièr, et, après 
ravoir converti , il le tua ; quatrièmement, il tua le fils unique 
d'un hôte dont il avait été parfaitement reçu. L*ermite, regardant 
comme injustes ces actions de range, Tange lui dit : «Ce sont de 
justes jugements de Dieu. Le premier hôte, ayant perdu cette 
coupe , a conçu la pensée de s*en procurer plusieurs ; le second 
est un impie , et j'ai fait qu'il eût sa récompense en ce monde ; 
f ai tué le troisième au moment où il venait de se convertir, et 
il est allé dans le ciel ; qiiant au quatrième , il était autrefois 
charitable, mais depuis qu'il avait ce fils, il ne songeait qu'à thé- 
sauriser pour lui et il n'assistait plus les malheureux. C'est ainsi 
que procèdent les jugements de Dieu. » 

On parla de l'histoire de Tobie , et on arguait de cet exemple 
qu'il ne fallait pas toucher à sa femme les trois premières nuits 

' Ce morceau, connu sous le nom de Dysenteria Martini IMheri in 
merdipoeiam Lœmmichen, est inlraduistble au premier chef; voici le texte 
reproduit dans loole sa pureté .* 
Quam bene conveniunt tibi res et carmina. Lèche i 

Merda tibi res est. carmina merda l.bi; 
Dignas erat Lèche merdosus carminé merde , 

Nam vaiem mfr Ja non nisi merda docet. 
Inrélix princeps, qucm laudas c •rmiiie merd«, 

Uerdosum merda quem Tacis ipse lua. 
Ventre urges merdam, veliesquc cacare iibeoter 

logemem. Facial merdipoeta nîhil. 
Al meriiis si digna luis te pœoa sequilur. 

Tu misemm corvis merda eadarer er\§. 



2^ PHOPOS de table DB MARTIN LUTHER. 

des noces. Le doeteur Luther dit en riant : « Ce n*est lias une or- 
donnance; on est libre de le faire ou de s*en dispenser.» On dit 
quMl est arrivé ceci dans la basse Allemagne : « Un mari avait été 
séparé, le jour de sa noce, de sa femme , et des religieuses les 
gardaient. Allant se eoucher, il trouva au Ut i^ne religieuse et il 
Pfil son plaisir avec elle, l^ lendemain cela se sut , mais la reli- 
gieuse (Ut pour s^excuser qu'elle n>vait pj^s dû enfreindre la loi 
du silence, car il lui était défendu de parler après eoroplies. « 

toc 

lid 10 juillet 1*M, le docteur Lutber, étant malade, prit un djs- 
tère diaprés ravis des médecins, etU dit : « Les médecins jouent 
avec les patients comme les mères avec leurs enfants , et ils se 
trompent l-un Tautre. » Il raconta alors ce qui était arrivé à ui| 
médecin d^Ueidelberg. Un jeune homme qui avait engrossé une 
QUe vint le trouver et lui porta de Turine de cette fille, afin que 
le médeein eiaminAtsielle était malade. Le docteur considérant 
keagtemps cette urine, le jeqne homme, cédant à un remords de 
eoBSCienee, dit : « Maître, dites-mei si cette tille est enceinle » 
car alors je Tépousevai. » 

Le docteur Luther dit que dans la Flandre et dans la basse 
Allemagne les hommes sont très-grossiers ; jusqu'à douze ans 
ils montrent beaucoup d'intelligence , et ensuite ils deviennent 
tout à fait stupides. Il raconta Tbistoire de Tun d'eux qui traver- 
sait uqe place, et un autre, faisant ses besoins par la fenêtre S 
lui couvrit le visage d'ordures ; après s'être essuyé, il dit : «Jeté 
vois bien, à présent; oh ! que tu as une grosse face et un long 
nez! » 

On cita diverses reparties plaisantes , telles que celle de ce 
bourgeois qui menait sa femme sur un chariot , et quelqu'un 
voulant se moquer de lui, lui demanda : « Combien demandes-tu 
de cette oie? » Il répondit : « De cette oie , je ne vends que les 

' Alius per feneêtram eaeoiset. 



œufe. » -^ Un moiiHi, étant tnt latriBCS, réeitàit«Ni ofiee«et le 
diable vint et lui dit : « Lonqu^un moine est ans latrines, il ne 
doit pas prier. » Mais le moine lui repartit : « Ce qui monte en 
hant est pour Dieu « ee qui tombé en bas est pour toi i je pnrge 
mon ventre et j'honore le Dieu tout^puissant. » — Un prêtre pa« 
resseux, au lieu de réciter son bréviaire, récitait l'alpbabet, et il 
disait : « Mon Dieu! recevez cet alphabet, et, avec ses lettres, 
faites l'office canonique. » 

m 

Un roi d'Angleterre» étant à la chasse s'égara , et il entra dans 
la chaumière d'un pauvre paysan qui ne le connaissait point , 
mais qui l'aceueitlit de son mieux et qui lui servit de qnoi man- 
ger. Le roi ajant manifesté du dégoût pour eette nourriture , le 
paysan lui donna un soufiBet, en lui disant : « Ne sais-tu pas que 
chacun est roi chez soi ? «—Quelque temps après^ le roi invita le 
paysan à sa cour; et l'ayant fait mettre à table, il lui fit servir 
une multitude de plats, et le paysan mangea un peu de chacun 
d'eux. Alors le roi lui dit en riant : c Tn es plus sage que moi, 
autrement tu aurais reçu un soufflet. » Et il le renvoya. 

Le jour de la fête de saint André, de jeunes filles priaient du- 
rant la nuit , couchées par terre et dépouillées de leurs vête- 
ments, afin de savoir quel mari elles devaient avoir. Elles fai- 
saient cette oraison : « saint André , fais que j'aie bientôt un 
bon mari , et montre-moi qui il doit être. » 1/nne d'elles faillit 
mourir de flroid, et cependant il ne vint personne. De même les 
servantes vont, la veille de Noël, écouter à la porte de l'étable à 
pourceaux; si c'est un petit pore qui grogne le premier, cela si- 
gnifie qu'elles auront un mari jeune ; sinon, qu'elles épouseront 
un homme âgé. 

Une femme fort bavarde , et qui se croyait très-habile , alla 
tnmve^ le doeteur Lut&er, disant qu'elle avait entendu un ser- 
mon du docteur Jonas sur ee passage : « Le Verbe s'est fait 



60 ^ROH>S DE TABLI DE XAAT» LimUft. 

cbair, » et que c*était un grand mystère. Le docteur Luther se 
tut et la renvoya ; il dit ensuite : « C'était un grand esprit qui 
était là, je n*aurais pas eu moyen de parler ; s*il fallait dispute^ 

avec de telles personnes, on tomberait facilement de Tesprit 

dans la chair. » 

Lorsque nous offrons aui épicuriens d'à présent les mets ex- 
quis de TEglise, la grâce , le salut, la rémission des péchés, ils 
font fi de tout cela et ne veulent que des écus. Je voudrais être 
un ange pour trois jours seulement, je leur enlèverais tous leurs 
trésors et je les jetterais dans la rivière ; oh î alors , il y aurait 
disette de biens dans le pays , ils voudraient tous se pendre. Je 
lis avec plaisir Tapologue du loup qui trompa le renard : il est 
bon qu*un loup trompe un loup; rien n'est agréable comme de 
voir un impie trompé par un impie. On lit aussi qu'un loup ayant 
rencontré un cheval , lui demanda comment il se nommait. Le 
cheval répondit : « Je n'en sais rien, mais mon père a écrit sous 
mon sabot qui je suis et d'où je viens. » Le loup ayant voulu y 
voir, le cheval lui lança une bonne ruade au milieu du front; 
alors le loup dit : « J'ai été bien trompé; je n'étais pas fait pour 
être un scribe, mais un chasseur, n 

DBS TVEGS*. 

Le Turc ira à Rome, ainsi que nous le montre la prophétie de 
Daniel; le jugement dernier sera alors bien proche, mais le 
Turc ne régnera pas au delà de deux cents ans : les Sarrasins 
ont commencé à régner huit cents ans après que Jésus-Christ 

* «c Le chapiire des Propos de table où se trouve réuni tout ce que Lu- 
ther a dil sur le« Turcs est fort curioux comme peinture des alarmes qu'é- 
prouvaient alors toutes les familles chrétiennes. Chaque mouvement des 
barbares est marqué par un cri de terreur. CVsi la même scène que celle 
de GoetzdeBeilichingen, où le chevalier, ne pouvant agtr, se Tait rendre 
compte par les siens du combat qui a lieu dans la plaine et qu'ils eon- 
templent du haut d'unt tour.» Micbuit. 



DES TURCS. (M 

eut racheté nos corps et nos âmes. Attendons ainsi rayénement 
de Jésus-Christ. Il faut que TAlleniagne soit châtiée par les 
Turcs. Je souge souvent avec une extrême tristesse aux calami- 
tés et aux dangers qui menacent FAUemagne, car elle néglige 
et méprise tout bon conseil. La victoire ne dépend pas de nous ; 
il est un temps pour vaincre les Turcs et un temps pour succom- 
ber. Le roi de France s'est longtemps complu dans son orgueil» 
et il a fini par devenir captif, le pape a longtemps aussi méprisé 
Dieu et les hommes, enfin il a chuté misérablement. On dit que 
le souverain des Turcs a célébré naguère la circoncision de 
quatre de ses fils, et qu'il a invité à cette cérémonie le grand 
Kan », le roi de Perse et les Vénitiens ; il est extrêmement vé- 
néré de ses sujets. Il donne à qui il veut un passe-port écrit en 
lettres d*or, un vieh , comme ils rappellent , et celui qui est 
muni de cette pancarte peut parcourir tous les États du Turc; 
on est tenu de Théberger et de le nourrir en chaque endroit. Il 
maintient son empire dans la paix par la terreur qu'il répand. 
On dit que les Turcs regardent Jésus-Christ comme un pro- 
phète, mais inférieur à Mahomet, et qu'ils prétendent que Jé- 
sus-Christ a provoqué la colère de Dieu lorsqu'il a dit : «Je suis 
la voie , la vérité et la vie. » 

Un bonime très-recommandable , nommé Schmaltz , et bour- 
geois de Hanau , qui avait été en ambassade chez le Turc , ra- 
conta au docteur Luther que le roi des Turcs lui avait fait diverses 
questions au sujet de Luther, lui demandant quel ftge il avait; et 

* C'est-à-dire, le souverain des Tarlares. Luther avait raison de dire que 
le sultan avait invité les Vénitiens à assister à la cérémonie en question ; 
un ambassadeur vint eu ofTfi reprèsenier le doge. La Télés commeucé- 
reni le 27 juin 1530 et durèrent dix jours ; feux d'artifice, tournois, tout 
fui d'une magnificence jusqu'alors mus exemple. On fit venir des Jon- 
gleurs dont les tours peuvent tenir du miracle ; on fit lutter de science et 
d'esprit des docteurs et des poêles. Un de ces beaux esprits éprouva un 
si Tir chagrin de se Voir éclipser par un rival, qu'il succomba, séance te- 
nante, i une aUaque d'apoplexie. Voir Hammer, Histoire de Vem^pire ot" 
toman, t. V, p. 139 et sulv. 



W PROPOS DE TABU: DE MARTIN LUTHER. 

lorsqu'il eut appris que Luther était daos sa quarante-huilième 
année il dit : « Je voudrais quMl fût plus jeune , je lui témoigne- 
rais toute la bonne volooté que j'ai pour lui. » — Le docteur Lu- 
ther repartit en faisaut un signe de croix : « Dieu me préserve 
d'être obligé de faire répreuve de la faveur du Turc, » 

La puissance du Turc est très-graude , il entretient à sa solde, 
durant toute Tannée , des centaines de milliers de soldats ; il faut 
qu'il ait plus de deux millions de florins de revenu annuel. Chez 
le Turc, tous les hommes sont voués aux armes. Nous , nous 
sommes très-délicats , nous sommes sans force ; nous sommes 
divisés entre différents maîtres qui sont en opposition les uns 
avec les autres ; mais nous pourrions vaincre le Turc en lui op- 
posant la prière de l'oraison dominicale : « Seigneur, délivrez- 
nous du mal , » si l'Allemagne ne répandait pas tant de sang pour 
les querelles* de religion, et si elle ne persécutait pas la Vérité 
qu'elle reconnaît. Dieu nous visitera comme il a châtié Sodome , 
Gomorrhe, Sebolm , etc. Si je pouvais donner un conseil à Dieu, 
je voudrais qu'il chfttiàt l'Allemagne par les mains de quelque 
homme pieux , et que ce maudit Turc fût mis en déroute. 

^^ 

On dit que telle était la famine dans le camp des Turcs, qu'un 
morceau de pain s'y payait une pièce d'or; mais Vienne * et l'ar- 
mée de Tempereur ne manquaient de rien. Cette victoire est 
évidemment l'œuvre de Dieu. Le Turc avait juré de conquérir 
TAUemagne dans l'année , et il avait déployé un étendard con- 
sacré à Mahomet ; il a toutefois été mis en une déroute bon- 

* U s'agit ici du siège de Vienne entrepris le 27 septembre 1532 et levé 
le 16 octobre. Consulter le livre XXVI de YMUtloiredélài citée de H. Ham- 
mcr.(toni. V). L'Allemagne entière élail alors dans la stupeur; les Otto- 
mans faisaient des incursions jusque sur les frontières de la Bavière; ils 
mettaient tout à feu et à sang, massacrant les enfants, les vieillardf , em- 
menant leurs captirs liés à la croupe de leurs chevaui. 



»CS TUHCS. 65 

teuse; il n*a rien accompli dMmportant , il n't conquis aucune 
Tjlie, et il n*a fait que dévaster et brftler le paya. 

WSÊ 

Si les Turcs se rendent maîtres de la Hongrie , ils s*efforce- 
rpDl d'envahir TAlIemagne. La Hongrie a jadis été un pays puis- 
sant, peux fois il a abandonné la foi , aussi a-t>ll deux croix à 
porter ; si une troisième fois il vient à abandonner VÉglise , il 
n'y reviendra plus. 

iQC 

Le 81 décembre 1536 , le marquis Grcorge vint à Wittemberg, 
et il annonça que les Turcs avaient remporté une grande vic- 
toire sur les Allemands , dont la nombreuse et belle armée avait 
été trabie et massacrée ; il dit que nombre de princes et de sei- 
gneurs avaient péri , et que les prisonniers chrétiens étaient 
traités avec une extrême cruauté , à ce point qu*on leur cou- 
pait le nez. Le docteur Luther dit : « Mous autres Allemands , 
nous devons considérer que la colère de Dieu est à nos portes, 
et qi|'|l fi^nt se hâtgr de faire pénitence tant qu'il en est ten^ps 
encore. Ihfali^eureusen^eqt |'A||ema^pe est livrée à la discorde : 
voyez quelle liaine furieuse portent les papistes aux partisans de 
l'Evangile ; ils ont mis leur confiance dans TEmpereur, et sou- 
vent ijs ont été confopdus. » Un certain comte fit allumer un 
grand feu de joie durant la nu|t lorsqu'il apprit l'arrivée de 
TEippereur en Allemagne, e^ qp prêtre, près d'Eisenacb , dit 
qq'it copsentait à perdre toutes ses vaches dans le couraqt de 
Taniifie, S) i à la Saint-Miche), Martin Luther e\, tous ses adhé- 
rents p'étaieqt pendus. lis pensaient qui) sulpss|it que l'Empe- 
reur pi^fcbàt coptre les lutl^ériens , et ils nourrissaient d')ior- 
ril})es prqjets ; mais ils ont été bien déçus dans leur attepte. 

L'empereur des Turcs fait régner à sa cour une grande ma- 
jesté ; il faut traverser trois vestibules pour arriver jusqu'à lui : 
dans le premier, il y a douze lions enchaînés , dans le seeond , 



64 PR0M6 DE TABLE DB MARTIll LUTHER. 

des panthères. Le Turc a sous sa domination des pays très* 
peuplés et très-riches , et depuis dix ans le nombre de ses su- 
Jets s*est beaucoup accru. II a peu à peu et successivement sou- 
mis les Sarrasins , qui ont été les maîtres de la Syrie , de TAsie* 
de la Terre-Sainte , de 1* Assyrie , de la Grèce et d*une portion 
derEspagne;Selim les a renversés et presque anéantis. G*est 
ainsi que Dieu joue avec les royaumes , selou La menace d^Isate. 
Les Vénitiens n*ont fait nulle résistance , ils sont efféminés et 
ne sont pas guerriers. Depuis cent ans, le Turc a beaucoup 
agrandi son empire ; mais c*est encore peu de chose en compa- 
raison des progrès que fit durant cinquante ans Tempire ro- 
main : quoique, dans cet intervalle, il eôt eu à soutenir 
contre Annibal une guerre terrible, qui dura vingt-trois ans » il 
s'était tellement accru, que Scipion disait qu'il ne fallait plus de- 
mander dans les prières publiques un accroissement de domi- 
nation. Cétait comme s'il avait dit : Ne pensez plus à étendre 
votre domination , mais veillez à conserver celle déjà bien 
ample que vous possédez. 

WSÊ 

Le 10 novembre 1536, on parla des mensonges et de Timpu- 
dence des Turcs, qui prétendaient, en dépit de TÉcriture sainte, 
être le peuple de Dieu, descendu d'Ismaël. Ils disaient qu'Is- 
maël était le véritable fils de la promesse , ayant été substitué 
à Isaac , qui s'était enfui lorsque son père tenait le couteau 
levé sur lui pour le sacrifier sur le mont Oreb, suivant Tordre 
de Dieu. Les Turcs se font gloire d'être très-religieux, et trai- 
tent toutes les autres nations dMdolâtres. Ils calomnient les chré- 
tiens en les accusant d'adorer trois Dieux. Ils jurent par un 
Dieu unique , créateur du ciel et de la terre , par ses anges , 
par les quatre évangélistes et par les quatre-vingts prophètes 
venus du ciel» et dont Mahomet a été le plus grand. Us re- 
jettent toutes les images et ne rendent hommage qu'à Dieu. Ils 
rendent à Jésus-Christ le témoignage le plus honorable , disant 
qu'il a été un prophète de la plus éminente sainteté, né de la 
vierge Marie et l'envoyé de Dieu; mais que Mahomet lui a suc- 
cédé , et que , dans le ciel , Mahomet est assis à la droite de Dien 



DES TURCS. 65 

et Jésus-Cbrist à sa gauche. Les Turcs oni retenu beaucoup de 
choses de la loi de Moïse; mais, enflés de Tinsolence de la victoire, 
ils ont adopté un nouveau culte ; car la gloire des succès guerriers 
est , selon la chair, la plus grande de toutes , et il leur a été donné, 
ainsi que Ta annoncé Daniel , de faire la guerre aux hommes 
pieux et de les vaincre. 

WSÊ 

L'électeur de Saxe écrivit au docteur Luther que les Turcs 
avaient remporté une grande victoire. Cazianus, Ungnad, Schlic. 
kitts avaient été gagnés par les Turcs , et Ton avait pbcardé dans 
toutes les églises de Vienne Tarrèt qui les condamnait à être 
attachés à une potence. Ils avaient conduit Tarmée allemande 
jusqu^au camp des Turcs , et un chrétien , échappé des mains 
des infidèles, les ayant prévenus de se tenir sur leurs gardes, 
ils avaient rejeté son avis avec mépris. Ayant ensuite vu renne- 
mi s*approcher, ils avaient pris la fuite avec la cavalerie , aban- 
donnant les gens de pied, qui avaient été misérablement égorgés 
et taillés en pièces. Les Turcs avaient fait mine de battre en re- 
traite, ce qui avait engagé des cavaliers chrétiens, au nombre 
de onze cents, à revenir à la charge, mais cernés et écrasés par 
l'ennemi, ils avaient tous péri jusqu'au dernier. Cazianus avait 
reçu des Turcs, par l'entremise d'un juif , dix-huit mille ducats, 
et il avait même fait la promesse de leur livrer le roi. — Le doc- 
teur Luther ayant entendu ces nouvelles, cita le vers : 

Auri sacra famés, quid non roortalia pectora cogis? 

Et il dit : « Ce traître est à jamais réprouvé ; je ne voudrais pas 
trahir un chien. Je crains qu'il n'arrive mal à Ferdinand, qui a 
laissé mener une si grande armée dans les pièges des Turcs. Nos 
princes et seigneurs devraient aller en personne combattre le 
Turc , au lieu de si peu se préoccuper de lui résister : le Turc 
n'est pas un ennemi à dédaigner. Au lieu de tenir tête ferme- 
ment à la puissance de cet envahisseur, nous autres Allemands , 
troupeau fainéant , nous croupissons dans l'oisiveté , nous nous 
livrons à la crapule , nous jouons , nous nous divertissons , rien 
ne nous émeut. L'Allemagne a été un beau pays , mais l'on dira 



66 PROPOS DE TABLE DE MARTIN LUTHER. 

d'elle ee qu*on dit de Troie t Fuit Uium. Prions Dieu pour qii*au 
milieu de tant de calamités il conserve nos oonseienced. Je 
crains beaucoup que T Allemagne ne s*épuise d*argent el de 
forées, et puis elle succombera sous le Turc. On me reproclie 
tout cela, à moi, malheureux Luther; on m^oppose la révolte 
des paysans et les sectes des sacramentaires , comme sij*en étais 
Tauteur. Aussi ai-je bien souvent jeté les clefs devant les pieds 
de Dieu. » 

Lq 1 1 février 1539 , on annonça que les Turcs avaient remporté 
uni victoire sur les Valaques, et qu'ils se dirigeaient vers VAi- 
leil^9giie par la Pologne, he docteur Luther répondit : « Le Turc 
v^u( s'eqfiparer de rAUemagne, c'est un ennemi formidable, il 
a de§ forces in)i)osaf)tes , des armées nombreuses et aguerries; 
il ;|v^nce pas à pas et ipontre beaucoup de prudepee. Cest un 
gr#i|d malheur qqe nous restions Ufips la sécurité , le regardant 
c^ipipf^un ennemi ordinaire , te) que )e serait le roi de France 
ou le roi d'Angleterre; si Eaphaël ou Gabriel ne vient pas à 
notre secours , nous périrons. » 



Le docteur Lulber déplorail la négligence de Tempereur 
Charles-Quint qui , distrait par d'autres guerres , ne se préoccu- 
pait point assez des progrès du Turc. Il en est chez le Turc 
comme autrefois cbei les Romains , tout sujet est soldat, et il 
Test tant qu'il se trouve en état de porter les armes. Aussi io 
Turc a-t-il des armées très-nombreuses et composées d'hommes 
très-exercés. Nous réunissons des armées passagères d'hommes 
levés à la hâte et sans expérience ; on ne peut compter sur eux. 
Dieu nous préserve des fléaux de la guerre! Je crains que les pa- 
pistes ne s'unissent aux Turcs pour nous exterminer. Plaise à 
Dieu qu'en ceci je prophétise mal ! mais la malice de Satan est 
infinie , et les papistes confus et désespérés machineront de leur 
mieux pour nous livrer aux Turcs. 

mm 



DB8 TURCS. 67 

Les Tares emptoient à la cour, et pour écrire des lettres, la 
langue sehitique ; Us se servent dcTarabe poar ce qui regarde 
la religion , parce que c'est en arabe que Mahomet a composé 
i*Âlcoran. S'ils viennent en Allemagne, ce sera pour la dévaster, 
non pour la soumettre. Si TAllemagne n'avait qu'un maître , et 
si la coDcojrde ; régnait, elle lui résisterait sans peine^ni^ifs )es 
papistes, me$ ennemis furieux, veulent d'abord qye l'Alle- 
magne soit ravagée. 

Le dernier jour de jiiillet 153e, on apprit que le roi de Perse 
avait attaqué les $tats du Turc, et que celui-ci s'était vu obligé 
de retirer ses forces de la Valacbie *. Le docteur Lutber dit 
qu'il admirait la puissance du roi de Perse , qui était en mesure 
de s'en prendre à un ennemi aussi puissant , et que c'étaient 
deux grands empires. On assure que le roi de Perse a dit que le 
Turc lui opposait des femmes , mais que lui il marcherait à la 
tête d'hommes belliqueux. L'Allemagne parviendrait ^ tenir tête 
au Turc si elle tenait continuellement sur pied une armée de 
cinquante mille fantassins et de dix mille cavaliers , de façon 
que les pertes occasionnées par une défaite fussent promptement 
réparées. 

On assure que le duc de Saxe , Albert , a dit que s'il avait une 
armée de cinquante mille soldats , il ferait la conquête du monde. 
Les Romains triomphaient de tous leurs ennemis, parce qu'ils 
avaient constamment sur pied quarante-deux légions de six 
mille hommes chacune, et que ces soldats étaientexercés à guer- 
royer sans relùche et soumis à une discipline rigoureuse. Il en 
est de même des Turcs. 



On dit que l'Évangile se prêchait dans diverses villes de la 
Grèce ; le docteur Luther répondit : « Le Turc est un ennemi 

' La guerre enlre les Turcs el les Persans était presque continuelle ; en 
1533, le schah Tamasp avait déjà été aux prises avec Soliman et s'était 
emparé de Bagdad. Hammer (t. V, p. 203) a retracé la marche des hostili- 
tés auxquelles Luther fait ici allusion. 



CV MMIMIS K TABLE DC UÂMTl» LCTBER. 

qoi pe«t beancoop contre Tempire romain ; mais nous prions 
Dies de dcjoœr ses trames /et peut-être Toodra-t-il les conver- 
tir par rentrenûse de pieux prédicateurs. » 

acx 

Il fnt question des Turcs, et quelqu^un dit que Tempcreur 
Charles avait fait passer dix-huit mille Espagnols en Autriche 
pour les combattre. — Le docteur Luther poussa un soupir et 
dit : « Ah ! c*est bien un signe des derniers jours et des derniers 
temps , lorsque des peuples aussi cruels que les Espagnols et les 
Turcs veulent être les maîtres; j*aimerais mieux avoir les Turcs 
pour ennemis que les Espagnols pour protecteurs ; car ceux-ci 
sont des tyrans bien barbares. Ce sont , pour la plupart , des 
Maranes , des juifs baptisés qui ne croient à rien. » 

30C 

Jésus-Christ a sauvé nos âmes, prions-le de vouloir bien aussi 
sauver nos corps , car les Turcs vont frapper un rude coup sur 
TAIIemague. Il me vient la sueur quand je pense à toutes les 
calamités qui vont tomber sur nous.— Alors Catherine, la femme 
du docteur Luther, s*écria : « Que Dieu nous préserve du Turc! » 
— Le docteur répondit : « Non , il faut bien qu'il vienne nous 
châtier, et il nous secouera d'importance. » 

On écrivit de Torgau que les Turcs avaient conduit à Gonstan- 
tinople vingt-trois prisonniers chrétiens , et que ceux-ci ayant 
hautement et publiquement confessé leur foi , l'empereur des 
Turcs les avait fait décapiter. — Le docteur Luther dit : « Si 
cela est vrai , ce sang criera contre les Turcs, comme le sang de 
Jean Huss crie contre les papistes. Il est certain que la tyran- 
nie et la persécution ne peuvent étouffer la parole de Jésus- 
Christ; c'est dans le sang qu'elle prospère et fleuVit ; si l'on fait 
périr un chrétien , une foule d'autres surgissent. 



DES TUBCS. <I9 

Le docteur Luther dit un jour : « Ce ii*est pas sur nos mu- 
railles ni sur nos arquebuses que Je compte pour repousser les 
Tares , c*est sur le Pater noster. Voilà ce qui les battra ; le dé- 
calogue ne sufiBt pas pour en triompher. Je disais aux ingénieurs 
de Wittemberg : « Pourquoi construisez- yous des murailles? Sou- 
venez-vous du verset de TÉcriture : jlngeli Domini eirctimoa/- 
lant timenies se. Vos murs ne sont que fiente ( dreek ) ; les 
murs dont un chrétien doit s*entourer ne sont pas construits de 
chaux et de pierre , mais d*oraison et de foi. » Mais je perdis 
ma peine , les courtisans traitent les théologiens dMgnorants. 

II faut prier et crier vers Dieu , car nos gens de guerre ont 
trop de présomption ; ils se fient trop à leur nombre et à leur 
force. Tout cela finira mal. Les chevaux allemands sont plus 
forts que ceux des Turcs , ils peuvent les renverser ; ceux-ci 
sont plus agiles, mais de moins grande taille. 

WSÊ 

Le docteur Luther dit une autre fois : « J'espère qu*il viendra 
un temps où Dieu exaucera nos prières ; Tempire Turc sera dé- 
chiré par des dissensions intestines, car les quatre frères, fils 
de Tempereur, se disputeront la souveraineté. Ce qui s'élève 
haut est sujet à tomber. Celui qui grimpe sur les montagnes 
peut dégringoler et se casser le cou ; un bon nageur peut se 
noyer. Si telle est la volonté de Dieu, il ne faut que la durée 
d*un clin d'œil pour réduire en poudre la domination des Turcs. » 

Le Turc est le peuple de la colère de Dieu. C'est une chose 
horrible de le voir mépriser le mariage. Les Romains n'agis- 
saient pas de même. Il n*y a pas de mariage dans le pays des 
Turcs. Aussi sont-ils blasphémateurs et coureurs de p....ns; 
blasphémateurs , puisqu'ils disent : « Que Dieu confonde celui 
qui dit que Jésus-Christ est Dieu. » 

IS96 



70 PKOPOS DE TABLE DE MARTIN LUTHER. 

Un ioir, on parlait dot Turcs , et le docteur Luther dit : « Je 
tuis e^mme le psalmiite, je ne m'assure point en mon arc, et 
mon épée ne me délivrera point ( Ps. kliv, t. 7 ). » 

«81 Dieu ne nous assiste pas, tcnt est perdu. Croyez-vous, 
si les Turcs viennent, que cent mille hommes seraient pour eut 
un obstacle? Dieu n'a besoin que d*un morceau de paille pour 
disperser cent mille hommes. » 

trii 

DES 4U|FS '. 

Lç§ i^^s $ent un peuple plei^ d'orgueil et préoc<^i|pé dq tra- 
ditions §uperstitiei|$es. Voyçz cqn^me ils corrompent ce b^au 
passage du prophète Aggée: p Vofci qu'il vient, le Désira ^es na- 
WQV^St, 9 Ils TeQtepdept d'^^e grande ahondpnee d'^t çt ^'uridllti 
de la possession des bQnneyri et (]#& fiçbe&sfs, çt ii§ }B^ai|ipt>nt 
un paradis nouveau dont ils seront en possession. Ils appliquent 
les promesses spirituelles aux désirs charnels de leur ventre. 
L'expérience ^e chaque jour \Q\\T mQi^^'^ tQi)tefoi§ qu^ leurs 

' Les écrits de Luiber offrent mainte et mainte preuve de la lioinc 
ncharnée qu'il porlait aux Juifs ; dans le septième volume de ses œuvres 
fédilien de Witlemberg, issi;, on trouve un long traité De Judœis eorum- 
qw m%n^<^eii'i ; un chapitre entier, et il n'est pa« oouft, « pour litre et 
pour but de démontrer, q\iod longe salius tii porcumgunm talem har 
bere Messhm qiialem Judœl optant. Luther voudrait qu'on brûlât les 
synagogues, que l'on en anéantit jusqu'aux derniers débris, que l'on in- 
terëti aux liraélilea l'eiepeiee de leur culte soua peine de mort. Citons 
ses propres paroles : Viile esset, ad toUendam blaxphemQtn docirinam, ut 
omnes eorum synagogœ inflammarentur^ et si qua relégua fieret ex incen- 
diOy obruerelur qrenû et lulo^ ne quisquam uUnm tegularjn aut lapidem de 
hlsvidere amplius possii . Et plus loin; inflammaiU eorwn synaQogîs^ 

reducamuê has officinag bhtsphemiœ in cinersm Prohibeatiar eis apui 

nû$ et in nontrq terra pvbHce laudave Deumi orare, 4fo«ere, çantftrej aub 
pçena capilif. 

«Vous ne devez point lire dans une autre Bible que dans ce qui est sous 
la queue de la truie.... Les lettres qui en tombent, qu'ils les mangent et 
les boivent ; voilà la Bible qui convient à pareils prophètes. » 

«Quand Dieu et les anges entendent p.... un juif, quels éclats de rire et 
Quelles gambades! » 



DES JL'iri). 71 

oploiotts sont dénuées de sens ; jamaii la colère de Oieu ne a'e»l 
maoïfcstée avec plus d^éclat que sur cç peuple. 11 n*jr a iDaiale«» 
nant chez lui aucun signe de la grâce. Il crie cependant ven \» 
Seigneur et lui adresse des prières Irèfr-ferventes, ainsi que le 
montre le recueil de leurs oraisons ; je voudrais pouvoir prier 
avec autant de véhémence que les Juifs. Cest une marque de It 
grande et horrible colère de Dieu contre eui, puisquMl n'exaueâ 
pas leurs prières. Hais, comme il est écrit : « La sagesse crie 
au dehors, mais les insensés.ont haï la science. Je rirai de leur 
perle ; ils m'invoqueront alors, et je ne les écouterai pas. » Ah ! 
mon Dieu! accable-nous de maux , envoie-nous la peste et autres 
fléaux, plutôt que de nous ch&tier en retirant ta parole d'entre 
nous. 

Dieu a dit aux Juifs : « J^étendrai mes mains vers vous , venet 
et écoutée, n Mais ils n'ont pas voulu entendre , ainsi que s'en 
est plaint Isaie. Bien plus, ils ont crucifié le Fils de Dieu. L'Al- 
lemagne en use de même aujourd'hui en provoquant le cour- 
roux de Dieu , et c'est ainsi que des enfants désobéissants, après 
n'avoir pas voulu écouter lenrs parents , sont rejetés. Ah ! bon 
Dieu! eonserve-nous dans la fidélité à ta parole. Observez tout 
ce qtft tes Juifs ont souffert depuis près de quinze cents ans , et 
il leur arrivera bien pis dans l'enfer. Aucun peuple n'est aussi 
difieiie à convertir que les Juifs. 

^ Le It mai 1548, Antoine Lauterbach vint à Wittemberg, et il 
^^ apprit au doetenr Luther que les Juifs avaient été expulsés de la 
^ Bohème et de presque tout l'Empire romain. -- Le docteur Lu- 
ut iher dit ; « Voici quinze cents ans qu'ils sont exilés et poursui- 
|fij ^; cependant ils refusent de faire pénitence ; et Us se moquent 
^^ de notre sainte religion , ne pouvant s'abstenir de blasphémer le 
^\ 1^ de Jé8us-€hrist. 

XÊ 

}e dirais aux Juifs : « Ou Dieu est injuste , ou vous êtes des im- 
l ^\ il est certain que le temps que vous avez passé en exil est 



n 



72 FROPOS DE TAfiLE DE MAATIX LUTBER. 

plus considérable que celui durant lequel vous avez séjourné 
dans la terre de Chanaaii. Vous n'avez pas vu subsister trois 
cents ans le temple de Salomon. — A Babylone , quoiqu'ils fus- 
sent sans prophètes et sans royaume, les Juifs ont été plus émi- 
nents qu'à Jérusalem , car Daniel avait une puissance supérieure 
à celle de Salomon ou de David. Cette captivité de Babylone ne 
fut qu'une correction paternelle. Il est un argument que les 
Juifs ne peuvent combattre et qui les renverse comme la foudre. 
Il faut qu'ils nous disent les causes pourquoi , depuis quinze 
cents ans, ils sont un peuple rejeté de Dieu , sans roi, sans pro- 
phètes , sans temple ; ils ne peuvent en donner d'autres raisons 
que leurs péchés. 

La destruction de Jérusalem fut une chose affreuse ; la chute 
de toutes les autres monarchies , le sort de Sodome et celui de 
Pharaon, la captivité de Babylone, ne sont rien en comparaison. 
Cette ville avait été le séjour dont Dieu avait fait choix , là avait 
été le temple, là avaient fleuri David, Salomon, Isaîe, etc. ; 
d'innombrables prophètes y avaient été ensevelis ; les Juifs pou- 
vaient bien se glorifier de leurs privilèges. Qu'est-ce que nous 
sommes et qu'est-K^ qu'est Rome auprès de Jérusalem? Mais les 
Juifs sont si endurcis qu'ils ne veulent rien écouter ; quoique 
vaincus par l'évidence , ils ne cèdent pas. C'est un peuple bien 
pernicieux ; il pressure par ses usures et ses rapines ; s'ils don- 
nent à un prince on à un magistrat mille florins , aux sujets ils 
en extorquent vingt mille ; il faut donc se garder d'eux, ils pen- 
sent rendre hommage à Dieu en nuisant aux chrétiens, 'et 
comme ils ont des médecins parmi eus, nous autres insensés, 
quand nous croyons notre vie en péril , nous mettons notre con- 
fiance en nos ennemis , et c'est ainsi que nous tentons Dieu. — 
Le docteur Luther cita ensuite des traits de malice et de perG- 
die de divers médecins juifs , et il lut dans un livre à l'usage des 
Juifs des prières pleines d'orgueil qu'ils adressent à Dieu ;lls le 
louent et l'invoquent comme étant le seul peuple qu'il aime, et 
ils maudissent toutes les autres nations. 

1S6 



juirs. 75 

Il est probable qu*il a habité des Juifs eii âaxe , ainsi que le 
montrent les noms de beaucoup d*endroits, Ziroan, Daman, 
Resen, Sygretz, Schvitz, Pratha, Thabton. Cest une grande 
marque du courroux de Dieu que de voir les Juifs ainsi changer 
de résidence, passer d*un lieu à Tantre , vivant toujours dans la 
misère. Si j'étais Juif, je souffrirais la mort avant que le pape 
m*amenM à partager sa doctrine. Les abominations et les profa- 
nations du papisme ont donné aux Juifs les plus grands scan- 
dales. Le Juif Michaël ayant été mis à une amende de 70,000 flo- 
rins , dit qu'une mouche l'avait piqué. Francfort est plein de 
Juifs, et à Crémone il n'y a que vingt-huit habitants qui soient 
chrétiens. A Francfort, ils sont tenus de porter un signe distinct 
tif sur leurs habits, ils ne peuvent posséder ni maisons ni terres. 

Il ne peut y avoir de doute que beaucoup de juifs ne se soient 
autrefois réfugiés en Italie et en Allemagne , et qu'ils n'y aient 
séjourné ; le plus éloquent des païens , Cicéron , se plaint de la 
superstition des Juifs et de leur multitude on Italie ; nous voyons 
leurs traces dans toute l'Allemagne. On dit que les Juifs ont ré- 
sidé à Ratisbonne bien avant la naissance de Jéso»-Chri8t. C'a 
été un peuple fort puissant. 

Le docteur Luther dit qu'à Cologne , à la porte d'une église , 
il y avait la statue d'un doyen qui tenait d'une main un chat et 
de l'autre une souris. Ce doyen a été un juif ; il s'est fait bapti- 
ser et il a embrassé le christianisme , et après sa mort il a fait 
ainsi sculpter sa statue , roulant montrer qn'un juif et un chré- 
tien ne peuvent pas plus s'accorder qu'un chat et une souris. Il 
I est vrai que les Juifs ne nous voient pas de bon œil , ils nous 
détestent comme la mort ; ils southrent rien qu'à nous avoir de- 
vant les yeux. Les Juifs n'ont d'autre ressource que l'usure , qui 
les soutient encore ; mais si j'étais maître du pays , je leur inter- 
dirais leurs pratiques usnraires. 



74 raOPOS DE TABLE Dlj: MARTIN LUTHER. 

On parla des Juifs, et le docuvr Luther dit : « Il est aussi des 
sorciers parmi eux, et ils sont enchantés de nuire à un ebré- 
tien ou de le tourmenter, car ils le regardent comme un cbien. 
Le duc Albert de Saxe fit un jour une action qu'on ne peut blà^ 
mer. Un Juif offrit de lui vendre un talisipan chargé de carae- 
tères singuliers et qui mettait , disait-il, celui qui en était por- 
teur à Tabri des blessures faites par le fer ou Tacler, Le due lui 
répondit : « Je veux d'abord , Juif , en faire rexpérienee sur 
toi. » Il le mena devant la porte du palais, lui passa le talisman 
au cou , et tirant ensuite son épée , |1 le perça de part en pari. 
u II m'en serait arrivé tout autant, dit-il, si j'avais ajouté foi 
à ce que tu me disais *. » 

Ki 

D'après la loi de Moïse , le frère devait avoir soin de la fa- 
mille de son frère décédé ; je pense que Dieu voulut, par cette 
mesure, venir à l'assistance du sexe féminin, car la plus grande 



* Lulher loue en uneaulre occasion, au lujet d'un trail c|e méine espèce, 
|e zèle de Franz de Sickingen. Voici le fait (ci que Ta fîdèlemenl racoolé 
M. Andin. 

Un jour, Frau allait de Francforl à Mayenco sur le Mein ; un Juif entre 
dans le bateau, Franz se met à disputer, et comme il ne peut eonvaiBcre 
son antagoniste, il le prend parle milieu du corps elle jette dans la ri?iëre, 
car le chevalier Franz était doué d'une force peu commune. Alors le collo- 
que suivant s'établit entre le Juif et le cbevalior qui tient sa victime ans- 
peodue «mt l'imu par les cheveux. « Confesse Jésus-Chrisi, en tu vas boire 
un coup. — ^e le confesse pour mon Sauveur, mon cher mattre; ne me 
faiieii pas de mal.— Dis que tu veux être baptisé.— Oui, au nom du Père, et 
du Fils, et du Saint-Esprit. » Alors Franz prend'de l'eau qu'il fait tomber sur 
la tète du JiiiP, en prononçant les paroles sacramentelles :— Je te baptise au 
uom du Fera, et du Fils, tt du Sainl-rEsprh.... Le pauvre Israélite se sou- 
levait de toutes «es forces et se cramponaait au bateau, croyant l'heure de 
sa délivrance venue; mais le chevalier, le frappant de son gantelet de fer.* 
« va au ciel, dil-il ; autant de gagné pour le paradis ; si je le tirais de 
l'eau , le malheureux aurait le temps de renier le Christ et irait au 
diable. » 

Franz de Sickingen se fit un nom par les borFiblei Iraitementa qu'il in- 
fligeait aux moines qui tombaient entre ses maioa; la plume s«ref^<f«i 
décrire les fureurs de ce barbare. Bien qu'il ne sût pas lire, ce fut A lui que 
Luther dédia son Traité de la confession. 



JUIFS. 78 

partie des hommes périssaient à la guerre , et les femmes sur- 
vivaieot , et Dieu a entendu qu'elles ne fussent pas abaudon-r 
nées. Si c|uelqu*un ne voulait pas habiter et coucher avec là 
veuve de son frère, il devait la nourrit*. CTest à une mesure de 
ce genre que j*atlribue le gtând nombre de femmes qu*a eues 
Salomon. 

Les Juifs racouteut des fables d'un roi de Basan , nommé Og , 
qui s'était saisi d*un gros rocher pour le jeter sur ses ennemis; 
mais tandis quMl le portait sur son cou , Dieu fit quUl se troua 
et qu'il tomba sur ses épaules , entourant son cou comme d'un 
collier, et il lie put jamais s*en débarrasser. CTest une fable , 
mais peut-être a-t-elle un sens moral , comme les fables d'E- 
sope S carlei» Juifs ont ea des sages fort distiûgués. 

Les Juifs ne peuvent supporter la doctrine que le Christ soit 
roi. Dieu et homme. Les Ariens sont les plus subtils de tous les 
hérétiques ; mais c'est par le Saint-Esprit, et non par notre rai- 
son , que les articles de la foi doivent être jugés. La raison est 
tuée par ces articles , elle doit se rendre prisonnière et dire : 
Ces choses me paraissent entièrement incroyables , mais puis- 
que Dieu le dit , je le croirai , car il est véridique et il ne trompe 
point. 

Salomon n'a jamais bâti un temple aussi beau que celui qu'a 
maintenant la ville de Torgau. Le temple que les païens élevè- 
reot k Ephèse à la déesse Diane était peut-être construit dans le 
but dlmiter et de surpasser le temple des Juifs. 

Si j'étais à la place des seigneurs de N., je rassemblerais tous 

* Luther donna en ISSO une iraduclion d'un choix dei Fables d'Ëaope. Il 
dit dans son avant-propofl, qu'il n'y a peut-élre jamais existé d'homme de 
ce non, et qo'il est vraiiemblable que ces fables ont élé recueillies àé la 
bowbedo peuple. 



76 MIOPOS ne TABLE UE HARTIN LUTlIbR. 

les Juifs et je leur demanderais pourquoi ils appellent lésus-. 
Christ un fils de p^n, sa mère une p— n et la Viei^e une cou- 
reuse. S'ils pouvaient me prouver et démontrer qu'ils ont raison, 
ie leur donnerais mille florins; sinon, je leur arracherais la lan^ 
gue. En somme , on ne doit point souffrir les Juifs parmi nous , 
on ne doit ni manger ni boire avec eux. — Quelqu'un dit alors : 
« N*estril pas écrit que les Juifs se convertiront avant le juge- 
ment dernier? » Le docteur répondit : «Où est-ce écrit? Je ne 
connais aucun texte précis à cet égard. On cite un passage de 
répttre aux Romains, mais il n'établit pas clairement cette as- 
serlion. » — La femme du docteur cita alors le passage de saint 
Jean ( ch. x, v. 16) : a D'autres brebis entendront ma voix , et 
il y aura un seul troupeau et un seul pasteur. » — « Oui , chère 
Catherine, répliqua Luther, mais cela s'est déjà accompli 
lorsque les païens sont venus à TËvangile. «> 

DU MARIAGE ET DU GÉUBAT '. 

Entre époux , il ne doit jamais être question de ces mots : h 

' Le fameux sermon de Luther sur le mariage ne saurait être ici passé 
sous silence; il fut prêché eu pleine église, à Willemberg, en 1522, et jamais 
paroles plus étranges n'ont été prononcées en chaire. Luiher admet le di- 
vorce contre la femme qui refuse deux ou iroi» fois de suite le devoir con- 
jugal; il s'écrie : «fi faut que le mari dise : Si lu ne veux pas, une autre 
voudra; si la maltresse refuse, vienne la servante.» Il veut que le magis- 
rat emploie la force et, en cas de besoin, le glaive contre la femme rev6- 
che. En cas dMmpuissance, le mari doit introduire son frère ou un de ses 
parents dans le lit de sa femme; sinon, qu'elle prenne clandestinement la 
uite et qu'elle aille , en pays étranger, chercher un autre époux. Citons 
quelques passages de cette plus qu'étrange homélie, tels qu'on les 
trouve dans les diverses éditions latines. 

«I Verbum enim hoc quo Deus ait : Cresciie et mulliplicamini , non e&l 
prœceplum, sed plus quam prœceptum : divinum puta opus, quod non 
est noslrarum viiium iit vel impedialur, vei omittalur. Sed tam est neces- 
sarium quam ut inasculus sim, magisque necessarium quam edere, bi- 
bere, purgare, mucum emungere, somno et obsoniis iotentum ose. Ut 
non eft in ipeis virlbus sjtvm ut vir non siro^ tam non est etiam mei Juris 



l»i; MAHIAGË ET l>U CÉLIBAT. 77 

f i«it» le mien . Tout doit être en commun, et il ne doit pas y tvoir 
moyen de distinguer ce qui est à l*un ou ce qui est à l*autre. 

ut absque muliere sim. Burnim at in tua manu non est ut femina non 
ait, nec in te est ut absque viro degaa. 

m Si muUeri ad rem apte coDlingai marilui impotena, ita Diritum illam 
eompellare debere. « Ecce, mimarite, debitam mibi benevoleniiam prMtare 
H non potes, meque et juvénile corpus decepisti; prderea, in tâmm et salu- 
« lis meae periculum me adduxisli, nequecoram Deo inter nos mairimonium 
«I est. Fave , qusso, ut cum fratre tuo, aut prozime tibi sanguine Jaucto 
« occuhum mairimooium paciscar, sic ut tu nomen babeas, ne res tus in 
«alienos haeredes perveniant. » Perrpxi porro roaritum debere in ea re as* 
scnliri uxori, eique debitam benevolcnliaro, spemque soboiis eo pacio red* 
dere. Quod si renuat, ipsa dandeslina fùga saluii sua consulat, et In 
aliam profecla lerram , alii etiam nubal. 

« Reperiuntur adeo perlinaces usores, qu« ctiam si decica in libidioem 
prolaberetur marilus, pro sua duriiia non curarent. Hic oporiunun eat 
ut marilus dical : « Si lu iiolueris, alia volet. » Si domina noiit,advenial an- 
eilb. Ita lamen, ut antea ilerum et tertio uxorem admoneat maritus, et 
coram aliis ejus perlinaciam deicgal , ut publiée cl anie con^pe cturo 
Ecclesias duritia ejos et agiioscalur et reprehendatur. Si tum renuat, ré- 
pudia ^m, et in viccm Vasihi, Estbcr surroga, Assueri rcgfs exemplo. » 

Il est permis de s'éionncr que M. Micbeiet, après s'être donné la peine 
d'eztraire dans les écrits de Lulber nombre de passages assez iusigni- 
Raiiis, n'ait rien dit d'un morceau aussi remarquable. 

Ajoutons que parfois Lulber se montrait en chaire digue rival d'Olivier 
Maillard, de Uenot et d'autres prédicateurs grotesques. Ijd passage sui- 
vani de son sermon sur la trompette du jugement dernier le démontre 
sufGsamment. u Quand Sodoroe ei Gomorrhe furent englouiies en un clin 
d'œii, tous les habilanis de ces villes, hommes, femmes et enfants, tom- 
bèrent moris et roulèrent dans les ablruesde Penfer. Alors on n'eut pas le 
temps de compter son argent, ni d'aller courir la prétantaine avec la 

p mais en un instant tout ce qui vivait tomba mort. Ce fui la timbale et 

la irompctic du bon Dieu; c'est ainsi qu'il Qt son pournerle poump' 
poumerie poump ! pliz ' plnz l shmi l schnurl Ce fut le coup de 
timbale de Dieu naire Seigneur, ou, comme dit saint Paul, la voix de 
l'archange et la trompette de Dieu; car, lorsque Dieu tonne, cela hit 
presque comme un coup do timbale, poumerlé poump .' Ce sera le cri de 
guerre et le taratantara du bon Dieu. Alors tout le ciel retendra de ce 
bruit : Kir ! kir .' poumerlé J poump! poump?» (On trouvera le passage 
entier dans Flogel : Geichiche d*:r Komischem litteralur, 17M , U I, 
p. as».) 



7ft PROPOS DS TABLE IfÈ UkWtm LUfllER. 

SÉlBt Augastin ft dit une chose charmante : «Un mtaiU^^ 9an$ 
enfants, e*est le monde sans soleil. » 

Le mariage est une institution divine d'où toutes choses dé- 
coulent ; sans lui« le monde serait resté vide ; toutes les créatures 
eussent été inutiles, s'il n*y avait pas eu Eve et ses mamelles. 

Le 82 novembre , maître A. Bern. parlait en secret à sa Ban- 
cée. Le docteur Luther dit en riant : « J'admire qu'un Gancc ait 
quelque chose de particulier à dire à sa fiancée ; je crois pour- 
tant que cet entretien n*est nullement désagréable pour eux ; 
laissons-les donc , ils ont un privilège de Tempereur qui est au- 
dessus de toute coutume. » Il se mit ensuite à faire un grand 
éloge du mariage que Dieu a institué , puisqu'il a voulu qu'il y 
eût au monde m&le et femelle ; si quelqu'un croit pouvoir faire 
mieux , qu'il l'essaye à ses périls et risques. Quoique la femme 
ne soit qu'un vase infirme, la maternité est cependant chose fort 
glorieuse, puisque tous les hommes sont conçus, enfantés, nour- 
ris par les femmes. Toutes les lois ont dû favoriser la mul- 
tiplication des familles. 11 y a un canon qui porte que si 
quelqu'un laisse par testament mille florins à une vierge, à con- 
dition qu'elle demeure dans le célibat , elle a le droit , si elle se 
marie, de revendiquer ce legs. C'est le pape quia voulu faire une 
loi du célibat , et faire mieut que Dieu n'avait fait, n — Quel- 
qu'un demanda alors si saint Paul était marié ; le docteur Luther 
répondit : t C'est très-vraisemblable, car les Juifs avaient cou- 
tume de se marier de bonne heure, et ils vivaient chastement. » 

agis 

Une fiUe, à dix-huit ans , est très-propre au mariage ; car cet 
âge éprouve la brûlure de la chair. 

Dieu ne change pas les règles qu'il a imposées au mariage , il 



M HARIAOB ET W3 GiUlAT. 7^ 

les conserve, et il nes^en est écurté que tors de la ooneeptleii de 
son Fils, quoique les Turcs pensent que des vierges eonfoifent 
et enfantent fréquemment ; ils ne sont nullement étonnés que 
Marie soit restée mère et vierge tout ensemble, car ils disent que 
ce n'est point rare. Je ne voudrais pas que cette croyanee-là s*é- 
tabllt dans ma maison. 

D'où vient que Ton conclamne et interdit le mariage, qui est 
de droit naturel ? C'est comme si Ton prétendait défendre de 
manger, de boire, de dormir, etc. Ce que Dieu a réglé et institué 
ne dépend plus de notre volonté ; nous ne sommes plus maîtres 
de le rejeter ou de le changer. Il faut adopter ce que Dieu a 
voulu; autrement il en résultera de grands désordres, ainsi que 
Texpérience Ta déjà démontré. 

¥JÊ 

Dans la première année du mariage, Ton a d*étranges idées. 
Si Ton est à table , on peut 9e dire : « Tu étais jadis seul ici , 
et maintenant tu es deux. » Si Von est coucbé, et qu'on vienne à 
se réveiller, on voit près de soi une tête qu'on ne voyait pas 
autrefois. Ma Catherine, la première année de notre maria- 
ge, se tenait près de moi quand j'étudiais ; et comme elle ne 
savait ce qu'elle devait dire, elle me faisait des questions comme 
celle-ci : « Seigneur docteur, le grand-cbambellan, en Prusse, est- 
il le frère du margrave ^ ? » 

Dieu a béni Tétat de mariage, et il le protège contre le pape 
et le diable qui en sont les ennemis. Une marque certaine de 
rinimitîé de Dieu contre la papauté , c'est qu'il a voulu qu'elle 
se déchatn&t contre l'union conjugale et qu'elle fit tous ses ef- 
forts pour la proscrire. 

^€ 

Le docteur Martin Luther dit un jour : « il est aussi impossible 
de se passer de femmes que de boire et de manger ; car tous les 

' C'était fe môme perionoagc. 



80 PROPOS 1>E TABLE bK MARTIN LUTHER. 

penchants de la nature nous portent vers les femmes. La mîfion 
en est que nous avons été conçus et portés dans le corps d*ane 
femme ; notre chair est donc ainsi, pour la plus grande partie, la 
chair d'une femme, et il ne nous est pas possible de nous séparer 
complètement d'elles *. 

Le docteur Luther parla de Tapparence trompeuse de mérite 
du célibat et des peines infinies du mariage , disant que la 
grande raison du célibat des prêtres, c'était leur avarice et la 
crainte de laisser leurs enfants dans la misère. Les évèques et 
le pape n'auraient pu, saus le célibat, étendre leur domination. 
Un autre motif, c'étaient les vices des femmes des prêtres ; car 
s'ils avaient prêché dans leurs sermons contre le désordre , on 
aurait pu leur répondre : « Pourquoi ne corriges-tu pas d'abord 
ta femme?» Des épouses modestes sont donc indispensables, aux 
évêques surtout , mais elles sont fort rares ; car à cause de leurs 
méchantes femmes, de pieux ministres peuvent encourir' la dé- 
position. Ainsi, beaucoup d'inconvénients résultent de l'état de 
mariage; mais l'ordre que Dieu a donné aux Choses et l'autorité 
de l'Écriture doivent remporter sur les opinions humaines; aus- 
HÎ Satan a-t-il, par le moyen des papistes , vomi d'horribles in- 

I Dans plustfturs de ses écrits, Lutiirr a reproduit des pensées analogues 
arec une intraduisible énergie. 

Caro séminal »e sicut ipsam Deus creavii. 
Sifluxm non (luii in caruem, fluil in camisiam. 

Tu veux m'empéchcr de procréer: mais dis donc au feu de cesser de 
brûler, à l'eau dliumectpr, à Tanimnl de boire cl de mander. 

faciie dieunlipsi, quia coucumùunl mulieribusquandocumgue votant ^ 
et dani nalurœ suœ sufficiens spaiium ac uerim. 

Faire des enfaob', c'est chose aussi implantée dans la nature que de 
boire et de manger : propierea dedil Deus corpori membra^ venas, flujctu 
ei omnia quœ ad hoc deserviwu. 

C'est de la bouche même de Luther qu'est tombé ce fameux proverbe 

Wer nicht liebi wein , weiber wtd gesang 

Der bleibt ein narr sein ieben long. 

Quiconque u'alme ni les f«mmes, ni le vin, ni le cbaut, 

Celui-là est un sot et le sera sa vie durante 



W MARIAGE ET IKI CÉLIBAT. SI 

jares contre rinstitution du mariage. Gyprien, dans ses lirres Z>« 
Singtilaritaié clsHcorum, dit que s*il entendait une femme par- 
ler, il la fuirait comme une vipère siSbnte, et si les p— ns sont 
pour nous un objet de terreur , alors on tombe facilement dans 
le péché de Sodome, comme il arriva presque k saint Jérôme. 

Le pape Jules avait un grand attachement pour un cardinal 
qui était d'une grande érudition; et ce cardinal ayant une in- 
trigue avec une religieuse , le pape n'en prit nul souci. Mais 
comme il Tépousa, alors le pape, rempli de colère, le priva de 
tous ses bénéfices et de toutes faveurs, disant que le mariage 
était une chose impure. 

iOC 

Il n*est pas au monde de plus grand fléau qu'une épouse mo- 
rose et impudique. Salomon dit qu'être marié avec une femme 
que Ton hait, c'est le plus affreu;^ des malheurs. Le docteur Lu- 
ther plaignit ensuite le sort du très -honorable personnage 
H. Ant., qui eut une femme d'une extrême impudicité, et qui n*a 
pas voulu se séparer d'elle , ce qui lui aurait été très-facile s'il 
s'était plaint de ses débordements. C'est une chose bien cruelle 
d'avoir un rival sans qu'on le sache, mais le savoir et le suppor- 
ter, voilà ce qui aflQlge surtout l'esprit. C'est un effet de la grande 
malice de Satan de venir ainsi jeter la discorde entre les époux 

On parla d*Adam et d'Eve, et quelqu'un dit que si une femme 
trompait de nos jours son mari comme avait fait Eve, semblable 
Taute lui serait difficilement pardonnée. — Le docteur Luther dit : 
«Si c'était par sottise qu'elle faisait mal, que dirait-on? Heureux 
et bienheureux celui dont le mariage est heureux , mais ce don 
est rare. Les Italiens sont jaloux et ne laissent pas aller leurs 
femmes aux festins , aux temples , aux places publiques ; ils les 
retiennent dans l'intérieur des maisons; et si elles sortent, c'est 
couyertes d'un masque. Ils s'étonnent fort des habitudes des Al* 



8f PROPOS DE TABLE DE MARTIN LUTHER. 

lemands , qui laissent leurs femmes se montrer aux éti^iigers. 
Les Français sont libertins; les Espagnols orgneilletti etférotes; 
nul peuple ne peut les souffMr, et, eette année , le roi de Hon- 
grie n*a pas Voulu reeevoir chee lui de soldats espagnols ; ils sont 
plus féroces que les Turcs. 

Si quelqu'un avait avec lui une.çoncubine qu*il ne pût épouser 
saàs cort) promettre sa sûreté , et pourtant sMls se conservaient 
mutuellement la foi , et sHIs avaient dans leur conscience fait 
vœii de mariage , ce serait un mariage devant Dieu , quoique 
donnant du scandale ; mais les scandales ne nuisent pas.— Voici 
un exemple. Dn gentilhomme , Nicolas de Secli , vivant dans le 
célibat, eut une gouvernante qui devint sa concubine, et il eut 
d*elle de très-beaux enfants ; ensuite , touché de la doctrine de 
FÉvangile, et par amour pour ses enfants, il voulut Fépouser afin 
de tranquilliser Isa conscienee et légitime^ Ses fils. La jtttiét>rtt- 
denee enseigne qu'un mariage subséquent légitime les enfants. 
Ces etifàtttê légitimés héritent des biens de leur pèfe, ils peu- 
vent en disposer, mais ils ont de la peine à conserver le blason 
et les armoiries, la noblesse ne le permettant pas 

iQC 

Si tin prédicateur chrétien est obligé de supporter ta persééu- 
tien et la prison pour la parole de Dieu, n'est-il pas tenu d*em- 
brasser aussi l'état de célibat, tout gênant qu'il est t— Le docteur 
Luther répondit : « Il est plus facile de supporter la prison et les 
fers que la brûlure de la chair ; celui auquel le don de conti- 
nence n'a pas été accordé ne conserve pas sa chasteté en recou- 
rant au jeûne et aux veilles. Quant à moi, je n'étais paa exeessi- 
vement tourmenté ^, et toutefois , plus je me inaaérais « plus je 
brûlais, o 

WSÊ 

Ce qui est dû en mariage doit être rendu pieusement et chas- 



' Cependant il a dit ailleuft : Cànus meœ indomiiœ wor magnit 



m; maruce st dc céUjbat. tH 

tement, selon la règle de Dieu. — Il t rémii dem parsoms en 
une çlmir, ainsi que Ta dit saint Paul : Le mari ii*a pas la dit- 
position de son corps; mais bien son épouse, ei léciproquenenl. 
Ils ne doÎTont donc pas se tromper Tnn Tautie, mais se séparer 
d'un consentement mutuel pour quelque temps, dans le bot de 
prIer.-rEnsuite , le docteur Luther tournant les yeux du oAlé de 
sa femme qui était enceinte, dit : « Ma Catherine, tu m'as bit un 
grand bcinneur, puisqu'avee la bénédiction de Uien la fécondité 
m'a repdu père de six enfants ; et quoique f aie rarement affaire 
à toi, il s'ensuit que des enfants sont conçus afin que nous re- 
conn^ûssions que Dieu est le père et le créateur de toutes choses, 
et que le fruit du ventre est son ouvrage et une bénédiction de 
sa part; ainsi que ledit le psaume cxxriii : « Ta femme sera dans 
ta maison comme une vigne abondante en fruits, et tes enfants 
comme des plants d'oliviers autour de ta table. Ainsi sera béni 
celui qui craint rÉtemel. » Mais ces sales coureurs dépens, ces 
très-impurs célibataires , moines et papistes , qui fuient le ma- 
riage, sont indignes d'une pareille bénédiction. Cest à cause des 
soucis qu'il cause qu'ils fuient le mariage, et ils se couvrent du 
masque de la religion , feignant d'être très-chastes; mais leurs 
paroles s'écartent beaucoup de leur cœur. Aussi saint Paul a-t4l 
dit : a Le (pensonge de ceux qui parlent dans l'hypocrisie ; » c'est- 
à-dire de ceux qui s'expriment d'une manière» et qui , dans leur 
âme, pensent tout différemment. 

Le mariage des prêtres est défendu par les canons, et la loi ci- 
vile y ajoute une peine, c'est-à-dire qu'elle les dépouille de leur 
charge. Voyes ces tyrans qui séparent et qui tuent les époux. Le 
pape, tjrran trèsH^ruel, a abrogé les anciens canons et en a ima- 
giné de nouveaux; mais nous affirmons qu'il est soumis à l'Écrt- 
ture, et c'est ce qui le confondra. Cet ftne insensé de pape à . 
montré sa malice en vouhint que son ordre fût irréfragable at 
sans ap^l. La papauté ne peut subsister en présence du ma- 
riage des prêtres. 

WÛÊ 



84 PtLOPOfk bis, TABLE 1>E MARTIN LUTHER. 

Le monde ne comprend ni n*aperçoit les œuvres de Dieu. 
Peut-on assez admirer Tunion conjugale que Dieu a réglée et 
établie , et d*où dérive l^espèce humaine ainsi que les institu- 
tions domestiques? où serions- nous si elle n*existait pas? Hais , 
dans son impiété, le monde ne tient nul compte de la volonté 
de Dieu. Nous sommes tons sortis du corps de notre mère , em- 
pereurs, rois , princes; Jésus-Christ lui-même, le flls de Dieu, 
n'a pas dédaigné de naître d'une vierge. Les contempteurs et 
blasphémateurs du mariage devraient être accrochés à une po- 
tence , tout comme les anabaptistes et les adamistes *, qui ne 
reconnaissent pas le mariage et qui vivent entre eux comme des 
bêtes. Voyez aussi quelle belle vie mènent les papistes qui at- 
taquent le mariage et le repoussent, et qui en même temps en- 
tretiennent des p — ns. S'ils veulent ainsi , au nom du diable, 
rejeter le mariage , que du moins ils soient conséquents et qu'ils 
chassent leurs p— ns. 

Lorsque je commençai à reconnaître Timpiété et la tyrannie 
du célibat, me défiant de moi , j'allai trouver le docteur Jérôme 
Schurff pour qu'il m'indiqu&t, d'après les décrétales . pourquoi 
une pareille tyrannie était imposée aux misérables consciences 
des prêtres ; je ne' pensais pas de même à l'égard des moines qui 
étaient liés par un vœu. Il ne put rien m'alléguer de certain , 
mais il me répondit que le pape ne contraignait personne d'em- 
brasser le sacerdoce ; de sorte qu'il me laissa dans le doute et 
qu'il ne résolut point la difficulté que je lui avais exposée. 

' liérétiquei qui avaient l'habitude de paraître dans leura réunions dé- 
pouillés de tout vêtement, aous prétexte d'imiter l'état d'Innocence primi- 
tive d'Adam. On rencontre, dés le second siècle, quelques traces de celle 
secte; elle reprit une vie nouvelle du temps des hussiles, mais elle ne 
sortit guère de la Boéme et de la Moravie ; elle fil quelques prosélytes en 
Hollande. A la suite de VHisîoire de la guerre des Hussiles, par Lenfant 
(1731, 2 vol. in-4o), se trouve une dissertation de Beausobre sur les ada- 
mistes. 

>::4 



M) MARIAGE KT DU CJÊLIRAT. 85 

Le mariage est la plus belle inslilution que Dieu ait réglée; 
les lois impies du pape ne sont qu*unc oppression violente de 
la nature, car le but de la vie humaine, toute pauvre, pénible 
et courte qu'elle e8t,c*estd*engendrer des enfants. Lorsqu'une 
femme a , durant vingt ans , eu des enfants, c*en est fait d'elle. 

On dît à table au docteur Luther qu'il venait de paraître à 
Leipzig un livre qui contenait l'apologie de la Ingamie ; il ne 
répondit rien , mais il demeura assis et plongé dans de graves 
réflexions. Il dit enfin : « Je suis souvent surpris que le 
roi de l'Arabie ait pu avoir sept cents femmes. » Alors un des 
convives lui demanda : « Seigneur docteur, que pensez-vous de 
Salomon, qui a eu trois cents femmes ou reines et sept cents 
concubines < ? Et le texte dit que le nombre des jeunes filles qui 
étaient à sa cour n'était pas compté. » Le docteur repartit : a II 
faut remarquer que ces reinft dont parle l'Écriture doivent s'en- 
tendre de la race royale et de la famille do David, qui étaient 
nourries aux frais du roi. L'électeur de Saxe a un grand nombre 
de femmes autour de lui , des princesses, des demoiselles no- 
bles, une dame du palais , des filles de service, et il ne s'ensuit 
pas que ce soient ses épouses. Comment serait-il possible que 
toutes ces femmes eussent été à Salomon afin qu'il dormit avec 
elles? La raison nous dit que la chose est impraticable. Salomon 
s*était marié à dix-huit ans; il était très-fort, et je crois qu*il 
avait alors toute la vigueur d'un homme de trente ans. Il épousa 
ensuite la fille du roi d'Egypte, Pharaon ; ce fut sa seconde 
femme. En devenant vieux il épcmsa trois femmes de la race 
des Ammonites. S'il avait eu trois cents femmes , et que chaque 
nuit il eût dû en voir une nouvelle , l'année se serait écoulée 
sans qu'il eût un jour de repos. Cela ne peut pas être , il lui fal- 
lait s'occuper du gouvernement de ses États. » 

' Hoos pouvons citer un souverain arabe qui, â cet égard, se montra 
imiuiear fidèle de Salomon. *Le khalife Youssoor-Balkin, fondateur de la 
dynastie des Zizeldes (en Afrique) , compta mille femmes dans son sé- 
rail, et 11 lui naquit dix-sept enfants le même jour. Ce prince mourut Fan 
914. Voir la ntographle ttniv€r$efle^ t. LI, p. SU. 

s 



10 PR0P09 OC TABLE M MARTIN LUTHER. 

Qii0kiii*uii dentnda Rion si TÉcriture tftinte faisRîl nwiilion 
que SRkHBon eût fait pénitenee. — Le docteur Luther répondit : 
«Non, mais l*Écnture dit qa*il s'endormit avec ses pères; de 
là Je conclus qu^il a été admis à la béatitude. » Tel est le aena 
de cette expression , et elle n'est point employée à regard de 
Jacob et d'Absalon. Scott a formellement damné Salomon. 

Le docteur Luther dit un jour que Dieu , en lui donnant une 
femme piense , lui avait accordé un trésor qu'il regardait comme 
plus précieux que tous les États du roi de France ou que la sei- 
gneurie de Venise *. 

wm 

C'est une grande chose lorsque deux époux vivent ensemble 
dans une parfaite union ; le diable ne le permet guère ; s'ils 
sont éloignés l'un de l'autre , ils ne peuvent supporter cette 
séparation , et s'ils sont ensemble , ils ne peuvent se supporter 
l'un l'autre. Ainsi que l'a dit un poète : « JVec tecumvivere pos- 
svm , nec sine te. » 11 faut donc prier assidûment. J'ai vu bien des 
ménages où l'on commençait par ressentir une telle passion que 
l'on aurait voulu se manger mutuellement > ; au bout de six mois 
on était séparé. C'est le diable qui inspire d'abord aux mariés 
cette ardeur, pour les détourner de la prière : Primo ardent in 
sexum, deinde friyent et oderunt. Il y eut dans une ville, non 
loin de Wittemberg , un jeune couple nouvellement marié, et 
ils étaient si beaux l'un et l'autre que l'on n'aurait rien trouvé 
de pareil en quatre principautés. Ils ressentirent d'abord une 
très-grande passion , mais au bout d'un an , la femme était une 
p— n , le mari ne faisait que courir après les filles ; leurs dé- 
bordements étaient tels, que c'était une honte ; et pourquoi ? 
parce qu'ils ne priaient pas. 

' « Je regarde le mariage comme ou paradl<, même avec la plus extrême 
misère en partage ; » c'est ainsi que s'exprimait Lulher dans une lettre 
A Nie. Gerbell, datée du t*' novembre 1521. faradisum arbilror eonju- 
gium , vel summa inopia laboran». 

' Einander haben fressen wollea. 



Ub MAàlAOC £t M CÉUSAT. tft 

Il Dtt faut avoir aucune rolalion afee ceui qui vevleni réMH 
blir les maisons de filles publiques. Il aurait mieux valu ne pas 
chasser le diable que le recevoir de nouveau et lui rendre sus 
prérogatives. Ceux qui songent à rétablir semblables malsons ne 
80DI point des chrétiens , mais des païens qui n'ont aucune oon« 
naissance de Dieu. Le Seigneur a dit qu'il punirait la débauobe ; 
il ebfttiera également ceuft qui la tolèrent et rautorisent. Mais, 
répond-oa , si Ton ne permettait pas semblables maisons, il en 
résulterait de grands désordres domestiques. Je réponds que 
Dieu, dans sa grâce, a établi un remède, le mariage ou Tes- 
poir de contoader mariage. D'ailleurs « Texemple de la débauche 
publique peut amener beaucoup de femmes et de Jeunes filles à 
s« livrer au vice. Nous ne pouvons rien faire , rien permettre , 
rien tolérer qui soit contre la volonté de Dieu : /loi JUêHtiù el 
pereat mundus. 

Le 27 août 1538, ou parla beaucoup des erreurs des saints 
Pères , qui n'ont rien écrit de digne au sujet du mariage ; tous 
se sont laissé décevoir par l'immonde célibat , d'où i\ est sorti 
taût d'horreurs , et ils n'ont pas aperçu la dignité et l'émlnence 
qu'attribuent au mariage Vu4ncien et le Nouveau Testament , 
car Dieu a uni le mâle et la femelle. Le trés-pieun Abraham a 
eu trois épouses. Jésus-Christ a assisté à des Uoces , et C'est là 
qu'il a fait son premier miracle. Saint Paul veut qu'un évêque 
soit le mari d'une seule femme » et il prédit que les temps où 
les noces seront défendues seront féconds en périls. Nous avons 
vu autant de péchés , de débaiTches , d'incestes , de déborde- 
ments que la lettre de saint Ulrich eu déplore. Mais l'estime su- 
perstitieuse qu'inspira le célibat l'emporta ; les premiers Pères 
ont été des hommes pieux , mais ils n'ont pas prévu tous les 
iQsui qu'enfanterait cette hypocrisie du célibat^ et ils se lais- 
sèrent séduire par elle. Le concile de Hîcée prohiba expressé- 
ment la castration S car beaucoup d'hommes , tourmentés des 

' ODsait qu'Origéne donna c«l eienipie, et il trouva, diins l'antiquité, 
d'auez nombreux imitateurs ; plus récemment, des sectaires suisses, des 
Mommiers, se sont livrés sur eux-mêmes k semblabies.excès , et il etisté, 



88 PR0P08 ut, TABLE DE MARTIN LUTHER. 

désin de la passioa , et voulant couserver les béoélices de Té* 
gUse et ses booneurs , s'étaient volontairement rendus eunuques. 
C'était une grande folie d'opposer des décrets à la castration et 
de ne pas vouloir permettre le mariage que Dieu a insUlué. 
L'édit qui défendit le mariage fut une loi impie et malheureuse. 
Saint Paphnuce , évéque célibataire, combattit seul cette me- 
sure dans le concile ; il donna le nom de chasteté au lit conjugal. 

WSÊ 

Le célibat est une superstition extrêmement empestée ; elle 
empêche beaucoup de bien , elle nuit à Tordre politique et do- 
mestique , elle cause des crimes affreux, des adultères, incestes, 
débauches, pollutions, illusions nocturnes, ainsi que le dit 
saint Ambroise dans une de ses hymnes*. 

Procul recédant somnia 
Et noclium phanlumaUi 
He poliatntur corpora. 

Saint Ambroise connaissait bien pareilles tentations. Ah ! bon 
Dieu ! les cjioses que Dieu a ordonnées et créées ne se laissent 
pas facilement abroger, et il est difficile d'empêcher et entraver 
la nature. La doctrine du célibat commença à lever la tête du 
temps de saint Cyprien , qui vécut S50 ans après Jésus-Christ ; 
elle a donc duré 1300 ans. 

Il est trè&-certain et très-positif que Tétat de mariage tel que 
Dieu l'a ordonné est digne de tout respect; mais Satan, le monde 
pervers et les hommes ingrats lui ont opposé toutes sortes d'en- 
traves; il faut beaucoup de peine pour décider des mariages, 

dil-on, aux enviroDs d'Odessa une secte d'eunuques. Un fait curieux 
d'exaltation nnentale, c'est celui d'un cordonnier né dans le Frioul et do- 
micilié à Venise, Maiibleu Lovât, qui en isos, h Page de 42 an^, se fit une 
amputation des plus entière», jeta dans la rue ce doni il venait de se pri- 
ver, guérit complètement sans aucun sccourii de médrcine, et finit en 
1806 par se crucifier après s'élrc couronné d'épines. Il en mourut. l' 
existe à l'égard de cette histoire étrai»ge, un opusru i* du docicur G. 
Roggieri (Venise, 1806, 24 p. in'8«). Le Mercure, iWO, i. XXWIII, eo a 
ï i'analyM. 



DU HABUGE ET DD CELIBAT. 89 

et il en faut pins encore pour que des époui oe se séparent pas, 
ainsi que nous renseigne rexpérieoce de chaque jour. Les ma- 
gistrats , les pasteurs , les consistoires se fatiguent k juger des 
causes dont Te mariage est la source , à concilier des époux , à 
prononcer sur des demandes en divorce. La vari^ de ces cas 
matrimoniaux est infinie. Chaque jour, avant ou après la con- 
sommation do mariage , s'élèvent de nouvelles difficultés , et 
les règles manquent souvent pour les trancher : il faut entrer 
dans Tesprit de nos lois et faire attention aui circonstances de 
chaque affaire. — Le docteur Luther parla ensuite de la diffi- 
culté que présentait le double mariage de David , auquel Safil 
avait voulu donner en mariage ses deux filles, Mirab et Hical , 
et auquel il avait dit : « Tu seras mon gendre aujourd'hui par 
mes deux filles. » 

Le i*r février 1534 , le docteur Luther, accablé d*affaires et de 
lettres à écrire, dit: « Voici des jours de correspondance et 
(rennui. Pareilles occupations nous ôtent le temps d'étudier, de 
lire , de prêcher, d'écrire , de prier. Je me réjouis de ce que les 
consistoires sont établis , surtout à cause des cas matrimoniaux 
qui se multiplient à rinfini. Beaucoup de parents croient avoir le 
droit d*empêcher, sans cause légitime , leurs enfants de se ma- 
rier. L'office du magistrat et du pasteur doit tendre à favoriser 
les mariages , nonobstant la résistance des parents. Si les en- 
fants sont jeunes et s'ils ont l'un pour l'autre un amour mutuel , 
( ce qui est la substance de Tunion conjugale ), il ne faut pas, ik 
moins de motifs très-graves, essayer d'entraver leur union. De- 
puis la prédication de TËvangile , le mariage a repris son auto- 
rité, tandis qu'il était un objet de mépris du temps du papisme. » 



Quel fardeau que le célibat! l'exemple des saints Pères nous 
le montre. Augustin , déjà vieux , se plaint de pollutions noc- 
turnes; Jérôme se meurtrit la poitrine à coups de pierre, mais 
il ne peut arracher de son cœur l'image des Romaines;. François 
embrasse une boule de neige ; Benoît œ roule sur des épines 

t. 



w PBOPOi w làWÊM ra màwtw luther. 

Btmftid M maeèro le oorp§ d*une faç<Hi borriM. U tkui donc 
saisir le remède que Dieu nous a donnée €*e»i-à-dii« le nariage; 
dea heffiDies qui valaient mieux que oous ont été engagés en cet 
état. Saint Piem avait nn gendre ; deno il était marié ; saint 
Jacques, le ffèt& du Seigneur, et tous le» apôtres « excepté saint 
Jean , ont été mariés également. Saint Paul se met au rang des 
veufs, ii paraît qn*il s'était marié dans sa jeunesse selen Tusage 
des Hébreux. Spiridion, évèque de Chypre , était marié, ainsi 
que révoque Hilaire. Ce dernier, durant son exil , écrivait à sa 
fiUe et lui disait, entre autres choses , qu'il demeurait cliea un 
bomme ricbe qui lui avait promis que si elle était bien pieuse, 
il lui donnerait une robe ornée d'or. C'est ainsi qu'il corre^ 
pondait avee cette enfant , en se mettant à sa portée. 

WÊ 

Le docteur Luther dit une fois, dans un sermon, qu'il avait lu 
que saint Ulrich , ancien évèque d'Augsbourg , racontait dans 
une lettre le fait suivant * : Le pape Grégoire ayant voulu établir 
la règle du célibat pour les ecclésiastiques , résolut ensuite de 
faire nettoyer un étang qui était à Rome, à côté d'un couvent de 
religieuses; et quand l'eau eut été détournée, l'on trouva au 
fond de cet étang les crânes de plus de six mille enfants que Ton 
y avait jetés et noyés. Tels sont les fruits du célibat. Saint Ulrich 
a^ute que le pape Grégoire fut saisi d'horreur à ce spectacle, et 
qu'il révoqua la k du célibat. Mais les autres papes qui lui suc- 
cédèrent la remirent en vigueur. 

Le docteur Luther dit aussi que de notre temps il y avait en 
Autriche, à Neubourg, un couvent de religieuses qu'on avait été 
forcé de transporter dans un autre endroit à cause de leur con- 

' M. Audio dit avoir inuitleroeul cherché celle leilre de sainl Ulrich ; 
nous nous sommes, de iiolre côlé, livrés dans le même but à des investi- 
galions qui sont restées sans résultat. Sainl Ulrich, éréque d'Augsbourg, 
•ft mon eu 973. On trouvera 9a vio dans la coilection des Bollnidfftes, 
f.lldeiaillft. 



»U MAUâCI Bf BU CÉLIBAT. 91 

diiile ifrégulière et déréglée , et Ton mit à leur plaoe des fru^ 
dseaUi». Ces moioes ayant veuld ijouter tti oeavmt de aettvellet 

bâtisses, 00 trouva , en creusant la terre pour poser les fonde- 
ments , douze pots de terre qui ataient été enfouis avec soin, et 
dans cbaque pot il y avait le cadavre d'un petit enfant. G*eat une 
lulre preuve de la sagesse de la mesure du pape Grégoire, lors- 
qu'il rendit aux ecclésiastiques la faculté de se marier ; et tout 
comme saint Paul a dit : « Il vaut mieux se marier que brûler j», 
ainsi je dis qu'il vaut mieux donner des épouses aux prêtres peur 
éviter un état de cbosesqui donne lieu à la mort de tant de pau- 
>Tes petites créatures innocentes. 

A Rome, les enfants des femmes de mauvaise vie sont si nom- 
breux que Ton a construit, en faveur de ces enfants tmuvés, 
quelques couvents où ils sont élevés , et le pape porte le nom de 
leur père. Et dans les grandes processions qui se font à Rome , 
tous ces enfants marchent devant le pape. 

Le SWjanvicr 1536, neuf enfants forent baptisés à la fols; et le 
docteur Martin , le docteur Pomef , le docteur PLllIppe et d'au- 
tres personnages honorables et vertueux leiir servirent de par- 
rains. Et le docteur Luther dit : « Voici que, depuis plus de 400 ans, 
le pape a détruit un très^grand nombre d'enfants par sa prescrip- 
tion du célibat. Mais le Seigneur notre Dieu réparera ce mal 
aTant la fin du monde. » 

Le docteur Luther dit un jour qu'il y avait deux sortes d'adul- 
tère : la première sorte est l'adultère spirituel , qui est commis 
devant Dieu lorsque l'on convoite ie mari on la femme d'autrui; 
la seconde sorte est l'adultère corporel, qui est un vice très-bon- 
tetx , et cependant dans le monde on s'en fait honneur. Un 
homme honorable me dit un jour : « Je n'avais pas cru que l'a- 
dultère fût un aussi grand péché; mais c'est pécher contre Dieu, 



Wi PROPOS DE TABLE DE MARTIN LUTHKR. 

contre la société civile et la famille, et une femme adultère ap- 
porte dans la maison de son mari , qu*elle trompe , un héritier 
étranger. » 

Un habitant deWittemberg ayant commis un adultère, la 
femme du docteur Martin Luther parla à son mari et lui dit : « Mon 
cher seigneur, comment les gens peuvent-ils être aussi mé- 
chants, et se souiller de semblables péchés? » Et il lui répondit : 
« Ma chère Catherine, ils ne prient pas, et le diable ne reste pas 
oisif; car il nous faut prier sans cesse pour nous défendre du 
démon dMmpureté , et nous devons répéter :« Seigneur, ne nous 
abandonnez pas à la tentation, mais délivrez-nous du malin es- 
prit. » 

Le docteur Luther dit un jour à table : « Je suis |)ersuadé que 
si Dieu n'avait pas ordonné le mariage , mais que Thomme eût 
pu s*unir indifféremment à la première femme venue, alors les 
hommes auraient bien vite soupiré pour rétablissement du ma- 
riage, et ils se seraient promptement lassés d'une vie désordon- 
née ; car Tattraitde la défense est ce qui provoque le plus.» Et il 
cite à ce sujet deux sentences des anciens : Nitimur in vetitum 
êemper cupimusque negata; et : Quod licei ingratum est^ quod 
non licet acriui urit. 

Le docteur Luther dit, en parlant de ceux qui composent des 
vers satiriques, et qui écrivent contre les femmes et contre les 
jeunes fllles, qu'ils ne resteront pas sans punition. Si c'est un 
noble qui agit ainsi, à coup sûr il n'est pas réellement d'origine 
noble, mais c'est un bâtard introduit dans quelque famille dis- 
tinguée. Si les femmes ont quelque tort et quelque défaut, il ne 
faut pas les en reprendre par écrit ni en public , mais par des 
paroles dites en particulier. Les femmes sont un vaisseau fnv- 
gile, selon l'expression de saint Pierre (!'« ép.,ch.iii,v. 7}. Le 
docteur se retourna ensuite, et dit : «Parlons maintenant d'au- 
tres choses. » 

W4i 



DU MABUGE ET DU CÉUBàT. 9S 

Une jeune fille avait été amenée par sa mère au fils d*uo roi, 
atiû qu'il accomplit ses projets coupables ; et lorscpi^elle vil que sa 
résistance était vaine, et quMl n'y avait plus pour elle espoir de 
conserver sa chasteté , elle s'élança vers une fenêtre et s'y pre*- 
cipita , de sorte qu'elle se tua en tombant. On disputa là-dessus, 
et on demanda si elle était réprébensible. Le docteur Luther 
dit : a Elle a eu la confiance que cet acte de désespoir était sa 
seule planche de salut, et ce n'est point pour se débarrasser de la 
vie qu'elle a agi ainsi, mais pour échapper à la perte de sa vir- 
ginité. » On assure que la chose est arrivée au roi de France. 

mi 

Le docteur Luther dit un jour : « 11 n'y a pas de plus grand fléau, 
ni de pire croix sur la terre, qu'une femme méchante, acariâtre, 
baigneuse. Salomon a dit dans le livre des Proverbes (ch. xxx, 
T. 81-43) : « La terre tremble pour le serviteur quand il règne, 
pour le fou quand il est soûlé de viande, et pour la femme digne 
d'être haïe quand elle se marie, i» 

On demanda au docteur Luther si la simple fornication était 
un péché et un crime, car plusieurs légistes maintiennent que 
non, et qu'elle n'est passible d'aucune peine. Il répondit : «Pour- 
quoi ne seraitH^e pas un péché t Saint Paul déclare très-nette- 
ment que ni les débauchés , ni les adultères n'entreront en pos- 
session du royaume des cieux. » 

Mention fut faite d'hérétiques nouTeaux qui prétendent qu'en- 
tre époux l'un ne peut demander à l'autre le devoir conjugal 
parce qu'il n'est pas exempt de péché. — Le docteur Luther dit: 
« Satan répand dans le monde des erreurs innombrables aussi- 
tôt que nous nous écartons de la parole divine ; n'est-ce pas une 
grande honte que l'on fasse ainsi un péché d'une institution de 
Dieu , tandis qu'autrement il se commet impudemment une fouie 



il PEOPOt »E TABliE DE MARTIN LUTHER. 

de péehétt d*adultère, de fornication, d'inceste f 11 a été écrit 
bien clairement que chacun devait avoir sa femme « non*aeule- 
ment pour avoir des enfants , mais pour éviter la fornication, b 

Une femme vint porter plainte ae docteur Luther, et il publia 
la sommation suivante : 

« Moi 9 Martin Luther, fais savoir et connaître, efi ma qualité de 
ministre de TÉglise de Wittemberg, que Marie, lille d'Urbain 
Pfeifer, de Soblieben , est venue vers moi et qu'elle s'est plainte 
de ce que son mari, Hans Schwalb, d'Atzamsdorf, près Erfurtb , 
l'avait deux fois quittée , depuis six ans , sans motif légitime, et 
qu'il parcourait le pays avec une femme non mariée, à ce qu'as- 
sui^ient dés gens dignes de foi. Elle réclamait conseil sur ce 
qu^éllê avait à faire , désirant se séparer de son mari qui l'a- 
bAfidonnait. Je cite donc , en vertu de mon autorité, ledit Hans 
SChWalb , pour la première , pour la seconde , pour la troi- 
sième fois , afin qu^il ait à comparaître devant moi et devant les 
dignitaires de la paroisse, le 10 juillet prochain , à huit heures 
avant midi , pour entendre la plainte portée contre lui et pour 
y faire réponse. En cas qu'il ne paraisse pas en personne ou par 
un toùâé de pôtivoir, il sera passé outre à la procédure et il sera 
UMé selon la justice. Donné à Wittemberg, le M juin 1538. » 

in 

Il y avait à Francfort sur l'Oder un maître d'école » homme 
pieux et savant dont le cœur s'était porté à la théologie et qui 
avait prêché plusieurs fois à la grande admiration de ses audi- 
teurs. Il fut appelé à la dignité de diacre; mais sa femme, qui 
était fière et vaine # ne voulut pas y consentir, et elle dit qu'elle 
ne voulait pas être la femme d'un ministre. On demanda ce que 
devait faire ce digne homme pour sortir d'embarras; s'il devait 
renoncer à la femme ou à l'emploi de prédicateur. Le docteur 
Luther dit d'abord en manière de plaisanterie et en riant : « S'il 
a épousé une veuve, comme vous le dites, qu'il fasse ce qu'elle 
veuf. *» Mais ensttlie il dit : « La femme est obligée de suivre son 



! 



MJ MARlAflE rr m; CÉLItAT. Hê 

mari t mais le mari n'fst ptt tenu de Mfvre sa femine. Ce Mi 
être une méchante femme et même un vrai diable, imia qii*elle 
a bonté de eette charge de prédieateur dont le Mgnetir Jésus* 
Cbrist et les anges ont été investis. Le diable fait tout ce <|u*il 
peut pour Jeter Is déconsidération sur les prédicatenrs et pour 
les vexer. Si elle était ma femme, je lui parlerais ainsi t « Venx-4n 
me suivre? dis promptement oui ou non. » Si elle disait non, 
f en prendrais bien vite une autre. » 

La peine que le pape a prononcée contre les maris qui ont 
manqué à la foi conjugale est Injuste et mal calculée : ils peu- 
vent s*acquitter du devoir conjugal , mais ils ne doivent pas le 
réclamer ; cela peut devenir une cause dMocontlnence. J'aime- 
rais mieux qu*on leur infllgeSit quelque autre châtiment humi- 
liant, tel que de jeûner au pain et à Teau. 

Si quelqu^un a une femme vieille , méchante , querelleuse et 
toujours malade, il peut dire qu'il est réellement en purgatoire. 

On dit un jour au docteur Luther quMl s*était élevé , au sujet 
du mariage, une nouvelle opinion hérétique» qu^aqçun dea 
époux ne pouvait demander à Tautre le devoir conjugal , oar e'é« 
tait un vrai péché , et le docteur Luther dit : « Satan introduit 
dans le monde d'innombrables bérési3s, si nous abandonnons la 
parole de Dieu et si nous ne nous y attachons pas fortement. 
N'est-ce pas une honte que Ton trouve du péché dans les choses 
que Dieu a réglées , tandis que rineontinenee et Tadultéro sq 
commettent effrontément et sans que le^ pécheurs soient con- 
fus? Saint Paul a déclaré en termes formels et précis : « A cause 
de rineontinenee, que chacun eût sa femme et que chaque femme 
eût son mari; la femme Q'est point la niaUresae de son propre 
corps , mais le mari ; aussi le mari n'est point le maître de son 



96 PE0P08 ftE TABLE DE MARTIN LOTHEB. 

propre corps, mais la femme {Première EpUreaux Carinthiens, 
ch. Tii ). L'apôtre ne dit pas qite ce doit être seulement pour 
avoir des- enfants, et il ajoute : « Ne vous fraudez 'point Tnn 
Vautre , si ce n'est d'un consentement mutuel , pour un temps , 
afin que vous vaquiez au jeûne et à Toraison , et puis retournez 
ensemble, de peur que Satan ne vous tente. » 



On demanda si celui qui enlève une jeune fille qu'il aime et 
qui donne son consentement, commet un péché ou un délit, 
puisque volenti non fit injuria. Le docteur Luther répon- 
dit : « Ce n'est pas à celle qui donne son consentement qu'on 
fait tort et dommage, mais à ses parents qu'on prive, malgré 
leur volonté , de leur fille. C'est donc un vol que le droit impé- 
rial punit avec raison de peines très-rigoureuses. Mais le pape , 
l'antechrist de Rome , excuse ce crime dans ses décrétâtes. » 

Une affaire de divorce fut portée devant l'autorité ecclésiastique 
de Wittemberg : un soldat avait , dix ans auparavant , épousé une 
fille de basse condition ; il futmis en prison pour avoir grièvement 
blessé un homme ; il força la porte , s'enfuit , laissant sa femme 
enceinte. Deux ans plus tard , il était valet du bourreau dans 
une autre ville , et il voulut que sa femme vînt le rejoindre. Elle 
s'y refusa , et ils furent tous deux cités devant l'oiBcialité. Elle 
comparut, mais, pour lui, il ne tint compte de la citation qui 
lui avait été faite; depuis huit ans il n'a pas donné de ses nou- 
velles. La femme tomba alors dans Hncontinence et elle a eu 
deux enfants. 

Les gens chez qui elle avait servi jusqu^à ce moment rendirent 
d'elle un bon témoignage ; ils ne savaient rien que de favorable 
sur son compte. Philippe Mélanchton l'interrogea, et il dit en- 
suite : « Son mari étant un homme grossier et féroce , et l'ayant 
délaissée sans motifs, je crois qu'il sera bon, pour qu'elle ne 
tombe pas dans de plus grands péchés , que nous la déclarions 
libre, » et il demanda aux assistants et aux diacres ce qu'ils en 



M LA FOLTeAMIX. 97 

pensaient; Us forent de son avis. Alors on la fit Tenir, et Philippe 
lui dit : a Vois à purifier ta conscience: quant à nous , nous te 
déclarons libre, non d'après notre puissance et autorité, mais 
d'après le jugement de Dieu et la sentence de saint Paul : « Si 
«rinfidèle se sépare , qu'il se sépare , car Tinnocent n'est point 
« asservi en tel cas. »{Première Epiire aux Corinthien* f cb. vu, 
V. 15. ) Que notre Seigneur Jésus-Cbrist te protège. Amen. » 

Guntber de Bunau demanda au docteur Luther son avis dans 
la circonstance suivante : « Un noble avait rendu enceinte la 
veuve de son frère , qui avait déjà trois enfants , et il voulait l'é- 
pouser. Le prince se refusait à le permettre, et il avait enjoint , 
si l'on se saisissait du coupable , de lui trancher la tête. Le doc- 
teur Luther répondit : « Nous ne pouvons permettre ni*autoriser 
ce qui serait contre la parole de Dieu. Le pape l'autorise , mais 
c'est pour la perdition de 1 âme et du corps. Je voudrais que ce 
noble et que cette femme fissent pénitence et qu'ils se séparas- 
sent, et qu'ils se remissent aux mains de l'électeur ; je prierais 
pour eui et j'intercéderais en leur faveur en écrivant au prince. » 

SOC 

C'est une grande grâce, bien remarquable, si les époux sont 
toujours d'accord ; mais le diable est l'adversaire déeUré de cette 
union. 

DB LA VOLTGAMIB. 

Les jurisconsultes donnent une belle définition de la bigamie ! 
Salomon a été eentogame, et millogamê qui plus est, et cepen- 
dant il a écrit un livre que les jurisconsultes ne seraient pas 
en état de composer. Et ils veulent alléguer la parole de Dieu ! 
Est-ce que sous la papauté nous n'avons pas pu supporter 
que les prêtres et les chanoines entretinssent une foule de 
concubines, que ces pédérastes eussent des Ganymèdes? La- 



W PROMS De TAMJi M MARTfH LUTHER. 

nMch fut le pr^mtor qui evl deux f Ammès ii It fols ; laeob m 
eut quatre, et, toutefois, ee fureat de très-^taints ministres de 
Dieu. 

9» 

Le docteur Luther demanda un jour au docteur Basilius si , 
d*aprè8 les lois, un mari ayant une femme plus morte que vive, 
pour ainsi dire , et atteinte d*une maladie incurable , pourrait 
avoir Tautorisation de prendre une concubine. — Basilius ré- 
pondit a qu'il était probable que dans certains cas cette autorisa- 
tion serait accordée », et Luther dit alors : « (Test là une chose 
dangereuse ; si les eas de maladie sont admis , il n*est pas de 
Jour où Ton ne puisse venir, avec de nouvelles raisons fraîche- 
ment inventées, demander la dissolution des mariages. » 

K« 

La polygamie des patriarches, de Gédéon , de David , de Sa- 
lomon et des autres rois n*a pas été sans une très-grande néces- 
sité , et ce n*est pas le libertinage qui en a été cause. Les Juifs 
Atrenl contraints d*avoir plusieurs femmes, par la nécessité de 
la promesse et de la consanguinité ; car Abraham , Isaac et Ja- 
cob reçurent de Dieu la promesse qu'il multiplierait leur se- 
mence comme les étoiles du ciel ou le sable de la mer. Les 
Juifs avaient toujours les yeui tournés sur cette promesse . et 
ila étaient obligés de prendre plusieurs femmes afin de l'accom- 
plir. La nécessité de la consanguinité, c'était que lorsqu*un 
homme était élu pour juge ou pour roi , des parentes pauvres 
recouraient à lui, et il était obligé de les prendre pour épouses 
ou pour concubines. Le concubinage fut chez les Juifs chose 
permise et licite. Il leur fut imposé afln de venir au secours des 
femmes dans leur détresse , et pour que les veuves et les erphe- 
Unes troevassent aUn^nts et vêtements. Ce ne fetpas peur les 
JmU en afiément, mais «n fiirdeaa el one chai^se. David ent 
dii femmea et lut accablé de sovcis et de tracas; et dans le 
ofwe de Tannée , à peine toudiait-il «ne sente fais sa femme ; 
il était anrelnigi de aoMis : il it la gneire , il adminism son 
i.tteeaipoinlespe awne s. Les mlUe feMM» 4e Sale- 



M LA MLl^AttlB. M 

mon étalent pour lui ce que sont pour moi mes parentes Magde- 
leioe et Elisabeth qui ont demeuré chez moi et qui sont demeu- 
rées Yierges*. 



' il eil impof iiiUe, en préteoae de ces «ogulièrei opioioof de Latkar 
•ur la polygamie, de ne pat rappeler la célèbre alliira du laadgrava da 
Hef«e. En voici un récit iuccinci et eaaet. 

•c Le landgrave PhilippCt le protecteur la plus lélè de la rétormei avait 
épousé Cbrisilne, fille du duc Georgei de Saie. Bien que buil enftnU eui- 
leoi éié le fTuU de celle udIoo, la discorde répnaii dans ce ménage. Le 
landgrave éiaii débaucbé, violent, Irés-peu délicat daas aiti fenoun pu- 
sagers. Il devint épris de Margueriie de Seul, Olle d'honneur de sa M»«r 
Elisabeib. Cette coqueUe adroite et ambiileuie , MaliiU^non du seiaiéme 
siècle, ezciia par fti résistance les désira d'un prince peu habitué à M>u« 
pirer, à ne pas saiisbire ses tanlaisies, et sur*le abamp. Il perdait le 
sommeil et Tappétit. Rn relisant la Bible (H la feuillelaU souvent ainsi qua 
les amis da la réforme), il fut frappé de IVzemple des patriiraiies da la Oa* 
nèM, et il conçut le projei d'avoir, lui aussi , deux femmes é la fois. Cette 
idée devint chez lui ce que la science moderne appelle une monomaniat 
il voulut avoir l'autorisation de Luther et des doateurs de Witienberg. U 
prit la plume, Il écrivit une lettre hautaine et impudente, où il disait crû* 
meut qu*il lui fallait une femme et que, si on lui refusait Marguerite, Il aa 
trouverait d'autres. 

Eu même temps, son confident, la théologien Bacer« porUil à l'Égliet 
Mxonne une instruction rédigée et sigaéa par la priaca } e'eat un doen- 
meni très>»ingulier. Le landgrave avoue que, peu après son mariage, il a 
commencé à se plonger dana l'adultère et la fornication, mais il ne veut 
poUit changer de conduiie (la/^M vitam deserere nolo)i ton épousa asi 
acariétra, alla sent mauvais, elle est adonnée à la boisson (anamodoaa êih 
perfluo potu gérai) , aussi n'a-t-il pas gardé trois iemainas la foi d« au- 
riage. Il a souvent imploré l'assisUnce de Dieu, mais U est toujours da* 
meure le même. Il cite alors rexemple de Tempère ur Valeotinian qui eut 
i la fois deux épouses et qui fit une loi pour rendre général un pareil privi- 
lège. Quant à lui, il ne peut ni il ne veut (expressions plnsienrs fois ré» 
pétées) agir différemment. D'ailleurs il continuera de bien traiter sa pra* 
oiière épouse et de cohabiter avec elle, ibidem anmé botum frmêiare^ 
neque ab eadem abstinere.) 

« I^ landgrave ajoutait qu'en cas de refua des docteurs de Wittemberg^ 
il solliciterail une dispense da Pempereur, ei qu'il se flatuit da l'oblanir 
en donnant de fortes sommes à quelques-uns des nHuisUres de 9e fonva- 
rain, mais on pourrait lui impos«'r eu même temps des conditions delà- 
vorables aux intérêts de la réforme. Si Luther et Philippe (Mébnctbon) 
loi venaient en aida en des ehosea qui n'étaient point eoatrairea é fai loi 
divine, ils latroavasaient prêt à leur accorder aa qollt \m é 



iOO PB0P06 OE TABLE BB MABTW LUTBBB. 

hiffent lei bieni det couTenti oa aulret objeu. (Sive monoêltsrtarwm 
hona seu aUa concernai, ibi me promptum reperienl.)^ 

La réponse à dei demandes aussi pressantes ne se fit pas attendre : elle 
Tint sous la forme d*une consultation en vingt-quatre articles, hérissée 
de subtilités, bourrée de citations bibliques; après avoir représenté que 
l'introduction de la polygamie donnerait lieu à des scandales aflfligeanu, 
après avoir engagé le landgrave à vivre dans la chasteté, on finissait par 
dire : « Si votre altesse est complètement résolue à épouser une seconde 
femme, nous Jugeons qu'elle doit le faire secrètement ( quod si denique 
vesira ceUitudoomnino concltuaii adime-unam conjugem ducere^judi- 

camus id secreio faciendum) C'est ainsi que nous l'approuvons (sic 

hocapprobamus)iCàr l'Evangile n'a ni révoqué, ni défendu ce qui avait 
été permis dans la loi de Moïse à l'égard du mariage et n'en a point changé 
la police extérieure, nuis il a ajouté la vie étemelle, prescrivant la vériu- 
ble obéissance aux ordres de Dieu et a'efforçant de réparer la corruption 
delà nature.» 

Cette consaltation était signée de Luther, de Mélanchton, de Bocer, de 
Corvin, deLenningue, de Wintferte et de Melantber. On ne peut douter 
qu'elle ne coûtât fort aux réformateurs, mais ils sacrifièrent tout scrupule 
a l'urgence de ne pas mécontenter un prince qui était leur plus ferme 
appui. 

Peu de temps après, Denys Melander, prédicateur du landgrave , célé- 
bra dans la chapelle du château de Rolenhourg le mariage du prince avec 
Marguerite de 8aul ; parmi le petit nombre de témoins qui assistèrent à 
cette cérémonie tenue secrète, l'acte dressé par le notaire Balthasard 
Rand {insirumentum copulaiiotUs) mentionne Mélanchton et Bucer. Une 
circonstance curieuse dans une affaire de tout point si étrange, c'est qu'il 
fut produit une déclaration de la première femme légitime du landgrave ; la 
duchesse consentait de bonne grâce à ce qu'on lui donnât une compagne 
afin de servir l'âme et le corps de son très-cher époux et de contribuer à 
l'accroissement de la gloire de Dieu [Diketissimi maria animœ et corpar 
urviret et honor Dei promoverelur). 

Le landgrave eut six enflinto de Marguerite de Saul. 

On peut rapprocher de ce que Luther disait de la pluralité des femmes, 
ce qu'il écrivit en d'autres occasiohs sur le même sijyet ; M. .vichelet 
(t. m, p. 62) a extrait de la correspondance du réformateur les passages 
suivants : 

« 11 tÊxA que le mari soit certain par sa propre conscience et par la 

parole de Dieu que la polygamie lui est permise Pour moi, j'avoue que 

Je ne puis mettre d'opposition â ce qu'on épouse plusieurs femmes, et 
que cela ne répugne pas à l'Écriture sainte. Cependant je ne voudrais pas 
quecel exemple s^ntrodulstiparmi les chrétiens, â qui il convient de s'abs- 
tenir, même de ce qui est permis, pour éviter le scandale. (13 Janvier 

« La polygamie, permise autrefois aux Juifs et aux gentils, ne peut, d'a- 
près la fbl, exister chei les chrétiens, si ce n'est dans m cas d'absolue 



DU PAPE, DE l'aNTECHBIST ET DES PAPI6TE8. lOi 

néeeifiié, comme qoaDdooett obligé de te séparer de m fenmelépreine.» 
(21 mars 1527 ) 

Ajoutons que dÎTcrs écrivaiot se sont coostitués les champions delà 
polygamie. L'un des plus célèbres est le suédois Jean Lyser, dont le gros 
in-4o, Pohjgamia iriumphnMx, 1682, publié sous le nom de Théophilus 
Aletheus, rempli dniisiorieites «cabreuses et de détails hasardés, ftit brûlé 
de la main du bourreau ; persécuté, chassé de partout, ce mallieureiiz 
bosso,qu'ane seule femme aurait fort einbarrassé,i ce que prétend Rayle, 
mourut de misère en soutenant jusqu'à son dernier soupir que la poly- 
gamie était non-seulement permise, mais encore ordonnée en certains cas. 
Plus récemment, nn théologien anglais, Martin Madan , mort en 1790, mit 
au jour en 1772, sous le titre de Theluphtora or Etsay on female ridn, nn 
ouvrage en 3 volumes in-8<>, qui justifie la polygamie, se fondant sur ce 
que la première cohabitation avec une femme est (un mariage virtuel. Cet 
écrit fit grand bruit et fut l'objet des critiques les plus sévères. Ochin, 
l'un des apôtres de la réforme, avait avancé, dans le vingt et unième db set 
trente dialogues (BAle, 1563), la proposition suivante : «Un homme marié 
*qui a une femme stérile, infirme et d'humeur incompatible, doit d'abord 
demander à Dieu la continence. Si ce don, demandé avec foi, ne peut s'ob- 
tenir, il peut suivre sans péché l'Instinct qu'il connaîtra certainement ve- 
nir de Dieu, et prendre une seconde femme sans rompre avec la pre- 
mière.» Par contre, un littérateur français mort à Berlin, Prémontvsl, a 
pris la peine de réunir toutes sortes de raisons, d'autorités et d'exemples 
contre la pluralité des femmes, en trois volumes in-8«, Intitulés : La MO' 
ungamie ou VUnlii dam le mariage^ 1750. 

DU PAPE , DE L'ANTECHRIST ET DBS PAPISTES. 

Le diable engendra les ténèbres , les ténèbres engendrèrent 
l'ignorance; Fignorance engendra Terreur et ses frères; Terreur 
engendra le libre arbitre et la présomption ; le libre arbitre en- 
gendra le mérite ; le mérite engendra Toubli de Dieu ; Toubli 
engendra la transgression ; la transgression engendra la super- 
stition ; la superstition engendra la satisfaction ; la satisfaction 
engendra Toffrande de la messe; ToflFrande de la messe engen- 
dra le prêtre; le prêtre engendra Tidcrédulité ; Tincréduiité en- 
gendra le roi Hypocrisie ; Thypocrisie engendra le trafic des of- 
frandes en vue du gain ; le tralic en vue du gain engendra le 
purgatoire; le purgatoire engendra les vigiles solennelles de 
Tapnée ; les vigileg de Tannée engendrèrent les bénéfices eccle** 

y. 



IM rMVM M TABLB M MABTIM LVTlttlI. 

siMtkfiM»; lat bénéfiees eedéstastlquet engeii4rèraut ravftriee; 

Tavarice engendra Tenflure du superflu ; Tenflure eu sapeHIti 
engendra l'abondance ; Tabondance engendra la rage ; la rdge 
engendra la licence ; la licence engendra Tempire et la domiiUH 
U9d; la dominalion engendra la pompe; la pompe engendra 
rambitlon; TambiUon engendra la simonie; la simonie engen- 
dra le pape et ses frères vers Tépoque de la captivité de Baby- 
lone. Après la captivité de Babylone » le pape engendra le mys- 
tère d'iniquité; le mystère d'iniquité ei^tendra la théologie so- 
lihiatique ; la théologie sophistique engendra le rejet de rÉcri- 
ture èainte; le rejet de TÉcriture sainte engendra la tyrannie; 
la tyrannie engendra le meurtre des saints; le meurtre deaaainU 
•ogondirA le mépris de Pieu ; le mépris de Dieu engendra la dis- 
j^satioB ; U dlspoMation engendra le péché volontaire ; le péché ^ 
f^loiifaii^ engendra Tabomination ; rabomlnation engendra la 
désolation ; la désolation engendra |e doute ; le doute engendra la 
recherche des bases de la vérité , et c'est ce qui révèle la déso- 
lation eu Tantechrist , e'est-à-dire le pape. 

Saint Paul se plaignait et disait : « Le temps viendra où les 
hommes ne soufTriront plus la saine doctrine. » Et ailleurs : 
ir Sachez aussi que , dans les derniers jours , il viendra des 
temps périlleux , car tes hommes n*aimeront qu*eux-mémes. » 
^ Lorsque je lus d'abord ces passages, je ne tournais pas les 
yeux vers Rome?, et je crus que l'apôtre avait eu en vue les Juifs 
et las Turcs. 

La manière de vivre e»i aiisai déréglée parmi nous que parmi 
ka patates ; aussi »e les combattons-non» pas au sujet de leur 
conduite, mais pour leur doctrine. Wieleff ' et Hass f tirent les 

' JeaDWiclef ou De WicUiTtr, Tun des plos célèbres précurseurs de Lu- 
ther, oaquil en 1324 dans le Yorkshirc ; il fut professeur à Oxford el il ob- 
tint la faveur du roi Edouard III. Se fiant sur son crédit â la cour, 1 
attaqua le pouvoir des papes ; il refusa à TÉglise dd Rome toute prôé- 
miiMfice sur te9 autres éprises ; il ne ménag«a pas dird»t«g« les degaief . 



DU PâWf M li'ANTBCUIlT BT MM râmTES. I€9 

OBMttis «i iM atnîUaBto 4« nenre de Tin» et de te etedtita 
déiéflée des paftetot. Je iii*oppose et je résiste svrtoat à levr 
doelrine, j'affirme avcesettelé et maturité qu'ils n'enseigoent 
pas la vérité ; aussi suis-je appelé. Je prends l'oie par le cou et 
je mets le couteau à la gorge« Lorsque je puis prouver que la 
doctrine du pape est fausse ( ce que j'ai prouvé et établi ), alors 
je puis facilement prouver que leur conduite est mauvaise. Le 
pape a détruit la parole et la doctrine pures ; il a apporté une 
autre parole et une autre doctrine qu'il a accrochées k l'Église. 
J'ai ébranlé toute la papauté avec ce seul point ; j'enseigne avec 
droiture et ne me mêle de rien autre. Nous devons insister sur 
la doctrine , car elle casse le cou au pape. Aussi le prophète Da- 
niel a-t-il bien justement tracé le portrait du pape, en disant 
que ce serait un souverain qui agirait selon sa volonté, c'est-à- 
dire qui n'aurait égard ni au spirituel ni au temporel, mais qui 
dirait nettement et brièvement : a Je veux que ceci et cela 
soit ainsi. » Car le pape ne tire son institution et son autorité 
ni du droit divin ni du droit humain ; c'est une créature hu- 
maine qui s'est choisie elle-même et un intrus. Saint Paul avait 

b'aprés lui, Jésus-Christ n'était dans TeucbarisUe qu'en figure; la con- 
res$ion des péchés n'était point nécessaire lorsque l'on ressentait une 
stne^re contrition ; il n'était besoin ni de la présence . ni au ministère 
<i*M préire pour le mariage, toque! se trouvait valiile dés qu'il j avait 
C0Bsenl6m«Bi des parties. Devançant sur quelques points les opiniona de 
Luttier, WiclefT voulait que l'on interdit absolument le mariage à ceux 
qu'un trop grand âge met hors d'état d'avoir des enfants. Il ajoutait 
qne les enfants morts sans baptême poavaieot être sauvés. Le n mai 
1242, un eoneile réuni à Londres coiMiamna vingi»qualre proposiiionf ex' 
U'ailea des ouvrages de Wiclef. Celui-ci quiua Oxford et se relira à Lutter- 
wortb dans le comté de Leicester, oi> il était Investi d'un riche bénéfice ; il 
y vécut sans être inquiété, et Fuccomba, le 31 décembre 1387, à une atta- 
que d'apoplexie. Les Wtcîéfltes se fondirent avec les Lollards , dont le 
chef, Wa'iher Lollard, avait été brûlé à Cologne en 1325. Plusieurs conciles 
condamnèrent successivement les ouvrages do Wiclef; en i4i5, le concile 
de Constance flétrit sa mémoire; en 1428, l'évéque de Lincoln fit exhu- 
mer le cadavre : les oss'menis furent brûlés, les cendres jt^tces à la voirie. 
La vie de Wiclef a été écrite plusieurs fois (Nuremberg, 1546; Oiford, 
16|2; Londres 1720 et 1826}. En 1842, un archéologue instruit, James 
Kenihorn Tddl , a publié à Londres un curieux ouvrage attribué à cet 
hérésiarque .• An âpohgy for toliùrd dûctrines, p*t!t in-4». 



lOé PROPOS DE TABLE DE MARTIN LUTHER. 

lu Daniel avec attention , et il fait usage k peu près des mêmes 
mots lorsqu*il dit : « L'homme de péché, le fils de perdition, 
s'élève au-dessus de tout ce qui est nemmé Dieu ou qu'on adore. » 

WSÊ 

De mon temps , lorsque J'étais à Rome , une dispute eut lieu 
publiquement, à laquelle assistèrent ( sans me compter ), trente 
savants docteurs , et qui fut contre le pouvoir du pape , lequel 
se vantait de commander, de sa main droite , aux anges dans le 
ciel et de tirer, de sa main gauche , les âmes du purgatoire , et 
de ce que sa personne était mêlée avec la divinité. Mais Calixte 
disputa contre ces assertions et montra que c'était seulement 
sur la terre que pouvoir avait été donné au pape de lier et de 
délier. Les autres docteurs l'attaquèrent à ce sujet avec une 
excessive véhémence, et Calixte finit alors par dire qu'il ne par- 
lait ainsi que par manière de dispute , et que ses sentiments in- 
times différaient de ses paroles. 

S^ 

Pendant bien des siècles il n'y a pas eu un évèque qui ait 
montré quelque zèle au sujet des écoles , du baptême et de la 
prédication ; c'aurait été trop de peine et de travail pour eux , 
tant ils étaient ennemis de Dieu. J'ai entendu divers docteurs 
respectables affirmer que l'Église avait , depuis longtemps , be- 
soin d'une réforme ; mais personne n'avait eu la hardiesse d'at- 
taquer la papauté , car le pape avait arboré sur sa bannière : 
lYoH me tangere^ ne me touche pas ; aussi chacun gardait-il le 
silence. Le docteur Staupitz me dit un jour : « Si vous vous en 
prenez à la papauté , vous aurez le monde entier contre vous. » 
Et il ajouta : « Néanmoins l'Église est bâtie sur le sang, et c'est 
avec du sang qu'elle doit être arrosée. » 

Je voudrais que tous ceux qui ont Tintentiou de prêcher TÉ* 
vangile hissent avec attention les abominations des papistes , 



DU PAPE, DE L'ANTECHRIST ET DES PAPISTES. 105 

lears décrets et leurs livres , e^, sur toutes choses , quMls cou» 
sidérassent avec réflexion et d'une manière sérieuse les hor- 
reurs de la messe ; cette idolÀtrie seule aurait pu provoquer la 
colère de Dieu et ramener, dans sa justice , à noyer et détruire 
le monde entier; de cette manière» leurs consciences seront ar- 
mées et renforcées contre leurs adversaires. 

mm 

Le pape et sa bande ne peuvent endurer Tidée d'une réforme; 
ce mot inspire à Rome plus d'effroi que la foudre venant du 
ciel ou que le jugement dernier. Un cardinal disait dernière- 
ment : « QuMls boivent et qu'ils mangent ; et qu'ils fassent ce 
qu'ils voudront, mais s'ils songent à nous réformer, ce sera en 
vain , et nous ne le souffrirons pas. » De notre c6té , nous autres 
protestants, nous ne nous contenterions pas qu'on admi- 
nistrât la communion sous les deux espèces et qu'on per- 
mit aux prêtres de se marier ; mais nous aurons pure et sans 
falsiflcation la doctrine de la foi , et nous aurons la droiture qui 
justi6e et qui sauve devant Dieu , et qui chasse toute idolâtrie et 
fausse adoration ; cela détruit et renversé, la base sur laquelle 
repose la papauté tombe aussi. 

Les papistes allaient en pèleriuage aux tombeaux des saints; 
ils allaient à Rome , à Jérusalem , à Saint-Jacques de Ck)mpos- 
telle , pour expier leurs péchés. Un certain prince d'Allemagne, 
bien connu de moi , alla à CompostcUe , où l'on prétend qu'est 
enseveli saint Jacques , le frère de saint Jean. Ce prince se con- 
fessa à un Franciscain qui était un honnête moine , et comme 
l'usage était , parmi les papistes , de rapporter de Compostelle 
de grandes indulgences et des pardons que l'on accordait à ceux 
qui donnaient de l'argent pour les avoir, le moine demanda au 
prince s'il était Allemand. Le prince répondit qu'oui, et alors le 
moine lui dit : « mon cher enfant, pourquoi viens-tu chercher 
si loin ce que tu as bien mieux en Allemagne? J'ai lu et vu les 
écrits d'un moine augustin , concernant les indulgences et le 



iU6 PROPOS OB TABliB DE MARTIM LUTHIA« 

pardon dot péchés t et il y prouve puissammoat q«o te téritaMe 
rémisftion des péchés consiste dans les mérites et souinranees de 
notre Seigneur Jésas<;hrist, en qui se trouve ie pardon de tou« 
tes nos fautes. Reste donc atucbé à cette doctrine et ne souffre 
pas que Ton t'en éloigne, ie me propose ( avee le bon ptelsir de 
Dieu), de renoncer bientôt k cette vie antichrétienne, de me 
rendre dans votre Allemagne et de me joindre à ce moine au- 
gustin. » 

Jéstts-Chrlst a passé trente-trois ans sur la terre , et chaque 
sanéê il Se rendait trois fois à Jérusalem , ce qui fait quMl y e^t 
allé qfiâtrè-vingt-dix-^neaf fois. $i le pape pouvait faire voir qtlé 
lésus-^rist est venu une seule fols à Rome , quel serait son or- 
gueft, et comme il en tirerait vanité! Et, toutefois, Jérusalem a 
été détruite de fond en comble. 

Le célibat que les papistes louent tellement est une grande 
hypocrisie et un grand mal ; nous sommes déçus sous Tappa- 
rence de Tautorité des Pères de rÉgUse. Augustin fut trompé 
par les honneurs rendus aux religieuses : quoiqu'il vécut à une 
époque bien meilleure que celles qui suivirent, et bien qu'il ait 
permis aux religieuses de se marier, si elles le voulaient, il dit 
ceiiendant qu'elles péchaient en agissant ainsi , et qu^elles n*a- 
glssaient pas selon la droiture aux yeut de Dieu. Ensuite, quand 
vint le temps de colère et d*aveug1ement , lorsque la vérité fut 
poursuivie et que le mensonge prit le dessus, alors, sous cou- 
leur de grande sainteté (et ce n'était au fond qu'hypocrisie], les 
pauvres femmes furent Condamnées. Mais Jésus-Christ a dé- 
truit tons les arguments d'un seul mot : « It les créa mâle et 
femèlie. d 



J'admire la folie et Tamertomo de Wet2ell, lorsqu'il essaye de 
beaucoup écrire contre les protestants, et lorsquUl déclame 
contre nous sans rime ni raison ; par exemple , lorsqu'il s'eœpoHe 



hV »AI>K) UK l'aNTECIIIUST ET DES FAMttTES. 107 

GÙ9AW oe |)rlneip« : les œuvres et actions d*un fermier, d'uo culti- 
vateur on de tout autre bon et pieux chrétien (pourvu qu'elles 
s'aoeonpiissent avec foi), sont d'un bien plus grand prix aux 
yauxde Dieu que toutes les œuvres des moines, frères, reli* 
gieuses, etc. Ce pauvre ignorant se fkche et sMrrite beaucoup 
contre noua. 11 ne fait pas attention aux œuvres que Dieu a eem- 
maadées et imposées à chacun suivant ta profession et sa voca* 
tien. Il ne s'y arrête nullement, mais il ne songe qu'à des pra- 
tiques superstitieuses et faîtes pour attirer les regards, pra* 
Uqaes que Dieu n'a point commandées et qu'il n^pprouve point. 
Saint Paul s'est exprimé , au sujet des bonnes œuvras et des 
vertus , avec plus d*é&ergie et plus de vérité que les philosophes; 
eâril loue en termes fort élogieux les œuvres des pieux^chré* 
tiens dans leurs occupations en ce monde. Que Wetxell sache 
que les guerres de David et les batailles qu'il livra éuient ploa 
agréables à Dieu que les jeânes et prières des plus saints et 
plus honnêtes d'entre les moines , beaucoup plus que les œuvres 
(le nos moines d'à présent, devenus ridicules et superstitieux. 

WÛÊ 

Parmi les papistes tout se fait sans peine; jcôner leur donne 
moins de peine qu'à nous de manger. Pour un jour où l'on Jeûne , 
il y a trois jours Où l'on dévore. Chaque moine, pour sa collation 
du soir, a deux quarts de bière , un quart de vin , des g&leaux 
aux épiées ou du pain préparé avec des épices ou du sel , et cela 
ponr donner plus de saveur à ce que l'on boit. Ainsi agissaient 
ces pauvres f^rères voués à l'abstinence ; ils étaient si pâles et si 
maigres qu'ils ressemblaient à des anges en colère. 

wm 

Beaucoup d'Italiens sont bien disposés pour la religion protes- 
tante , ils auraient bien voulu que je ne touchasse pas à la messe, 
car la rejeter leur semble une hérésie abominable. Ils ont telle- 
ment de confiance en la messe qu'ils croient que celui qui l'a 
entendne est , pour tout le reste du jour, exempt de tout dan- 
ger, qu'il ne peut commettre de péchés , quoi qu'il fasse , et que 



108 PROPOS DE TABLE DE MARTIN LUTHER. 

rien ne peut lui arriver de ftcbeux; aussi advienUl qa*aprèd Tau- 
dition de la messe il se commet beaucoup de meurtres et de pé- 
chés. Je me souviens que , lorsque j'étais à Rome , il y avait un 
Italien qui avait cherché durant deux années son ennemi afin de 
se venger de lui ; enfin il Faperçut dans Téglise où lui-4n6me 
venait d'entendre la messe et de se relever de devant Pautei ; il 
s'avança vers lui et lui donna un coup mortel avec son poignant 
et s'enfuit ensuite. Mon livre sur l'abolition de la messe est 
écrit avec beaucoup de Yéhémence contre les blasphémateurs; 
ce n'est pas pour ceux qui commencent à marcher dans la vraie 
doctrine , pour ceux qui naissent à peine à la parole de Dieu : 
ceux-là sont offensés de la façon dont je m'exprime , et ce n'est 
pas étonnant; si quelqu'un avait essayé, il y a vingt ans, de 
m'arracher la messe , il aurait fallu qu'il tirdt bien fort avant 
que je lui cédasse, car mon cœur y était attaché, et je Tadorais ; 
maintenant , grftce à Dieu , jis suis d'un autre avis , et j'ai la con- 
viction que les raisons sur lesquelles s'appuient la messe et la 
papauté tout ensemble , ne sont qu'imposture et idolâtrie. 

Un capucin dit : « Porte une 'robe grise et un capuchon, at- 
tache un cordon autour de ton corps et mets des sandales à tes 
pieds » ; un cordelier dit : « Porte un capuchon noir » ; un pa- 
piste dit : a Fais telle ou telle chose , entends la messe , prie , 
jeûne, fais l'aumOne. )> Mais un vrai chrétien dit : « Je ne de- 
viens juste et je ne suis sauvé que par la foi en Jésus-Christ» sans 
aucune œuvre ni mérite qui me soit personnel. » Comparez main- 
tenant, et jugez où est la vraie justice. 

En Italie , les hôpitaux sont pourvus de tout ce qui est néces- 
saire ; ils sont bien bâtis , on y a de bonnes choses à boire et à 
manger ; on y est servi avec soin; les médecins sont habiles; les 
lits et le mobilier sont propres et bien tenus; aussitôt qu'un ma- 
lade est apporté, on lui ôte ses habits en présence d'un notaire 
public, qui les enregistre ; ils sont mis de cOté avec soin; le ma- 



hV PAPE, DE L*A!<TECttIll8T ET DES PAPISTES. i(M 

lade est recouvert d'un vAtement blanc et déposé dans un lit bien 
préparé. Bientôt après, on lui amène deux médecins, et les scr* 
viteurs apportent des aliments et des boissons dans des yases et 
des coupes d'un irerre bien net, quMls ne touchent qu'avec un 
senl doigt. Des femmes mariées (dont la figure est voilée) vien« 
neat assister et servir les pauvres sans être connues, et retoup- 
Deot ensuite cbez elles. Ces œuvres sont bonnes et louables ; mais 
le mal est que les Italiens s'imaginent ainsi mériter le ciel et être 
sauvés par suite dé semblables bonnes œuvres; cela gâte tout. 

WSÊ 

La tète de Tantechrist est à la fois le pape et le Turc , car 
UDe bête qui est pleine de vie doit avoir à la fois un corps et une 
âme. L'esprit ou Tâme de rantechrist est le pape , sa chair ou 
son corps est le Turc. Ce deruier ravage, attaque et vexe TÉ- 
glise de Dieu corporellement; le premier s'en prend à elle spiri- 
tuellement. Mais, de même que du temps des apôtres l'Église • 
remporté la victoire et qu'elle a triomphé des Juifs et des Ro- 
mains, elle restera, de nos jours, solide et stable, en dépit des su- 
perstitions et des idolâtries du papisme et malgré le pouvoir, la 
tyrannie et les dévastations du Turc et de ses autres ennemis *. 

dm 

Le docteur Luther cita un jour ces paroles du prophète Da- 
niel (chap. XII, V. 1 ) : « Ce sera un temps de détresse , tel qu'il 
n'y en a point eu depuis qu'il y a eu des nations jusqu'à ce temps- 
là , etc. » Cette prophétie s'applique parfaitement à l'antechrist, 
quoiqu'elle porte le nom du roi Antiochus , et tous les inter- 
prètes sont d'accord à cet égard ; car l'antechrist n'aura nul res- 
pect ni pour Dieu , ni pour la perpétuité de la race humaine , 

'Un écrÊvaiD anglais, Matiliîeu Sutliwe, a composé un volume entier poar 
dérelopper ridée de Luther aa sujet de la coopération du pape et du Turc: 
roici le litre de ce bouquin jadis recherché : De Turco-papismOt hoc est 
de Turcormn et Papistorum advenus Chrisii Eçclesiam et fidem coniH' 
raiione ; Londret, 1 604, in-t». 

is 



iiO PROPOS DE TABLE DE MABTIN LOTUCK. 

c'eftl-à-dire pour le mariage. On doit comprendre que Tante • 
christ déteste deux choses : Dieu ( c'est-à-dire la religioa ) et les 
hommes , et comme il est un homme , il n'aura nulle sympathie 
pour les femmes ; au contraire , il en sera rennemi , ce qui veul 
dire qu'il sera hostile à Tadministration civile et domestique, à 
toutes les lois, aux empereurs , aux rois. Car c*est par les femmes 
que les enfants sont engendrés , et c'est ainsi que la race ha- 
maine se perpétue et que le monde se conserve. Et là où les 
femmes ne sont pas respectées, iln'jf a que mépris pour les lois 
et les ordres des souverains. 

Celui qui témoigne du mépris aux prédicateurs et aux femmes 
s'en Ircmvera toujours mal. Cest Dieu et l'espèce humaine qu'il 
méprise. 

9Qi 

Daniel a été un prophète éminentet glorieux , et Jésns-Christ 
Ta aimé , ainsi qu'il est dit dans saint Matthieu , ch. xxnr, y. 15 
Il a parlé de la persécution en termes aussi clairs que si déjà il cd 
avait été témoin. Lisez le douzième chapitre en entier. Il s'ap- 
plique bien à l'époque où l'empereur Caligula et d'autres tyrans 
ont régné ; mais il y est indiqué de la façon la plus formelle que 
c'est dans une ville, entre les deux mers, c'est-à-dire à Rome, 
en Italie , c'est là que le tyran doit régner. Le Turc règne aussi 
entre deux mers, à Constantinople , mais ce n'est point une ville 
sainte ; il ne protège et n'encourage pas le culte du dieu Mao- 
sim ( V. 3 ), et il n'interdit point le mariage. C'est donc le pape 
que le prophète a eu en vue, et il ajoute (v. 11 ) que le tyran, 
doit être abandonné des forts. C'est ce qui ^e réalise, car nous' 
voyons que les rois et les princes s'éloignent du pape et le lais-l 
sent tout seul. Je vous exhorte donc à ajouter foi entière ad] 
paroles de Daniel et à demeurer bien persuadés que le pape 
réellement l'antechrist*. 

* L'identité de l'antechrist et du pape avait déjà été soutenue et dévelof 
pée par Jt an Huas, dans son traité dt Anatomia AnlichrUti. Depuis LulM 



DU PAPE, DE L'ANTECHRIST ET DES PAPISTES. 111 

Qaant à ce qui regarde les formes eitérieures de la religion , 
il n'y a aucune difl^rence entre le pape el le Turc , si ce n'est 
dans quelques cérémonies. La raison en est que le Turc conserve 
les cérémoDies de la loi de Moïse , et que le pape garde les cé- 
rémonies chrétiennes ; mais tous deux les falsifient et les cor- 
rompent. De même que le Turc corrompt et altère les préceptes 
de Moïse au sujet des ablutions et des bains, de même le pape 
altère le sacrement du baptême et celui du véritable corps et du 
sang de notre Seigneur Jésus-Cbrist. 

iOi 

Le royaume de Tantecbrist a été fort bien dépeint et retracé 
dans les prophéties de Daniel et dans TApocalypse de saint 
Jean. L'Apocalypse dit ( cb. xiii , v. 17 ) : a Ils prenaient une 
marque dans leur main droite ou sur leur front. » Ceci semble 
d'abord une prédiction relative au Turc et non au pape. Mais un 
examen attentif du texte montre , ainsi que la suite le prouve , 
qu'il s'agit de la tyrannie et des cruautés du pape dans les choses 
temporelles. Nous lisons aussi dans l'Apocalypse ( ch. xii , 
V. U) : « Elle est nourrie un temps , et des temps , et la moitié 
d'un temps. » Ici la question est : qu'est-ce qu'un temps ? Si un 
temps doit s'entendre d'une année , le passage signifie trois ans 
et demi , et il se rapporte , en ce sens , à Antiochus, qui persé- 
cuta en effet le peuple d'Israël durant une période de cette du- 
rée , mais qui mourut enfin dans son ordure et plein de pourri- 
ture. Le pape succombera de même et il expirera misérable- 

CHte même lliése fut défendue dans de Dombreux ouvrages ; nous n'en ci- 
lerotis que deux : celui de Ph. NicolaV, de Duobus Aniichristis (Marpurgi, 
1590), el celui de Georges Thomson : La Chasse de la bête romaine, oit U 
est recherche et évidemment prouvé que le pape est F Antéchrist (La Ro- 
chelle, i«ii ; Genève, 1612). Nous, laisserons de côté les Oois d'iojuret 
iccuraulés dans Wigan»! {Synopsis Antichristi romani^ spiritu oris Christi 
reielaii); daiDS âadpi (Gravissimuni edictum eimandaium Dei quomodo 
guisque sese adversus Antichristum romanum gerere et exhibere de- 
beat); dans le Mandement de Lucifer à V Antéchrist, pape de Rome et à 
tous les suppôts de son Eglise (1592). Pareils pamphlets, dont il est impos« 
tihle de lire aujourdliui deux lignes, remuèrent alors rsurope. 



m PKOrOS DE TABLE DE MARTIN LVTUER. 

ment , car ce u*est pas par un effet de la protection divine qu'il 
a fondé son pouvoir, mais par la superstition et par une inter- 
prétation forcée et outrée de quelques passages de rÉcriturc 
sainte. 

La papauté s'est établie sur une base qui amènera sa cbute. 
La prophétie de Daniel (ch. viii, v. 25) le montre : « Et par le 
moyen de son esprit il fera prospérer la fraude en sa main , il 
s'élèvera en son cœur et en gâtera plusieurs par la prospérité. » 
C'est au pape que ceci se rapporte spécialement. Tous les autres 
tyrans et monarques ne succombent que sous une puissance 
terrestre , mais cette prophétie s'applique également au Turc et 
au pape ; car tous deux ont commencé à régner vers la même 
époque , sous l'empereur Phocas , qui fit cruellement mettre à 
mort son prédécesseur et souverain , l'empereur Maurice , ainsi 
que sa femme et ses enfants. Il y a à peu près neuf cents ans que 
cela s'est passé. Le pape commença à régner spirituellement sur 
l'Église au moment où Mahomet fonda sa puissance. L'empire 
temporel du pa])e a duré à peine trois cents ans, parce qu'il a 
tourmenté et vexé les empereurs et les rois. 

Je ne ])eux bien définir et comprendre cette prophétie : « Un 
temps, deux temps et la moitié d'un temps. » Je ne vois pas si 
elle s'applique au Turc , qui a commencé à régner après avoir 
fait la conquête de Gonstantinople en 1453, il y a 85 ans. Si j^ 
calculais un temps d'après l'âge de Jésus-Christ, trente ans, cette 
expression signifierait cent cinq ans, et le Turc aurait donc en- 
core dans l'avenir vingt ans de règne. Mais, après tout, Dieu 
sait bien ce qui en est, et nous ne devons pas nous piquer de 
tout connaître, ni nous tourmenter pour tout savoir ; songeons 
plutôt à faire pénitence et à nous adonner à la prière. 

Je crois que le pape (;st un démon incarné et déguisé , puis- 
qu'il est rantecbrlst, Pc ip^me que Jésus-Christ est réellemeal 



DU PAPE, DE L ANTECHRIST ET DES PAPISTES. 115 

Dieu et homme , de même rantechrist est un démon incanu^. 
Od dit ainsi avec vérité que le pape est un dieu terrestre, car 
il n*est ni un dieu réel ni un homme réel, mais il mêle en lui les 
deux natures. Il sMntitule un dieu terrestre, comme si le seul 
et vrai Dieu tout-puissant n'était pas aussi Dieu sur cette même 
terre. La domination du pape est vraiment un attentat contre la 
puissance de Dieu et contre les races humaines, CTest un grand 
blasphème que commet ainsi un homme qui ose se mettre , dans 
rÉglise de Dieu , au-dessus de Dieu , après la venue et la révé- 
lation de Jésus-Christ. Si pareille chose était arrivée sous les 
païens , avant la venue de Jésus Christ , elle aurait été moins 
surprenante. Quoique Daniel, Jésus-€hrist lui-même, lesapê- 
très saint Pierre et saint Paul nous aient diligemment prému- 
nis contre ces bêtes venimeuses et cette peste , nous sommes , 
nous autres chrétiens , tellement insensés et stupides , que nous 
avons ajouté foi à tous les mensonges et à ridol&trie du pape, 
et que nous nous sommes laissé persuader quMl était le seigneur 
du monde entier , comme héritier de saint Pierre , bien que 
Jésus-Christ et saint Pierre n'eussent laissé aucune succession 
sur la terre. 



On demanda au docteur Martin Luther d'où venait le nom de 
pape {papa) donné à Tévêque de Rome, et il répondit : « Je 
ne saurais donner aucune raison certaine de ce qu'il porte ce nom, 
à moins qu'il ne vienne du mot abba, qui aurait été répété deux 
fois , comme si l'on voulait dire le père des pères. Dans l'anti- 
quiu'% le nom de pape se donnait aux évoques ; saint Jérôme 
écrivant à saint Augustin , qui était évêque d'Hippone, lui donne 
la qualification de saint pape ; et dans la légende de saint Cy- 
prien, martyr, on lit que le juge lui demanda : « Es-tu ce Cy- 
prien que les chrétiens appellent leur pape? » Il nie semble que 
c'est un nom qui a pu s'appliquer à tous les évoques; les enfants 
appellent leurs pères papa, et les évêques sont aussi les pères 
des enfants. » 

Qui est-ce qui aurait osé , il y a trente ans, dire du pape ce 
que Ton en dit maintenant? L'on ne pouvait alors s'exprimer 

10. 



iii MOTOS 0E TABLK DE MARTIN LUTHER. 

sur son compte qu'en termes de yénération et de sappUcation , 
et Ton aurait été cent fois banni et condamné si Yim s'était dé- 
claré son ennemi. 

WGÊ 

11 y eut trois papes qui se succédèrent dans un court espace 
de temps. Lorsque le premier fut mort , celui qui le remplaça 
déclara nuls tous ses décrets, lois et ordonnances ; il le iit exhu- 
mer et lui iit couper les doigts. Quand celui-là fut mort Clé- 
ment, vint le troisième; il défit tout ce qu'avait fait son prédé- 
cesseur, et il ordonna également que son cadavre fût déterré, et 
il le fit jeter dans le Tibre , après qu'on lui eut tranché la tète. 
Telle était la tyrannie des papes , et voyez à quels excès ils se 
livraient. 

iules , second du nom , a été un homme habile pour la guerre 
et radministration ; il a combattu contre Fem^iereur, les Véai- 
liens et le roi de France. Lorsqu'on lui annonça que les Français 
avaient battu son armée à Bavennes, il blasphéma contre Dieu et 
il dit : « Seigneur, si tu m'abandonnes, je t'abandonnerai aussi. » 
Il regarda ensuite à terre et il s'écria : « Saint Suisse, prie pour 
nous ! » El il envoya aussitôt l'évéque de Salzbourg , le cardinal 
Mathlas Langon , à reropereur MaTkimilien. 

Ce pape était très-redonté des cardinaux et des Romains. Il 
fil tenir les rues de Rome si propres que de son temps il n'y eut 
aucune peste. Chaque jour il se levait à denx heures du matin, 
et il s'appliquait aux afTaires jusqu'à cinq ou six heures, s'occu- 
pant beaucoup de négociations , de guerres, d'édifices , de mon- 
naies, etc. On dit qu'il avait cinquante-six tonnes pleines d'or. 
Etant près de rendre le dernier soupir, il les partagea entre 
ceux qui gardaient son trésor, et ils emportèrent 500,000 florins. 

Il aspirait à l'empire et il aurait bien voulu être empereur; il 
a donné beaucoup d'embarras au roi de France, Louis. Ce mo- 
narque écrivit à toutes les universités de son royaume , leur de- 
mandant de combattre , dans des écrits publics , les prétentions 
du pape. Si j'avais vécu dans ce temps-là, j'aurais été mandé à 
Paris et traité avec de grands honneurs ; mais j'étais alors trop 
*eune. Dieu voulut que ce fût par sa sainte parole et non par la 



1>U PAPE, DB L*ANTECIIR1ST ET DE8 PAPISTES. il5 

poissâDce du roi de France que Tempire du pape fât renversé ; 
car Dieu , lorsqu'il le veut , de rien fait quelque chose , et de 
même il anéantit ce qui est. Il n*a qu'un mot à dire : « Tombe, 
Jérusalem ! Rome, sois réduite en cendres! Roi, descends de 
ton trône! Pape, perds ton empire!» Et tout se détruit, tout 
s'écroule. Il a renversé le pouvoir de la papauté, qui était le plus 
grand de tous. 

Le pape Jules voulait être empereur, Alexandre ( VI ) voulait 
élever son fils , et le pape Léon , son frère à Tempire; il le fit 
roi de Naples , mais il mourut empoisonné. Le pape Clément 
fut le plus riche de tous , car il entra en possession des trésors 
du pape Jules. Il était très-rusé et très-adroit ; il était de Flo- 
rence. Celait d'ailleurs un fils de p.... n , un h&tard de la maison 
de Médicis. 

En somme , 11 n'y a jamais eu sur. la terre de plus grand co- 
cpiin que le pape Clément VÏI; aussi Dieu l'a-t-il privé de tonte 
l'autorité et de toute la puissance qu'il possédait. Les fauteurs 
de Jules disaient que depuis saint Pierre il n'y avait eu aucun 
I)ape qui eût été en possession d'une pareille suprématie. Voyez 
ce qui en reste. 

Le pape Alexandre était un Marane , c'es-à~dire un Juif bap- 
tisé, qui ne croyait à rien. Le pape Jules , qui lui succéda , avait 
contre lui des sentiments si hostiles qu'il fit briser et détruire 
toutes les portes et toutes les fenêtres sur- lesquelles étaient les 
armoiries d'Alexandre. 

Il y eut un homme qui avait si grande envie d'être pape qu'il 
sedonnaau diable, à condition que le démon le ferait parvenir à 
la papauté, et il fut convenu entre eux que le diable n'aurait 
d'empire sur lui qu'après qu'il aurait dit la messe à Jérusalem. 
Il advint que ce pape ayant dit la messe dans une chapelle , à 
Rome, qui portait le nom de Jérusalem (circonstance qu'il 
ignorait), les démons accoururent pour le saisir. Il demanda 
quel était le nom de la chapelle, et quand il en eut été informe, 
il avoua le pacte qu'il avait fait avec les démous et il implora la 
miséricorde divine , et les démons le mirent en pièces ; mais les 



ii6 PROPOS DE TABLE DE MARTIN LUTOER. 

Romains disent que son repentir l*a sauvé et que sa mort a 
expié sa faute. 



J*ai vu à Rome , dans une grande rue qui mène droit à Té- 
glise Saint-Pierre , la statue d*une femme revêtue des insignos 
de la papauté et tenant un enfant dans ses bras. Nul pape ne 
passe jamais dans cette rue, pour ne pas voir cette statue. 

Une femme, nommée Agnès, qui était née à Mayence , avait 
été , fort jeune encore, conduite en Angleterre par un cardi- 
nal , et de là menée à Rome , déguisée eu homme. Les cardi- 
naux relurent pour pape , mais elle se livra à Timpudicité, et sa 
bonté fut si publique qu^ellc accoucha dans cette même rue. Je 
sul^ étonné que les papes laissent subsister cette statue , mais 
e*est Dieu qui les frappe d* aveuglements 

' Personne ne croit mainlenant à Texistence de la papesse Jeanne, éri- 
gée en successeur de Léon IV (en 8S7) sous la plume de quelques chroni- 
queurs crédules et des premiers réformateurs. CeUe fable se trouvait dt>jà 
dans Gervais de Tilbury, dans le dominicain Éiienne Bellaville de BorboDc, 
et dans divers autres vieux volumes, lorsque Luiber 8'empre«aa de Tadop* 
1er. Divers ouvrages spéciaux onlélé coiiracrésà Texamende celte ques- 
tion. Citons les plus remarquables : 

Rionilcl, Johannapapissa. Amst., 1657, in-B". 

G. Leibnitz. Flores sparsl ut lu/nnlum Papissœ (ouvrage inséré dans la 
Kbtioih, /li^ior. Goliiiigue, 1758, 1,297). 

Cooke, Dialogue entre un protesiuni et un papiste. Sedan, 1664, in-s». 

Spanheim, DeJoh. pàpissa. t Voir fc^ œuvres, l.eyde, 1701, II, 5.) 

Ciampi, Dissaminadi C. Boccacio iniorno allapapissa Giov. Flrenie, 
1828, in 8o. 

W. Smeis, Vas Mùhrchen, v, d. Fapstin Johanna neii erortert. Colin, 
1829, in-8«'. 

Ajoutons que le catalogue Barré (1716) indique (no 4990-5003) 14 ou- 
vrages sur la papesse Jeanne, et que le catalogue Secousse ^no 918-932) 
en énumére 16. M. Beucbot {Journal de la Ubr-^ 1831, p. 59) a mentionné 
cinq pièces de tbéAlre sur le même lujet. 

a^3€ 



DU PAPE, DE L*ÂiNTECHRIST ET DES PAPISTES. 117 

Du temps de Jean Huss, il y eut à la fois trois papes , et 
ils s'excommuniaient mutueUement, eux et leurs adhérents. 
Jean XXIII tenait sa cour à Borne ; Pierre de Luna était en 
Aragon, et Benott dans les montagnes de Tltalie. C'était une 
dissension horrible qui annonçait que la chute de la papauté 
était proche. L'empereur Sigismond, ne pouvant tolérer un sem- 
blable état de choses, convoqua un concile à Constance. Mais 
les cardinaux ne voulurent entendre parler d'aucune réforme ; 
ils dirent , en faisant une faute de langue , que ce n'était pas 
un schisme {schismam ), L'empereur répondit: « Ne connais* 
sez-vous pas votre Priscien * ? Il faut dire schisma et non #cAt>- 
mam. » Un cardinal répliqua : « Nous sommes au-dessus des 
règles et des lois , et nous sommes de même supérieurs à Pris- 
cien et aux grammairiens. » Les trois papes furent déposés dans 
le concile et un quatrième fut élu. Mais le pape Jean, qui avait 
abdiqué dans l'espoir qu'il serait renommé, mourut de cha-- 
grin en se voyant trompé dans son attente ' ; Benoit en fit de 
même ; Pierre de Luna, retiré en Espagne, y mourut sans avoir 
cédé un seul point de ses prétentions. 

Le pape Jean fut rejeté à cause des crimes qu'on avait à lui 
reprocher, car il avait tué son père, il avait vendu les évèchés, etc. 
Lorsqu'on lut publiquement devant lui de semblables inculpa- 
tions ( elles ne formaient pas moins de trente articles), il dit : 
ff J'ai fait bien pis que tout cela , puisque je me suis laissé per- 
suader de quitter Bome et de passer les monts pour venir ici. 
Si j'étais resté à Bome, vous ne m'auriez pas déposé. » 

' Grammairien lalin dont les divers écrits. De oclo partibus oraiionis^ 
De Coiisiruciione, eic. y ont été souvent réimprimés au quinzième cl au 
seizième siècle; il en a paru à Leyde, en 1818, une bonne édition criàipio 
due aux soins du savant philologue Lendermann. 

* Ge fui Martin V qui Tul élu. Il n'est pas tout à fait exact àë dire que 
Jean succomba au chagrin ; il vint l^-ouver à Florence son successeur , il 
•ejeta à ses pieds et ratifia pleinement Tacte de son abdication. Le nou- 
veau pape le reçut avec bonté et le fit doyen du sacré coilégei 



i4S PROPOS DE TABLE M MARTilf LUTHER. 

Le pape Paul III avait une sœur; avant d*ètre cardinal, il la 
donna pour maîtresse au pape . et il obtint ainsi la dignité de 
cardinal; il renvoya ensuite sa femme, car il était marié, et il 
avait un fils qui est maintenant cardinal. Les papes ont commis 
des turpitudes et des abominations que Ton ne saurait conce- 
voir : les ecclésiastiques devaient payer au pape un florin lors- 
qu'ils avaient un enfant de leurs ménagères , et la mère était te- 
nue également à acquitter un florin. Et de là vint que les prêtres 
entretenaient, sans honte et sans crainte, des p....ns auprès 
d'eui. 

iOt 

Je connais une ville où les concubines des ecclésiattiqves 
étaient, lors des réunions et des noces, traitées avec beaucoup 
d'honneur, et on les appelait madame la 'doyenne , madame la 
prévôté , madame la cbanoinesse , etc. Ainsi le doct^ir Stauiritz 
reprit-il en riant Tévèque de M., et il lui dit qu'il était le plus 
grand teneur de mauvais lieux q«ril y eût en Allemagne, puis- 
quMl n'y avait pas de maître d'une maison de p....ns qui, même 
dans les endroits les plus riches, touchât plus de cinquante flo- 
rins de revenu annuel , tandis que lui , l'évèque , recevait cinq 
cents florins et plus. Le prélat se mit à rire et répondit : « Oui , 
cela sert à payer les scribes de la chancellerie, i» 



Un chanoine de W. enleva ^ un mari sa jeune femme et il dit 
à répoux : « Si tu consens à ce qu'elle reste avec moi , tu trou- 
veras en moi un bon maître, autrement tu auras beaucoup à 
souffrir.» — «Voilà, dit le docteur Luther, un trait digne de 
l'insolence italienne, et un de ces péchés qui crient vengeance au 
ciel. Et c'est ainsi que Moise a dit : « Ils ont pris pour femmes 
celles qif ils ont voulu , car toute l'imagination des pensées de 
leur cœur n'était que mal en tout temps. i> 

i8( 



DU PAPB, DE l'aNTECBRMT £T DES PANSTES. 119 

P*où vient que les |>apes prétendent que ce sont etu qui for- 
ment rËglise, tandis qu*ils sont les ennemis de TÉglise, et quMIs 
n'ont nulle connaissance et surtout nulle intelligence de rÉcri- 
ture sainte ? Pape , cardinaux , éfèques, aucun d'eux n'a lu la 
Biàldi elle leur est complètement étrangère ; ce sont de gro«ae8 
bedaines, riches, indolent^, paresseuses; ils ae reposent sur 
leur puissance , et ce dont ils se soucient le moins , c'est d'ac- 
complir la volonté de Dieu. Les sadducéens avaient beaucoup 
plus de piété que les papistes ; Dieu nous garde de la saiuteté 
de eettx-ci. Prions aûn d'être préservés de la sécurité, car elle 
engendre l'ingratitude , ensuite le mépris de Dieu , puis le blas- 
l^ème et euGn la persécution des choses divines. Et e*68t ainsi 
que le diable nous conduit jusqu'au dernier échelon du mal. 

WSÊ 

Quelqu'un parla un jour des signes et des merveilles qui de- 
vaient accompagner la venue de l'antecbrist lorsqu'il se montre- 
rait avant le jugement dernier S et il dit qu'il devait avoir 
un souffle de feu qui renverserait tous ceux qui s'opposeraient à 
lui ; le docteur Luther répondit: « Ce sont des paraboles, mais 
elles s'accordent en partie avec les prophéties de Daniel ; car le 
trône du pape est enflammé , et le feu est son arme comme le 



* On torimraU une biblioltièqae considérable en réunlsunt les dtflé- 
renia écriif dont l'anlechrisi a éiè le fujet aux seizièiw) ei dii-tepilème 
siècles. La base d'une pareille coUeeiion serait ronvrage du dominicain 
Mahenda , De Aniichristo llbri XI (Rome, 1603, in-fol.; Valence, 1621 ; 
Lyon, 1647), volume où s'étalf ni une érudilion immense et des opinions 
singulières. Une idée asseï étrange de quelques rabbins au sujet de la 
naissaorede ranteclirtsl est rapportée dans un bizarre et savant ouvrage 
anglais ( mmrod, a discourse on ceriain passages of hislory and fable ; 
Londres, 182a, 4 vol. in-So) he will be born at Edom of ihe marble slalwe 
of a Virgin impregnated by several vAckedmen (t. 111, p. 381). Indiquons, 
pour mémoire, le Tralié de Vadvenetnent de VAntechrixt (l»ari«, Verard, 
1492, in-fol.); le Vaso di veriia dove si traita delV origine, nuscita, vita, 
opère e morte deir Antlchristo,de\?, Al. Porri (Venelia, 1S97, in-40); une 
dissertation de Groiius dans les Crilici sacri, 1697, tom. V (le savant Hol- 
landais croit que c'est Caligula) ; lea écrits de Gratarolo, de Dumolin, de 
Perrier. 



HO PROPOS De TABLE DB MARTIN LUTHER. 

sabre est celle du Turc. L^autechrist attaque avec le feu et ii 
sera puni par le feu , ainsi que Texprime le proverbe : « De ce- 
lui qui aura répandu le sang sera répandu le sang. » Le pape est 
aujourd'hui saisi de crainte ; il se cache derrière ses montagnes, 
ii est forcé de souffrir bien des choses contre lesquelles il aurait 
autrefois lancé ses foudres et^s écUirs. 

iOt 

Il y avait, du temps de Léon X, dans un couvent d'augustms, 
deux moines qui furent révoltés de Ir conduite impie et horrible 
des papistes , et dans leurs sermons ils dirent quelque chose 
contre le pape. Voici que deux assassins s'introduisirent furtive* 
ment , pendant la nuit , dans le couvent ; ils égorgèrent ces deux 
moines , leur coupèrent la tète , leur arrachèrent la langue et h 
leur mirent au derrière. C'est ainsi qu'agissaient les papes. 

Le 8 août, arriva une lettre de Bucer *, où il était dit que le 
concile de Vienne était terminé et qRe les cardinaux s'étaient 
retirés , et que l'Évangile était accueilli à Plaisance et à Bo- 
logne avec beaucoup de joie et d'empressement. Le pape en 
était extrêmement irrité, et il avait mandé à Rome un Allemand 
qui se nommait Corfentius , en lui accordant un sauf-conduit. 
Celui-ci s'étan^ mis en route et voulant savoir pour quels motifs 
il était mandé , fut arrêté en chemin et jeté dans le Tibre de 
dessus un pont. Le docteur Luther dit alors : « Telle est la 
bonne foi des papistes de l'Italie. Heureux celui qui ne se lie 

* Martin Bucer, l'un des collabora leurs les plus zélés de Luther, oé i 
Strasbourg en 1491, Tut d'abord dominicain; il prit une part trés-acliTe 
«ux controverses qui s'élevèrent dans le sein de la réforme, au sujet de 
'eucharistie. En 1549, il passa en Angleterre, il mourut en 1551 à Cam- 
bridge. Sous le régne de Marie, srs restrs furent exhumés et jetés au feu. 
Il s'était marié deux fois et il laissa treize enfants de sa première femme 
qu'il avait tirée du cloître pour l'épouser. Il serait superflu de donner 
ici la liste de ses nombreux écrits devenus rares et bien ptu recherchés 
d« nos Jours. 



DU PAPE, DE l'aMTEGBRIST ET DBS PAPISTES. Iti 

I>as à eax ! Si les hommes de Dieu qiû prêchent TÉvangile en 
Italie restent fermes , il ; aura beaucoup de sang répandu. Voyez 
quelles machinations et quelles embûches sont ourdies contre 
nous en Allemagne: nous n'avons pas une seule heure où nous 
puissions nous dire en sûreté. Que de pièges nous ont tendus les 
papistes durant cet été ! Si Dieu ne veillait pas sur nous et ne 
nous protégeait pas , nous aurions depuis longtemps succombé. » 
Quelqu'un demanda comment saint Jacques avait été à Gom« 
postelle. Le docteur Martin répondit : « Comment se fait-il que 
Ton trouve dix-huit ay^tres, tandis que Jésus-Christ n'en a eu 
que douze? Car il yen a six à Tolosa ; saint Matthieu s'y trouve, 
et il est également à Trêves et à Rome. En beaucoup d'endroits, 
les papistes se vantent de posséder du lait de la vierge Marie et 
du foin qui a servi à envelopper dans la crèche l'enfant Jésus. 
Un franciscain se vantait d'avoir de ce foin dans une valise qu'il 
portait avec lui ; mais un curé le lui déroba subtilement et mit 
des charbons à la place, et quand le moine voulut montrer au 
peuple ce foin , il trouva qu'il n'avait que des charbons. Il in- 
venta sur-le-champ un beau mensonge et il dit : « Mes bons 
amis , je n'ai pas pris la valise que je voulais , mais voici les 
charbons qui ont servi à griller saint Laurent. » 

Le docteur Luther dit avec véhémence qu'à coup sftr N. ' était 
possédé du diable , non-seulement spirituellement, mais encore 
corporelleraent , et qu'il était parvenu bien près de sa fin , où le 
diable le poussait ; il n'y avait plus aucun espoir qu'il se repen- 
tît ni qu'il fît pénitence. Il faut donc prier contre lui et non 
pour lui , afin que Dieu retire ce ver empoisonné et le précipite 
dansl'abtme de feu. 

' 11 s'agit dans ce paragraphe et dans le suivant du duc Georges de Saxe; 
nais en ts66, nn n'osait le nommer en toutes lettres. 



9QC 



ii2 PROPOS DR TABLE DE MARTIN LUTHER. 

On peut lire tous les bistoriens sans trouver d'exemples d*uii 
tyran qui ait été aussi cruel que N. et qui ait fait autant de ra- 
vages. On rencontre des tyrans qui ont sévi contre le corps , 
mais non contre la conscience. Mais N. veut forcer les gens à 
croire ce qui lui convient , à lui et aux papistes. En cela il sur- 
passe le pape, qui se contente d'excommunier ceux qui n'obéis- 
sent pas à ses décisions , mais qui n'a pas essayé de violenter et 
de contraindre les consciences, quoiqu'il les ait souvent in- 
quiétées et tracassées. N. va au delà de tous les persécuteurs et 
de tous les ennemis de l'Évangile. 

Lorsqueles rois et les princes frappent monnaie, c'est avec de 
Tor et de l'argent. Le pape tire de l'argent de toutes choses , 
indulgences , cérémonies , dispenses de carême , etc. Il n'y a 
que le baptême dont il n'a rien pu tirer, parce que les eafants 
viennent au monde nus et qu'ils n'ont pas de dents. 

Le docteur Luther dit un jour : « La superstition- fleurit, tan- 
dis que la véritable religion est méprisée. Si la papauté avait 
encore duré dix ans , tous les monastères de l'Allemagne au- 
raient été transférés à Rome ; car, en Italie, les monastères sont 
très-ricbes et ils ne renferment que deux ou trois moines ; le 
surplus de leurs revenus s'applique au pape et aux cardi- 
naux.» 

¥^ 

Une pieuse dame, veuve du consul Uorndorff, raconta un 
trait de l'avidité des moines qui pressèrent son père et sa mère , 
lorsqu'ils étaient à l'agonie , de faire un testament en leur fa- 
veur. Elle fut forcée de jurer qu'elle n'en dirait rien à personne, 
et ils gardèrent l'argent en dépit du droit des béritiers. £n6n , 
à la persuasion du magistrat , elle révéla les fraudes de ces 
moines. Le docteur Luther dit : c< Pareils exemples sont à l'in- 
fini , et personne n'osait cependant accuser les moines. » Il fit 



DU PAPE, DE l' ANTECHRIST ET DES PAPISTES. iS5 

alors le récit suivant : « Un gentilhomme était au moment de la 
mortf et un moine qui l'assistait lui dit : « Seigneur, ne voulez* 
TOUS pas donner à notre couvent ceci et cela ?» Le mourant, ne 
pouvant, parler répondit par signe, et le moine se tournant vers 
le fils lui dit : « Votre père nous Taccorde. » Mais le fils s'appro- 
chant dit à son père : « Mon père , votre volonté est-elle que je 
jette ce moine au bas des escaliers? » Et le père ayant répété le 
signe qu'il avait fait déjà, le fils expulsa rudement le moine. 
Semblables rapines ont été immenses. En Lombardie , près de 
Padoue , il y a un monastère de Tordre de Saint-Benott, telle- 
ment riche qu'il possède 36,000 ducats de revenu annuel ; 
12,000 ducats sont consacrés aux frais de la table, 12.000 à ré- 
parer les édifices ou à en construire de nouveaux. J*ai moi- 
même été reçu avec honneur dans ce monastère. Ah ! le culte 
de Dieu ne consiste pas dans cette opulence. Il y a un proverl)e 
qui dit : « La religion a enfanté la richesse et la fille a ensuite 
dévoré la mère. » Jésus-Christ , le fils de Dieu , a mené , sous la 
forme humaine , la vie la plus, simple et la plus modeste , et 
nous, misérables pécheurs, nous affectons une magnillccnce et 
une superbe diabolique. Les moines , surtout ceux de Tltalie , 
sont très-rusés et se couvrent du masque de la piété. 11 y eut un 
abominable chartreux qui y nourrit longtemps en cachette une 
p— n qu'il logeait dans sa cellule ; il quitta ensuite son monas- 
tère , apostasia et revint plus tard auprès du pape. A son retour, 
il entra d'abord dans la cuisine du couvent, et comme tous 
fuyaient devant lui et pensaient que le pape le ferait mettre à 
mort, il dit : « Donnez-moi d'abord un bon potage et que je boive 
un coup , ensuite je plaiderai moi-même ma cause. » Quand il 
fut bien repu, il se rendit en présence du pape et il cria : « Misé- 
ricorde! miséricorde! miséricorde! » Le |)ape le poussa du pied 
eu lui disant : « Que veux-tu? > Il répondit : « Très-saint Père 
je veux m'amender. > Et il s'en fut absous, se moquant du pape; 
et de retour dans la cuisine, il dit : « Est- ce que je ne vous avais 
pas annoncé que je saurais bien plaider ma cause sans avoir be- 
soin de votre amwi ? » 



i24 PROPOS DE TABLE DE MARTIN LUTHER. 

Aristote a dit que le cours de la nature était d*abord fort lent, 
mais qu^ensuite il devenait fort rapide et tendait à la destruction. 
Il en est de même de la marche qu'a suivie la papauté. Il y a 
cinquante ans, nul prêtre n'osait avoir deux bénéOces, cela aurait 
passé pour un abus intolérable; maintenant il s'est développé à 
rinflni, et il y a des dignitaires qui ont jusqu'à trois sièges épis- 
copaux. 

Lorsque j'aperçus Rome pour la première. fois, je me proster- 
nai pour la saluer, disant : « Je te salue, sainte Rome. » Elle 
fut sainte en effet, étant baignée du sang de tant de martyrs, 
mais maintenant elle a été déchirée. Le diable de pape y a placé 
sa chaise percée. Un licencié de Magdebourg dit alors « qu'il y 
avait une vieille prophétie qui annonçait que Rome ne subsiste- 
rait pas longtemps. » Et Staupitz raconta le songe qu'avait eu un 
moine de l'ordre de Saint-François , et qui annonçait qu'il paraî- 
trait, sous le règne de Léon X, un étranger qui renverserait la 
papauté. — Le docteur Luther répondit : « Autrefois, quand nous 
étions à Rome , nous osions à peine regarder la figure du pape , 
maintenant nous lui voyons le derrière *. » 

Le dimanche après la Toussaint, un légat du pape arriva le soir 
à Wittemberg, et il avait à sa suite vingt-un chevaux et un 
àne ; il fut reçu avec honneur par les magistrats et conduit au châ- 
teau pour y séjourner, jusqu'à ce qu'il eût une conférence avec le 
docteur Luther. De grand matin le docteur fit appeler un barbier 
et il prescrivit qu'on lui fit la barbe. Le barbier demanda au doc- 
teur Luther pourquoi il s'y prenait de si bonne heure, et le doc- 
teur répondit : « J'ai appris qu'un commissaire ou légat du saint- 
père le pape était arrivé pour conférer avec moi; si je me mon- 
trais à luisons une apparence de jeunesse, il dirait : « Ah ! diable, 
ce Luther, qui a déjà soulevé parmi nous tant de discordes, n'est 

# 

' Videmus ei in culum. 



DU PAPE, DE l'aNTECHRIST ET DES PAPISTES. 125 

pas encore parvenu à Tâge viril; qu'est-ce quMl fera donc et 
qu'accomplira-t-il s'il arrive à la maturité? » — Lorsqu'il eut été 
rasé, il se revêtit de ses plus beaux habits et il passa à son cou une 
cbatne d'or. — Le barbier lui dit : « Seigneur docteur, tu les of- 
fenseras. » —Martin Luther réponc^t : « J'agis ainsi sciemment, 
car ils nous ont certes assez souvent offensés; c'est ainsi qu'il faut 
se comporter avec les renards et avec les loups. » — Le barbier ré- 
pliqua : « Va en paix , et que le Seigneur soit avec toi pour que 
tu les convertisses. »— Le docteur répondit: « C'est ce que je 
ne ferai point, mais il est possible qu'ils reçoivent de moi une 
bonne correction et qu'ils soient ensuite renvoyés. » — Ayant dit 
ces mots, il monta dans une voiture et alla au château rendre vi- 
site au légat. Lorsqu'ils apprirent que le docteur Luther était 
arrivé, ils s'empressèrent de le recevoir, et Luther donna au légat 
des titres d'honneur, mais pas aussi pompeux que ceux que quel- 
ques années plus tôt l'on accordait aux envoyés du pape ; en par- 
lant, ils en vinrent à agiter la question du concile , et le docteur 
Luther dit: « Vous prétendez convoquer un concile, mais vous 
n'y songez pas sérieusement et vous vous jouez de nous ; vous ne 
voulez y discuter que des choses futiles , vous préoccuper des Ca- 
puchons des moines , de la tonsure des prêtres , de ce qu'ils doi- 
vent boire et manger; tout cela n'importe guère, car nous sa- 
vons que les œuvres extérieures ne justifient personne devant 
Dieu; quant à la foi , à la véritable pénitence, à la justification et 
aux autres choses nécessaires pour que les fidèles vivent en esprit 
et en foi , vous n'enseignerez rien à cet égard , parce que notre 
doctrine n'est pas de votre goût. En outre, nous avons, parle 
Saint-Esprit, la certitude de ces choses : il n'est donc pas be- 
soin pour nous d'un concile; mais vous, malheureux, qui sédui- 
sez les hommes par vos doctrines impies, il vous faut un concile, 
parce que votre foi est incertaine et chancelante. Toutefois , si vous 
le voulez absolument , accomplissez vos projets; moi , mettant ma 
confiance en Dieu, je me rendrai dans votre concile, dussiez-vous 
me brûler. » 

Le légat réj^dit : <c Dis-nous en quelle ville tu penses qu'il fau- 
drait réunir le concile? » Le docteur Luther répliqua : « Que ce 
soit à Mantoue, à Padoue ou à Florence, je m'y rendrai. — ^ " 



116 mOMS M TABLE DE MARTIN LUTllEB. 

légat. Voudiais-tu te rendre à Bologne? — Luther. Sous la domi- 
nation de qui est Bologne? —Le légat. Sous celle du pape. ^ Lu- 
ther. Bon Dieu ! le pape s'est donc aussi saisi de cette ville? Eh 
bien! j'irai tous y trouver. — Le légat. Le pape ne refusera pas 
non plus de venir vers vous i Wittemberg. — Luther. Eh bien ! 
quil vienne promptement ; nous l'attendons et le verrons arriver 
avec plaisir. — Le légat. Vous attendez-vous k ce que le pape 
vienne à main armée ou sans armes? — l.utber. Ce sera comme 
il Tentendra ; de quelque manière qu'il vienne, nous Tattendrons 
et le recevrons. — Le légat. Ordonnez-vous des prêtres? — Lu- 
ther. Oui, quoique le pape nous ait interdit l'ordination ; voici un 
évoque ordonné par nous », et il montra du doigt Pomeranus. — 
Toutes ces choses, et d'antres qui ne sont pas venues à ma con- 
naissance , furent dites entre eux. Le légat remonta ensuite à 
cheval et voulut se remettre en route, et il dit audocteur Luther : 
« Vois à te rendre au concile quand tu y seras mandé. »->Le doc- 
teur Luther répondit : « Oui, maître, j'y porterai ma tète et mon 
eou. » 

Peu de gens font attention aux miracles qui annoncent la pré- 
sence de Dieu ; voyez comme ont péri quantité de papistes. L'é- 
véque de Trêves , après le couronnement de Ferdinand , est mort 
en un instant dans un accès d'épouvante. Ernest, comte de Mans- 
feldt, a été enlevé par une maladie de trois jours, lui qui , dans 
l'excès de son zèle, s'écriait, quand l'empereur vint : « Yoici un 
sauveur qui nous arrive »; et qui avait dit, en entendant chanter 
le cantique : Dieu est notre refuge : «c Je veux renverser, à coups 
de canon , ce chftteau fort et être le premier lorsqu'il s'agira de 
faire la guerre aux Luthériens. » Le comte de Werdemburg, notre 
adversaire décidé , est mort subitement à la diète d'Augsbourg. 
Le docteur Mathias , fils d'Henning , qui célébra à Erfurt des cé- 
rémonies selon le rite des papistes, a péri misérablement; car trois 
p-^ns avec lesquellesil vivait, le menant à Erfurt dansun mauvais 
lieu, l'ont accablé d'outrages en présence de tous les habitants, 
lut crachant à la figure et le revêtant , par dérision , d'une cha- 
suble, ce qui lui a causé tant de chagrin et de hoAte qu'il a suc- 
combé dans l'année. Le chancelier de Trêves, César Pflug et 
bien d'autres sont tous morts sans croix ni dergcs. 



DU PAPE, DE L*AllTECimi8T Et DES PAPMTE8. IÎ7 

H n'y a rien de plus révoltant que Tarrogance d*uD ignorant 
qui parle de ce quMl ne sait point et qui veut passer pour un 
homme des plus habiles. Il y a eu des papistes qui ont voulu faire 
usage contre moi de mes propres paroles, et un prédicateur de 
Leipsig, m'attaquant pardcscitationsdemeseonimenlalressurla 
Bible j a reçu un cbâiiment de la main de Dieu, car il a été frappé 
d'apoplexie, en chaire , le dimanche après la Noël , lorsqu'il vou- 
lait démontrer la justification par les œuvres , . par Thistoiro 
d'Anne. Maître Adam fiudissina a écrit ceci : « Un bourgeois 
avait abandonné la doetrine de l'Évangile et il avait été fait pas- 
teur à Kenerwald ; il prononça d'affreux blasphèmes contre la pa- 
role de Dieu , se vouant soi-même à la mort s'il approuvait la doc- 
trine de Luther et consentant à ce que la ffEmdre fécras&t. Le 
même jour il s'éleva un grand orage. Le malheureux , épouvanté 
et se souvenant de ce qu'il avait dit , courut à l'église et se mit en 
prières devant le mattre-autel, et la foudre tombant près de lui le 
fit évanouir ; il reprit ensuite uo peu ses sens et on voulut le |K>r- 
tcr chez lui , et entre les mains de ceux qm le soutenaient, dans 
Tenceinte du cimetièro, la foudre» tomba derechef, lui entra par 
la tète, et ressortit par ses parties honteuses. Ce sont des signes 
de la colère du Dîl^u , mais le monde ne regarde ni la mlséricordiî 
ni le courroux de Dieu , et c'est un indice que la fin du monde 
est prochaine. Un curé de Fridenberg , près de Francfort, s'éle- 
vait, il y a neuf ans, contre l' Évangile , et comme la maladie an- 
glaise^ sévissait alors, il disait que Dieu frappait le monde de 

' La suetle anglaise , d'abord exclusivement bornée au pays dont elle 
porte le nom, fit, lors de sa dernière apparition, uncjnvasion sur le conli- 
neiil^elle désola tout le nord de rEurepr. Celte ma!a<iie, des plus cion- 
naaies, était une affection extrêmement aiguë qui se jugeait en vingt-qua- 
tre tieures au plus. Frissons, convulsions, délire, extrême ditficuUé de 
respirer. Une sueur abondante se manifesail sur tous les points du corj)s, 
apportant le salut ou le trépas, selon que la vie résistait â une aussi hor- 
rible attaque. La suetle acu cinq invasion?, séparées 1rs unes de << autres 
pard'asscz longs tniervalirs. Au moment où elle parut, elle était une ma- 
ladie complètement nouvelle pour les hommes parmi lesquels effe sévis- 
sait. C'est aux premiers jours d'août H85 que l'on fixe son apparition sur 
le sot derAngletene;elttî éclata à OiTord, dépeupla Londres, eidisparui 
subitement eu janvier i486. Depuis, elle s*est montrée quatre autres fois 
eo Angleterre , n'infectant de la France que Calais, alors occupé par lea 



iîB PROPOS DE TABLE DE MARTIN LUTURR. 

nouveaux fléaux, parce quMI avait adopté une nouvelle foi et une 
nouvelle doctrine. Il conjura donc ses auditeurs de rester 6dèles 
à la foi de Tancienne Eglise, et il fixa un jour aGn de faire une 
procession avec des litanies pour demander à Dieu la cessation de 
répidémie ; le matin même du jour marqué, ce curé mourut, et la 
procession accompagna ses restes. — Pareils exemples sont très- 
dignes d*attention ; la puissance de Dieu s*y manifeste avec éclat. 
En t5M, un moine osa traiter Tapôtre saint Paul de menteur et 
d'ignorant, disant qu'il ne fallait point croire en lui parce qu'il 
avait dit : « Réjouissez-vous avec ceux qui se réjouissent »; et ce 
moine mourut subitement. — Un docteur, natif de Silésie et pa- 
piste des plus zélés, disputant dans l'académie de Kœnigsberg, 
avança cet argument : « Il n'est pas permis de rien changer au 
testament d'un homme , encore bien moins à celui de Dieu. La 
cène sous l'une et l'autre espèce est le testament de Dieu, il ne 
faut donc rien y changer. » La dispute étant finie, il sortit de la* 
ville avec l'un des principaux citoyens et il lui dit : « La manière 
dont j'ai disputé est^Ue de ton goût? » L'autre ,' lui touchant lé- 
gèrement l'épaule, répondit : « Le serviteur qui enfreint sciem- 
ment la volonté de son maître sera doublement puni. » Le sur- 
lendemain ce docteur périt de mort subite. 

On parla des papistes, et le docteur Jonas lut une lettre qu'on 
lui avait écrite de Salzbourg, et où on lui disait qu'un chanoine 
en mourant avait légué la moitié de ses biens à sa concubine et 
qu'il avait recommandé son chien à un autre prêtre, lui laissant 
une rente qu'il possédait de quelques mesures de froment, afin 
que cet animal fût nourri et soigné jusqu'à sa mort. Il n'avait 
fait, en son testament, nulle mention des pauvres. Le docteur 

Anglais respeeunt toujours l'Irlande et TÉcosse, n'ajanl pénétré qu'une 
fois sur le eonlinenl. Dès lors, elle n'a plus reparu; elle cal aujourd'hui en* 
tiëremenl inconnue. On peut remarquer qu'elle offrait de grandes ressens 
blances avec la maladie cardiaque ou diaphorèse de TaoUquilé, épidémie 
que caractérise de même un flux de sueur abondant el qui semble s'êuv 
montrée du temps des successeurs d'Alexandre pour disparatu^ vers le 
second siècle de noire ère. 



DU PAPE, DE L* ANTECHRIST ET DES PAPISTES* 129 

Luther dit: «Voilà bien une créature du pape, un véritable épi- 
curien, qui ne croit nullement à une autre vio. » 

ily adeux sortes de sainteté, la substantielle et Taccidentelle. 
Saint François fut essentiellement saint par sa foi en Jésus- 
Christ ; mais ensuite il s*infatua de la sainteté accidentelle du 
capochou, qui n'est qu'un accessoire étranger à la sainteté. Ah ! 
bon Dieu ! ce n'est pas parce que nous mourrons revêtus de tel 
ou tel costume que nous irons au ciel. Nous avons déjà bien assez 
d'affaires et de soucis à prêcher, à iustruire les enfants, etc., 
s^s que nous ayons besoin de nous mettre en peine de porter 
un capuchon. 

iDi 

Il avait été réglé, parmi les papistes, que chaque maladie avait 
son saint particulier auquel il fallait s'adresser. Ah ! si Dieu 
avait permis que le pape pût exempter, pour de l'argent , de la 
maladie, des calamités, etc., que de trésors il aurait amassés ! 

Le docteur Luther dit un jour , que les empêchements aux 
mariages sous prétexte de parenté spirituelle n'étaient que sot- 
tises ; le pape avait imaginé ces prohibitions et elles lui avaient 
rapporté force écus. 

Les papistes diffèrent entre eux , ils ne peuvent se mettre 
d'accord dans leurs propres jongleries. En 1530, lors des affaires 
d'Augsbourg, ils ne tirent aucune mention de l'article de la pri- 
mauté du pape ou de la succession de saint Pierre, et de ce point, 
qui était regardé comme le plus important de tout le papisme, il 
ne fat pas dit un mot. Nous devons ne pas nous lasser de tenir 
tête à un aussi mauvais , aussi impie et aussi insolent person- 
nage ; nous devons prêclier, enseigner et écrire coatre lui. Si 
Dieu m'accorde seulement six mois de vie et de santé, je le ferai 

11. 



130 MOrOS DE TABLE DE MAltTlN LUTHEK. 

sauter et danser plus qu*il ne voudra. Je voudrais que les légis- 
tes aussi prissent part à la fête ; je leur montrerai bien ce que 
c^est que le êubjectum Juris Je conviens que Jus ou Jvstitia 
est une belle épouse, aussi longtemps qu'elle reste dans son lit, 
mais lorsqu'elle passe dans le lit d'un autre (et qu'elle veut do- 
miner sur la théologie dans 1 Eglise), alors elle devient une fran- 
che coureuse , une vraie catin ; Justitia doit donc se tenir res- 
pectueusement découverte devant la théologie. 

Moi, Martin Luther , j'ai été appelé et contraint , malgré ma 
volonté, d'être un prédicateur ; lorsque je fus investi de cette 
charge, je fls vœu et serment à ma bien-aimée, c'est-à-dire à 
l'Écriture sainte, de prêcher et d'enseigner avec pureté , véra- 
cité, uniquement d'après ses leçons. En enseignant à cet égard, 
la papauté se trouve sur mon chemin, avec l'intention de m'ar- 
rêter ; de là les choses en sont venues avec le pape au point où 
elles en sont , et elles iront, pour lui, de pis en pis ; il ne sera 
pas en état de me résister. Au nom de Dieu, au nom de ma vo* 
cation et appel, je marcherai sur le lion et sur la vipère, et je 
foulerai aux pieds le lionceau et le dragon. Cette œuvre com- 
mencera durant ma vie, et elle sera terminée après ma mort. 

Le docteur Luther dit : v Satan m'a donné bien de l'occupa- 
tiOQ. Ce n'est pas une petite besogne de changer toute la reli* 
yion des papistes qui est si profondément enracinée. ». A cela le 
docteur Jonas répondit : « Il est étonnant que Satan ait ainsi le 
pouvoir de vous tourmenter, vous qui accomplissez l'œuvre de 
Dieu, ainsi que vos écrits le témoignent. » Le docteur Martin ré- 
pondit : <c Nous obéirions volontiers au pape et aux évêques, 
mais ils ne veulent pas se contenter de notre soumission ; il 
faudrait, pour se conformer à leurs exigences , renier Jésus- 
Christ , regarder Dieu comme un menteur , l'Évangile comme 
une fausseté. Nous ne pouvons ni ne voulons agir ainsi , qu'il en 
soit donc de nous comme Dieu voudra ; nous avons pris l'enga- 
gement, lors de notre baptême, d'être fidèles à Dieu et à sa pa- 
role, de croire fermement en lui, et de renoncer au diable et à 
IM$ ses mensonges. » 



DU PkfS^ DE L'ANTECHRIST ET MS PAHftTES. 181 

Le docteur Luther dit que Gerson avait été le premier qiiJ, 
dans ces derniers temps, avait commencé k expliquer au monde 
la parole de Dieu et qu'il avait consolé beaucoup de consciences. 
Mais le pape Ta condamné, car il avait commencé à discuter si le 
pape était au-dessus d'un concile , et il écrivit à ce sujet un dia- 
logue qui m'a beaucoup plu et où il introduit deux individus, un 
détracteur et un adulateur qui s'entretiennent du pape. Il avait 
trouvé un moyen terme et il aurait voulu qu'on n'accordftt au 
pape ni trop, ni trop peu. 

£n 1530, lorsqu'à Augsbourg j'appelais du pape au concile, le 
Cardinal me qualifia de gersoniste. Je répondis : « J'ai pour moi 
l'autorité et l'avis du concile de Constance, lequel s'est le pre- 
mier élevé contre le pape et qui a même déposé trois papes. • 
Alors le Cardinal répliqua : « Oli ! ce concile est réprouvé, il n*a 
plus de poids. » Le pape voulait ainsi se mettre au-dessus du con- 
cile et de la parole de Dieu ; mais aujourd'hui que la lumière de 
l'Evangile se montre si clairement, c'est une grande impiété de 
sa part, et c'est aussi ce qu'a dit notre Seigneur : « Voici la con- 
damnation; c'est que la lumière est venue dans le monde, et les 
hommes ont mieux aimé les ténèbres que la lumière, parce que 
leurs œuvres étaient mauvaises. «(Saint Jean, ch. iii,v. 19.) Et il 
a dit aussi : « Croyez en la lumière tandis que vous avez la lu- 
mière, afin que vous soyez enfants de lumière. » (Ch. xii, v. 86.) 
Mais nous n'écoutons pas et nous ne faisons pas attention aux 
choses, et nous agissons comme les Juifs. « Le docteur Luther dit 
mi jour toutes ces choses à maître Jérôme Besokie, de Nurem- 
berg, et il dit un autre jour à maître Veit Dietrich : « Un grand 
docteur en droit canon, Panormita , a avancé que l'opinion d*un 
simple particulier est préférable à celle de tout un concile, si elle 
est raisonnable ou meilleure, étant appuyée du témoignage de 
l'Écriture. Mais le pape l'a excommunié à cause de cette 
assertion.» 



Il y avait à Wittemberg un professeur es arts, nommé Vitus 
AmmarbAch, qui avança que dans l'Église il fallait un chef ex- 
térieur, que Ton pouvait reconnaître le pape pour tel. Le doe- 



iS2 PROrOS DE TABLE DE MAKTIM LUTHER. 

leur Luther dit à cet égard : «Jamais la Grèce n*a été sous Tau- 
torité du pape, ni Tlnde, ni la Scythie, comme l*écrîl saint Jé- 
rôme, et il y avait beaucoup de chrétiens d'une grande piété 
dans ces divers pays. Jamais ni l'Occident tout entier, ni TOrient 
n'ont été soumis au pape. Cestbien de la présomption de la part 
d'Ammerbacb d'avancer chose semblable. J'en suis peiné pour 
lui ; il tombera d'erreur en erreur. » Et le docteur Luther dit 
un autre jour en parlant d'Ammerbach : « Wittemberg donne 
asile à de grands insensés, mais il faut se souveuir de ce que dit 
saint Jean (épttr. I, cb. ii, v. 19). 

Les faux apôtres et les faux frères doivent provenir des apôtres. 
Qu'étaient d'abord les démons? des anges. Et les p— ns? des 
vierges. D'où viennent les débauchés ? des gens pieux ; le mal 
doit sortir du bien. D'où vient Caïn? d'Adam et Eve. 



9Î3S 



Quelqu'un dit que les papistes assuraient que notre doctrine 
ne se maintiendrait pas longtemps, mais qu'elle tomberait bien- 
tôt dans le néant ainsi que celle d'Arius, qui n'avait pas duré 
beaucoup au delà de quarante ans ; le docteur Luther repondit: 
« La secte d' Arins s'est maintenue durant près de soixante ans, mais 
comme elle était basée sur des principes hérétiques, elle a fini 
par la confusion et par la destruction. Mais ceux qui nous con- 
tredisent sont contraints d'avouer, malgré eux, que le bon droit 
est pour nous; la vérité éclate à tous les yeux et elle se montre 
au grand jour; aucun être doué de raison ne pense à la nier. Les 
mensonges de nos ennemis sont maintenant, grâce à Dieu, bien 
connus et rendus publics ; quiconque n'est pas complètement 
aveugle est forcé de les apercevoir. » 

Il est impossible que le pape puisse rester en repos lorsqo'i 
voit quels coups Ton a portés à son autorité ; il ne songe qu'à 
tirer vengeance, quand et comme il pourra , du tort qu'on lui a 
fait , et il emploiera des stratagèmes occultes pour arriver à ce 



DU PAK, DE l'aMTEGHRIST ET DES PAPISTES. 135 

but. Il est plus facile d*être vainqueur d*un lion que d'un dragon. 
Saint Augustin, parlant du diable, dit qu*il a été un lion du temps 
(les martyrs, et un dragon à Tépoque des hérésies. Veillons donc 
sans relàcbe et prions assidûment ; c'est indispensable, car «nous 
n'avons pas à lutter contre le sang et la cbair, mais contre les 
mauvais esprits qui sont dans les airs. » {ÉpUre aux Éphlsiens, 
ch. VI, v. \%.) 

Le pape a deux piliers sur lesquels il s'appuie ; Tun se nomme : 
Tout ce que vous lierez sur la terre sera lié (^ans le cielt etc. ; 
TautKïvest ce que notre Sauveur Jésus-Gbrist dit à Pierre : Fais 
paître rne> brebis, etc. Le pape a tiré si grand parti de ces deux 
sentences, qùUl s'en sert pour défendre le pouvoir qu'il a usurpé, 
de faire et d'agi,<* dans l'Église et dans le gouvernement temporel 
suivant sa volonté et son bon plaisir. De la sorte, il a enseigné ce 
qu'il a rêvé, il a .corrompu la vraie doctrine, il a damné et sauvé 
ceux qu'il a vou^^ Ensuite il a déposé les empereurs, les rois et 
les princes selo:. à>n caprice, comme si notre Seigneur lui avait 
donné pour l'ad^niaistration extérieure et temporelle cette puis- 
sance qui n'appirtient qu'à des consciences repentantes et brisées 
et à la doctri'je de la foi. Il a 0ni par adopter comme principe, 
quod aitcjf/ritas sacrœ Scripturœ pendeat à sede romana. 
Maintenu jt, lorsque le pape a pu faire croire cela au peuple, il 
a pu au >si enseigner tout ce qui lui a plu. Il a , en effet, poussé 
les cbi ses si loin, qu'un chrétien a pu renier le sang répandu de 
notrr Seigneur, et s'affubler d'un capuchon de moine, cherchant 
ainfi à assurer son salut. C'est une chute si abominable, que si 
par îille chose s'était faite parmi les païens, c'aurait été trop 
for , Oh î combien je m'étonne parfois que de pareilles ténèbres 
aie. t enveloppé la papauté! Je ne connais d'autre manière d'en 
jugcT.que suivant l'opinion de saint Paul, lorsqu'il a dit : « Parce 
qu'il) n'ont pas reçu l'amour de la vérité pour être sauvés , Dieu 
leur enverra efficace d'erreur pour croire au mensonge. » 
(2B»e EpUreatiX Thessalonieierts^chAp. ii, v. 11.) 



154 PROPOI» HE TABLE DE MARTIN LUTHER. 

Lorsque J*éUis à Worms, Tévéquc de Magdebourg vint me Toir 
et me dit: « Je sais que nous défendons une mauvaise cause et 
que votre doctrine est jaste, mais, pour des raisons que nous con- 
naissons, nous ne pouvons, ni ne voulons l'admetlre. » De même, 
le cardinal de Salzbourg me dit : oNous savons et il est écrit e& 
nos consciences que les prêtres peuvent équitablement se marier, 
et que le mariage vaut bien mieux que la conduite honteuse et 
dérégiqe que mènent les prêtres; «lais nous ne pouvons ni chan- 
ger, ni réformer cet état de choses, c^r l'empereur ne souffrira 
pas que TAllemagne soit agitée pour des motifs de conscience.» 
Qu*est cela, sinon un mépris complet de Dieu ? Ce sont des |ia- 
roles diaboliques , et Dieu méprise et raille à leur tour ceux 
qui les ont proférées , car nous voyons que les empereurs, les 
rois, les princes et que toutes les villes impériales les quittent et 
abandonnent. Ils ne peuvent se défendre que sous le nom de 
TÉglise; leur fureur et leur tyrannie sont contre leun propres 
consciences , car ils savent bien que TÉglise est assujettie à la 
parole de Dieu et qu'elle ne peut être que là où Jésus--Gbrist est 
enseigné et prêché. Ainsi, ils sont contraints d^avouer que notre 
doctrine est la doctrine de Jésiis^hrist. Les misérables savent 
que la papauté n^estpasPÉglise de Dieu,et toutefois ils ne veulent 
pas nous ent<>ndre, ils ne veulent pas convenir que Dieu est au- 
dessus de TÉglise, mais ils prétendent que TÉgliseest au-dessus 
de Dieu ; ainsi la papauté n'est pas TÉglise de Dieu. 



Le 9 mai 1530, le docteur Luther soutint à Wittemberg une 
dispute très-vive qui dura trois heures, contre le pape, ce monstre 
abominable , ce loup qui surpasse toute tyrannie et oppression, 
puisqu'il veut vivre seul affranchi de toute loi et agir unique- 
ment selon sa volonté, et qu'il veut même être adoré, sous peine 
de damnation et de perte de beaucoup de pauvres âmes. Aussi 
le docteur ajouta-t-il: « Quiconque a à cœur l'honneur de Dieu 
et entreprend de sauver son âme, doit de toute sa force ré- 
sister au pape. » 



DU PAPE, DE L^ANTECHltlST ET DES PAPISTES. iSS 

J*espère que le pape a fait ce qu*il pouvait faire de pis; quoi« 
quMl ne tombe pas encore tout à fait, il ne s*agrandin plus, 
mais il ne fera que déchoir. Les anciens papes étaient plus jus^ 
tes et plus lionnètes, mats quand ils ont oommencé à rechercher 
le pouvoir et la domination (craignant de redevenir <>iclavee 
comme précédemment), alors Gain n^a pu supporter son frère 
plus longtemps. If ne faut jamais igouter foi à ce que promettent 
les papistes , quelle que soit la manière dont ils garantissent et 
jureQt la paix. A la diète impériale de Nuremberg, ils nous retin- 
rent avec des disputes trompeuses dans le but de réussir, pen- 
dant ce temps, à nous renverser et à nous détruire. Veillons et 
prions dans ce moment où les armes sont posées, afin que, parle 
moyen de la lumière de r£vangiie, le nom de Dieu soit glorifié. 



IQC 



Les papistes sont des gens superbes, sans connaissance de 
rEcrilare sainte ; ils ne comprennent rien de ce qu*ils Usent el 
ils n'écrivent jamais avec sincérité, mais ils s'arrêtent de préfé* 
renée au siège du gouvernement, II» s'écrient : « Les décrets et 
les conclusions des Pères ne doivent être ni révoqués en doute» 
ni controversés. » Ainsi, le pape (comme étant plein de diables) 
défend sa tyrannie, il la défend avec une extrême vigueur, ainsi 
que nous le voyons dans ses décrétâtes : Si papa, etc. (iO Dist.) 
Il est donc clairement écrit que le pape, menât-il tout le genre 
humain en enfer, aucune créature humaine ne pourrait s'opposer 
à lui à cet égard, et personne n*aurait la hardiesse de lui de- 
mander pourquoi et comment il agit ainsi. 

C'est chose bien afi'reuse et effroyable que, pour son autorité 
usurpée , nous perdions nos âmes que Jésus-Christ a si chère-* 
ment sauvées et rachetées au prix de son précieux sang. Jésus- 
Christ a dit : Celui qui vient à moi, je ne le rejetterai pus, etc. 
A cela le pape oppose : « Voici ce que je commande et ce que 
je veux voir exécuter. Avant que mes ordres soient violés, 
vous serez tous perdus et détruits.» Malgré tout cela et bieQ 
plus encore, nos princes tombent devant lui, l'adorent et baisent 



136 PROPOS DE TABLE 0E MARTIN LUTHER. 

ses pieds ; nous devons donc lui résister, nous opposer à lui et 
le vaincre avec les armes de la prière et de la parole de Dieu. 
Il y a trente ans , qui aurait osé avoir une pareille pensée au 
sujet du pape? Alors, il jetait qui il voulait dans Tenfer la tète 
la première et il Ten retirait à son gré. 



aoc 



Les décrétales du pape renferment beaucoup de canons af- 
freux et diaboliques; c'est une grande peste et un grand mal 
pour TEglise. Le pape, exempt de toute honte, ose y dire : « Si 
quelqu'un ne croit pas en mes décrets et ne s'y soumet pas, il 
ne lui servira en rien de croire en Jésus-Christ ou d'ajouter foi 
aux quatre Evangélistes. » N'est-ce pas le langage du diable lui- 
même, la ruine de l'Eglise et le plus grand poison qui puisse s'y 
glisser? De même, le pape dit, dans une de ses décrétales, que 
« s'il menait les gens en enfer , ils devraient l'y suivre »; tandis 
qu'au contraire son devoir et son emploi est de consoler les 
cœurs affligés et de les conduire à Jésus-Gbrist. Fi donc de ce 
misérable réprouvé ! faut-il qu'il enseigne aux consciences à 
désespérer de la sorte? 

S6C 

Quiconque lira les décrétales du pape, trouvera souvent que 
de belles sentences de l'Ecriture servent de preuve à une asser- 
tion. Mais, quand il a cité tout ce qui convient dans l'Ecriture, 
alors il conclut contre et il dit : « L'Eglise romaine en a autre- 
ment décidé. » Ainsi, comme un chien infernal, il ose assujettir 
la parole de Dieu aux créatures humaines. Il en est de même de 
Thomas d'Aquin qui, dans ses livres, dispute pro et contra, et, 
lorsqu'il cite un passage de l'Ecriture, dit ensuite : « Aristote, 
au sixième livre de ses Ethiques, maintient le contraire. » l'Ecri- 
ture sainte doit donc céder à Aristote, à un philosophe païen ! 
Le monde ne fait pas attention à cet horrible aveuglement; mais 
il méprise la vérité et il tombe dans d'horribles erreurs. Faisons 



DU PAPE, DE L'ANTECHRIST ET DES PAMSTES. l57 

donc bon usage du temps, car il ne restera pas toigours ce qu*il 
est. 

9E3C 

Lorsque les bommes servent Dieu sans se conformer à ses pa- 
roles et à ses commandements, toute leur religion , quels que 
soient le nom et Téclat de sainteté dont elle peut se recouvrir, 
n'est quMdoiatrie toute pure. Plus cette religion semble sainte et 
spirituelle, plus elle est nuisible et empoisonnée, car elle séduit 
le peuple, Téloignant de la foi de Jésus-Cbrist et le portant à se 
fier à sa propre force, à sa droiture et à ses œuvres. Ainsi tous les 
ordres religieux de la papauté, tous les jeûnes , prières, cilices, 
les austérités des capucins, qui passent pour Tordre le plus saint 
qull y ait parmi les papistes , tout cela n'est qu'œuvre de la cbair, 
et pourquoi? parce que ces papistes prétendent qu'ils sont saints 
et qu'ils seront sauvés par les règles de leur ordre , et non à causé 
de Jésus-Gbrist , qu'ils craignent comme un juge courroucé et sé- 
vère. 

Les hypocrites et les idol&tres ont en eux les mêmes qualités 
que ces chanteurs qui ne chantent presque pas si on les en prie , 
mais qui ne cesseront pas de chanter si Ton ne leur demande rien. 
11 en est de même des faux, faiseurs d'œuvres saintes; lorsque 
Dieu leur ordonne d'obéir à ses commandements , qui sont d'ai- 
mer le prochain, de l'assister en l'admonestant , le consolant, lui 
donnant, lui prêtant , etc , personne ne peut les amener à accom- 
plir cela ; mais au contraire, ils s'appliquent et s'attachent à ce 
qui leur convient et à ce qu'ils choisissent, prétendant, d'après 
leur goût particulier, que c'est ce qu'il y a de plus propre à hono- 
rer Dieu et à lui plaire, ce qui est une grande illusion de leur 
part. Ils tourmentent et torturent leur corps à force déjeuner, 
prier, chanter, lire, coucher sur la dure, etc.; ils affectent une 
grande sainteté et beaucoup d'humilité, ils font toutes ces choses 
sans relâche et avec beaucoup de zèle et de dévotion ; mais leur 
récompense sera conforme à la nature de leurs services et de leurs 
œuvres, ainsi que Jésus-Christ lui-même l'a dit : « Ils m'bono- 



1S8 PBOMM OB TABLE BB MAETIN LUTBBB. 

vealen vaia, mseigQaat des doolrines qui ne sont que d«i oom* 
mandements d'hommes. » 

SOI 

te docteur Lutber, parlant un Jour du culte rendu à Tidole Mo- 
locb, dit : « Cette idolâtrie, à ce que je comprends, avait une ap- 
parence qui en inspirait, comme si c'était un ^enre d'adoration 
plus agréable à Dieu que le service ordinaire prescrit par Moïse; 
de là, beaucoup de gens dont rextérieur était celui d'une grande 
sainteté et voulant accomplir une chose grandement agréable 
à Dieu (à ce qu'ils imaginaient), offrirent en sacriOce leurs âls 
et leurs filles * ; ils pensaient sans doute qu'en agissant aiosi 
ils suivaient l'exemple d'Abraham» et qu'ils accomplissaient un 
acte très-propre à honorer Dieu. Ses prophètes prêchèrent con- 
tre cette idolâtrie avec un «èle bouillant ; ils qualifièreivl ces sa- 
crifice* d'offrandes non à Dieu» mai^ aux idoles et au^ démons, 
comme le montrent le psaume cvi, et Jérépaiç, chapitre wn. 
Mais ces prophètes furent sans doute regardés comme des im- 
posteurs et de maudits hérétiques. 

Ce culte des idoles était, de mon temps, très-fréquent parmi 
l«9 papistes, et il l'e&t encore, quoique d'une autre manière, car 
l'on regardait çoçnme saints et zélés les parents qui donnaient 
un ou plusieurs de leurs enfants aux couvents, alin qu'ils cm- 
l^rassa^sent la vie religieuse et qu'ils servissent , ainsi qu'on le 
4isait, Dieu nuit et jour. De U vint cette expression proverbiale : 

' Mentionnons ici un ouvrage savant, hardi, paradoxal de G. F. Oaunirrsur 
le culte du feu et du Moloch des anciens Hébreux (i eipz'g, 1842, in-S»); 
eulte jusqu'ici regardé comme étranger au sol et à l'orthodoxie mosaïque, 
•t i|ue Térudil aUemaod considère au contraire comme le jéhoviftme prt- 
WA'yi, pur «t orihodoske d'Israël. D'après lui, la pâque priopitive. dans le 
T\{e. mQloçhio-mosaïqite, était une solennité annuelle, géoèrale, où se fai- 
aaieniles sacrifices humains, c'e:it-.î-dirc où l'on immolait des enfants ei 
où on les mangeait. Quant aux ossements, pré-ervé* avec soin, \\b étaient 
hrftiéa •» l^aneur de Diou. La réfbriM d» €•»• aok^nnité hn l'objet des 
tffofva de ^n% rois, ^éçhias et io^sias ; ai» «aCaiia du peuple ils lubsii- 
tuèrent l'holocausie et Iç repas de l'agpeau pasca^ ^Une a,nalyse de cet 
ouvrage, que nous ne pouvons qu'indiquer, se rencontre dans un excei- 
lenl recueil que publient MM. Miller et Aubenas, dans la Revue de Bibti(h 
f^t^pkie anahjtiqugf U4S, p. tfS4*6ST. 



DU FAFI, UC l'ANTBCWIST ET DIS PAIWTB8. 139 

• Biureiuie U mère qui a mis au moade Tenfani qui se consacre 
À la vie sfnritaeUe! » Maintenant, il est vrai qne bien que ces fils 
et ees flUea ne soient pas brûlés corporellement et sacrifiés aux 
idoles, comme Tétaient les enfants de ces Juifs dont nous venons 
de parler, ils sont toutefois spirituellement (ce qui est bien pis) 
enfoncés dans la gueule du diable qui , par le moyen de ses 
disciples, le pape et sa troupe de tonsurés , tue misérablement 
leurs &mes en les remplissant de fausses doctrines. 

Il f^ut qu'il y ait des sectaires et des séducteurs pour prati* 
quer Tidolàtrie aussi longtemps que durera ce monde qui, avec 
une grande division apparente , donne beaucoup d'encourage- 
ments à Terreur. 

LMnvocatlon des saints est une hérésie abominableet un aven* 
glement entrème ; cependanfles papistes ne veulent point y re- 
noncer. Le pape tire un beaucoup plus grand profit des morts 
que des vivants ; Tinvocation des saints lui a rapporté des som- 
mes énormes et des richesses considérables. Uais ainsi va le 
monde; la superstition, Tincrédulité, Terreur, Tidolâtrie, ob- 
tiennent plus de crédit que la religion pure , juste et droite. 
CcUe-ci n'est qne la sentante ; Tautre est la maîtresse et l'impé- 
ratrice. Huit cents prophètes de Baal pouvaient être nourris et 
entretenus à la table de Jézabel, mais le royaume entier d'Israël 
ne pouvait subvenir à Tentretien du seul prophète Elle; il fut 
nourri par la veuve de Sarepta parmi les païens. 

¥X 

Certains étudiants, à Bologne, sollicitèrent du pape une dis- 
pense au sujet de la récitation des heures canoniales. Le pape 
leur répondit : Surge manins et ora citiuê : levez-vous de meil- 
leure heure et priez plus vile. Mercurinus, chevalier de Tempe- 
reur Charles-Quint , suivait cette règle ; il se levait de grand 
matin et précipitamment pour prier. Le diable lui apparut sous 
la forme d'une àme en peine et lui dit : Tu non justa hora 
oroi ! tu ne pries pas à Theure convenable. C'est ainsi que le 



i40 PROPOS^DE TABLE DE UARTIN LUTHER. 

diable pouvait se jouer d^eux. De mon temps, il y avait un frère 
au monastère d^Erfurt qui, à cause de ses nombreuses occupa- 
tions, négligeait diverses heures dans ses prières , et comme il 
ne put obtenir de dispenses, il fut forcé de louer queiqu^un pour 
prier pour lui, aûn qu'il pût avoir le temps de lire deux fois en 
un jour. 

Jfe crois que le pape eut des raisons particulières pour fixer et 
établir la célébration des fêtes de saint Sylvestre et de saint 
Thomas de Canterbury huit jours après la Noël. L'un de ces 
saints apporta au pape Tempire romain, l'autre le royaume d'An- 
gleterre. Le pape ne faisait aucun cas de Tapôtre saint Thomas 
en comparaison de l'autre Thomas, car le principal but du pape 
est de s'assurer la possession des bénéfices. Aussi ai-je noté et 
montré toutes ses voleries dans les Clefê dupape, ce qui l'irrite 
et l'exaspère beaucoup , car ses actes et ses décrets s'accordent, 
ainsi qu'oncle voit fort bien, avec ce que j'en ai dit. Il était gran- 
dement temps que tous ces méfaits fussent exposés aux yeux du 
monde. 

Quoique les erreurs et les impostures du pape fussent bien 
grandes , nous les adorions, avant que la lumière de l'Evangile 
se montrât ; aujourd'hui nous eu sommes honteux. Il y avait des 
reliques des culottes de saint Joseph et des caleçons de saint 
François ; on les a montrées ici , à Wittemberg. L'évêque de 
Mayence se vantail d'avoir de la flamme de ce buisson que Moïse 
vit en feu. A Compostelle, l'on montre le drapeau de la victoire 
que Jésus-Christ remporta sur l'enfer ; on fait voir également 
la couronne d'épines, la croix, les clous, etc. 

Je suis persuadé que si, en ce moment, saint Pierre en per- 
sonne prêchait tous les articles de la sainte Ecriture, niant 
seulement l'autorité, le |)ouvoir et la primauté du pape, eu di- 
sant que le pape n'est pas le chef de la chrétienté entière, alors 



DU PAPE, DE L ANTECHRIST ET DES PAPISTES. iÀ\ 

certainement on le ferait pendre. Oui, si Jésus-Christ lui-même 
était encore sur la terre et s'il prêchait , sans aucun doute le 
pape le crucifierait de nouyeau. Attendons^nous donc au même 
traitement ; mais il vaut mieux s*appuyer sur Jésus-Oirist que 
sur le pape. Si, au fond de mon cœur, je ne croyais pas qu'après 
cette Tîe il y en eût une autre , alors je chanterais une autre 
chanson et je mettrais le fardeau sur le cou d'autrui. 

SPC 

Le pape Adrien fut élevé à la papauté par Tempereur Charles, 
dont il avait été le précepteur, mais il ne gouverna pas long- 
temps ; il était d'extraction obscure, son père étant un boui^eois 
de Louvain. Il y eut une fois en Angleterre un cardinal qui était 
fils d'un boucher et un bouffon dit : « Dieu soit loué que nous 
rayons pour cardinal ; s'il devient pape , nous pourrons manger 
de la viande les jours de jeûne et d'abstinence : saint Pierre était 
pêcheur, et ce fut pour vendre son poisson plus cher qu'il a dé- 
fendu de manger de la chair; mais ce fils d'un boucher en auto* 
risera l'usage afin qu'il s'en débite davantage. » 

iQC 

On a trouvé dans de très-vieux livres des images et figures 
qui représentaient la tyrannie et l'impiété du pape, ses idolâtries 
et ses tromperies , car il y avait des gens qui voyaient bien ce 
qui en était; mais ils n'osaient le dire et ils en étaieut réduits à 
déguiser leurs seutiments sous le voile de figures emblématiques 
que l'on se montrait secrètement. On a découvert à Nuremberg 
et ailleurs de semblables images et on les a imprimées *. 

* Les bibliophiles recherchent avec empressement quelques écrits sa- 
tiriques dirigés contre TEglise romaine et illustrés de gravures sur bois, 
pour la plupart fort bizarrei. VExpositio vera karum imagltium olim 
Swembergœrepertarum., 1570, petit volume de 48 feuillets, imprimé soua 
le nom de Tbéophrasle Paracelse, s'est payé 90 îr. 50 c. à la vente G. D., 
en mai tS43. Citons encore ÏUmilhesis Chrisli et Anllchrisii^ dont il y a 
plusieurs éditions, 15)7, 1538, 1578, el dont il existe une traduction fran- 
çaiie mise au jour en 1 561; elle reparut en 1578, en 1584 et ea idoo. M. If 



iÀi PROMS ns TABLE DE MARTUI LUTHER. 

Après que la persécution eut cessé dans TEglise, lespnpesss* 
pirèrent à s*emparer de la domination; ils y furent peuisés par 
lenr ambition et leur avidité. Le premier fut Hildebrand ou 
plutôt Hollebrand *. Us effrayèrent tous les hommes en inOigeant 
•rexoonùnuQication. L*excommunication était une chose si ef- 
froyable, qu'elle passait aux enftints par héritage. D'un autre 
c6té , les papes, voulant capter la bienveillance de la foule et se 
rattacher, accordèrent et vendirent le pardon de tous les péchés, 
mèroe des plus énormes. Quelqu*un aurait-il fait violence à la 
vierge Marie ou crucifie derechef Jésus-Christ , le pape Teût 
absous s'il avait eu de Targent. Dieu a privé et dépouillé le pape 
de ce pouvoir et de cette domination par le moyen de ma plume, 
car de rien II peut tout faire, et il lui est facile d'amener les 
plus grands résultats par les plus petits inoyens. 

Ml 

Le deetenr tutber dit un jour que le coucou avait Tadresse de 
dérober à la fauvette ses œufs et de mettre les siens 4 la place 
dans le nid où la fauvette vient les couver ; quand les petits cou< 
cous sont écios et qu'ils ont grandi , la fauvette ne peut plus leb 
couvrir de ses ailes, et ils la dévorent. Le coucou a aussi une au- 
tipathie extrême contre le rossignol. Le pape est le coucou ; il 
dérobe ^ TEglise ses œufs et il y substitue d'avides cardinaux. 
Il veut aussi dévorer la mère qui Ta nourri et élevé, c*est-à-dire 
VEglise; il ne peut supportef la prédication ni le chant de la vé- 
ritable doctrine. 

Là où est la fauvette est aussi le coucou, car il s'imagine qu'il 

marquis da Roure a consacré à cette dernière édition une notice eu- 
xieuÈe' {Annlectabiblion, 1S36, 1. 1, p. 434-437). Le plus rare peul-éirede 
tous cet recueils c'est YAHiîihesis ftjartia vitm CkrtsU et ÀuHekrisîiy 
opuscule de 14 fnuillet!), exÂeulé eu Allemagne de tsso à i54o, et dont les 
Usures sur hois sont très-singulières, il se rèpaiMlil également une foule 
d'estampes satiriques, devenues fort difficiles à rencontrer. Le MuH'êàelû 
Caricature (1S34, f« livraison) en a reproduU une; M. Ducbesne en a dé- 
eril une autre. Jusqu'alors ioeonnue, dans son Voyage éfun leanophiU. 

* Il y a ici un jeu de mots Intraduit iMe ; 'tIaUebrafid slgnint lise» 
d'anfer. 



m PAPE, DR L*AXT£CRR»T CT DES PAMiTES. Ii3 

peut chanter oiille fois mieux qu^elle. Le pape s>Ubtit de iDême 
dans r Eglise, et afin que l'on n'entende que son chant, il s'ef* 
force, en faisant beaucoupde bruil, de couvrir la voix de TEgliaei 
Le coucou est utile en ce que nous savons, lorsque nous Tentea* 
dons, que Tété est proche; de même, le pape sert à nous faire 
connaître que le jour du jugement dernier n'est pas éloigné. 

On montre & Rome la tète de saint Jean-Baptiste, quoique les 
docteurs enseignent et les chroniques rapportent que les Sarra- 
5ins ont ouvert son tombeau, en ont ôté le corpsct Tout réduit en 
poudre. L'on ne saurait trop réprouver de pareilles impostures 
de la part du pape. II en a fait de même pour plusieurs autres 
saints. 

9BÊ 

Le pape et les siens ont mis trop de confiance en leur grande 
puissance, aussi se sont-ils renversés eux-mêmes ; s'ils avalent 
agi plus doucement et plus prudemment , ils n'auraient pas été 
culbutés. Mais la papauté devait s'écrouler. Lorsque J'allai à 
Rome, on l'appelait la source de justice ; mais je vis que Rome 
n'était qu'une p~n et uue maison de p— ns. Le cardinal Cam« 
pëge a dit en 1530, à Augsl)ourg : « Le cardinal Cajetan a tout 
g&té en voulant agir avec violence et en menaçant ; si l'on s*y 
était pris avec dextérité et finesse, la chose aurait pu être étouffée 
dans le principe. » 

Je ne m'étonne pas que les papistes me voient avec tant de 
haine et d'inimitié , car j'ai bien mérité leur courroux. Jésus-> 
Christ reprit les Juifs avec plus de douceur que je ne reprends les 
papistes, et ils le crucifièrent. Ils croient ainsi avoir le droit de 
me poursuivre, mais d'après les lois de la justice et du bon plaisir 
de Dieu, ils verront en quoi ils ont erré; Lors du jugement der*' 
nier, je parierai au pape et à ses tyrans qui méprisent et qui atta- 
quent la parole de Dieu et ses sacrements. Le duc Georges per- 



144 PROPOS DE TADI.E DE MARTnH LUTHER. 

sécut« aussi ceux qui sont fidèles à la vraie doctrine; il a expulsé 
d'Oschitz dix bourgeois et pères de famille avec vingts-sept en- 
fants ; leurs plaintes crieront contre lui jusque dans le ciel, ainsi 
que Ta dit Sirach, au chapitre XXXV du livre de V EeeléêioMtiqu». 

Les papistes enseignent qu'un homme , lorsqu'il fait ce qui est 
en son pouvoir et ce qui dépend de lui, mérite la grâce, dont Teffet 
est de le rendre agréable à Dieu et de lui procurer fa béatitude. 
Cette doctrine a toujours prévalu parmi eux , même du temps de 
Texcellent et habile docteur Gerson, et elle s'est maintenue jus- 
qu'à nos jours; mais il n'y a aucune dififérence entre elle et l'hé- 
résie, seulement les mots sont changés. 

SOC 

Le docteur Luther raconta une histoire qui est consignée dans 
les écrits de saint Bernard. Un chartreux en voyage vint à tom- 
ber dans les mains de quelques brigands. Comme il n'avait pas, 
ce jour-là, récité son rosaire, ainsi qu'il en avait l'habitude, il se 
mit aussitôt à genoux et il pria. Les brigands virent alors une 
femme d'une merveilleuse beauté qui était près de lui et qui re- 
cevait dans ses mains des roses qui s'échappaient de la bouche 
du moine, et chaque dixième rose était d'une éclatante couleur 
de pourpre. Elle les ajusta et elle en fit une superbe couronne. 
Frappés de ce spectacle, les voleurs laissèrent passer le chartreux 
sans lui faire aucun mal. Ah ! bon Dieu ! que ne nous avait-on pas 
amenés à croire? Y a-t-il eu quelque histoire absurde et ridi- 
cule à laquelle nous n'ayons ajouté foi ? Le pape voudrait bien 
nous ramener à ce temps-là ; il dit qu'il va réunir un concile, 
mais appliquons-nous à la prière et soumettons-nous à la volonté 
de Dieu. Si le pape nous condamne , nous le condamnerons de- 
rechef et nous déclarerons hautement qu'il est l'antechrist. Il 
sera confondu, ainsi que tous ses adhérents. 



DD 9kPE, HE L*A!«TEC11RIST Et DES ^AMSTES. 44S> 

Les sophistes de la Sorbonne, à Paris, ont écrit contre moi * ; 
ils ont dit qu'au fond ce que j'ensdgnais sur la Justiflcation par 
les mérites de Jésus-Christ était conforme âi ce qu'ils croyaient, 
et qu'entre eux et moi il n'y avait qu'une dispute de mots. On 
pourrait leur répondre et leur demander pourquoi ils ont 
fait périr, pendre, étrangler, noyer, brûler, exiler tant de per- 
sonnes pieuses, savantes, respectables, pour une dispute de 
mots! Malheur à eux! ils se sont abandonnés à un esprit d'aveu* 
glement; des docteurs et des prédicateurs remplis de la crainte 
de Dieu ne les ramèneront pas. Les papistes sont ignorants , gros- 
siers et impies, de véritables tètes d'&ne. Un de leurs curés fut 
ciié devant son évèque, car on se plaignait qu'il ne baptisait pas 
régulièrement ; Tévèque lui donna à baptiser une poupée et se 
tint prêt à écouter de quels termes il se servait. Et le curé dit : 
«Ego te bapiistê in nomine Christe, » L'évéque le reprit ver- 
tement de son ignorance et de ce qu'il n'employait pas les expres- 
sions consacrées. Alors le curé jeta par terre la poupée et il dit : 
« Tel enfant , tel baptême et telles paroles. » 

WSÊ 

Le 12 janvier 1S39, le docteur Luther soupira profondément et 
se plaignit avec beaucoup d'amertume de l'horrible aveuglement 
des papistes; il dit : « Ces pauvres insensés croient toujours que 
la papauté va se relever et regagner son ancienne splendeur, et 
ils répètent volontiers un proverbe qui a cours entre eux : « La 
barque de saint Pierre peut être ballottée parles vents et par les 
flots , mais elle ne saurait périr, n 

' Lotber éuil fort irrité contre la Sorbonne, qui arait condamné plusieurs 
de ses propositions. Mélanchton répondit à la Faculté de Paris, clLullier, 
prenant lui-même b plume, écrivit une sorte de comédie , un dialogue où 
il emploie les armes de l'îronie ei de la dérision contre ses adversaires. 
Celte bouffonnerie mordante est intitulée : Ludus Lutheri a stoUda et .fa* 
crilega Sorbonna damnati. H. Audin en cite quelques traits {Hiit. deLu- 
thetf 1811, 1. 1, p. 384); il y trouve avec raison beaucoup de sel, de colère 
et de verve. 

9QÊ 

ts 



446 raOKM M TABLS liB UkWtW LCrriCK. 

La plupart des papistes, ceux surtout qui sont dans laaooa- 
venu , sont de vériUbles tètes d'I^ne , ii y en a qui savent à peioe 
lire. L*un d'eux, en cbantant, disait êiema au lieu de e/ama, et, 
en ayant été repris , il continua de crier plus fort et tant qa*il put, 
etêmaj ehma. Un autre Usait eiie$rê au lieu detfiotrt. Un igno- 
rant personnage, membre du chapitre de L., disait, en rendant 
grâce, lors d'une promotion au doctorat ; inelyii «#iiol<, et Ton 
en a fait un chanoine à M. 

ioe 

A Bamberg, Ton montre tous les ans, comme une relique, un 
livre où est relaté Thistoire de Tempereur Henri et de sa femme 
Cunégonde , qui tirent yœu de conserver dans le mariage Tétai 
de rirginité*. Birkhemer passa par Bamberg, et il désira voir le 
livre où était rapporté le contrat qui avait été conclu entre ces 
deux époux, et les chanoines le lui ayant montré, il reconnut 
que c'était une copie des Topiquêi de Gcéron. Des moines li- 
saient dans un couvent munsimu» au lieu de iumpsimus. Un 
jeune moine , fraîchement sorti des études de la grammaire , les 
en ayant repris, les autres pères lui dirent : « De quoi te mêles- 
tu , étourdi que tu es? Voici bien longtemps que nous lisons mtm- 
êimus t et nous n'y changerons rien. » 

ios 

Le livre d'un moine italien , que l'on appelle les Om/brm<l^et 
qui expose les analogies entre la vie de saint François et celle de 
Jésus-Christ , est un tissu de si grands mensonges, qu'il semble 
que celui qui l'a écrit a été possédé du diable , non-seulement spi- 

* Henri II, dit le Boiteux ou le Saint, empereur d'Allemagne, mort en 
1034. On trouve sa vie dans le recueil des Bollandtstes, tom. III de Juillet. 
Les légendaires racontent, qu'accusée d'adultère, sainte Cunégonde se 
Justifia en marchant pieds nus sur des socs de charrue rougis au feu, sans 
ressentir le moindre mal. On cite quelques autres pieux personnages qui 
ont imité l'exemple dont parle Luther, nous nommerons •euiemeni ici 
saint Blzéar, et sainte Delphine, dont le Jésuite Binet a écrit la vie (Paris, 
I03S) et au sujet desquels on peut consuUer les Boltandlstei, tom. VII de 
septembre, p. S2S et suivantes. 



DU PATS) DE L*ANTECHIU5T ET DBS PAHSTES. i47 

riiiielle]ii6iil,mais mèmecorporeUement, car il débile d'horri- 
bles fiwssetés; il appelle Jésu»-Ghri8t une figure ou emblème de 
François, et il dit (fue Jésus-Christ avait donné à François le 
droit de saurer eu de réprouver ses religieux •. 

Il y a encore aujourd'hui, dans un couvent de Lunebourg , un 
grand autel où sont représentés tous les miracles et les actions 

■ Luther parle ici du célèbre ouvrage de Darlhelemy de gli Albiui , Li- 
ber eonformiiaium (fit» 8. FrancUci ad Tllam J. G.). L'édition originale 
deaiilan, 15 le, et la seconle (Milan, isiS) sont rares, et Jadis elles occu- 
paient un rang diaiingué parmi les joyaux bibliographiques; nais, de nos 
jours , les amateurs recherchent beaucoup moins les livres de cette, es- 
pèce. Les réimpressions de 1590 et de 1620, ayant subi des roodiflcaiions 
et des suppressions considérables, n'ont aucune valeur. Parmi les mor- 
ceaux retranebés, nous citerons le miracle de raraignée qu'avala saint 
François dans le calice et qui sortit de sa jambe. Itle^dieendo mlêsamy 
reperU in sanguine ChrUli, in calice, araneam, et noUtu araneam san- 
guine Chris ti intinctam extra projicere, calicem cum aranea Mil, Posi 
ipse fricans crus et scalpent ubi pruritum seniiebat, ipsa aranea sine fra- 
iris lesienê aAfM ex crure exivit (i5io, f» 72). 

On pent d'ailleurs consulter le Dlcîionnaire historique dt Prosper 
MarcbaDd, article Albizzi; la Biàliothigue curieuse de David Clément, 
t. VIII, p. 443, etc. 

Ajoutons qu'une traduction française, ftlte par i. Marée , du livre des 
Conformités^ a paru à Liège, 1658, 4 tomes in-4o. Barthelcmy de gti Al- 
biui commençait par établir bi possiblliié de la transformation de l'objet 
aimant en l'objet aimé ; il dressait ensuite un arbre allégorique divisé en 
dix branches, portant chacune pour fruits quatre conformités, savoir: 
deux attributs de Jésos-Cbrist et deux ressemblances de saint François. Il 
n'avait su trouver que quarante conformités entre son saint patron et le 
Sauveur du moude ; un cordelier espagnol, le père Pedro de Al va y As« 
torga, en a porté le nombre à quatre mille dans un In-folio publié à Madrid 
en issa i Nalurœ prodigium et gratiœ portentum, etc. 

Les protestants se saisirent avec avidité d'un livre aussi propre à prêter 
an ridieole que le lAvre des Conformltis ; en 154), H parut à Francfort 
VAlcoranus Fratieiscorum, I. e. Epitome prtÊCipuas fabulas et btasf^e- 
mias cansplectens eorum gui B. Franciscum ipso Christo œguare ausi 
êuttt. Cet ouvrage, réimprimé plusieurs fois à Genève, l'a été également 
iTec une traduction française à Amsterdam, i734, 3 vol. in-i2; les 0- 
gares gravées par Bernard Pieart font rechercher cette dernière édi- 



148 PllOPOS De TABL£ DE MARTIN LUTHER. 

de JésufrCSbrisl, sa naissance, son entrée à Jérasaiem, sa p^ 
sioD, sa mort, sa descente aux enfers, sa résurrection , son ascen- 
sion; Ton y voit aussi les miracles de François, sa mort et son 
ascension au del, de sorte que Ton met de pair la vie et les ac- 
tions de Jésus-Christ avec celles de François, ce qui est un grand 
blasphème. 

ag3e 

On dit que le pape promet de faire grâce à tous les luthériens 
et de les accueillir, pourvu quils n^enseignent et ne suivent dé- 
sormais d'autre doctrine que la sienne et qu'ils renvoient leurs 
femmes, les traitant comme si elles étaient des p— ns et des cui- 
sinières. Fi donc ! agir ainsi et ne pas condamner Tadullère , c*esl 
faire Toeuvre du diable. Attaquer le mariage, c'est attaquer Dieu 
lui-même. 

Le pape se moque à la fois de Dieu et des hommes, .car il mé- 
prise et viole les lois de la religion , de la justice et du gouverne- 
ment; il le prouve bien, puisqueson fils , cet enfant de p— n , a 
épousé une fille naturelle de l'empereur, et il a été créé duc de 
N. Au lieu d'en avoir aucune espèce de honte, il prétend que 
tout le monde doit l'honorer. 

¥^ 

Deux fous disputaient un jour ensemble devant le pape qui 
était à table, et ils agitaient la question de savoir si l'âme était 
immortelle ou non ; l'un soutenait qu'elle l'était , l'autre argu- 
mentait pour prouver le contraire , et le pape dit que celui qui 
maintenait l'immortalité de l'âme avait donné de fort bonnes rai- 
sons, mais que, pour son compte, il se rangeait du côté de celui 
qui prétendait qu'elle était mortelle, car c'était une doctrine fort 
commode et une perspective agréable. 

Et c'est â de tels scélérats, à de semblables épicuriens que doit 
être confié le gouvernement de l'Église de Jésus-Christ ! 11 fut dé- 
cidé au concile de Bâle que les prêtres devaient porter de longues 
robes tombant jusqu'à la cheville du pied et des souliers élevés; 



DU PAPE, DE L^ANTECHRIST ET IiES PAM8TES. i49 

qu'ils devaienlsUnterdire dans leurs vêtements les étoffes de coa- 
Itiur verte ou rouge; mais Ton ne put agiter la question relative à 
Fimmortalité de Vhme. Le pape est un roi sans Dieu et sans ma- 
riage ; ce quil y avait de divin, il Ta écarté, et il a changé ce que 
Pieu avait établi dans le monde, comme le mariage. 

Le docteur Ussinger, moine augustin qui était avec moi dans le 
monastère d'Erfurt, me dit un jour, me voyant lii-e la Bible avec 
beaucoup d'assiduité : a Frère Martin, qu'est-ce que la Bible? Li- 
sons plutôt les anciens docteurs et les pères, car ils ont extrait la 
sève et la vérité de la Bible ; la Bible est la oause de toutes les 
dissensions et des rébellions. » — Telle est la censure du monde 
coucernant la parole de Dieu ; laissons-le donc courir vers le se* 
jour qui lui est réservé. 



Albert , évèque de M ayence , avait un médecin attaché à sa 
personne, lequel était protestant et, par conséquent, ne jouis- 
sait pas de la faveur du prélat. Cet homme étant avare et gonflé 
d'ambition, renia sa religion et revint au papisme , disant : « Je 
laisserai de côté Jésus-Christ pendant quelque temps , jusqu'à ce 
que je sois devenu riche , et alors je le rappellerai derechef à 
moi. » De telles paroles blasphématoires méritent le plus rigou^ 
reux châtiment, ainsi qu'il arriva à ce misérable hypocrite , car, 
ie lendemain , on le trouva dans son lit dans un état affreux , la 
langue arrachée de la bouche , le visage noir comme charbon et 
le cou tordu. Moi qui me rendais alors de Francfort à Mayence , 
je fus témoin oculaire de cette juste punition de Dieu. Si un 
homme pouvait ainsi laisser, quand il le voudrait, Dieu de côté 
et le rappeler à son choix, alors Dieu serait son prisonnier. Ces 
paroles étaient dignes d'un épicurien réprouvé; il fut traité 
comme il le méritait. 

J'ai connu un grand docteur qui , en 1527, était chapelain d'un 
puissant évèque papiste; il était d'abord grand ami du saint 

I». 



IW fMnê M TABUS ftB lUKTlN LUTttft. 

tranfUe , lo point qa*ea dépit des inalructioi» de son étèque , il 
reçut la commaidon sous les deux espèces, suinuit riiislitatioo 
de Jésas-€hrist ; mais lorsqani s'aperçut qu*il éUit tombé en dis- 
grâce auprès de son maître et qu'il vit que beaucoup de prote»- 
tanls étaient chassés et bannis, alors il se rétracta et déserta 
rBvangile. Ensuite, quand il vit que les protestants s'exposaienl 
joyeusement à la persécution et qu'ils affirontaient la tyrannie 
de cet évèque, alors sa conscience se réveilla et le tourmenta 
cruellement , lui reprochant d'avoir abandonné la vérité plutôt 
que d'avoir bravé les rigueurs du bannissement. Il tomba dans 
une grande agonie d'esprit, au point que toutes les exhortations 
et les conseils au sujet des promesses de Dieu n'avaient aucun 
effet sur lui. Enfin il s*abandonna au désespoir et il dit ces pa- 
roles : a Jésus-Christ est à c6té de son père céleste etilm'acco^. 
Il dit : mon père, n'étends pas ta miséricorde sur cet homme 
et ne lui pardonne pas ses péchés de blasphème, car il ne m'a 
pas confessé, moi et mon Evangile, devant son évèque ; au con- 
traire, il m'a renié. »Et le docteur, disant ces mots, expira mi- 
sérablement dans le désespoir. 

Nous voyons là la plus grande ruse du diable, qui consiste à 
tirer la loi de l'Evangile. Si je savais toujours saisir comme il 
faut la différence des deux doctrines, je ne donnerais pas un fétu 
de toutes les tentations et de toutes les machinations du diable. 

Ce docteur aurait dû se rappeler ce que saint Paul disait aux 
Romains : « La grâce l'emporte sur le péché , de même que la 
vie est supérieure à la mort. » Dieu, par l'entremise de sainl 
Paul , a fait aux ûdèles qui sont tentés la promesse rassurante, 
quUl est fidèle, qu'il ne souffrira pas que nous soyons tentés au 
delà de nos forces et qu'il donnera à nos prières un terme favo- 
rable ; cependant Dieu permet parfois que nous soyons si rude- 
ment pressés que nous ne pouvons avoir patience plus long- 
temps. 

Les papistes maudissent chaque année le sang de JeanHuss *. 

* Jean Ilusi fui ainsi appelé du Heu de sa naîMance en Bobéme , Huss ou ' 
Mussenetz ; le nom de ses parents esl resté inconnu ; ses laleols el soa 
érudittoti lui firent obtenir, en iMt, lé posté de recteur de runlrertiiè de i 
Pricas -, lea «triiada wteM lui étant parvenus, U «mbraMi avee avidiié I 



DU fAffii M b'AMTBCWUftT BT Mft rAflSTU. itti 

CéUil vraiment on honme honnête et savant, ainsi qa'eo peut 
le veir dans son livre Ih FEgiUej que f aime e&tièmement. il y 
a liien qoekpie làibiesse en lui, mais c*est la faiblesse d*unebr6- 
tien; k puissance de Dieu le ranime et le relève. Il est déli* 
cieux et doux d^observer , dans Huss, le combat de la chair et 
de Tesprit. Il reste des preuves s^res et certaines que Jérôme 
de Prague était un homme éloquent , mais que Huss avait beau- 
coup de savoir. Il a accompli ce que le monde entier n*aurait su 
faire. Depuis que ce sang innocent a été versé , la Papauté a 
graduellement déchu. Constance est devenue, depuis la mort de 
Huss » une ville pauvre et misérable. Je crois que la vengeance 
de Dieu s*est appesantie sur elle , parce que ce saint homme 
d*Huss y a été brAlé; après que les habitants Teurent aban- 
donné , le Saint-Esprit montrait sa puissance dans la personne 
d'Huss, qui défendit avec tant d'allégresse et de fermeté la parole 
de Dieu contre tant de grandes et puissantes nations , contre 
TAIlemagne , FEspagnc , Tltalie , l^Angleterre et la France ; toutes 
avaient leurs représentants réunis au concile de Constance ; seul, 
il tint tète à leurs assauts, à leurs cris, à leura attaques; il en 
fut écrasé et livré aux flammes. Et moi, de même, sauf le bon 
plaisir de Dieu , Je serais, une fois mort, plus en sûreté que 
de mon vivant. 

lef opioioDS de l'auleur auglais, il ao posa en réformaleur , il aUaqua 
Rome et le clergé avec une hardiesse exlréme, accumulaDl dam ses ou- 
vrages, suivant l'usage du lemps, les injures les plus grossières el les ex- 
pressions les plus cyniques. Excommunié par le pape Alexandre V, H en 
appela au concile qui allait se réunir à Constance ; il s'y rendit, mais l'oû 
discute encore sur la question de savoir s'il y vint ou non avec un sauf- 
conduit. Pressé de rétracter ses doctrines, il fut inflexible; il déclara pré- 
férer (ce Turent ses expressions) qu'on lui mtt une meule d'âne au cou et 
qu'on le jeUt à i'eaa. Livré au bras séculier, il Ait brûlé le I5 Juillet i4iS. 
Les œuvres de Jean Huss ont été recaelUies pour la première fois vers 
152S, à Strasbourg, sans indication de lieu ni de date; elles ont reparu plus 
complètes, à Kuremberg, en 1558 (2 vol. in-fo), et dans la même ville en 
1715 (2 vol. in-fo). Sa vie a été écrite en allemand par A. Zitte (Prague, 
nos, 3 vol. in-8*) el par Fischer (Leipzig, 1S04, in*»»). On peut consulter 
égalenent la Commentatio de W. Seifrid, revue par Mylius, de vita, fatis 
et setlpiis Joh, Uutêi (1743, in-S«), V Histoire du concUede Constance, 
par LenCuil, Amsterdam, 1727, 2 vol. in-4o, etc. 



ISÎ PftOrOS DC TÀBLC DE MARTIM LUTHER. 

Le pape connaît bien Tart de régner et de gouverner. Le 
moindre des papistes est plus habile , en fait de gooYemement, 
que dix seigneurs de notre cour. Mais consoler et diriger uae 
seule conscience, c*est chose supérieure à la possession de cent 
royaumes. 

W3Ê 

Sous Charles-Quint, vingt mille soldats périrent en Italie, les 
Italiens ayant empoisonné les fontaines et les puits. Philippe Me- 
lanchton raconta les détails suivants qu'il tenait d*un Italien qui 
avait rempli des fonctions importantes à la cour de Clément YIl. 
Chaque jour, aussitôt que le pape avait dtné ou soupe, son échan- 
sou et ses cuisiniers étaient mis en prison ; deux heures après, 
lorsque nul symptôme d^empoisonnement ne s'était déclaré, ils 
étaient relâchés. Le docteur Luther dit : « N'est-ce pas là un 
genre dévie bien misérable? tel que celui qu'a dépeint Moïse, 
lorsqu'il a dit au chap. xxviii du Dêutéranome : « Ta vie sera 
comme en suspens devant toi et tu seras en effroi nuit et jour, 
et tu ne seras point assuré de ta vie. Tu diras au matin : Qui 
me fera voir le soir? et au soir tu diras : Qui me fera voir le 
matin ?» Le pape Clément était fort versé dans la science des 
poisons , aussi ne négligeait-il rien pour se préserver ; il mourut 
toutefois empoisonné *. 

«Que nos ennemis se livrent à la rage et s'enflent de colère tant 
qu'ils voudront. Dieu a prescrit des bornes à la mer; il la laisse 
se courroucer et rouler ses vagues agitées comme si elles allaient 
tout engloutir, mais elles ne peuvent outrepasser le rivage, 
et Dieu les enferme dans des liens non de fer, mais d'un sable dé- 
bile. »Cest ainsi que parla le docteur Luther, lorsque vinrent des 
lettres de la diète de Francfort , annonçant l'intention des pa- 
pistes de tomber de tous côtés sur les fidèles. 

* Ceci esl extrémemenl douleux ; nous avons consulté nombre d'écri- 
Tains, parmi lesquels nous ne cilerons que VHisloire des Papes du pro- 
testant Brueys (1733, t. IV, p. 4S4) ; aucun d'eux n'aUribue au poison la 
mort de Clament vil. 



DU pape; de l'aMTëCHRIST £T des PJO^lftTES. 155 

Le second psaume est un des meilleurs de tous; je Taime de 
tout mon cœur. Il frapiie vaillament parmi les rois , les princes 
et les grands seigneurs. Si ce que dit ce psaume est vrai, les 
desseins des papistes ne sont que pure folie. Si j^étais à la place 
de Dieu, et si j'ayais remis le gouvernement à mon fils comme il 
Ta conGé au sien , et si ces méchants personnages étaient aussi 
désobéissants qu'ils le sont à présent, je jetterais le monde tout 
sens dessus dessous. 

WSÊ 

Marie, Thumble vierge de Nazareth, frappe aussi sur ces 
grands rois et sur ces princes lorsqu'elle chante : « Il a déposé 
les puissants de leurs sièges. )> Nul doute qu'elle n'eût une très- 
belle et courageuse voix; pour moi, je n'ose pas chanter ainsi. 
Les tyrans disent : « Brisons les liens qui les rattachent. » (Test ce 
que l'expérience nous montre ; car voyez comme ils noient, pen- 
dent, brûlent, étranglent, torturent, bannissent. Et ils font 
tout cela en 'dépit de Dieu. Mais il est assis au plus haut des 
cieux , et ils ne sont pour lui qu'un objet de dérision et de risée. 
Si Dieu voulait me donner un peu de temps afin que je pusse 
expliquer un couple de petits psaumes , je me remuerais avec 
tant d'audace, qu'à l'exemple de Samson, j'entraînerais tous les 
papistes avec moi. 

J'ai maintenant bien irrité le pape en l'attaquant au sujet de 
ses images et de son idolâtrie. Oh ! comme la truie hérisse son 
poil! J'ai un grand avantage sur lui, car a le Seigneur a dit à 
mon Seigneur : a Âsseois-toi à ma droite, je te ferai un marche- 
pied de tes ennemis. » Il a dit aussi « Je vous élèverai au dernier 
jour.» Alors il nous appellera et dira : «0 Martin Luther! Phi- 
lippe Mélanchton , Jean Calvin ! etc. , levez-vous et venez ! » et 
Dieu nous appellera chacun par son nom , comme JésusrChrist 
dans l'Évangile de S. Jean. Et vocat eos nominatim. Allons! 
courage ! et soy^is rassurés. 

mi 



IM MIOI>08 »e TâBLB te lUKTIlf lutheh. 

Les décréules du pape ne signifient rien , car leur auteur est 
un Ine ^. Le pape n*y enseigne rien touchant TEgUse, il ne s'y 
occupe que des choses politiques. Il prétend toutefois que ces 
décrétales doivent avoir la même autorité que FÉvangUe et les 
écrits des apOtres. 



Le docteur Luther dit à mattre Jean Honstein , un de ses 
commensaux, qui s'appliquait k Tétude du droit : « Les décrétales 
du pape renferment beaucoup de canons affreux et diaboliques ; 
c'est ce que tu ne dois pas perdre de vue lorsque tu les liras. 
Elles sont une grande plaie pour r£gUse. » 

WS» 

Les décrétales ne sont que de la fiente d'&ne » que les eacré- 
raents du pape ; décret, décréuies, m...» K 

* Les recueils de décrétales se muItipUèreot tu moyen âge ; l'oa en 
pourrait compter une centaine d'éditions, plus ou moins complètes an- 
térieures à 1500. Le diacre Raynier, Bernard de Gompostelle^ Pierre de Bé- 
Bévenii Raymond de Peonafori, Henri de Suse, lUrenl tes prinelpaus com- 
pilateurs de ees corps de décisions sur leiquels reposa, durant plusieurs 
siècles, le droit qui régissait TEurope. On peut consulter à cet égard la 
dissertation de i. fi. Boehmer : De Decreupontif, romanor, variis collect. 
et fofmoy et les deux écrits de A. Theiner ; Comment, de roman, poutif, 
epistol. decreialium aniiqms eoUect, (Llps., 1S3Q, iD-4o), Recherchei sur 
plusieurs collections de décrétales du moyen âge (Pari.% 1S32, in-8o). Le 
docteur Gratie, dans ion Matmelifin allemand) ^amoireUltirairê mi- 
verselle, a fort bien débrouillé (t. Il, S* section, p. sa5-«53) la bibliogf»- 
pbie un peu embrouillée de cette branche du droit canonique. 

' Encore un intraduisible Jeu de mots : drecketal^ drecket , dreck. Lu- 
ther limait les plaisanteries de ce genre : Il s'écriait une autre Ibis : « Pape, 
tu n'es pas pape, mais Priape ; papistes^ dites priapistes» » <— Vold d'au- 
tres échantillons de l'emportement de Tez-moine saion lorsqu'il venait à 
parler de Rome : m Puisque nous pendons les voleurs, que nous décspi- 
lons les brigands, que nous infligeons aux hérétiques le supplice dn feu, 
pourquoi n'ilUquons-nous pas avec toutes les armes, qui sont en notre 
pouvoir ces professeurs de perdition, ces cardinaux^ ces papes et toute 
cette sentine de la Sodome romaine qui corrompt wtpfceisol'&fHae do 
Dieu? pourquoi ne lavons-nous pas nos mains dans le sang de ces gens-ià? 
(Cur non manus noslras in sanguine istorum lavcunus? » Opéra, 1. 1, p. 60» 
édii. de Jena ). «Diç donc, ignoranlissime antecbrtst, tu es donc bien 



u niàTE M weftilt* in 

1.4 DlàT» DB WORIIS. 

Le manli de la semaïae de U Passioa , je fui cité per le hé^ 
raut, à comparattre devaot la diète. Il apporUUavec lui an n«f- 
coiidait de Pempereur e( de beaucoup d^autreiiNrinoes, mais oe 
sauf-conduit fut bientôt violé , car , dès le lendemain meteredi, 
je fus condamné à Wormft et mes livres brûlés. Lorsque j*arrini 
à Erfurt , j'appris que j'étais condamné à Worms et que Tanél 
était publié et répandu dans toutes les villes et lieux d*aleatanr, 
si bien que le héraut me demanda si j'avais Tintention d^aller à 
Worms ou non. 

Quoique je fusse un peu étonné de ces nouvelles, je répondis 
au béraut, et je dis : « Y eûtr-il à Worms autant de diables qu'il 
y a de tuiles sur les maisons, j'irai ! » 

Lorsque j'arrivai à Oppenheim» dans le Palatinat, non loin de 
Worms, Bucer vint vers moi pour me dissuader d*entrer dims la 
ville, car, à ce qu'il me dit, Sglapion,! le confeseenr de l'empe- 
reur, avait été le trouver et l'avait prié de me conseiller de ne 
pas venir, car je serais brûlé; il me recommandait plutôt d'aller 
chez un gentilhomme qui demeurait nou loin de là, François de 
Sickingen , et de rester avec lui , car il me recevrait et m'héber- 
gerait volontiers. Ces misérables avaient ourdi ce complot contre 
moi, afin que je ne comparusse point , car si j'avais laissé écou* 
1er le temps fixé, et si j'étais resté trois jours sans me montrer i 



bêle, pour «reire <pM le genre humiln vi se là! ner einrayer par une bulle 
de u fa^OQ? ail f ufiiiait pour condamner de dire : « Ceci me déplati ; je m 
f eoi paa cela, » y a-t-il un mulet, un âne, une taupe, une bûehe, qui ne 
pûi anaai rendre des arrêts ? Ton front de p— n ne rougit-il pas d'oppo- 
ser anx foudres des paroles célestes la Tumée de tes vaincs et ineptes pa- 
rotei (t. Il, p. S9)? l'ayet pu peur de la bulle ; si quelqu'un meurt de 
peur, loraqu'OD le portera en terre, il ne faudra pu sonner les cloches, 
mais bien péter pour lui. — SI j'étais le maître de Tempire, Je ferais un 
mAme paquet des papes et des cardinaux pour les jeter tous ensemble 
dans ce petit fossé de la mer de Toscane. Ce bain les guérirait ; j'y engage 
ma parole et je donne Jésus-Christ pour caution.» Dans une lettre à gpa* 
latin, du la avril 1592, noua remarquons l'espreision suivante: immmiiê 
€$iSa{fM feaeperpefdaiie in «Ap<e»li« aiia« 



itiHi PROPOS DE TABLE DE VARTIN LUTHER. 

alors mon sauf-conduit aurait expiré , et aussitôt Ton aurait 
fermé les portes de la ville , et, sans vouloir m*entendre , Ton 
m'aurait condamné et expédié. Mais fallai de Favant eu toute 
simplicité, et lorsque je vis la ville, j'écrivis à Spalatin et je Tin- 
struisis de mon arrivée, et je demandai où je serais logé. Tout le 
monde fut bien étonné de me voir paraître, car c'était contre 
rattente générale; on pensait que je me serais tenu à l'écart, 
effrayé des menaces qui m'avaient été faites. Deux nobles sei- 
gneurs, Jean d'Hirsbfield et Jean Schott me reçurent d'après 
l'ordre du prince électeur et m'amenèrent à leur logis. 

Aucun prince ne vint me voir, mais seulement des comtes et 
des gentilshommes qui me regardaient avec beaucoup de curio- 
sité et qui avaient présenté quatre cents articles à Sa Majesté Im- 
périale contre ceux du clergé, et ils désiraient que Ton fit droit h 
leurs plaintes et remontrances, déclarant qu'ils seraient autre- 
ment forcés de remédier aux abus qu'ils signalaient et dont au- 
jourdHiui ils sont délivrés par le moyen de l'Evangile que, gr&ces 
à Dieu, j'ai remis en lumière. Le pape écrivit, à cette époque, à 
l'empereur pour le presser de ne pas avoir égard au sauf-con- 
duit, et tous les évèques pressèrent aussi l'empereur dans le même 
sens ; mais les princes et les États de l'empire ne voulurent pas 
y consentir, car ils alléguèrent que de grands tumultes en résul- 
teraient. Je reçus d'eux de grandes marques d'égards, tellement 
que les papistes avaient plus peur de moi que je n'avais de 
crainte d'eux. 

Le landgrave de Hesse , qui était alors un jeune prince , de- 
manda que je fusse entendu, et il me dit publiquement : « Votre 
cause est- elle juste et légitime? alors je prie Dieu de vous assis- 
ter. »— Etant à Worms,je m'adressai à Sglapion, lui demandant 
de faire un pas vers moi, mais il ne voulut pas. Etant appelé, je 
comparus dans la maison du Sénat , devant toute la diète impé- 
riale ; l'empereur et tous les électeurs étaient présents *. 

* t7n écrivain aUeiDand a jeté sur celle assemblée célèbre an coup d'œil 
•agace. Les personnages illustres qui s'étaient rassemblés le 1 7 avril I52i, 
à Worms, dans la grande salle de la diète, pouvaient avoir dans Kâme des 
peiiiées qui différaient de leurs paroles. Là siégeait un Jeune empereur 

li s'enveloppait de sa pourpre neuve avec toute la )eie et l'ardeur que 



LA DifcTE DE WORIIS.' 157 

Le docteur Eck *, fiscal de Tévèque de Trêves, commença et me 
dit : « Martin , tu es appelé ici pour déclarer si tu reconnais que 
ces livres sont ton ouvrage ou non. » •- Les livres étaient placés 
sur une table et il me les montrait. — Je répondis : « Je croisque ce 
sont les miens. » Mais Jérôme Schurff dit alors : «Que Ton en lise 
les titres. » — Lorsque les litres eurent été lus, je dis : « Ouï, ces 
livres sont de mûi. » Il dit : « Voulez-vous rétracter ce qu*ils con- 
tiennent? » Je répondis : « Très-gracleu\ seigneur et empereur , 
quelques-uns de mes livres sont des livres de controverse où Je 
combats mes antagonistes ; d'autres sont des livres qui exposent 
une doctrine que je ne puis, ou ne veux rétracter. S'il m'est ar- 
rivé, dans mes écrits de controverse, de montrer trop de vio- 
lence contre qui que ce soit , je ne demande pas mieux que de 
recevoir une meilleure direction, et, pour cela, je demande qu'il 



met la jeunesse à s'emparer do la puissance, et qui se réjouissait secrè 
lement de voir le fier pontife romain, dont la main avait si rudement pesé 
sur les empereurs, et dont les prétentions n'étaient pas encore abandon- 
nées, en boUé lui-même à de rudes attaques. De son côté, le représentant 
de Rome avait le plaisir secret de voir la division, s'introduire parmi les 
Allemands qui s'étaient si souvent Jetés sur la belle Italie pour la piller 
comme drs barbares ivre?, et qui la menaçaient de nouvelles incursions. 
Les princes temporels se léjouissuient de pouvoir mettre la main sur les 
biens de l'Eglise, au moyen des idées que répandait la nouvelle doctrine. 
Les éminents prélats délibéraient déjA s'ils n'épouseraient pas leurs culsi«- 
niéres pour léguer à leurs descendants mâles leurs éieciorats, leurs évé- 
cbés et leurs abbayes. 

Le discours que Luther prononça devant la diéle Tut débité d'abord en 
allemand, ensuite en latin ; il était d'une longueur remarquable. « Cet 
homme doit avoir grand soif», pensa le duc de Drun^wick, lorsqu'enfin 
l'orateur eut atteint sa péroraison, et II envoya à son auberge trois cru- 
chons de la meilleure bière d'Einbeck. 

' Jean Eck, chancelier de l'tJnivcrsiié d'ingolsladl, mort en I5f3, fut 
l'un des antagonistes les plus infatigables de Luther ; il joua un rôle actif 
dans tous les débats que souleva la doctrine nouvelle ; il assista aux confé- 
rences de Leipzig (i5i9), aux diètes d'Augsbourg (1530) et de Ratisbonne 
(1541). Relzer a inséré dans son édition des écrits de Jérôme Ba bi 
(Vienne, i79i, t. I, p. 363) une pièce de vers satyrique pleine de 
vivacité et d'indécence intitulée : Threni Joannis Eckii in obilum Mot' 
goHihœ su» eoneiéinœ, et qu'écrivit Simon Lemnfus, pamphiécafre lu- 
thérien, redouté de son temps. 

U 



({i MOMM DB TABLB BB MiBTIN LUTHER. 

me Mit Aeeordé da temps. » Alors on me donna un jour et une 
nuit. Le lendemain • Je fus cité devant les évèques et les autres 
qui avaient été chargés de s^entendre avec moi an sujet de la ré- 
tractation. Je dis alors : La parole de Dieu n'est pas ma parole ; 
je ne puis donc Tabandonner ; mais pour tout ce qui n*y est pas 
contraire, je me montrerai soumis.» Alors le marquis Joachim me 
dit : « Martin, à ce que j'entends , tous ne demandez qq'à être 
instruit, hors en ce qui concerne TÉcriture sainte? > Je dis : « Oui.» 
Alors ils me pressèrent de porter cette cause devant 3a Majesté 
Impériale ; je dis que je n'osais avoir la hardiesse d'agir ainsi. 
Ils me dirent : a Ne pensez-vous pas que nous sommes aussi des 
chrétiens qui voulons finir et terminer ces différends avec tout 
le zèle et l'attention possibles? Vous devez avoir assez de con- 
fiance en nous pour supposer que nous déciderons selon l'équité.» 
Je répondis et je dis : « Je n'ose me fier assez à vous pour sup- 
poser que vous conclurez contre vous-mêmes, vous qui m'avez 
condamné , tandis que j'étais protégé par un sauf-conduit ; 
néanmoins, afin que vous voyiez ce que je puis faire , je remet- 
trai en vos mains mon sauf-conduit et j'y renoncerai; faites de 
moi ce que vous voudrez. » Alors tous les princes dirent : « Vrai- 
ment , ses offres sont suffisantes , sinon excessives. » Ils dirent 
ensuite : «Cédez-nous pour quelques articles. » Je repartis: a An 
nom de Dieu, je ne ferai pas de difficultés pour les articles qui 
ne concernent pas l'Ecriture sainte. »— Là-dessus, deux évèquei 
allèrent vers l'empereur et lui dirent que je m'étais rétracté. 
Alors l'empereur envoya vers moi un autre évêque pour savoir 
si j'avais remis la décision à .lui et à la diète impériale. Je dis 
que je ne l'avais point fait, ni n'avais l'intention de le faire. De 
la sorte, je résistais seul à beaucoup de gens, et certains de mes 
amis même étaient très-irrités de ma constance ; quelques-uns 
dirent que si j'avais laissé les articles à leur décision, ils auraient 
plié et cédé pour ceux de ces articles que le concile de Cons- 
tance avait condamnés. Gochlœus t vint alors vers moi et me dit : 

* Mè en 1479, tueeestlvemenl ebtnoioe à Wormi, à Bretlau, A Mayenca; 
Il conbaiiU mm relâche les rèfonnttours avec m xélt extrSmt. Duiwt 
•on féiour A Wormt, il propoM A Luther unt coDréreoM publiqut, ivtc 
la condition qae celai des deux qui taecomberait dapi «eue lattt 



LA MftTE DB WOMIS, IM 

c Martin , si vous abandonnez votre sauf-conduit » J'entrerai en 
dispnte atec vous. » — Pour moi , dans ma simplicité, f aurais 
accepté ce qu'il m'offrait; mais Jérôme Schurff me demanda 
avec instance de ne pas le faire, et en dérision et en moquerie, 
il répondit à Cocblœus : « O la belle olRre, si un homme était 
assez fou pour l'accepter! » 

Vint alors vers moi un docteur, attaché au marquis de Bade, 
et il essaya de faire impression siir moi par une foule de mots 
pompeui; il m'exborta et me dit : a Vraiment, Martin, vous 
êtes tenu de faire beaticoUp et dé cédei^pour le bien de l'amour 
fraternel, et afin que la paii et la tranquillité parmi le peuple 
puissent se maintenir, de crainte qu'il ne s'élève des tumultes et 
des séditions. D'ailleurs, il y aurait grand avantage pottlr vous à 
vous montrer soumis à Sa Majesté Impériale et à éviter avec 
soin de donner des sujets d'offense ; Je vous engage donc à vous 
rétracter. » Je répondis : « Pour le bien de la charité frater- 
nelle et de la concorde, je ferai volontiers tout ce qui ne sera pas 
contre la foi de Jésus-Gbrist et contre la fidélité due au Sauveur, n 
Lorsque tous m'eurent assailli en vain, le chancelier de Trêves 
me dit : « Martin Luther, vous désobéissez à Sa Majesté Impé- 
riale; vous avez donc l'autorisation et permission de repartir 
avec votre sauf-conduit. » De la sorte, je partis de Worms, traité 
avec beaucoup de politesse et de courtoisie, au grand étoiine- 
ment de tout le monde chrétien S si bien que les papistes au- 
raient voulu que je fusse resté chçz moi. Après mon départ, on 
rendit à Worms cet abominable édit de proscription qui donna 
occasion à chacun de se venger de ses ennemis, sous le nom et 
le titre de l'hérésie protestante. Mais les tyrans furent peu de 
temps après forcés de le révoquer. 

serait hrûlé. Luther accepta le défi } mais on empêcha prudemment lea 
dem aatigooiftes d'en yenir aui mains. Goeblœua mourut en 1$$2 , lait- 
•aiu uae multitude d'écrits que l'oubli a dévorés. 



wn 



i60 PROPOS DE TABLE DE MARTIN LtTHEK. 



i.E PAEAOIS TEERBSTEE, ADAM BT DITBES PBESONKAGES 
NOMMÉS DANS LA BIBLE. 



Quelqu'un demanda au docteur Luther quel était, selon lui, le 
lieu qu'habita Adam ; il répondit : n Je crois que le nom de pa- 
radis s'applique au monde entier, mais Moïse nous apprend que 
le séjour d'Adam était arrosé par quatre fleuves *. Après son pé- 
ché, Adam se dirigea du côté de la Syrie, et la terre perdit la 
fertilité qu'elle possédait auparavant ; c'est ainsi que la Judée et 
le pays de Samarie étaient autrefois des régions très-fertiles et 
dignes du paradis ; maintenant elles sont arides et sablonneuses. 
Le comte de Stolberck, qui les a visitées, les a trouvées telles; 
car Dieu leur a donné sa malédiction. Nul homme ne saurait 
assez considérer combien est admirable la providence de Dieu 
dans la manière dont il entretient le monde : la nourriture du 



' il n'esl guère, dans l'Ecriture, de question sur laquelfe les avis se soient 
plus parlagés que sur la siiuaiion du paradis terrestre. On Ta placé dans 
la Syrie, dans la Palestine, dans l'Arabie ; en Arménie, en Tarurie, i la 
place qu'occupe de nos jours la mer Caspienne ; dans l'Ile de Geylan,dans 
les Indes, sur les bords du Gange, en Chine, dans un lieu inhabité par de- 
là le LeYant. D'auUres l'ont mis en Europe, quelques-uns en Afrique^ ceui- 
là à rextrémité du Midi, dans la terre de Feu ; ceux-ci aux régions les plus 
éloignées du Nord et même sous le pôle arctique. On trouve dans V Histoire 
ile la géographie du nouveau Continent , par M. de Humboldt (t. lUf 
p. 119), une lettre de M. Letronne'sur la position que les Pères de l'Eglise 
ont assignée au paradis terrestre. —L'évéque d'ATranches,Huet,dans 
un traité spécial. De la situation du Paradis terrestre (1691, 1698, 1701), 
assigne à l'fiden le point do jonction de I*Eupbrate et du Tigre ; un auteur 
basque, J.-B. de Erro, dans son Mlundo primitivo (Madrid, 1815), trace une 
carie où il le met au pied des Pyrénées, et en outre il démontre que la 
langue parlée par Adam, Abel et Koé éuit le basque. Plus d'un érudit, ne 
trouvant aucun lieu qui répondit complètement i la description de la 
Genèse, s'est imaginé que Dieu avait caché sous terre le jardin d'Edeo ; 
d'autres ont prétendu qu'il était dans la région moyenne de l'air, dans la 
lune, dans le ciel de la lune, dans le troisième ou le quatrième ciel. Il y a 
dans l'ouvrage de Malvenda (Commentaiiodeparadiso, Roma, 1605) un 
chapitre remarquable : Si paradisus adhuc integer existit , guid causa 
estquod a nemine unquampotuU hactenus reperiri? Voir également Oop- 
kinson, Sifnopsis paradisi^ et Roland, De situ paraMsl 



LE PARADIS TERHESTBC, ADAM, ETC. i(H 

monde en un seul jour excède grandement en valeur tous les 
trésors du plus puissant monarque; et cependant, ingrats que 
nous sommes, nous ne voulons pas mettre notre confiance en 
Dieu. » Jouant ensuite avec sa cliîenne, il dit : c Le chien est 
un animal très-fidèle, et il aurait un très-grand prix s'il n*était 
ins aussi commun. Dieu a voulu que ses plus grands dons ne 
fussent rien moins que rares. Les yeux sont un don bien .pré- 
cieux, et il a été accordé à tous les animaux. Les plus petits oi* 
seaux ont des yeux fort perçants, et ils aperçoivent de très-loin 
une mouche ; mais nous sommes si stupides, que nous laissons 
échapper, sans les voir; ces gr&ces que Dieu a répandues si 
abondamment. Mais nous les verrons dans Tautre vie. » 

SOC 

Le docteur Jonas posa une fois sur la table une belle grappe 
de raisin, et le docteur Luther en prit occasion de louer la bonté 
de Dieu, qui fait croître les moissons et les fruits , et dit : u C'est 
surtout dans nos corps que nous pouvons admirer les merveilles 
de la création. Voyez comme ils croissent, comme ils se nour- 
rissent; mais les hommes sont des aveugles qui laissent sans 
considérer les biens que Dieu leur octroie et dont ils font un si 
mauvais usage. » 11 ajouta que « si Adam n'avait point péché, ou 
n'aurait point connu le pain , et que Ton se serait nourri de 
fruits. » Quelqu'un ayant fait remarquer que Jésus-Christ avait 
mangé après sa résurrection, le docteur dit : o Ce n'était point 
par nécessité et qu'il eût faim, c'était pour donner une preuve 
qu'il était réellement ressuscité. » 

11 tenait un jour dans sa main une rave pleine de suc, et il dit : 
« Il n'y a pas de doute que les patriarches ne vécussent de fruits 
et de racines, et je suis convaincu qu'Adam y trouvait un très- 
grand plaisir, et qu'il n'avait nullement l'envie de manger une 
perdrix. En lisant autrefois que les solitaires se nourrissaient de 
racines , je croyais qu'il s'agissait de racines d'arbres, mais la 
multiplicité des dons de Dieu nous accable. » 

14. 



IM PftOKNI W TABLK BC MiâTlM LinnUHU 

Il ne BOweoBvient pts de rtehercher ponrqiiei IMea, |^r 
suite de sa résolutioB ditine, impénétrable à Tesprlt bnmâiii, 
étend sa nUsérioorde sur un homme, et pourquoi il en enduieit 
un autre* aine! (pie l*Écriture le dit de Pharaon. Noua defons 
nous tenir pour certains et assurés qu'il ne h\i rien sans 
eause et sans motif déterminant, et s'il fallait qu*il rendit 
oompte à chacun de nous de ses actions et de soi paroles, ee se- 
rait un triste et pauvre Dieu. 

WX 

Quelqu'un demandant à saint Augustin où éuit Dieu avant 
qu'il cré&t le monde, le saint répondit : « Il était en lui- 
même. » Et un autre lui ayant fait la même question, il répon- 
dit : c II construisait l'enfer pour les esprits présomptueux, in- 
quiets et curieux tels que le tien. » Après que Dieu eut créé 
toutes choses, ijouta le docteur Luther, il était partout, et encore 
n'éUit-»il nulle part, car je ne peux me saisir de lui par aucune 
de mes pensées. Mais il se trouvera là où il a promis qu'il serait. 
Les luifs le trouvèrent à Jérusalem, à cêté du trênede la grice; 
nous le trouvons dans la parole et dans la foi, dans le baptême et 
dans les sacrements, mais nulle part on ne peut le trouver dans 
sa majesté.» 

KC 

Luther rencontrant accablé de mélancolie un homme qu'il 
avait autrefois bien connu à Wiltemberg, le salua et lui dit : 
i< Ah ! créature humaine, que fais-tu? n'as4u rien de plus à faire 
que de songer à tes péchés, à ta mort et à ta damnation? Dé- 
tourne promptement les yeux de ces objets et regarde Jésus- 
Christ. Il a été écrit que le Christ avait été conçu du Saint-Es- 
prit et de U vierge Marie, qu'il avait souffert, qu'il était mort, 
qu'il avait été enseveli, que le troisième jour il était ressuscité 
d'entre les morts, qu'il était monté au ciel, etc. Pourquoi penses- 
tu que tout cela s'est accompli? N'était-ce pas pour que tu 
prisses courage contre Ui mort et contre le péché? Rassure-toi 
donc, n'aie point de crainte, et ne défaille pas; car, véritable- 



LB I^AKAMS TURItTftl, AftAM, BVC* 168 

BMQt, tu n*eii ts pas de motifs, puisque Jétui-Ghrisi a souffert 
la mort pour toi, qu*il a pourvu à ta protection et à ta défenset 
et que, pour ce motif, il est assis, pour te délivrer, à la droite 
de Dieu, sou père céleste. » 



Je crois qu'Adam fut ie plus simple et le plus modeste des 
hommes, et je ne pense pas qu'il ait jamais allumé de ohan- 
délie, car il ne savait pas que le corps d'un taureau renfermAt du 
suif, puisqu'alors on ne tuait pas les animaux ; je ne sais com- 
ment il s'est procuré son habit de peau. Il vécut dans la plus 
grande tempérance, ne buvant ni vin, ni bière. Je voudrais que 
la bière n'eût jamais été inventée M il <^n résulte la perte de 
beaucoup de grains, et ce|)endant il ne se f^jt point de bonne 
bière. A quoi servent tant de recherches dans les festins et tant 
d'inventions que suggère la gourmandise? 

mi 

Après qu'Adam eut perdu la justice dans laquelle Dieu l'avait 
créé, il fut, sans aucun doute, bien alHiibli dains sa force corpo- 
relle, par suite de sa douleur et de l'angoisse de son cœur. Je 
crois qu'avant sa chute il pouvait distinguer des objets à cent 
milles de distance tout aussi bien que nous les apercevons à un 
demUmille, et qu'il en était de même de ses autres sens*. Kul 
doute qu'après sa faute il n'ait dit : « Ah ! mon Dieu, que s'est- 
il passé en moi ? je ftuis à la fois soUrd et aveugle. » Ce fUt une 
horrible chute, puisqu'auparavant il voyait que toutes les créa- 



' Lulber avait, en dépit de ceUe boaiade, un goût si bien connu pour le 
breuvage en question, que les sacram«»nuire8, ses antagonistes décidés , 
l'app^latoDt le pape-bière de la Saie : der Saehsiêeke Bier^-Pabu. 

' Parmi diverses opinions biiarres relatives A Adam, nous menilonnerons 
celle d'un membre de l'Académio des inscriptions, Ilenrion, qui prélen- 
dit démontrer que ce patriarche avait une taille de 133 pieds 9 pouces, et 
que la stature d*Evc n'était pas moindre de 118 pieds lo pouces 314. Hen* 
rion mourut en i73o, victime de Tardeor avec laquelle 11 se livrait â ses 
rêveries sur les poids et metores des anciens. 



i64 PROPOS DE TAfiLE DE MARTIN LUTHER. 

tures lui étaient soumises, si bien quMl pouvait jouer même avec 
un scriMïnt. 

A quoi servent tant d*objets superflus, de luxe, d'étalage et de 
jouissance pour la vie, comme Tusage en est venu de nos jours? 
Si Adam revenait sur la terre, et qu*il vit notre genre de Tie, 
notre façon de boire, de manger, de nous vêtir, comi \e il serait 
étonné! Il dirait : « A coup sûr, ce n'est pas le monde dont j'ai 
fait partie. G*étaitsans doute un autre Adam que moi qui a paru 
autrefois parmi les hommes. » Car Adam buvait de Tcau, cueil- 
lait des fruits sur les arbres, habitait une cabane que suppor- 
taient quatre pieux de bois ; il n'avait ni couteau, ni outil en 
fer, et il ne portait d'autre vêtement qu'une peau de bète. 
Maintenant Ton dépense des sommes énormes pour le boire et 
pour le manger; Ton élève des palais splendides, on les m. abie 
avec un luxe auquel rien ne peut se comparer. Les anciens Is- 
raélites s'entretenaient avec beaucoup de' modération et de 
tranquillité, comme le disait Booz : « Trempe tou pain dans du 
vinaigre, et rafralchis-toi. » La Judée était couverte d'habitants, 
aiusi que nous le lisons dans le livre de Josué. Une grande 
abondance de population enseigne à vivre avec sobriété. 



Lorsque Dieu dit à Gain, par l'entremise d'Adam : « Si tu fais 
bien, ne sera-t-il pas reçu? mais si tu ne fais bien , la peine 
du péché est à la porte » (Genèse, ch. iv, v. 7), il montre ainsi 
quelle est l'assurance des pécheurs, et il parle avec Gain comme 
avec le plus grand hypocrite et le plus vénéneux des frères ca- 
pucins. G'était comme si Adam disait : « Tu as su ce qui m'était 
arrivé dans le paradis. J'aurais voulu cacher mon offense, et je 
me couvris de feuilles de Oguier, et je me tapis derrière un ar- 
bre ; mais apprends, mon cher, que le Seigneur ne peut être 
déçu de la sorte ; les feuilles de figuier ne servirent à rien. » 



LE PAaADlS TERRIUiTJR£, ADAM, ETC. 165 

Ah ! ce fut sans doute pour Adam un grand cfèTe-cttur et u^e 
tâche pénible, lorsqu*il fut forcé de bannir et de proscrire son 
nouveau-né et son flls unique, de Texpulser de sa maison et de 
lui dire : « Éloigne-toi de moi et ne parais plus devant mes 
yeux ; je sens encore tout ce que j'ai déjà perdu en perdant le 
paradis ; je ne veux pas, pour toi, accroître mon mal. l*appor- 
terai dorénavant une nouvelle application à me conformer aux 
commandements de Dieu. » Et il n*y a pas de doute qu*Adam, 
depuis, ne prêcha avec un redoublement de zèle. 

Adam engendra plus d'enfants qu'il n'en est mentionné dans 
la Bible. Si elle fait une mention particulière de Seth, c*est à 
cause de la généalogie de Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui de- 
vait descendre de ce patriarche. Adam eut sans doute beaucoup 
de fils et de filles. Je suis persuadé qu'il eut au moins deux 
cents enfants, car il atteignit à une extrême vieillesse, à neuf 
cent trente ans. Il est probable que Gain naquit trente ans après 
la chute de ses parents , puisqu'ils furent alors consolés. Je 
pense que les anges leur apportèrent souvent des consolations; 
autrement, il leur aurait été impossible de supporter l'existence, 
tant ils devaient ressentir de chagrin et d'eflh>i. Au dernier 
jour, Eve se trouvera avoir surpassé toutes les femmes en afiOic- 
tion et en misère. Il n'a jamais existé une femme qui ait 
éprouvé des peines aussi amères que celles d'Eve ; elle sut qu'à 
cause d'elle, nous devions tous mourir. Quelques-uns affirment 
que Gain fut conçu avant la promesse de la semence qui devait 
écraser la tète du serpent. Mais je suis persuadé que la promesse 
fut faite moins d'une demi-journée après la chute. 

K( 

Philippe Mélanchton fit un jour au docteur Luther diverses 
questions concernant le roi David et les grandes tribulations 
qu'il eut à souffrir, quoique Dieu lui-même l'eût investi de la 
puissance royale; et le docteur lui ayant répondu, dit ensuite : 



166 niOPOS BB TABLB PB MABTIll LtlTHEB. 

« Ah I non Dieu ! comment peut-tu flouSri^ que de si grands 
penonnatet succombent? Ce David avait six femmes, qui, sans 
doute, étaient des femmes sages et prudentes, comme cette sage 
Abigall. Si elles étaient toutes ainsi, il avait vraiment d*excei- 
lentes femmes. De plus, il avait dix concubines, et cependant il 
fut adultère. 

Quelques-uns pensent qu*ll commit une faute, lorsqu*à son 
lit de mort 11 ordonna à sbn fils Salomon de punir Shiméi, qui 
Tavait maudit et qui lui avait jeté des ordures à la face Umqu'il 
fuyait devant AbsaloD. Mais je dis quMl fit bien, car il est du de- 
voir d*un magistrat de .punir les coupables et les malfaiteurs. 11 
fit un vœu de ne pas le punir, mais cela ne doit s*entendre que 
durant sa vie. 

Dans un gouvernement aussi étrange et aussi confus, où per- 
sonne ne savait, comme dit le proverbe, qui est cuisinier et qui 
est sommelier, David fUt forcé souvent de fermer ..un œil, et, 
pour noua servir d*ttne expression vulgaire, de regarder, à tra- 
vers les doigts, beaucoup d*abus, beaucoup de méfaits ; mais, 
plus tard, lorsque du temps de Salomon la paix fut rétablie, il 
punit les coupables par Tentremise de Salomon. Dans des temps 
de troubles et d*agitation , un prince n*ose pas agir comme il le 
ferait durant des époques de tranquillité, mais 11 faut que le mal 
Mi puni à la fin. 

m 

Ni Ctcéron, ni Virgile, ni Démostbène, ne sont à comparer à 
David sous le rapport de l^éloquence , comme nous le voyons 
dans le psaume cix qu'il divise en vingtr-denx parties composées 
chacune de huit versets, et cependant dans chacune d'elles, iln*y 
a qu^une même pensée : « Ta loi (ou ta parole) est bonne , Sei- 
gneur. » David avait reçu de grands dons et il était Tobjet des 
faveurs spéciales de Dieu ; je pense que Dieu Ta laissé chuter 
d'une manière si horrible , afin qu'il ne devint pas trop Ger el 
trop superbe. 

Baécliiaa éUit un roi très-bon et pieuit V^^ de foi ; eepen^ 
taH u tomba» M«u ne ptui souffrir qu'une créàtufu bunaiuê 



se Fepose sur set propres oufres et mette la cMfltmM ta ellet. 
Nul hemme ne peut entrer au ciel sans la nénnlsston des péehés. 



Un chrétieE Adèle est eomme lonas qui fol Jeté dans la mer, 
c'est-àHiire, dans Tenfer. Il ▼!! la gnenle dn monstre ouverte 
pour Teoglontir; Il resta trots Joors dans son ventre lénébremc 
sans y périr. Cette histoire doit être pour nous un motif de la 
plus abondante consolation et un signe manifeste de la résiir- 
reclion des morts. De cette manière Dieu a coutume d*humi<-' 
lier cewL qui sont à lui. Mais ensuite Jonas alla trop loin, il 
eut la présomption de commander an Dieu tout*puissant; il de- 
Tint un grand homicide et meurtrier, car il voulait qu'une si 
grande ville et une si grande multitude fussent détruites, quoi* 
que Dieu eût résolu de les épargner. G*était nn étrange saint. 



Le livre de VEccléHoiiifWf c'esWà-dire de Jésus Syraeb * 
nous est parvenu fort corrompu ; son auteur est un vrai légiste, 
il ne sait rien de Jésus-Christ. Le livre de VPçeli$iast§ n*est 
pas entier, il y manque bien des choses, il n*a mis ni bottes ni 
souliers, c*esM-dire quUl ne montre aucune sentence complète; 
il chevauche sur un long roseau, comme je le faisais dans non 
monastère. 

aoi 

Je ne crois pas que Salomon soit condamné, mais ces choses 
ont été écrites pour effrayer les rois. Ce n'est pas lui qui a écrit 
\'Eeeléiia$te\\\ a été composé du temps des Machabées; mais 
il est excellent et on le lit avec plaisir à cause des conseils sur 

* Jéfttfl, Dis de Syrach, florituaii trois siëcles avant notre ère ; le livre 
fc ytcclitiasHque^ dont Q est l'auteur et dont nous ne possédons qu'une 
version grecque, ne bit point partie de eeui que les Juifs regardaient 
comme inspirés, mais l'Église catholique l'a admis ; les protesUnU le 
r^eueni. 



168 PROPOS M TARLE DE MAMUl LOnCR. 

radministration intérieure. Dans le litre des Proverbes^ il y en 
a qui ont été recueillis de la bouche du roi ; sa sagesse et sa ma- 
jesté y éclatent. 

WdÊ 

Je rejette entièrement le troisième livre d*E8dras. Dans le 
quatrième il y a des sentences diTertissantes, comme celle-ci : 
«Le vin est fort, le roi est plus fort, les femmes sont encore plus 
fortes, la vérité remporte sur tout cela.» 

Il était sagement défendu chez les anciens Juifs de lire le 
livre de Judith avant d'avoir trente ans, car il contient des cho- 
ses mystérieuses que les ignorants ne sauraient saisir. Je ne 
puis croire que ce livre de Judith soit historique; il ne s'accorde 
pas avec la géographie ; je crois qu'il est une fiction comme les 
légendes des saints ou un poème composé par un homme pieux 
afin d'énoncer que Judith (c'est-à-dire le royaume des juifs 
mettant leur confiance en Dieu) doit vaincre Holopheme, c'est- 
à-dire tous les royaumes du monde. Judith me paratt une tra- 
gédie retraçant la fin des tyrans, Tobie une comédie qui roule 
sur les femmes. Le docteur Jonas dit qu'il y avait dans Tobie 
bien des choses ridicules et sottes * , surtout au sujet des trois 
nuits et du foie de polj^n qui est grillé pour; foire fuir le 
diable. Le docteur Luther répondit : c Cest un poëme hébraïque. 
Le diable est un ennemi fort redoutable qu'il n'est pas aisé de 
mettre en fuite; il possède la lance de Goliath avec laquelle il 
nous attaque ; en outre. Dieu raffermit son char et lui donne 
des armes, pour qu'étant vaincu par les hommes pieux, son dépit 
et son frémissement augmentent. » Parlant du second livre des 
Machabies, il dit : « Je hais ce livre et celui d'Esther; j'aime- 
rais mieux qu'ils n'existassent pas ; ils ressemblent beaucoup aux 
livres des païens. » Maître Forsteim dit : « Les Juifs font plus de 
cas du hxrel&'Esther que de quelque prophète que ce soit, de 

' Wâicula et ttulta. 



LE PARADIS TEREESTRE, ADAM, ETC. 169 

Daniel ou d'Isaîe, qu*ils méprisent. » Le docteur Luther repar- 
tit : <f Cest une chose horrible qu'ils méprisent ces deux saints 
prophètes dont Fun a prédit Jésu&-Ghrist de la façon la plus 
formelle , dont Fantre a décrit les monarchies qui précédèrent 
raTénement de Jésus-Christ. Je ne mets Jérémie qu*après eux 
et je loi préfère Isale. Philippe (MélanchUm) pense à cet égard 
Topposé. 

Les discours d'aucun des prophètes ne forent rédigés en en- 
tier, mais une chose fut recueillie en un temps et une autre « 
dans un autre. Les livres des RoU sont les annales des monar- 
ques hébreux ; elles dépassent de cent et de mille coudées les 
chronîqoes ou Faralipomènes qol passent souvent sans détail 
snr des faits importants. Le livre de Job est admirable ; ce l^est 
pas seulement de lui qu'il traite, mais encore de tous les affli- 
gés et de ceux qui ont à résister au diable. Quand Dieu ch&tie, 
Tbomme devient impatient , il se scandalise de la félicité des 
impies et il murmure contre le Seigneur. Ce doit être pour nous 
une consolation dans Taffliction, de songer que Dieu nous réserve 
tant de biens dans la vie future. 

Philippe (Mélanchton) s*entretint longuement avec le docteur 
Luther au sujet de la brièveté avec laquelle Moïse a raconté 
rhistoire des anciens patriarches. Elle peut nous faire compren- 
dre comment les évangélistes ont rapporté avec si peu de dé- 
tails les discours dans le IV^wveau Testament. Voyez comme ils 
ont succinctement relaté les prédications de saint Jean-Baptiste, 
qui en a fait de très-belles. 

Plusieurs ont bien sué sur Tépltre de saint Jacques pour la 
faire concorder avec saint Paul; Philippe (Mélanchton) a été du 
nombre , mais il Ta fait sans succès, car elles se contredisent. 
La foi justifie, la foi ne justifie pas ; je permets à celui qui fera 
accorder ces deux propositions de me traiter d'imbécile. Saint 

15 



170 MOM>§ 9% TiBI^B i>B UàWm LUmEK. 

Luc i bten mieus que tout les autres décrit la passion du 
Sauveur; saint Jean se met sérieuseineni à Tœuvre et il décrit 
admirablement les œuvres de Dieu ; il explique bien pourquoi 
Jésus-Christ fut mis à mort par ses juges* Il n*y a pas de doute 
que Pilate pe regardât Jésus comme un homme simple ei igno- 
rant, sorti peut^tre d*une forêt comme un ermite qui ne con- 
naissait rien de Tallnre du monde. 

•01 

Les Pitntmêê de David sont de divers genres, didactiques, 
ptophétiques, eucharistiques, catéchétiques. Parmi les prophé- 
tiques, il faut distinguer le cent dixième : Dixii Dotninus; et 

parmi les didactiques, Miserere mei De profundis Dth- 

mine^ eœaudiorationem.,,. Le cent dixième psaume est le chef 
de %us; il décrit le royaume et le sacerdoce de Jésus-Christ, il 
expose que Jésus-Christ est le roi de toutes choses, quMl inter- 
cède pour tous, que toutes choses lui ont été remises par son 
Père, et qu'il a pitié de tous. Cest un beau et bien remarquable 
psaume: si fêtais en bonne santé, je m'efforcerais d*en donner 
rexplication. 

Le docteur Luther fut interrogé si Thisloire du riche et de 
l^zare était une parabole ou un fait réel, et il répondit : «Le com- 
mencement du récit est historique; les personnes, les circon- 
stances, rexistence des cinq frères sont indiquées. Ce qu'il y est 
dit d'Abraham est allégorique et fort digne d'observation; nous 
y voyons qu'il y a des séjours qui ne sont pas connus, où résident 
les âmes, et ce sont des secrets que nous ne devons pas essayer 
de pénétrer. Il n'est rien dit de la sépulture de Lazare, ce qui 
nous montre que r&me a bien plus de prix, aux yeux de Dieu, 
que le corps. Le sein d'Abraham, c'est la promesse et la certi- 
tude du salut et l'attente de Jésus-Christ ; ce n'est pas le ciel, 
mais c'est l'attente du ciel, n 

aoi 

DB OVBLOV^BS »iEB8 DB L'^OLISB. 

Jérôme ne doit pas être compté panni les docteurs de r Église, 



DB QUELQimi PfellES l>B Ct»UU. 171 

car, de fait^ il éuit hérétique ; Je crois toutefois qu'il a été ttuvé 
par là fbi en Jé8ua-€3iH8t. 11 ne perle (on peut le dire) nulle*» 
ment de JésUs-Christ, dont il â flettlement le nom à la bouehe. Je 
ne connais aucun docteur que Je déteste autant que lérAme, car 
lorsqu'il écrit, c'est toujours sur le Jeûne, sur la virginité, ete. 
Il n'enseigne rien ati sujet de la fbi, de Tespérance, de la elia* 
rite, ni dés œuTres de la foi. Je n'aurais pas toulu de lui pour 
mon chapelain. 

tt3fe 

J'applaudis de grand cœur aux hymnes et aux prières spiri- 
tuelles de Prudence ; c'est le meilleur poète qu'aient eu les 
chrétiens. S'il avait vécu du temps de Virgile, il aurait été mis 
au-dessus d'Horace. Je voudrais que les poésies de Prudence 
fussent lues dans les écoles ; mais, de nos jours, les écoles sont 
devenues païennes, et l'Ecriture sainto en esthanmOi ou falsifiée 
el dénaturée par la philosophie, 

Augustin se tourmentait<.et se brisait l'esprit sur les traditions 
humaines ; il se donne parfois des peines pitoyables pour ex- 
pliquer le psautier. Il était toutefois très-versé et très-habile 
dans l'Ecriture sainte, et 11 avait un jugement remarquable et 
une belle intelligence. II fut aiguillonné par les hérétiques, par- 
tisans de Pelage; il était attaché à l'état de mariage; il parlait 
l>ieo des vertueux évéques qui étaient alors ministres, mais l'é- 
poque où il vivait l'agitait, le chagrinait beaucoup. S'il était 
maintenant en vie, il serait furieux de voir les abominations du 
pape ^ vantant du patrimoine de saint Pierre; il ne pourrait 
supporter pareille chose. ' 

Il est certainement le plus habile» le plus pur et le plus ca- 
pable de tous les docteurs; mais il n'était pas, de lui-même, en 
état de ramener les choses à leur ancienne situation, et il sô 
plaiut souvent que les évèques avec leurs traditions et leurs or** 
donnances troublaient plus l'Eglise que les tluifto nu le faisaient 
avec leurs lois. 



172 PHOPOS l>£ TABLE D£ MARTiM LUTHEK. 

Saint Bernard fut le meilleur des moines, et je Taime mieox 
que tous les autres ; il a cependant osé dire que ce serait un signe 
de damnation si quelqu'un quittait son monastère. Il ayait sons 
lui trois mille moines, dont aucun ne fut damné, si Fassertion 
est exacte ; ied vix credo. Saint Bernard vivait dans des temps 
dangereux, sous les empereurs Henri IV et Henri Y, sous Conrad 
et Lothaire. (Tétait un moine expérimenté et instruit, mais ii 
donna mauvais exemple. La vocation, condition d'un yrai chré- 
tien, tel que Dieu Ta réglée et fondée, consiste en trois hiérar- 
chies , le gouvernement domesUque , temporel et ecclésiastique. 

raoros kelatifs avx oiseaux, aux insectes, 

▲ L'USTOIEE RATUEELLE. 

Un soir, deux oiseaux vinrent se poser dans le jardin du doc- 
teur Luther et ils y firent leur nid, mais ils en étaient souvent 
chassés par les passants qui les effrayaient : le docteur ayant 
observé cela, dit : «0 meschers, jolis petits oiseaux, ne me fuyez 
pas ; je suis charmé de vous voir, ayez confiance en moi. » Il en est 
de même, ajouta-t^il ,* de nous autres hommes ; nous ne savons 
pas mettre notre confiance en Dieu, qui toutefois se montre plein 
de bonté pour nous et qui ne veut que notre bien. 

•01 

Je suis grand ennemi des mouches, quia «unf imago diaboli 
9t haretieortim ; elles sont Timage du diable et des hérétiques. 
Lorsque j'ouvre un bon livre, les mouches accourent et se posent, 
se promènent dessus, comme si elles voulaient dire : « Nous 
sommes là et nous souillons ce livre de nos excréments!» 
Le diable en agit de même ; lorsque nos cœurs sont le plus 
purs, il vient et il les souille. Quand ma ferveur est bien ar- 
dente et que Je suis le plus disposé à la prière , le diable accourt 
et il emporte mes pensées jusqu'à Babylone peut-être, où je me 
mets à construire des châteaux en Tair. 

9QI 



PROPOS RELATIFS AUX OlSEAtX, ETC. 175 

I3n scorpion iieuse que s'il cache sa tète, ou sMl la blottit sous 
une fenUle, on ne peut le voir. De même l*hypocriteet les liax 
saints sMmaginent, lorsqu'ils ont attrapé une ou deut bonnes 
œuvres, que tous leurs péchés en sont recouverts. 



Un homme qui se fie aux richesses et aux honneurs du monde 
et qui, en même temps, oublie Dieu et le bien-être de sou Ame, 
est comme un petit enfant qui tient à la main une belle pomme 
fort agréable à voir à Textérieur, mais dont le dedans est pourri 
et plein de vers. 

J'ai vu à Lintz en Autriche un chien qui était dressé à aller, 
avec un panier au cou, chercher de la viande chez le boucher ; 
lorsque d'autres chiens venaient essayer de la lui enlever, il po* 
sait le panier et se battait vigoureusement avec eux; mais quand 
il s'apercevait qu'ils étaient trop forts pour qu'il leur tint tète, 
il s'emparait lui-même d'un morceau de viande afin de ne pas 
tout perdre. Glest ainsi qu'agit notre empereur Charles; il a, 
l)endant longtemps, défendu les bénéfices ecclésiastiques , mais 
voyant que chaque prince s'emparait ties monastères et les dé- 
pouillait, il prend possession des évêchés et il vient de se saisir 
de ceux de Liège et d'Utrecht. 



Ml 



La pierre de Thrace se trouve au Pout-Euxin et sur les bords 
d'un fleuve de la Scythie ; elle br Aie dans l'eau, et elle s'éteint 
si l'on jette de l'huile dessus. Cette propriété ne lui a pas été 
donnée sans raison , c'est l'image des mœurs des hypocrites qui 
brûlent de l'ardeur d'accumuler de bonnes œuvres, et s'enflam- 
ment d'autant plus qu'ils sont arrosés de l'eau des traditions hu- 
maines et de la pratique des cérémonies. Au contraire, lorsque 
l'on répand sur eux de l'huile, c'est-à-dire lorsqu'ils entendent 
la prédication de l'Evangile, ils se relâchent de leur empresser- 



174 PftOrOS M TABLC DE NAftTIff LUtUR. 

mêftlei Ils perdeDi leur «rdeur désordonnée. Dioscoride et Ni- 
stndfB ont rsit menUon de cette pierre >. 



Le mot amiante vient du grec, a privatif, et miihôt je 
souille, et Dioscoride, livre Y, cbap. xcui, rapporte à cet égard 
une belle histoire. L*amiante se trouve dans Tlle de Ghjpre, et 
elle est si moUe qu'on peut la filer et en former des lissas qui 
ne souffrent aueuu dommage i<ffsqtt*on les jette au feu, mais qui, 
au eoatraire, n'en paraissent que plus beaux. Cette pierre est 
rimage de TEglise à laquelle les calamités et les perséeulioiu 
ne peuvent porter nul préjudice durable, mais qui en sort plus 
brillante et plus agréable aux yeux de Dieu. Le docteur Luther 
dit ensuite que l'ielhile était tiue pierre qui se trouvait dans 
le nid des aigles et qui avait la propriété d*empècber les Riusses 
couches lorsqu'on rattachait au bras gauche d'une femme en- 
ceinte, de faciliter Taccouchement et d'en alléger les souffran- 
ces. Il ajouta aussi que cette pierre donnait les moyens d*arréter 
les voleurs. 

soi 

Le moineau est un animal très-vorace , il fait grand tort aux 
moissons ; il se trouve en grandes troupes en tout pays, et les 
Hébreux l'appelaient tschirp. C'est un oiseau très-f&cheux et 
qui mérite bien qu'on le détruise. 

Le docteur Luther entendait un jour un rossignol qui chantait 
fort agréablement, et dont le chant était comme couvert et étouffé 
par le coassement d'une troupe de grenouilles, et il dit : a G*e8t 

* Les Tcri de Méandre ont été cités par Galien. Pline a dit égalemen 
(Hv. XXXIII, cbap. v; : Calx aqua aceendilur ei Tfirasius lapis, idtmque 
oleo restingmiw. Le pseudo-Arislole , aateur du traite de Aud. mirab.^ 
mentionne des pierres qui se rencontrent dans le pays des Thraces et des 
Scythes : Dum uruntur, siquidem folUbtu êufllentur, cilissime txîin^ 
guuntur; sin aqua irrigemuft flagrant dilucidius. 



PROrOt RiliATlfS AU& •I8SAUX, ITC. 178 

ainsi qu'il arrive daos le monde : « Jésofr-Cairiit esIlereiaiiMl 
qui faii entendre rËnngUe ; les héréUqaet, lét hux prapMlat 
et les {Kipisies s'efforcent d*empècher qa'on ne reniettdei et lit 
font tout le brait qu'ils peuvent. » 

Il s'éleva un jour la question de savoir pourquoi dans les psau- 
mes et dans l'Évangile 11 est plusieurs fois fait mention des cor- 
beaux et des moineaux, qui sont, de tous les oiseaut, ceux de 
l'aspect le plus l&cbeux et ceux qui méritent le plus d*ètre bals. 
Le docteur Luther dit s « Si l'Esprit«Saint avait pu nommer des 
oiseaux plus pernicieux, il TeAt fait, afin de nous Aire voir que 
rien de ce que nous obtenons n*e8t donné à nos mérites* ainsi 
qu'il arrive à ces oiseaux. » Et il dit qu'il était écrit : < Que si 
les petits de» corbeaux viennent à être abandonnés de leuts pa- 
l)areots, ou à en être privés. Dieu pourvoit à leur nourriture ett 
fiisaot naître des vers dans le nid. » 

Aristote compte les cygnes parmi les oiseaux qui ont des pieds 
fermes et palmés pour vivre autour des lacs et des marais. Ce 
sont des animaux qui nourrissent une nombreuse famille , dont 
les habitudes sont fort dignes d'intérêt et qui arrivent à une belle 
vieillesse. Ils n'attaquent pas Taigle, mais ils se défendent avec 
succès contre lui en cas d'agression. Il est certain que les cy- 
pes chantent for^ mélodieusement au moment de leur mort >, 

' Une foule d'auteurs anciens et Aristote lui-même ont fait mention du 
chaut du cygnes Buffon, l'abbé Arnaud et âuires modernes ont pensé qu'il 
s'agissait seulement du cri rauque que ces oiseaux font souvent entendre, 
cri bien connu des anciens et qu'ils expriroaientipar le mot imitatifde dren- 
sare; l'illustre auteur de VHisloire naturelle cite à ce sujet un vers qu'il 
attribue A tort à Ovide : 

«Crus gruit, inque giomis cycni prope flumina drensani.» 

Ce Tcrs est tiré du poëme de Phitomela, dont l'auteur est inconnu et l'o- 
rigine classique plus que suspecte. Mais Virgile a dit : 
« Dant soniium rauci per stagna loquacia cycni.» 

Le oaluraliste Olussen prétend qu'en Islande les cygnes font retentir les 



176 PROPOS 0£ TABLE D£ MARTIN LUTHER. 

et quelques auteurs rapportent qu*ils se nourrissent de bétoine, 
afin d'éteindre leà ardeurs de Famour et d'avoir plus de vigueur 
dans les ailes: je ne sache pas qu*il y ait rien qui soit une image 
plus fidèle de TÉglise que ces mœurs du cygne. L'Église ne re- 
pose-t-elle pas sur un appui solide, aûn que les puissances de 
Tenfer ne puissent la renverser? Elle est autour des lacs et des 
marais, c'est^-dire qu'elle n*aspire point à l'empire et à la do- 
mination. Elle réforme et réprime les penchants impurs, et pres- 
crit une vie chaste et pure. Elle élève avec amour un grand 
nombre d'enfants qui sont l'appui et la consolation de sa vieil- 
lesse. Elle n'attaque point les tyrans, mais elle repousse leurs 
assauts en faisant usage de ses deux puissantes ailes qui sont le 
ministère de la parole et la prière fervente; c'est avec ces ar- 
mes que Sennacberib, Julien et d'autres tyrans ont été renver- 
sés. Remarquons surtout que le cygne meurt enchantant; de 
même l'Eglise, lorsqu'un de ses membres arrive au dernier mo- 
ment, invoque le Gis de Dieu. Le paon est un oiseau qui ne peut 
souffrir de rival ; s'il vient à voir son image réfléchie dans l'eau, 
il se noie de sou propre mouvement ; il a le vêtement d'un ange 
et la voix d'un diable. 

DE QUELQUES ROIS OU PRINCES ET DE L'EMPEREUR. 

11 n'y a pas longtemps que le roi Ferdinand vint dans un mo- 
nastère où j'étais, et il s'y trouvait tracé sur les murailles , en 
très-beaux caractères , les lettres suivantes : 
M. N. M. G. M. M. M. M. 

Le roi s'arrêta et regarda ces lettres, réfléchissant à ce qu'elles 

airs de leurs chants, etroo sait aussi que le mouvement précipité de leun 
ailes produit un son très-bruyafit, mais doux et flûte. Voir à ce sujet dei 
observations consignées dans VUisioria animalium de Woirang Franz, t. Il, 
p. 983 ; le passage est curieux. Consultez aussi le Mémoire de M. Mongcz 
sur les cygnes qui chantent (Paris, 1783, in-s»), et la dissertation de II. Mo- 
rin, dans le recueil de l'Académie des inscriptions. Pourquoi Us cygneSt 
qui chantaient autrefois si bleny chantcnl-iU aujourd'hui si nuU? 



DE QUELQUES ROIS OU PBINCES ET DE L*EMPEREUR. 177 

pouvaienl signifier. Son secrétaire lui dit alors : « Si Votre Ma- 
jesté voulait me le permettre et ne pas avoir de déplaisir, je 
pense que je pourrais lui indiquer la signification de ces lettres. » 
Le roi le lui permit et promit de ne pas s'offenser. Alors le se- 
crétaire dit: vMentitur Naïuea (qui était alorsévèque de Vienne); 
Mentitur Gallus (c'était le prédicateur de la cour) iMentitmtur 
Majore* (les Franciscains), Minores (les frères Décbaux), ilfi- 
noiaurii (moines ainsi nommés et qui habitaient dans les Alpes); 
tous sont des menteurs. » Le roi se mordit les lèvres et passa 
outre. C'était une fort ingénieuse explication [que celle de ce 
secrétaire. 

Lorsque Dieu eut châtié le prince Georges de Saie, frère aîné 
du prince Henri, ce prince, voyant que tous ses enfants étaient 
morts avant lui, envoya vers son frère qui était alors à Frey- 
berg, et lui fit dire que sMl voulait abjurer sa foi et se faire pa- 
piste, il le déclarerait héritier de tous ses États ; sinon, que son 
intention était d'en disposer par testament en faveur de l'em- 
pereur et d'autres. A cela le prince Henri répondit et dit : « Par 
Marie (c'était son expression habituelle), plutôt que d'y consen- 
tir et de renier le Christ notre Sauveur , ma Catherine et moi 
nous prendrons chacun un bâton et nous irons mendier notre 
pain. » Il resta fidèle à la loi de Dieu, et, peu de temps après , 
par suite de la mort subite de son frère , il devint un grand et 
puissant prince, car il est très-certain que Dieu élève ceux qui 
l'honorent et qui sont fidèles à sa parole. 

sot 

Philippe, landgrave de Hesse, est un homme admirable. S'il 
abandonnait l'Évangile , il obtiendrait du pape et de l'empereur 
ce qu'il voudrait , mais Dieu l'a jusqu'ici maintenu dans la fer- 
meté. Il a une tète hessoise et ne peut rester inactif. Il m'a 
mandé à Weimar , ainsi que Philippe Mélanchton, nous deman- 
dant notre avis au sujet des guerres qu'il projetait ; mais nous 
le dissuadâmes , autant que nous le pûmes , de ses projets ; nous 



i78 t»ftOI>OS DE TABLE DE MARTIN LUTttEll. 

tirâmes le meilleur parti de notre rhétorique et nous le suppliâ- 
mes de ne pas ternir TÉtangiie et de ne pas troubles la paix de 
Tempire. Gela le vexa beaucoup et il devint fort rouge, quoique 
d^aiUeurs il fût d*un esprit fort juste. 

Il vint sous un dégiiisement misérable à la conférence de Mar- 
purg , en 1589 , de sorte que personne ne savait que c'était le 
landgrave; il avait alors de grands projets. Il demanda un Jour 
conseil â Philippe Mélancbtoli, lui disant : « Cher Philippe, 
dois-Je endurer qtterévéque de Mayence chasse mes prédicateurs 
de rivangile ? b Philippe répondit ! « 81 la Juridiction de ces en- 
droits appartient à Tévèque, votre seigneurie ne peut lui résis^ 
ter. » Le landgrave lui répliqua : « Je reçois votre conseil, mais 
je ne le suivrai pas. » Vers cette époque , je demandai à Beil- 
nerburg, Tun dés confidents les plus intimes du landgrave, 
pourquoi il ne dissuadait pas le prince de ses stratagèmes. Il mé 
répondit : « Nos avis ne servent de rien ; on ne peut le détour- 
ner d'une résolution qu'il a prise. Quand il se mit en campa- 
gtte et qu'il toulut rétablir le prince de Wurtembei^ dans ses 
États, chacun le supplia de ne pas attirer sur la Hesse une ruine 
complète. « So^fei trahquilles, dit-il , laissez-moi filire , Je ne la 
ruinehii nullement. » Il lança conti^ un château 350 boulets et 
il le prit. 



Bn 1530, l'empereur Gharles-Quint convoqua une diète â 
Augsbeurg afin d'amener â fin toutes les diffioultàa relatives â 
la religion. Il essaya en même temps, par touUBS sortes de ruses, 
de faire renoncer le prince Jean, électeur de Saxe , à la profes- 
sion de l'Évangile; mais, dédaignant toutes les paroles flatteuses 
et les menaces , le prince ne voulut pas s'écarter, pas même de 
l'épaisseur d'un cheveu, de la véritable religion et dé la paroie 
de Dieu, quoiqu'il fût eh butte aux dangers les plus immittents ; 
au contraire, il encouragea et anima les docteurs qu'il avail 
amenés avec lui â la diète, tels qUe Philippe Mélanchton , Juste 
JOnas, George Spatatln et Jean Agricola, et il chargea les per- 
sehnet de son conseil de dire â ces docteurs qu'ils n'avaient qu'à 
agir avee droiture pour la louange et l'honneur de Dieu, et qaMIs 



Q» gliiqiii^Usfleiil ni da lui , ni de ims £ui(i , ni de son iHivple. 
Ce prince resta fennem^nt atiaobé à U parole de Dieu , ayec un 
courage admiraiïle. SU avait liésité, tout ion conaetl aurait cédé 
9 rinsti^nt et aliandonné l'Ëvangiie. Mftme, à eette époque, pour 
ap»i$er ia colère de l'empereur , ie« conseillers étaient disposés 
k entrer en arrangement, à faire des concessions. Mais le prince 
l^^r recommanda k maintes reprises de ne point se préocevper 
4â ses intérêts terrestres , mjiis d*agir et d'écrire conformément 
à ce qui était ju^te et équitable en présence de Dieu. Il dit à Tnn 
de ses conseillers intimes, Jean de Minkwiti : «Vous avea entendu 
mon père dire que se tenir ferme et droit à chcTal, était le 
moyen d'emporter le prix à une course de bagues ; s*il en est 
ainsi pour une chose temporelle, jugez combien il est plus loua- 
l)le d'être ferme et inébranlable dans la cause de Dieu! » 

La constance admirable de ce prince est digne d'être à Jamais 
conservée dans la mémoire et louée. Lorsqu'on lui fit savoir la 
détermination finale de l'empereur, il dit : « Deux partis nous 
sont offerts , renier Dieu, ou renoncer au monde. Que chacun 
considère ce qui est préférable. » Ce fut un vrai miracle et une 
grice particulière de Dieu, de v<^r un seul prince résister avec 
tant de fermeté à tons les autres et à l'empereur lui-même. Cet 
électeur avait six pages qui restaient près de lui dans son appar- 
tement, et durant six heures par jour ils lui faisaient la lecture 
de la Bible. En écoutant un sermon, il avait toujours des tablet- 
tes dans sa poche, et de sa propre main il écrfvait ce que disait 
le prédicateur. 

SK3i 

Le prince électeur de Saie, Jean-Frédéric, m^a dit lui-même 
que le prince Jean (fils atné du prince Georges de Saxe), étant 
près du Qiomentde la mort, désira recevoir la communion sous 
les deux espèces. Lorsque son père en fut informé, il lui envoya 
un moine de Tordre des augustins, pour lui donner des instruc- 
tions nu siid^^ <lu salut de son ftme et pour lui conseiller de rece- 
voir le sacrement sous une seule espèce, lui recommandant de 
dire à son fils qn'il était en relations intimes avec Martin Lu- 
ther. Pour faire que le prince le crût mieux, il dit que Luther 



idO PKOPOS DE TABLE DE MADTIN LUTHBK. 

lui-même avait récemment conseillé à plusieurs personnes de 
recevoir la communion sous une seule espèce. Ce bon et ver- 
tueui jeune prince fut ainsi amené à agouter foi aux faux ren- 
seignements que lui donna ce moine. Mais quand le prince, son 
père, vit que son fils était près de rendre le dernier soupir, il le 
consola en lui rappelant la doctrine de la justification par la foi 
en Jésus-Christ, et il le fit souvenir de ne penser qu'au Sauveur 
du monde et d'oublier entièrement ses propres œuvres et ses 
mérites, lui disant aussi de bannir de son cœur Tinvocation des 
saints. Le fils ressentit une grande satisfaction dans sa con- 
science par suite des conseils de son père, et il lui demanda 
pourquoi il ne faisait pas prêcher dans tout le pays cette doc- 
trine consolante. Le prince Georges lui répondit i « Mon cher 
enfant, nous devons parler ainsi aux mourants seulement, et non 
aux personnes qui sont bien portantes et pleines de vie.» 
Alors, ajouta le docteur Luther, je dis au prince électeur qu'il 
devait observer avec quel entêtement nos adversaires s'opposent 
à la vérité qu'ils reconnaissent. Albert, évêque de Mayence, et 
le prince Georges savent et confessent que notre doctrine est la 
parole de Dieu, et cependant, comme elle ne vient pas du pape , 
ils la repoussent, mais leur propre conscience les abat et les 
terrasse; aussi je ne les crains pas. 

WQi 
J'ai appris dernièrement qu'Henri VIII, roi d'Angleterre, a 
de nouveau abandonné l'Evangile, qu'il a commandé, sous peine 
de mort, à ses sujets de ne recevoir la communion que sous une 
seule espèce, et qu'il exige que les moines et religieuses accom- 
plissent leurs vœux et ne vivent plus dans l'état de mariage, 
tandis qu'autrefois il avait ei^oint tout le contraire. Gela réjouira 
les papistes et les mettra en gaieté. C'est un grand tort qu'à eu ce 
monarque , mais laissons-le faire. Il est toujours ce qu'il était 
jadis, ainsi que je l'ai dépeint dans mon premier livre. Il trou- 
vera à coup sûr qui le jugera : je n'ai jamais aimé sa détermina- 
tion ; il voulait tuer le corps du pape, mais en conserver l'âme , 
cVst-à-dire la fausse doctrine. i , 



t>E QUELQUES ROIS Ot FftIKCES ET DE L^EM^ERKOft. iM 

Le 10 jaillet 1539 , le doetenr Luther rendit grice à Dieu de 
ce quMl avait délivré notre Eglise de ce pernicieux roi d'Angle* 
terre , qui cherclia avec beaucoup d^ardeur à se liguer avec les 
personnes de notre parti, mais qui ne fut pas accepté. CTest Dieu, 
sans doute, qui en a ainsi disposé, dans sa miséricordieuse prcH 
vidence , car ce roi a toujours été inconstant et indécis *. 

On demanda au docteur Luther si sir Thomas Monts avait été 
exécuté pour la cause de TÉvangile ou non; il répondit « : nulle- 
ment; c* était un cruel tyran *. Il était le premier conseiller du 
roi et il était fort savant; mais il a versé le sang d*un grand nom- 
bre 4c chrétiens innocents qnt confessaient TEvangile ; il les a 
torturés avec d'acnreux instruments de supplice, comme s'il était 
un bourreau. Il les examinait d'abord verbalement sous un ar- 
bre chargé de verdure, ensuite il les torturait cruellement en 
prison ; enfin, il s'est opposé à Fédit du roi et de tout le royaume. 
Il a été désobéissant et il a été puni. 

' Henri Vlli avait commeneé par èerire contre Lotbar no ouvrage e^ 
lèbre : dsseriio sepiem sacramentorum, doot la première édition vit le 
jour à Londres en 152 1, et donl lei réimpressions se multiplièrent rapide- 
ment ; une des plus remarquables est celle de Rome, IS31 , in-4o; on Ut 

sur le litre: Ubrtan hune Anglia regi$^fidei defensoriê Ugentibui, de- 

cem annorttm et totidem XL indulgeniia^ aposioUca authoritate, coneer- 
sum est. Luther répondit avec aigreur, Henri répliqua derechef. Le doc- 
teor saion parle de son adversaire couronné avec une irrévérence diffi- 
cile. à surpasser ; il soupçonne le roi de n'avoififait que mettre son nom à 
nn livre qui est i'œuvre d'un gros cochon de thomiste (cratsl porci Thth- 
miitœ) , le pamphlet de Luther, écrit en quelques heures , parut à la fois 
en laiin et en allemand : voici des échantillons de cette polémique : « Si ce 
roi barbouille de sa fiente {tchmieret sein dreck) la couronne de mon 
roi, devra-l-ll s'étonner que j'en use de m6me pour son diadème , et que 
je lui dise qu'il est un menteur et un coquin.. .. Il dit, sans perdre lialcine, 
tant d'injures amères et empoisonnées, que dans un accès de colère an- 
cane p^n de la rue ne saurait engueuler comme lui (a/s Heine o/femlh 
che zomige Hure scheltenmag). 

■ Thomas Morus, le célèbre chancelier et Vauteur de VVtopie, 
décapité en 1535. Luther se fait ici Fécho d'une calomnie longtemps 
répandue, mais à tort. Noms ne fût point persécuteur. Voir la remarqua- 
ble notice de M. Nisard, dans le Dictiannaire de la Conversation. 

tf 



i^ PAOPOS U: TABLE Di: MARTIN LUTBSR. 

Lorsque je vivais à Magdebourg , un prince d'Anbalt se fit 
moine mendiant; ii allail publiquement à travers la ville et il 
demandait Taumône, et quoiqu'un autre grand et robuste fai- 
néant vint avec lui, le prince portait toujours le sac; son but, en 
agissant ainsi , était de faire admirer son humilité. Cest ainsi 
qu'on se jouait de nous du temps de If papauté. Cet exemple 
ne doit pas être oublié, quia est notable. 

L'empereur dit un jour : c Mon frère fait grand cas d*Eck et de 
Faber et il a pour eux une grande estime. Quels défenseurs a 
en eux la doctrine de lésns-Ghrtst ! l'un est ivre toute la jour- 
née, l'autre est nn fou , un coureur de p-ns. » — C'était parler en 
prince sage. 

SOI 

Sadolet >, qui a été durant quinze ans le secrétaire da pape, et 
qui était un homme instruit et habile, écrivit à Mélasditon, em* 
ployant les expressions les plus amicales et usant de beaucoup 
de ruse et d^dresse à f italienne ; Il cherchait peut-être & Tat- 
tirer de son côté par Votfre d'un chapeau de cardinal, et il agis- 
sait sûrement par l'ordre du pape. Ce Sadolet a été fiait cardinal 
à cause de la dextérité et de son talent , mais f I n'a nulle con- 
naissance de fEcriture sainte ; c'est ce qu'on volt bien clairement 
dans son commentaire sur le psaume u, où il met toutes sortes 
de choses inutiles et sottes. Ah ! bon Dieu ! que ton esprit nous 
dirige dans la droite foie! 

■ Jacquet Sadolet, Tuo des écrivains les plua difUsgttéf qu'ait poaiédéf 
l'Italie au seizième siècle; il fut, avec Dembo, Tub des secréCaires de 
Léoo X ; nommé en i»i7 évoque de Carpeniras, il mourut à IUmm ea 
1547, àTâge de soixante-dix ans. Son esprit de coocilialioa lui aiUia 
l'estime et rattachement de ses adversaires eux-mêmes ; rédilion la plus 
complète de ses œuvres a vu le jour à Vérone, en 15S7, 4 vol. i 



DE QUELQUES ROIS OU PRINCES ET DE L* EMPEREUR. 185 

Le dae François de Lunébourg, souffrant à la jambe les don- 
leurs les plus aiguës, dit , à ce que Ton assure , peu avant sa 
mort : « Tous ces tourments sont peu de chose en comparaison 
de ce que méritent mes péchés; mais ne me rejetez pas , Sei- 
gneur, et ayez pitié de moi, en vue des mérites de votre Fils. » 
Il est très-rare que les princes s'expriment ainsi; ce sont des 
oiseaux qui sont rares dans le ciel. 

Le docteur Luther dit que lorsqu'après la diète d'Augsbourg 
le cardinal Campège entra, avec Ferdinand, dans la ville de 
Vienne , on habilla eu cardinal un petit homme de bois, et, 
après lui avoir attaché au cou des indulgences et le sceau du 
pape, on le mit sur un chien à la queue duquel on avait lié une 
vessie de porc pleine dé pois. On donna la chasse à ce chien dans 
toutes les rues de la ville. 

Mi 

Pourrons-nous, sans craindre d'offenser Dieu', ett en bonne 
conscience, nous défendre contre Tempereuri s*il entreprend de 
nous subjuguer? Cette question doit être portée devant les ju- 
risconsultes, et non devant les théologiens. 

Si Tempereur se met à nous faire la guerre» son intention est, 
ou de détruire notre religion ^t d*empècber nos prédications, ou 
bien de troubler et envahir Téconomie et la police, c'estrà-dire 
l'administration temporelle et intérieure; s'il en est ainsi» ce 
n'est plus comme l'empereur des Romains, légalement élu, qu'il 
faut le regarder, mais comme un tyran. 11 est donc complète- 
ment inutile de demander si nous pouvons combattre pour la 
doctrine droite, pure, et pour la religion. (Test pour nous une 
loi et un devoir de combattre pour nos femmes et pour nos en- 
fants, pour nos serviteurs et nos sujets ; oui, nous sommes te- 
nus de les protéger contre un pouvoir malfaisant. 

Si je vis, j'écrirai à tous les Ëtats du monde chrétien au sujet 
de la défense forcée; je montrerai que chacun est obligé de dé* 
fendre m>I et les siens contre une puissance inique. D'abord, 



184 PROPOS DE TABLE DE MARTIN LtTHCR. 

Tempcreur est la lî^le du corps datts fc royaume tempoi^el, corivs 
dont chaque sujet, chaque particulier est un membre et une 
partie, et auquel le droit de la défense forcée revient comme à 
une personne civile et temporelle ; car, s'il ne se défend pas, il 
est de fait Tassassin de sa propre personne. 

Secondement , Tempereur n*est pas le seul monarque ou le 
seul seigneur en Allemagne ; mais les princes électeurs sont, 
avec lui, les membres temporels de Tempire que chacun est tenu 
et obligé de protéger ; le devoir de chaque prince est de veiller 
au bien de Tempire, d*y contribuer, et d*empécher tout ce qui 
pourrait lui nuire ou lui être préjudiciable. G*est surtout le de- 
voir du chef principal, de Tempereur. Quoique les princes élec- 
teurs soient égaux en pouvoir à Tempereur, ils ne sont pas ses 
égaux en dignité et en prérogatives. Mais les princes électeurs 
et les autres princes de Tempire sont tenus de résister à Tem- 
perenr, en cas qu'il entreprenne quelque chose qui tende direc- 
tement au détriment de Tempire ou qui soit contre Dieu et le 
droit légitime. De plus, si l'empereur entreprenait de déposer 
un des princes électeurs, alors il les dépose tous, ce qui ne doit 
ni ne peut être permis. 

Ainsi , avant de répondre formellement à cette question, si 
rempereur peut déposer les princes électeurs ou s'Us peuvent 
déposer Temperenr, nous devons d'aboid et nettement distin- 
guer : un chrétien se compose de deux sortes de personnes, 
c'est-à-dire, une personne croyante ou spirituelle, et une personne 
civile ou temporelle. La personne spirituelle ou croyante doit 
tout souffrir et tout endurer; elle ne mange, ni ne boit; elle 
n'engendre pas d'enfants, elle n'a aucune part aux actions et aux 
faits temporels. Mais la personne civile et temporelle est sujette 
aux lois et aux droits temporels, elle est assujettie à l'obéissance; 
il faut qu'elle se protège et défende, elle et les siens, suivant 
ce que les lois et les droits demandent. 

Par exemple, si un misérable essayait de faire violence à ma 
femme ou à ma fille, en ma présence, alors, vraiment, je met- 
trais de côté la personne spirituelle et je ferais usage de la tem- 
porelle; je le tuerais sur place ou j'appellerais au secours; car, 
en rabsenoe des magistrats, et lorsqu'on ne peut avoir recours 



DE QUELQUES ROIS OU PRINCES ET DE L^EMPEREUR. 185 

à eux, alors la loi de la nation est dans la force el nous pennet 
d*appeicr le voisin à notre assistance ; car le Christ et TËvangile 
n'abolissent pas les droits et les ordonnances temporelles, mais 
les conGrment. ' 

Pour conclure, Teropereur n*est pas un monarque absolu qui 
gouverne seul et selon sa volonté, mais les princes électeurs sont 
ses égaux en pouvoir; il n*a donc pas le droit et Tautorité de 
faire seul des lois et des ordonnances; il a encore bien moins le 
pouvoir, le droit ou Tautorité de tirer Tépée pour subjuguer les 
sujets et les membres de Fempire sans la sanction de la loi ou 
sans le consentement de Fempire entier, ou à son insu. Ainsi, 
Tempereur Otbon iit très-sagement en réglant qu*il y aurait sept 
princes électeurs qui, avec l'empereur et auprès de lui, dirige- 
raient et gouverneraient Fempire, et, sans cela* Fempire n'au- 
rait jamais subsisté comme il Fa fait. 

Enûn, nous devons savoir que lorsque Fempereur entend faire 
la guerre contre nous, il n'agit pas de lui-même et pour lui' 
mais bien dans les intérêts du pape auquel il a prêté serment 
d'obéissance, et il entreprend de défendre et d'appuyer la ty- 
rannie et abominable idolâtrie du pape; carie pape n'a nul égard 
pour FÉvangile, et il veut seulement faire usage de Fempereur 
pour défendre sa propre puissance et conserver sa tyrannie. 
Nous ne devons pas, m pareille circonstance, rester dans le si- 
lence et dans Finaction. 

Mais quelqu'un peut présenter des objections et dire , quoi- 
que David eût été choisi de Dieu pour être roi, et que Samuel 
Feût sacré, il ne voulut pas cependant résister au roi SaCil, ni 
mettre la main sur lui ; nous ne devons donc pas résister à Fem- 
pereur, etc. A cela je réponds: David, à cette époque, n'avaitque 
la promesse de son royaume, il ne Pavait pas en sa possession, 
il n'était pas établi dans son gouvernement. Donc, en pareille 
cause, nous ne nous armons pas contre Saiil, mais contre Absa- 
lon, auquel David fit la guerre, et le rebelle fut tué de la main 
deJoab, » 



lê. 



IM PaOHM DE TABLE OB MAETIN LUTHEft. 

Jedéftirenis soutenir uoe controvene sor cette question : Pou- 
vont-nous ou non résister à l*einpereur? Quoique les Juriscon- 
sultes, suivant leurs notions des droits temporels et naturels, se 
prononcent polfr l'afllnnâtiTO , c*est une question qui présente 
de bien grates difficultés pour nous théologiens, qui nous trou- 
vons en présence de préceptes comme ceuxci : « Si Ton te firappe 
sur la Joue droite, présente Tautre », et « Serviteurs, soyez sou- 
mis, en toute crainte, à vos maîtres, non-seulement lorsqu*ik 
sont doux et bons, mais aussi lorsqu'ils sont rudes, etc. » (Saint 
Mathieu, ch. ▼, v. 99, et i^'épitre de saint Pierre, ch. ii, v. ts.) 
Nous devons craindre d*agir contre la parole de Dieu. Mais nous 
somm<^^pendant certains d'une chose, c'est que les temps où 
nous vivons ne sont plus comme les temps des martyrs, lorsque 
Dioclétien régnait et sévissait contre les chrétiens; il y a une 
autre espèce de gouvernement et de royaume. L'autorité et le 
pouvoir do l'empereur, sans les sept princes électeurs, est sans 
valeur. Les jurisconsultes ont écrit : « Il a quitté le glaive et il 
l*a remis en notre possession. 11 n'a donc sur nous qu'un seul 
glaive, gtaâium petiiorium; il doit le chercher près de nous et 
nous le demander lorsqu'il a l'intention de punir ; car, en droit* 
il ne peut rien faire seul. Si son gouvernement était comme ce- 
lui en vigueur au temps de Dioclétien, alors nous nous soumet* 
trions volontiers à lui et nous souffririons. •» 

J'espère que l'empereur ne nous fera pas la guerre en faveur 
du pape; mais s'il joue le rOie d'un Arien, et s'il combat onver- 
tament contre la parole de Dieu, non comme un chrétien, mais 
comme un païen, alors nous ne sommes plus tenus de noussoa- 
mettre et de souffrir. C'est de la ceinture du pape, non de celte 
de l'emperenr, que je détache l'épée, et il est évident que le pape 
ne doit être ni un tyran, ni un maître. 

Le 23 novembre, le docteur Luther se rendit, avec Philippe 
Mélanchion et G. Garlowitz, auprès des princes d'Anhalt. EtloK- 
qu'il fut de retour, il fit le plus grand éloge de la science et du 
talent de ces princes, disant que, sous le rapport de la retenue 



DE QUELQUES R018 OV raiMCES ET LE L'EMPEEEUR. i87 

et de la décence de Paspect, ils étaient supérieurs & bien des 
vierges; quMIs étaient fort habiles dans la langue latine, fort ins- 
truits dans la Bible, et qu*iis étaient à même de l*emporter fa- 
cilement sur tous les papistes, k table, il n*avait été question 
que de la parole de Dieu ; les propos de ces princes étaient rem* 
plis de bien?eilCince et d^édification, et ils ne pouvaient manquer 
d*obtenir les trésors célestes sMls persistaient dans la doctrine 
de TEvangile. Les trois frères, lean, Georges et loachim sont 
également recommandables. Voilà le fruit de la bonne édu-* 
cation que donnent des parents pieux et tidèles, qu'accompa- 
gne la bénédiction de Dieu. Prions pour que ces princes résis- 
tent aux sollicitations des tyrans. Ils ont une grande puissance 
et de vastes domaines. Dans la partie de chasse qu'ils firent ils 
prirent treize sangliers et deux cerfe, et dans une année ils ont 
pris quatorze cents chevreuils. 

L'autre docWolfgang vit dans le célibat pour qnelasonverai-*' 
neté leur reste. Le plus jeune parla en termes excellents de TE- 
crilure sainte, disant : «Jésus-Christ est le seul prêtre pour Té- 
ternité ; ni Pierre, ni pape n'est digne de ce titre.» Citant ensuite 
un passage de saint Bernard qui dit que l'humilité est la route 
qui nous mène à Jésns-Christ, il ajouta, que se défier de soi et 
de ses forces, c'était la véritable humilité. lisent lu tous mes li- 
vres» ceux de Zuingle et ceux d'OEcolampade. 

WQÊ 

Le docteur Luther fit un grand éloge du landgrave, qui fait 
régner une grande sécurité dans un pays couvert de bois et de 
montagnes, où il y avait autrefois une foule de voleurs; il a dé- 
truit leurs repaires, et il a fait rendre à un voyageur 3,000 flo- 
rins dont on l'avait dépouillé* Ayant réuni les seigneurs du pays, 
il leur dit t «Si je vous permets de résider dans mes Etats, c'est 
pour que vous protégiez le peuple, et non pour que vous le dé- 
valisiez. Ce prince est belliqueux ; il est petit de taille, mais 
puissant et habile. 



188 PftOroS IIK TABLE 1»E UAaTIlf LUTHER. 

Louis, landgrave de Hesse, fut un insigne tyran et un brigand; 
il Unit par tomber au pouvoir de révoque de Magdebourg, et il 
fut enfermé dans la citadelle de Halle ; mais il s'échappa en sau- 
tant par une fenêtre, du haut du rocher, dans la Saaie. Tandis 
qu'il faisait peser sur ses sujets une tyrannie affreuse, son cui- 
sinier lui servit de la viande un vendredi, et comme il refusait 
d*y toucher, sa femme lui dit :'« Vous craignez de commetire 
semblable péché , et vous ne reculez pas devant de bien plus 
grands crimes j » Elle fut enfin obligée de s'enfuir, abandonnant 
ses enfants ; mais au moment de se séparer du plus jeune, elle fe 
mordit k la joue dans un accès de tendresse maternelle, et elle 
s'évada, se laissant glisser, comme par miracle, le long d'une 
montagne élevée. Ce prince étant mort enfin, on le ;revêtit d'un 
habit monastique, et les seigneurs de sa cour, à l'aspect de son 
cadavre, disaient entre eui, par dérision : «Voyez comme ce 
moine observe pieusement la- loi du silence! » 

Le docteur Luther, étant à table, reçut des lettres du land- 
grave de Hesse, et les ayant lues, il dit : a Ce prince est fou ; il 
demande à Tempereur la permission d*avoir deux femmes ; les 
papistes vont bien crier, mais ce sera à leur détriment. Noire 
cause est bonne et notre vie irréprochable. Si le landgrave a 
))cché, que son péché reste un objet de scandale. Nous avons 
souvent dit aux papistes de regarder la bonté de notre doctrine 
et l'Innocence de notre conduite, et c'était une bonne réponse à 
leur faire; mais ils n*ODt rien voulu contempler de pareil, aussi 
sont-Ils obligés de regarder au derrière du Hessois ^ Les impies 
ne doivent point voir la gloire de Dieu , mais les scandales doi- 
vent les faire périr, parce qu'ils n'ont pas voulu écouter la pa- 
role de Dieu. Si nous sommes témoins de scandales, Jésus-Gbris^ 
n*e»a-t-il pas aussi souffert? Si le landgrave nous quitte, Jésus' 
Christ nous reste. » 

' iles9o in culum tHspicere» 



DE QUELQUES ROIS OU PRIKCES ET DE L^EMPBREUR. 199 

Je crains beaucoup de scandales, que de nouveaux et de plus 
grands suivront encore. Si je pouvais faire que ce qu*a fait l'é- 
lecteur ne fût pas, je m^estimerais bien heureux, mais il faut me 
contenter de remettre ces scandales dans les mains de Dieu ; il 
conservera dans son Église la concorde de la doetrioe, Funité de 
la foi et la sincérité de la profession. Se levant de table, d*un 
air fort sévère, le docteur Luther ajouta : « Je dissimulerai, à 
Ci) use da diable et des papistes, la douleur que cela me cause; 
Dieu mènera tout au mieux ; remettons-nous en à lui. n 

Lai bigamie du landgrave de Hesse faisant grand bruit de 
plus en plus , le docteur Luther dit d'un air fort triste : « Cet 
homme est étonnant; il a une étoile à lui ; je crois qu*il veut ob- 
tenir, par le moyen du pape et de Fempereur, Taccomplisse- 
ment de ses souhaits. Peut-être cette aflDaiire TamèHera-t-ellc à 
s'éloigner de nous. » Le docteur Jonas répondît : « Beaucoup 
de gens le tiennent pour suspect et révoquent en doute sa con-- 
stance. » Le docteur Luther repartit ; a 11 est vraiment surpre-> 
nant , mais jusqu'ici il a montré une grande constance à notre 
égard. Il a mieux aimé rester fidèle à TEvangile qu'obtenir les 
bonnes gr&ces de Fempereur et du pape, qui lui auraient fait de 
grands avantages. Il a une tète hessoise ; il ne peut rester tran- 
quille. Il se jette dans beaucoup d'entreprises, il les mène à 
heureuse fin. Ce fut de sa part une grande audace de combattre 
les évêques , une plus grande de rétablir le prince de Wurtem-- 
berg, et de chasser le roi Ferdinand. Philippe (Mélanchton] et 
moi, nous le dissuadâmes, par notre rhétorique, de troubler la 
paix publique. » 

Après que Fempereur Charles eut été élu , l'électeur de Saxe 
demanda à son conseiller, le seigneur Fabien de Feilitzsch, s'il 
trouvait à propos que Fon eût élu pour empereur le roi d'Espa- 
gne. Gît homme prudent répondit : « Il convient qu'il y ait un 
vautour pour les corbeaux. » Il y a beaucoup de sagesse dans 
cette réponse. 



IM ^âOrOS DE TABLE DE MAATIN LUTHER. 

L^emperenr n*est pas comme le roi de France, qui a une 
grande passion pour les femmes. LorsquMl traversa la France, 
6D tftU, après un festin splendide, il trouva dans son lit une 
noble et Jeune fille que le roi de France y avait fait amener. 
L*enipeieur la renvoya honorablement auprès de ses parents. 



On montra au docteur Luther un écrit venant des banquiers 
Fugger d'Augsbourg, et formé de lettres d*une forme si bizarre, 
que personne ne pouvait les lire ; il dit : « C'est une inven- 
tion qui indique des hommes sages et prudents, mais c'est aussi 
rindice d'une époque bien corrompue. Il est rapporté que Jules 
César faisait usage de pareilles lettres. On m'a assuré que l'em- 
pereur ne se fie pas à ses secrétaires, et, dans les occasions les 
plus importantes, il les fait écrire de deui manières qui se con- 
tredisent ; ils ignorent ensuite quel est l'écrit auquel Tempereur 
met son sceau. » 

Le roi Ferdinand, étant à Nuremberg, interrogea un des prin- 
cipaux magistrats de la ville sur la façon dont ils 6*y prenaient 
pour gouverner une si grande multitude. Le magistrat répondit: 
u Sre, c*est par de bonnes paroles et des châtiments rigoureux.» 
Cette réponse fort sage venait d'un homme fort habile. 



Un prince a dit : « Si j'étais à la place de l'empereur, je rassem- 
blerais les théologiens les plus habiles des deux partis, papistes 
et luthériens , et je les ferais renfermer dans une nuiison bien ga^ 
déc, en leur faisant donner à boire et à manger, et je les y tien- 
drais jusqu'à ce qu'ils se fussent mis d'accord sur les points de 
doctrine qu'ils débattent. Ensuite, je leur demanderais s'ils sont 
bien fermement convaincus de ce qu'ils viennent de décider et 
s'ils sont prêts à sacrifier leur vie pour le défendre. Et, lorsqu'ils 
auraient dit oui , je ferais mettre le feu à la maison , afin qu^ils 
brûlassent tous. » 



I»e (H^ELQVSf AOIg OU rnUCSt BT ME L*BM»fillEtm. fit 

Les princes de Bavière sont remplis de flerié et de superbe , 
et teHemeiK enaernit de rAutriehe, que l*6»pereiif Mailnilien 
(lit un jour que si Ton versaft dans on mAme vase du sang autri- 
chien et du sang bavarois, plutôt que de rester ensemble , Tun 
des dea« s*élanoeralt de lui-même hors du vase. La maison de 
Bavière volt avec pelneia dignité Impériale dévolue à rAntriche, 
et elle se vante d'être du bois dont on fait les empereors. 

1C3I 

Il n'est ]^s de gens pins pauvres snr la terre «lue las priaeas, 
et plus dignes de compassion; aussi notre Seigneur »-t-il dit, 
par Torgane de saint Paul : Omiê pro illU quOn MubUmUmH'- 
bus eonsHtuti iunt, . 

Dieu se sert des rois , des princes et des grands seigneurs 
comme les enfants se servent d'un jeu de cartes. Quand ils Jouant 
ils les tî^nnant dans leun mains , ensuite ils les jettent dans un 
coin de la cbanbre ou sous la table. (Test ainsi que Dieu en usa 
avvîc les potentats. 



Le docteur Martin Luther dit un jour : « Les princes ont à 
présent fort peu d'ordre dans Tadministration de leur maison et 
dans leurs repas. A la cour de Salomon tout cela était {Karfaile- 
mcnt réglé; ce qu'il fallait pour la consommation de chaque jour 
était présent d'avance, et le roi se rendait compte de chaque ob- 
jet, ainsi que nous le montre ce passage du premier livre des 
Rois (ch. IV, v. 22) : « Les vivres de Salomon, chaque jour, 
u étaient trente cores do fine farine et soixante cores d'autre 
« farine , dix bœufs gras, et vingt bœufs des pâturages et ceut 
<f moutons. » Aujourd'hui en un seul jour , quatre villes im- 
périales dépensent en objets de luxe inutile et déréglé , en dé* 
bauche, en repas de confréries, plus que Salomon ne dépensait 
en un mois dans tout son royaume. 



idC PROMS »E TABLR DE MARTIN LUTHER. 

DB LnUGOMlIVlflCATIOlf, HB LA PABOLB DITIHB 
BT DB L'AUMONE. 

Le ministère de la parole appelle à la cène tous les pieux fidè- 
les repentants de leurs péchés et les fait entrer dans le sein de 
rsglise de Jésus-Christ; de même, il rejette et excommunie les 
impies endurcis et scandaleux, et il les abandonne au jugement 
de Dieu, d*après la sentence de Jésus-Christ. Car Jésus-Christ a 
établi qu'il fallait avertir trois fois les pécheurs dont les scandales 
publics offensent rassemblée des fidèles, et s'ils ne s'amendent 
|X)int , les fuir comme des païens et des publicains. A nous , 
auxquels le Seigneur notre Dieu a donné Toffice de prèclier 
TEvangile, d'administrer les sacrement»; etc., il nous a été re- 
commandé d'excommunier de la parole de Dieu , de ne pas ad- 
mettre au baptême et à la cène du Seigneur ceux qui persévére- 
raient, contre leur conscience, dans leurs péchés. G*est pourquoi 
le gouverneur H. Metzch a été excommunié à cause de son in- 
continence, et je ne veux point qu'il reçoive les sacrements 
dans nos églises, parce qu'il doit en être exclu jusqu'à ce qu'il 
se repente. 

On parla d'un citoyen qui était un athée et qui avait haute- 
ment confessé devant le sénat que depuis quinze ans il n'avait 
point participé à la cène. — Le docteur Luther dit : a Noos 
l'avons assez condamné; après une double admonition, je le pro- 
clamerai publiquement excommunié, et qu'il ne faut le regarder 
que comme un chien; si quelqu'un veut alors avoir des rapports 
avec lui, qu'il le fasse à ses périls et risques. S'il meurt dans ses 
péchés, sans avoir fait une vraie pénitence, il doit être enseveli 
au cimetière comme une bête brute. » 



951 



Le a décembre 1536 , le docteur Luther parlait en gémissaDt 
de la privation où l'on serait à l'avenir de la parole de Dieu, et de 



DE L'EXCOUnmiCATMHf, DE LA PAftOLE DIViNl, ETC. 40S 

rextrtoie tribulation qui aiBigerait les hommes, telle qu'il ne 
s*en serait jamais tu de pareille depuis la création du monde. Et 
il dit que cette horrible calamité était déjà à nos portes, puisque 
DOS adversaires s'eflbrcent de tourmenter les consciences et d'é- 
touffer la parole de Dieu. Cette sainte parole est le plus précieux 
de tous les biens et elle dépasse tous les trésors du monde. Celui 
qui en est privé soufflre une faim véritable et spirituelle. Plaise 
à Dieu que pareil malheur ne tombe pas sur nous! il vaudrait 
mieux que nous fussions tous égorgés par les Turcs. Ah ! si 
j'étais un grand ix>ete , comme je chanterais mélodieusement et 
magnifiquement les louanges de la parole divine , ainsi que le fit 
Moïse ( Deutéronome , chap. xxxiii). Car sans la parole, il 
n'est rien. 

Nous devons faire une grande différence entre la parole de 
Dieu et la parole d'un homme. La parole d'un homme est un 
léger son qui vole dans Talr et qui s'évanouit presque aussitôt; 
mais la parole de Dieu est plus grande que le ciel et la terre, 
même que la mort et l'enfer, car elle est la puissance de Dieu et 
elle restera éternellement ; ainsi nous devons nous appliquer à 
étudier la parole de Dieu, et nous devons croire et savoir avec . 
certitude que Dieu lui-même nous parle. 

Le docteur Erasmus Albert , étant prêt à partir pour la Mar- 
che de Brandebourg , demanda au docteur Luther comment il 
fallait prêcher devant le prince ; le docteur lui répondit : « Ce 
n'est pas aux princes , mais au peuple qui est grossier et simple 
que doivent s'adresser tes prédications. Si , dans les miennes , 
c'était Mélanchton et les autres docteurs que j'eusse en vue, je 
ne ferais rien qui vaille; je prêche tout simplement pour les igno- 
rants, et cela est du goût de tous. Ce que je sais de latin, de grec 
et d'hébreu, je le réserve pour nos réunions de savants. Alors nous 
disons des choses si subtiles et si érudites, que Dieu lui*mêmeen 
serait étonné. » 

17 



Je v#>lU»rAl et ferai de moa laîeuv, avec Taide de Dieu » pQur 
qii*apm »m iQorI une lîgUae sincère et de iKmnes écoles soient 
lai««^ à DM descendants, afin qu'ïU aacbent comment i)s doi- 
vent être îpatrvits et gouvernés chrétiennement et équitable- 
ment; mais la grandn ingratitude des hommes, leur opiniâtreté 
et leur mépris de la parole de Dieu, me font craindre que la lih 
mière ne se maintienne pas et n'éclaire pas longtemps. 

Il ne peut arriver de plus grand malheur à un peuple chrétien 
que celui de voir la parole de Dieu lai être enlevée et être falsi- 
fiée de sorte qu'il ne Ta plus dans sa pureté et dans sa clarté. 
Dieu veuille que ni nous ni nos descendants ne soyons témoins 
d'une semblable calamité. 



Lorsque la parole de Dieu nous est présentée dans sa pureté et 
sa clarté , nous devenons négligents , nous nous repoaons dans 
«ne vnine sécurité, nous n> faisons plus d'attention , omis pen- 
sons qu'il en sera toujoun de même. Nous n'oppoions pas la 
vigilance et la prière au diable qui est tout prêt à arracher de 
notre cœur la parole divine» Il en est de nous eomnia de Toya<^ 
geurs qui sont tranquilles et sans inquiétude tant qu'ils sont sur 
la bonne route, mais s'ils s'égarent dans des bois ou dans des 
chemins de traverse , lis se préoccupent alors du chemin qu'ils 
doivent suivre. C'e^t ainsi qu'auprès de la pure parole de Dieu , 
nous nous laissons aller à la sécurité ; nous nous endormons , 
nous ne nous maintenons pas dans la grâce de Dieu et nous ne 
sommes pas en garde contre le démon. Afais ceux qui embras- 
sent Terreur sont fort occupés, et ils se donnent beaucoup de 
peine pour la répandre. 

Quand Dieu veut punir un royaume pu «u peuple, il en retire 
d'abord les bons et pieux prédicateuM. Il le prive aussi des gou- 
verneurs et conseillers sages, honnêtes et équitables. Il^intife 
les bons soldats, expérimentés et probes , ainsi que tous les an- 



DE l'eXCOMMIMICATIOII, DE LA PAROLE DIVINE, ETC. 1M 

très gens de bien. Alors le peuple se réjouit; il se laisse aller au 
gré de ses volontés, il n'a pins de souci de la vérité et de la doc* 
trine divine , il en vient même à la mépriser et il tombe dans 
Taveuglement ; il n'a plus ni crainte , ni honnêteté ; il s'aban* 
donne à toutes sortes de péchés honteux, d'où il s'ensuit une vie 
dissolue , sans frein et diabolique , comme celle, béias ! dont 
nous sommes témoins et que nous ne voyons que trop et qui ne 
peut longtemps durer. Je crains que la hache ne soit mise à la 
racine de l'arbre afin qu'il soit bientôt coupé. Que Dieu, dans sa 
miséricorde infinie, nous retire de ce monde, afin que nous 
n'assistions pas à de semblables calamités! 

WSÊ 

La rémunération que le monde donne maintenant à la doctrine 
de l'Evangile est la même que celle qu'il accorde k Jésus-Christ, 
la croix ; c^est ce que nous devons attendre, et rien autre. Cette 
année est Tannée de Tlngratitude des hommes, mais celle qui va 
venir sera l'aimée de la colère de Dieu. Il faut que Dieu cb&tie, 
quoique ce soit contre sa volonté et contre sa nature; c'est nous 
qui sommes la cause des châtiments qu'il répandra. 

SOI 

Le doetettr Luther dit un autre Jour : « Ah ! mon Dieu ! que 
le monde est impie et ingrat, de mépriser et de peraéeater 
ainsi sa grâce ineffable! Et nous-mèmos, qui nous vantons de 
l'Évangile et qui savons que c'est la parole de Dieu , qui la re- 
connaissons pour telle , nous avons aussi peu de respect et d'é- 
gard pour l'Évangile , ce grand et inestimable trésor, que nous 
en aurions pour un passage extrait de Virgile et de Térence. Je 
suis moins effrayé du pape et des tyrans que de notre ingratitude 
et de notre mépris pour la parole de Dieu ; voilà ce qui remet- 
tra le pape sur sa selle. Mais lorsque cela surviendra , j'espère 
que le jour du jugement suivra de près. » 

M» 



196 PROPOS llE TABLE DE MAKTIN LUTHER. 

Nous devons mettre uae grande différence entre la parole de 
Dieu et la parole de Thomme. La parole d'un homme est un pe- 
tit son qui vole dans Tair et qui s'évanouit bientôt; mais la pa- 
role de Dieu est plus grande que le ciel et la terre; elle est même 
plus grande que la mort et Tenfer, car elle fait partie de la puis- 
sance de Dieu et elle dure éternellement ; nous devons donc 
étudier avec assiduité la parole de Dieu , et nous devons savoir 
et croire avec conviction que Dieu lui-même nous parle. Cest 
ce que David a vu et ce qu'il a cru , car il a dit : Dieu a parlé 
dans êasaintetéf c'est pourquoi je me rijouis. Nous devons donc 
être dans l'allégresse ; mais cette joie et cette satisfaction se 
trouvent souvent mêlées en nous de beaucoup de peines et de 
douleurs, ainsi que David en donna également l'exemple, car il 
a souffsrt beaucoup de tribulations et d'épreuves au sujet du 
meurtre et de l'adultère qu'il avait commis. Il n'était certes pas 
à la noce lorsqu'il était maudit et poursuivi d'un endroit à l'au- 
tre , afin qu'il pût rester et marcher dans la crainte de Dieu ; 
aussi dit-il dans le psaume ii : Sers le Seigneur avec crainte^ 
et réjouis toi avec tremblement. Dieu nous donne toujours 
plus que nous ne demandons; lorsque nous lui demandons 
avec ferveur un morceau de pain , il nous donne un arpent en-> 
tier de terre. Lorsque ma femme était malade , je priai Dieu 
d'épargner sa vie: non-seulement il m'accorda ce que je deman- 
dais , mais encore il nous a donné une bonne ferme à Zolsdorf 
et il nous a fait la grâce d'une récolte abondante. A cette époque, 
ma femme me dit : «Seigneur, comment se fait-il que les papistes 
prient si souvent avec beaucoup de véhémence, tandis que nous 
apportons tant de froideur et d'insouciance dans nos prières?» Je 
lui répondis : «Le diable presse et excite continuellement ses es- 
claves , de sorte qu'ils sont diligents et qu'ils prennent beaucoup 
de peine dans leur fausse dévotion ; mais nous, vraiment, nous 
sommes inattentifs et froids comme de la glace. » 

Le docteur Luther s'entretint un soir au sujet de cette sen- 
tence : « Donnez, et il vous sera donné », et il dit : « Cest une 



DE L^fiXCOMIlUNICÀTlONy DE LA PAROLE DIVINE, ETC. 497 

belle maxime, qui rend les homoies riches et pauvres ; c*est celle 
qui maintient ma maison ; je ne veui pas me vanter, mais je 
sais bien ce que je donne en une année. Si mon gracieux sei- 
gneur et maître ( le prince électeur] donnait à un gentilhomme 
deux mille florins, cela suffirait à peine pour faire face . durant 
un an, aux frais de mon ménage, et je n*ai que trois cents flo- 
rins de rente annuelle ; mais Dieu les bénit et fait qu*ils suffisent. » 

WQê 

II y a en Autriche un monastère qui était autrefois très- 
riche et qui resta riche aussi longtonps quMl fut charitable en- 
vers les pauvres ; mais quand il cessa de donner, il tomba dans 
l'indigence, et il y est demeuré jusqu*à ce jour. Il advint , n'y a 
pas longtemps , qu'un pauvre vint à la porte de ce couvent et 
qu'il sollicita une aumône qui lui fut refusée ; il demanda pour- 
quoi on refusait de le secourir pour Tamour de Dieu ; le portier 
du monastère lui répondit : « Nous sommes tombés dans Tindi- 
gence » ; et le mendiant lui répliqua : « Voici la cause de votre 
pauvreté : vous avez eu jadis parmi vous deux frères, nommés 
DcUe (donnez) «I Dabitur{\\ vous sera donné); vous avez expulsé 
l'un , l'autre s'en est ailé clandestinement et de son plein gré. 
Le frère DateùUni absent, le frère Dahitur a presque immédia- 
tement disparu. » — «Mes amis, ajouta le docteur Luther , celui 
qui a l'intention de posséder quelque chose , doit aussi donner ; 
unp main libérale n'a jamais été vide ni pressée par le besoin. » 

Un soir le docteur Luther se promenait avec le docteur Jonas 
et il donna l'aumône à quelques pauvres ; le docteur donna aussi 
quelque chose et il dit : « Qui sait si Dieu me le rendra?» Luther 
lui répondit en souriant : « Vous parlez comme si Dieu ne vous avait 
pas déjà donné ce que vous venez de donner aux pauvres : il 
nous faut donner libéralement et de bon cœur. » 

9a€ 



tM ^â<NN>è DE TABLE DE MARtllt LOtMÊà. 

LirniBm mànn nmn mArasb. 

Le i5 février t53S» maître Spelatin et mtltre Sberliard sospè- 
reat avec le docteur Luther, et il badioa avec son petit garçon 
BlartiD, et il dit ensuite : « Tel fut Tétat de candeur et de sim- 
plicité» e&empt de toute malice et de toute méeiianceté, qtti ré- 
gna dans le paradis, Thomme possédant alors toute Tinnocence 
de Tenfance. Les jeux des enfants sont pleins de grftce; leurs 
actions, dépourvues de raison, offrent un spectacle charmant. 
Noanafiilits sont la source des amusements les plus vifs; lors- 
qu'ils veulent quelque chose, ils le veulent de toutes leurs for- 
ces» et ils ne sont point embarrassés pour trouver des excuses 
quand Us sont en fiiuie, comme fit Nicolas le Niais, qui fit ses 
ordures dans les bottes des grands seigneurs chci le conseiller 
PfeUnger» et qui se Justifia tfth disant que sa grand'mère en avait 
fait auunt. » 

iQC 

Le petit Jean Luther, étant à table, prit part à la conversa- 
tion qui roulait sur les choses du ciel, et il dit qifil voudrait bien 
aller en paradis, parce qu'on s'y livre à un contentement ei- 
trème» en mangeant, en sautant et en y goûtant toute sorte d'al- 
légresse, et parce qu'il y coule un fleuve de lait et qu'il y a des 
arbres chargés des plus beaux fruits. Et le docteur Luther dit : 
ir Cet &ge est le plus heureux de tous ; Ton n'y a nul souci politi- 
que, l'on n'aperçoit pas les fléaux de r£glise, l'on n*éprouve point 
la crainte de la mort et de l'enfer, l'on n'a que des pensées pu- 
res. » Jouant ensuite avec sa petite fille Madeleine , il lui dit : 
«Madeleine, qu'est-ce que te donnera Jésus-Christ? Et il 
ajouta ! « Les enfants ont de Dieu les idées les plus pures, parce 
que c'est leur père céleste qui les leur envoie. » Sa femme lai 
apporta ensuite son petit Martin, et il dit : « J'aurais voulu mou- 
rir à l'âge qu'a cet enfant. » Et comme il embrassait son petit 
^rçon, celui-ci le salit, et le doCteur dit : « Une mère souffre 
bien la puanteur de son nouveau-né, et Dieu supporte celle de 
nos murmures et de nos blasphèmes, qui est bien plus grande. » 



LUTHEB AAMS SCKf IIÉlfA6£. IM 

La femme du docteur Luther rimportiinait uû Jour ptr ion 
caqual; il lui dit: « Est-ce qu*avaDt de prêcher Ui as eu le soin de 
rédter l*Oraisoa domioicaie? Si tu Pavais fait. Dieu l'aurait dé* 
fendu de prêcher ^ » 

aci 

Le docteur Luther avait écrit avec de la craie sur la muraille 
qui se trouvait derrière le poêle de sa chambre cette sentence 

* Disons ici quelques mots de l'épouse et des desceiidanU du réforma- 
teur. 

Catherine de Dora, issue d'une flilnilie noble, HMit ptutri, étaH Bée «n 
1499. A ¥in0lHlettx ans ses pareati la roirenl dans «a oouveijl do Bernar- 
dines ; elle ne larda point à s'échapper, elle s'cnruil à WUlomberg; elle 
devint, te 14 juin 1525, l'épouse de Lulbvr. Il parati qu'elle n'avait guère 
d'autre beauté qu'un icini Drats cl blanc ; jou« > larges , œil déttué de vie, 
traits aans dislinctîon.ll reate d'eitt d^ui portraltt peftiif an ISM et en UH, 
par Cranacb. D'un esprit borné, bavarde, avare» Catherine acquit un 
grand empire sur son époux; rallacfaemenl qu'il eut pour elle se peint 
dans sa correspondance sous des iraiu naïfs et graves. Mj[:alberine, le plus 
grand bonheur, c'est d'avoir des enfants d'un homme qu'on aine.— Tu es 
la femme d'un homme pirux ; lu et plus grande et plus glorieuse que 
rimpérttrice. » 

L'artillerie des pamptiiets et des raillel-ies des ennemis du docteur tonna 
contre lo nouveau ménage; eu vers, eu iTOse, on le voua au rf Jicale ; 
Conrad Coltin pubtiaii un écrit sur la noce de chien {die OunâS'tlûchteH) 
de Blartin Luther; Jean Kasemberg s'amusait â trouver des petaia de al- 
militude entre le roi i>avitl et rex-moiue {Bi4 earmiM /cMfl «-^ in ctf 
iharu ; in n&nna iudii et iUe tua), R«mpon composait un épitbalame mo* 
queur dont nous citons quelques vers d'après M. Audin, qui repré- 
sentent Catherine sâuianl, pirouettant, bondissant comme une chèvre que 
l'on vient de mettre en liberté; tandis que Luther^ retardé par le poids 
d'un abdomen majestueux, ne peut £uivre lea mouvements de l'agile éaiï* 

seuse. 

Atque IcYi aura glomerabal ovantia crura , 

More caprffi brui«, vitulœque a fuse aotutsp, 

Mulliplicans miros lascivo poplite gyros ; 

Lutberus fessus, venlris pinguedine pressus , 

Mon poleral tanias in saltum toUere plantas,»... 
Les adversaires de Luther ont affirmé que Catherine était enceinte lora 
de la célébration du mariage; Erasme, Faber« Odoric Haynafcietbiend'tn- 
trei ont répété cette assertion que les réformés ont combattue de leur 
mieux. Force pamphlets ont plaidé i cet égird le pour et le contre. 
Apnto «n examen in^^rtitl et attentif des témeignagee et deaargnments 



200 PROPOS DE TABLE DE MARTl.X LUTHER. 

extraite de saint Luc (cbap. xvi , v. 10) : « Qui est fidèle en de 
petites choses, il est aussi fidèle en de grandes choses, et qui est 
injuste en peu de choses, il est aussi injuste en de grandes cho- 
ses *. » Il montra un jour une image de Tenfant Jésus attachée 
à la muraille, et il dit : « Le petit enfant Jésus repose encore 
dans les bras de sa mère ; il se livre au sommeil, mais plus tard 
il se réveillera, et nous aurons à lui rendre compte de ce que 
nous aurons fait. » 

Le docteur Luther dit un jour : « Si j'avais voulu, il y a de ceci 
treize ans, faire Tamour, J'aurais épousé Anne Schonfeldin ' ; 
elle est aujourd'hui la femme du docteur Basilius, 'le médecin 
de Prusse. Alors je n'aimais pas ma Catherine , je croyais qu'elle 
était hautaine et pleine de 6erté ; mais la volonté de Dieu s'est 
accomplie ; Dieu a jugé bon que j'eusse pitié de Kétha ; cela m'a 
fort bien réussi <*, et j*ai de grandes actions de grâces à rendre à 

employés de part et d'autre, on ne peal ni abioudre ni condamer Cathe- 
rine. Le doute seul est permis. Quoi qu'il en soit, après la mort de Luther, 
sa veuve lomha dans la plus extrême détresse ; elle était réduite i mendier 
quelques aumônes auprès des princes qui avaient embrassé la rérorme; 
ils furent bien durs pour elle ;le roi de Danemarck, seul, fit une fois pas- 
ser un faible secours. Elle mourut à Torgau le aodécembre 15S2. Suivant le 
ConventUionê-Lexicon^ la famille du réformateur s'est éteinte en 1759 par 
le décès de Martin Goltlob Luther, avocat à Dresde. Suivant Baur, ledemier 
rejeton de cette famille, dans la brao^be masculine, a été Jean-Martin Lu- 
ther, chanoine de Zeilz, mort en 1756. D'autre part, les journaux d'Alle- 
magne ont annoncé que Joseph-Charles Luther, descendant du célèbre 
Martin, est mort en Bohème en i837, après être retourné au caibolicisme. 
Ajoutons que le professeur Berle vient de publier [décembre iM3) 
â Halle une histoire de Catherine de Bora. 

* Luther, donnant un exemple qui devait trouver un imitateur en Montai- 
gne, avait multiplié sur les parois de sa chambre des sentences extraites de 
divers poêles ou philosophes, ainsi que de la Rible. On y voyait ce vers 
d'Homère : «Qui veille sur les destinées d'un peuple, ne doit plus dormir 
tonte la nuit », et surtout un adage que te réformateur aimait au point 
qu'il avait voulu le voir brodé sur les manches de ses serviteurs : Verbtm 
Domini manei in œtemum. 

■ Elle avait été religieuse dana le même couvent que Catherine de 
Bora ; elles s'enfuirent un jour avec sept de leurs compagnes. 

' Doniioos encore un échantillon des aménités «dont les adversaires de 



LUTHER DANS SON II1&NAGE. fOi 

Dieu. Sijem^étais trouvé atteibtd'uDe maladie mortelle et subite, 
j'aurais Toulu, pour rendre iionueur au mariage, faire venir auprès 
de mon lit de mort une pieuse jeune fille; je Taurab prise pour 
femme, et je lui aurais donné deux gobelets d'argent pour don 
nuptial et présent du matin. » 

WQÊ 

Le docteur Luther assista à la noce de la fille de Jean Luffl ^ 
Quand le souper fut achevé, il mena la mariée au lit , et il dit à - 
répoux : «Tu te conformeras & Tusage ordinaire en étant le maî- 
tre au logis, lorsque ta femme n'y sera pas. » Il 6ta ensuite un 
des souliers du marié , et il le jeta sur le ciel du lit en disant : 
« Voilà le signe de la prise de ta domination.» 

WSÊ 

Un jour, la petite fille du docteur, Magdeleine, fut amenée 
à table afin qu'elle chantât à son cousin le chant qui commence 
par ces paroles : « Le pape implore Fempereur et les rois, etc. » 
Elle refusa opinl&trément de le faire, quoique sa mère l'en pri&t 
beaucoup. Alors le docteur Luther dit : « La force n'obtient ja- 
mais rien qui vaille. Toutes les œuvres que prescrit la loi ne 
produisent rien de bon si la grftce manque. » 

LaUierrempliisenl leurs écrils lorsqu'ils font mention de son mariage : 
« Il fist sa femme de ceUe Catherine après qu'elle eul esté, durant deux 
ans, vivant à Wittemberg, vagabonde parmi les escoliers comme Tasnesse 
de Hiérusalem. Avant ses nopces ayant requis un seigneur de lui envoyer 
de la venaison, il lui envoya un asne escorcbé et mis par pièces dans un 
vaisseau, au fond duquel on avoitmys les oreilles et les ongles des piedi. 
(Taillepied, Vie de Luther,) » 

' L'imprimeur habituel des écrits de Luther. Il s'enrichit i vendre les 
ouvrages du docteur Martin, qui abandonnait toujours ses livres à son édi- 
teur sans lui demander aucune rémunération. Luther s'est plaint i diver- 
ses reprises de ce que Lufft lui envoyait des épreuves criblées de fautes, 
de ce qu'il négligeait de faire effectuer les corrections indiquées. — «Pa- 
pier, caractères, tout ce qu'il emploie pour moi est exécrable. Il se i 
Jean, et, toute sa vie, il sera un véritable Jean, i» 

IHt 



iM PEOPOd M tABtC DE MAHTlM LUTHlilR. 

bè doOtettl* Ltttbat dit un jour : « Je voudrais (|nc nod adver- 
aÉif«t9 lés ennemis de la parole de Dieu, me tuassent; tta ikioH 
Malt pour rEglise d'un plus grand proût qtte ma rie *. » 

soi 

La femme du docteur Luther lisait les psaumes, et elle dit qu*ii 
y en avait qu'elle ne pouvait nullement comprendre; le docteur 
essaya de lui expliquer ce dont elle était embarrassée ; il dit 
ensuite : « tl y a des passages dont nous sommes, tout aussi bien 
que des oies, hors d'état de saisir le sens. » 

m 

Il faut que j'aie de la patience avec ma femme Catherine, avec 
le pape, avec les princes, avec mes disciples , avec mes adver- 
sairtst avec tous ceux qui m'entourent. Ma vie n'est qu'une pa- 
tienee eontinueile. Je suis comme l'homme dont parle le prophète 
Isale, et dont hi force réside dans sa patience et dans son espé* 
Mnce^ mais il f^ut savoir souffrir ; un arbre supporte bien une 
oàttiraise branche, et le ventre se résigne à se vider parfois pé« 
nibi«ment*. 



MdoeisurLuther dit un jour : «J'ai che£ moi trois vierges 
éû âge de se iharier, et eependant chacune d'elles mourrait des 



* Ce vcbu irappelle des passages analogues éparii dans les œuvres de Lu- 
ther et que M* MIchelet n*a poiut laissés échapper : « Plaise à Dieu que nous 
soyons dignes d'être brûlés ou égorgée par le pape t — Si j'étais tué par les 
papilieft, ma ttort protégerait nos descendants, et ces betes féroces en se' 
rtlènt peut-être plus erucUenënl punies que Je ne voudrais tnoi-toéme, 
éar 11 y à quelqu'un qui dira un jour : Où est ton [ïére Abel ? et celui-là 
les ttirqueri au fr6nt, ei ils erreront par toute la terre. — Si J'étais tué 
dans une êmsule pt^lsie. J'emmènerais avec moi tanl de praires, de fnoines 
et (l'S¥éqUès, que ehScuti dirait .' «c'était un grand docteur que Martin Lu- 
ther, bien au-dessus de teusévéqueft moines et prêtres; auisl fiiut-U qu^i 
•on enterrement ils marchent à sa suite, étendus sur le dos. » 

' Einem schwcren dreck. 



suites de TuDiofi charneUfi *, lantlU qui^ Gai|ierh)# n» i^iino en- 
grosser p9r moi. Ab ! QiQp Dieu ! que \ê meuda a 4éebu deiNiU 
que les lois civiles Qn( été promulguées ! Alors uoe û\\^ éUiïi re- 
gardée, à douj^e ans, cpmme nubile ; un adolescent, k quatorze 
ans comme pubère. Maintenant, ils n'offrant, 4 eut ftgo, qu'une 
extrême débilité ; la vigueur de la race humaine s'en ya, le monde 
approche de sa tin. » 

ISS 

Le 1«' janvier 1539, le docteur Luther souhaita une heureuse 
année à tous ceux qui habitaient avec lui, et il ût des présents à 
tous les domestiques et aux servantes, jusqu'à la valeur de deux 
thaiers, et il les exhorta tous à être obéissants et fidèles. Il dit 
ensuite en soupirant : « Ah ! quelle est Tahomination et Tim- 
piété du monde, qui provoque de plus en plus la colère de Pieu 
et qui roffènse si grièvement ! Il est impossible qu'il n'en résulte 
pas d'extrêmes calamités, et les merveilles dont nous sommes 
témoins nous les annoncent, ainsi que l'Écriture saiute et la 
voix de notre conscience. Heureux qui serepent, se confip dlans 
le Seigneur et chérit la parole de Dieu ; tout lui tournera à bjien.v 

Le docteur Luther dit à table que sa femme lui faisait «ouv^nt 
des questions dans le genre de celles-ci ; « La ville de Rom9 M' 
elle plus grande que Wittemberg ? Le roi de France est^il plus 
riche que l'empereur? » et qu'un jour qu'elle ne savait %m lui 
demander, elle avait voulu savoir si 1^ grand-mattre di» Tprclr» 
teutonique de Prusse u'était pas le frère du nurgrave*. 

* Vna Ularum propter coiium mêreretur, M. Audin recule devant la 
crudité du texte original; il écrit : «Ces pauvres fleurs seraient mortes 
•ij'avaii v#oi*i Us f u«iiMf . » Mald UylMr a'élaU gtiér* bdbiuié é jet«r sur 
tei idée» le voile transptrMl 4b9 fl$ur$ 4a rb^riiilia $ ut hn pnN«f ptf, 
tant qu'il est à Ubie, un langage ^.ue n'auraient ppin( 4i^Myopé D9t${ tt 
Marmontet. 

* Cétatt «n tevi et même penomiage. 



904 PIUHKM DE TABLE DE MARTIN LOTHCB. 

Le 7 DOTemlnre , le docteur Luther dit : « J*ai de grandes ac- 
tions de gr&ces à rendre à Dieu, car il a bien voulu m^envoyer 
une compagne sage et pieuse, et sur laquelle le cœur d*un homme 
peut se reposer, ainsi que Ta dit Salomon, dans le livre des 
Prov9ràêê (chap. xxxi, v. 11) : « Le cœur de son mari s*assnre 
en elle, et il ne manquera point de dépouilles. » 

Le 10 octobre 1538, il fut question de maître F., qui, dans un 
de ses discours, s'était témérairement élevé contre les femmes; 
et la femme du docteur Luther était présente, ainsi que celle du 
docteur Pomeranus et la dame de Selnitz, et elles s'emportèrent 
vivement contre Torateur. Le docteur Luther fit mine de le dé- 
fendre, disant quil s'était exprimé, non pas d'une manière sé- 
rieuse, mais par façon de parler, et que, s'il avait dit : « Toutes 
les femmes sont infidèles », toute» signifiait seulement un 
trè£-grand nombre ; le docteur Pomeranus se fâcha et prit parti 
avec les femmes contre le docteur Luther, qui dit que souvent 
une plaisanterie pouvait avoir dès suites sérieuses. 

KC 

En 1538, le jour de la fête de saint Burcard, le docteur Luther 
raconta Thistoire d'un sale cuisinier, surnommé le Badin, lequel 
souilla de ses excréments un morceau de viande. Il dit ensuite : 
« C'est un homme malheureux et bien contrarié que celui dont 
la femme ou hi servante ne sait faire la cuisine ; c'est une malé- 
diction domestique dont il résulte beaucoup de maux. » 

En 1519, il arriva à Wittemberg un étranger, et le docteur 
Lutherie reçut cordialement en lui donnant la main, et celui-ci lui 
dit: « Je m'étonne, mattre, que vous receviez ainsi des inconnus; 
il leur serait bien facile de vous tuer, se trouvant seuls avec 
vous, comité je suis en ce moment. » — Le docteur répondit : 
« Il leur serait alors difficile d'échapper eux-mêmes à la mort.» 



LUTRKE DANS SON MENACE. iÛ5 

Et Pétranger répondit : « S'il en advenait ainsi, le pape les met- 
trait au catalogue des saints, et vous inscrirait sur celui des hé- 
rétiques. » 

iOI 

On reçut des lettres qui annonçaient qu'il devait venir de Po- 
logne un émissaire auquel on avait promis quatre mille florins 
s'il réussissait à empoisonner le docteur Luther. Il vint en eCTet 
un savant Polonais, homme vieux et grave, très-versé dans di- 
verses langues, astrologue fort habile, et pour lequel Philippe 
Mélanchton même montra une grande admiration. Mais Dieu 
veilla sur Luther; et ce Polonais venait souvent chez le docteur 
sans y être appelé, et il voulait jouer avec lui aux échecs ; maitf 
ses ruses étaient déjouées. Voyant qu'on le regardait avec beau- 
coup de défiance, il s'enfuit clandestinement. Il se rendit cheir 
le landgrave, mais ce prince dit : « Que l'on chasse ce brigand; 
il voulait empoisonner Luther. » — « Je crois, dit le docteur 
Martin, que ce n'est pas la seule fois que Dieu m'a préservé du 
poison; on a souvent voulu se défaire ainsi de moi. • Quelqu'un 
dit à Anvers au cardinal Alexandre : « Pourquoi ne corrompez- 
vous pas ce moine avec de l'argent ?» Il répondit : < Cette bète 
ne vent pas accepter d'argent.» On saisit dans le temps des let- 
tres du pape, qui écrivait à Fugger < de me compter trois cents' 
florins, pourvu que je voulusse garder le silence. Je dois m'enor- 
gueillir de ce que Satan montre une inimitié aussi décidée ù 
mon égard ; je suis fier d'avoir un ennemi aussi imposant. Je suis 
le fils d'un paysan , mais je suis docteur en Écriture sainte, je 

'.Lea Fugger d'Augaboarg, les btnquIeraHea plus célèbres de l'époque. 
Oq a prétendu que Cliarles-Quiot leur tytnt, daas uo de ses voyages, fait 
l'honneur de loger chez eux, ils firent déposer dans It chemiaée de li 
chambre de rempereur un fagot de cannelle, denrée alors du plus haut 
prix, et qu'ils y mirent le feu avec une obligation que leur avait souscrite 
St Majesté pour une très-forte somme reçue d'eux. Anecdote souvent ré' 
pétée, mais d'une authenticité bien douteuse. Il existe un beau recueil de 
portraits des membres de celte (amille de Grésus ; Fuggerorum et Fug^ 
gerarum imagines :Aug.\tnû., 1598; 1620. Quelques catalogographet 
peu exacts ont cru qu'il s'agissait de fougères, et ils ont rangé cet ouvrage 
parmi les livres de botanique. 

18 



MM PROPOS p^ UBltfl, b% MARTIN irTHRR. 

stti» le grami antagoniste du pape ; H o*est pas éioonant que M 
pape me déteste ; mais sa baine n'est pas fondée sur de justes 
raisons. » 



Le • Jniliet IMt, le doeteor Luther reçut une lettre anonyme, 
par laquelle on lui marquait de se tenir sur ses gardes, ear Ton 
a?ait promis de grosses sommes à des seélérats pour le tuer, 
ainsi qu*A. gpaiatin. Le doetenr dit : « Dieu est mon proCecteor, 
et Je suis sans erainte. Ce n'est pas seulement l'Ecriture et la foi» 
mais eneore i'eipérienee qui me montrent que le Seigneur 
Ttllle sur nous. Il m'a délivré des plus grands périlt;, je conti- 
mieraf donc à me fier à lui. » 



mm 



fji femme du docteur Luther dit un jour qu'il ne lui restait 
que trois Tases de Mère, et le docteur dit : « De ces trois, Dieu 
peut en faire quatre, si telle est sa rolonté. Je sais vivre 4e peu; 
jO suis né de parents pauvres ; mon père exerçait la profession de 
mineur et il était dans Tindigence ; ma mère portait sur sondos à la 
maison tout le bois dont il était besoin, je suis plus riche quetous 
les théologiens papistes dans 4e monde entier : j'ai une femme 
et ait enfants que Dieu m'a donnés, et les papistes sont indignes 
de posséder un pareil trésor. Je me suis marié le iS Juin IHS; 
mon fils atné, Jean, est né le 7 juin 1516 ; Elisalieth, en latT; 
Ifagdeleine, en f §20, la veiile de T Ascension ; Martin, le 7 no* 
vembre 1531 ; Paul, le 28 janvier 1533; Marguerite, en 153i.Je 
confie à Dieu ce que j'ai reçu de lui. » 



Kl 



Le 98 janvier 1633, à la première heure de la nuit, naquit le 
sixième enfant du docteur Luther ; il eut pour parrain le très-ll- 
lustre duc Jean -Ernest, pour marraine la femme de Gaspard 
Undemann; il fut baptisé dans la eiudeUe et noenné Paul. 
Après la cérémonie, ceux qui y avaient assisté se mirent à table 



lutHeii dans son ménage. 9Ô7 

avec li! docteur, et Je les servis * ; ils causèrent avec beaucoup de 
cordialité, et le âoctetirdit, entre autres choses : « J*al voulu que 
mon fils fât nommé t^aul, car le docteur Paul a bien mérité par 
ses actions et par ses discours ({ne mon Als iiortftt son notti.t>ieu 
veuille que cet enfant ait les talents et les qualités de Paul! » 



Le é septembre 1M8, les étalants du dofileur Lulber élài«iit 
devant la uble, regardant avec admiration des pèchM« ei le doo- 
tear dit : « Si quelqu^an veui voir Timage de la satiaCietton «Bit 
il respérance^ qu'il regarde ces enfants; plftt à 0ieil que nous 
passions considérer le dernier jour avec autant et Joie et d'e»^ 
poir! Il II expliqua ensuite les veftus despéches^ qui sont un fmit 
eicellent. Adam et Eve avaient certainement des fruits bien 
plus beftui <iuc les nôtres; toutes les créatures ont dégénéré 
d'ane façon oitmordinaire par suite du pécbé originel. Le ser- 
pent était jadis un animal superbe, il mangeait sans crainte dans 
les mains d'Eve ; mais après avoir été maudit il a perdu ses pieds, 
it a été forcé de manger de la terre. Cest parce que le serpent 
était le pïm besu de toiis les anlMaai que Satan le eboislt pou^ àc- 
eomplif Ses airtiflces, caf lé diâblé goûte fort la boautd^ et leseRoédft 
qui sttlfent l'hommo su ^éché ont besoin d'être belles. Ce n'est 
pas Un Aiais qui provoque à l'hérésie, ni une servinte diffb^oie 
au libertittage, ni l'eau à l'ivrdguerle, ni les haillons k la tanilét 
pooreonduife k ces vices, il fHut une langue subtile, une p-n de 
glande beauté, du vin etèellent, des vèteméhts de soie. Adam 
et Évé étaient d'uiie elLtrème besuté et etempts denoneut^s- 
cence, mais leurs Corps perdireiit leur supériorité. Leurs yeui 
distiâgualent les objets à plusieurs milles de distance, leurs 
oreilles saisissaient le moindre son. Adam se serait approché 
d'Eve dans des vues pures, sans souillure et sans désirs corrom- 
pus; elle n'aurait éprouvé ni incommodité^ ni douleur pendant 
la grossesse et l'accouchement. Considérée les corps des enfants, 
ils sont plus purs, plus nets, mieux formés que ceux des per- 

' C'est Aurifabcr qui raconle ici ce donl \\ fut témoin auriculaire. 



208 PROPOS DE TABLE DE BURTLN LUTHER. 

sonnes âgées, parce que les enfanUse rapprochent de Tctat dis- 
noceuce où était Adam avant sa chute ; leurs déjections ne sen- 
tent pas aussi mauvais que celles des vieillards \ Dans notre triste 
condition, nous n*avons pour nous consoler que Tattente d^une 
autre vie. La mineure partie de T espèce humaine meurt avant 
qu^elle arrive à TAge de raison, et cette grande mortalité doit 
nous faire songer à la résurrection des morts qui amènera un 
autre ciel et une autre terre ; la raison ne peut pas elle-même se 
rendre compte de cet article de foi, car toutes les œuvres de Dieu 
sont contraires à la raison *. Bref, Dieu est incompréhensible 
dans ses créatures ; il ne répond pas à ce que nous voudrions, 
parce qu*il n^observe pas la loi de notre géométrie. Il a mis un 
égout au milieu de la face de Thomme ; moi, f aurais posé un 
seul œil au milieu du front, et j^aurais placé une oreille d^un côté 
de la tète et le nez de Tautre côté. Mais Dieu en a agi autrement; 
il peut former avec de la boue et de la poussière les créatures les 
plus admirables, et il a donné des yeux admirables aux moindres 
animaux. 

WSÊ 

« 
Un soir, le docteur Luther vit un oiseau qui s*était posé sur 
un arbre afin d'y passer la nuit, et il dit : «c det oiseau a déjà 
trouvé son souper tout préparé, et il va passer la nuit sans avoir 
nul souci du lendemain et sans posséder de domicile; mais, 
comme Ta dit David, il habite dans la protection du Dieu du 
ciel. Si la chute d'Adam n*avait pas tout corrompu, quelle ad- 
mirable et divine créature que Thomme ! de quelle science et de 
quelle sagesse eûtr-il été doué ! il aurait vécu dans un bonheur 
.immense, exempt de toute calamité, et il aurait quitté son en- 
veloppe terrestre sans éprouver aucune des angoisses de la 
mort.» 



' Pfon adeo maie olet, sieut merda senum, 
* Omnia Dei opéra ratUmi sont contraria* 

9BÊ 



LUTHEA DANS SON MÉNAGE. t09 

Le docteur Luther, tenant une rose, Tadmirait comme un ma* 
goiûque ouvrage de la main de Dieu , et il dit : « Si ua homme 
avait le pouvoir de faife une seule rose comme celle-ci, il serait 
digne des plus grands éloges ; mais les dons de Dieu perdent 
leur prix à nos yeux, parce qu*ils sont très- multipliés. Voyez 
comme Dieu donne aux parents des enfants qui leur reiaem- 
blent. Un paysan a souvent trois ou quatre fils qui reproduisent 
son image comme s'ils étaient tombés de ses yeux. Les païens 
regardaient comme une chose bien digne d*attention, que les 
enfants ressemblaient à leurs pères. C'est ainsi que Didon dit à 
Énée : 

« SUnihi paryolu8 JEneu luderet in aala. 

Qui te UDtum ore rererret.» 

Parmi leurs malédictions, les Grecs n'avaient point oublié 
de désirer aux parents des enfants qui ne leur ressemblassent 

pas. 



Le docteur Luther goûtait un jour son vin, le conservant pour 
un repas de noces, afin qu'il inspirât l'allégresse aux convives, 
ainsi que l'a dit l'Écriture : je pain confirme le cœur de l'homme, 
le vin le réjouit. Il dit ensuite que c'était une grande merveille 
de voir comment la terre était creusée par des courants d'eau 
qui y entretiennent la fertilité. La neige, la pluie, la rosée en- 
tretiennent cette distribution des eaux, et une couche de neige 
recouvre sans cesse les monts les plus élevés qui atteignent la 
région moyenne de l'air, qui est inhabitable à toute créature, 
si ce n'est au diable. » 

mm 

Le docteur Luther demanda un jour à sa femme si elle croyait 
ôtre sainte. Elle lui répondit avec beaucoup d'étonnement : 
« Gomment puis-je être sainte, moi qui suis une si grande pé- 
cheresse! » Le docteur dit alors : «Voyez l'abomination de la 
doctrine papale; comme elle a blessé les cœurs et préoccupé 
toutes les consciences ; l'on n'est plus capable de rien voir, si ce 
n'est la piété et la sainteté personnelle et extérieure des œuvres 



flO PROPM M tAUE DE MAHTIM LUTHEB. 



I 



que riUHniiie inèiiie AU pour soi. a Bt se retouroaDt ve» Catbe- 
ritt«4 11 lui dit ! « Si tu oroiA iiile Vù as été bàptifiée et qiié Iti ei 
èlirétl4hM| tu dois auflii eraire que tu es sai&te; ear lé saint 
iMiptIflM • Une pttltAnce telle qu'il détruit et anéantit les pé- 
ehés, neii qu'ils u'aleut été eotttmis, mais eu ce qu*ils Ile sont 
pat «M cause de réprobation. Telle est la puissanee et reHescité 
du Bat>téniei qu'il enlève et eSlHSO toutes souillures, i» Famille 
queMloB (\it adressée à la femme de maître Antoine L. (LauteN 
liieh) \ eUe i^pendit qu'elle était sainte auunt qu'Ole pouvait 
en jugeri mais qu'MIe éuit péebereise en tant qu'elle ipparte- 
nait à la nature humaine. » -- aOui, répliqua le docteur Lotber, 
un chrétien est entièi^ment et Complètement sâiut. I5i le diable 
pouvait revendiquer les pécheurs, o& i*esteraient les éhrétiens? 
tl flHt emlMasstf avec fo^e là M du Mptême, alors aous seroes, 
AOM sMnmes déjà sainu. Ad psaume liti, David se qualiûe 
lui-même de saint. » 



Un ieur» la femme du doeteur Lutber lui oignait les pieds à 
cause d'une douleur qu'il y ressentait, et il dit : « Autrefois^ Ga- 
therine, c'étaient les marts qui oignaient les pieds de leurs fem- 
mes, car le mot femme en latin, tucvr, vient de l'expression 
•indre , ai un§eniios les païens virent qu'il y avait beaucoup 
de difficultés, d'obstacles et d'empêchements dans l'état de ma- 
rfage, et comme ils voulaient remédier 4 cet état de choses, 
ils avaient coutume d'oindre les Jambes des nouvelles mariées. 

J'ai souvent remarqué que lorsque les femmes reçoiveui la 
doctrine de l'Evangile, elles sont bien plus ferventes dans la foi, 
bien plus attachées à la vérité que les hommes; nous en avons la 
preuve dans la pécheresse Magdeleine qui se montra bien plus 
ferme, plus courageuse et résolue que saint Pierre. 



im 



LlITltfc Oâllt m» lltllA€B. ' Mt 

hi t^ÊÊktkû du doetettr Luther lui dit uft Jour : « telgMiir, f al 
Mt«iidtt totre eottiln) Jean Palncr, prêcher cette •p rèi P'lifli dent 
J'égUie peMsaiele, et je Tfti nieuK eomiirM que te doeteur Po* 
méfanus, que ren Regarde comme Un escelient prédiealeur. » 
Le doeteur MarUa LuUier iui répendit : « Jean Palner ^èéhe 
comme voua autrea femmes vous avei Thabitude de parler. Dèa 
qu'une ehoae tous vient dana resprit» elle est au bout de votre 
langue. Un prédicateur doit s'en tenir au teate qu'il a éaDnc<*i 
etdire ce qu'il a devant iui» afin que le p^ple en ait une iiar- 
faite intelligence» Mais un prédicateur qui dira tout ce qui lui 
passe par la tète, mérite» selon moi, d'être comparé à une flile 
qui va au marché» et qui rencontre en ton ohemin une autre 
fiiie; eliea s'arrêtent et bavardent tant qu'elles peuvent. Il en 
i»t de même de ces prédieatenrs qui prétendent parler de tout 
à la fois , et qui s'écartent tout à fait de ce qu'ils se propo- 
saient. » 



Une femate est, ou du mpins devrait être, une compagne affec- 
tionnée, joyeuse et soumise pour toute la durée delà vie; c'est pour 
€ela qu'elle est appelée, dans l'Ecriture, la décoration delà mai 
son du Saint-Esprit, afin qu'elle soit l'oruement, l'embellissement 
et l'honneur de la maison ; elle doit être encline à la miséri- 
corde, car c'est principalement pour cela qu'elle a été créée, et 
pour avoir des enfants et être une source de consolation, de 
plaisir, de joie pour son époux. Le motif qui fit que la fille de 
Jephté pleura sa virginité durant deux mois, c'est qu'elle mou- 
lait sans enfants» ce qui était alors regardé comme un extrême 
malheur; nous voyons à quel désespoir se livrait Annah, la mère 
de Samuel, lorsqu'elle n'avait pas encore d'enfant ; et vraiment 
ies enfants sont les liens les plus tendres et les gages du mariage ; 
c'est la meilleure laine du mouton. 



WSÊ 



Le 17 décembre 1538, le docteur Luther invita les chantres et 
Ws musiciens à un souper, où ils chantèrent de belles et douces 



212 PROPOS DE TABLE I>E MARTIN LUTHER. 

antiennes, et le docteur dit avec admiration : a Puisque le Sei- 
gneur Dieu nous accorde des dons aussi précieux durant cette 
vie (qui n*est qu^un véritable cloaque), que sera-ce donc dans la 
vie étemelle où tout sera disposé de la manière la plus parfaite 
et la plus accomplie ! J*ai toujours aimé la musique ; la connais- 
sance de cet art est bonne, et elle sert à toutes choses; il nous 
faut absolument encourager cette étude dans les écoles. Un maî- 
tre d^éoole doit être un ha)>ile musicien, autrement, je ne ferai 
nul cas de lui, et nous ne devrions pas conférer à des jeunes gens 
le grade de prédicateur, si d*avancc ils ne sont bien exercés et 
instruits dans la connaissance de la musique. La musique est un 
don de Dieu, et elle est alliée de près à la théologie. Je ne voudrais 
pas, pour beaucoup, être dépourvu du mince savoir que j'ai en 
fait de musique. Les jeunes gens doivent être instruits dans cet 
art; il rend les gens habiles et recommandables. 

iOC 

Le docteur Luther disait un jour à sa femme : «Tu me persuades 
tout ce que tu veux ; tu as ici toute la souveraineté. Je t'accorde 
le droit de commander pour ce qui regarde le ménage, me ré- 
servant mes droits. U domination des femmes n'a jamais rien 
produit de bon. Dieu créa Adam maître de toutes les créatures 
pour qu'il pi^t dominer sur tout ce qui respire. Mais Eve gâta 
tout en lui persuadant de se mettre au-dessus de la volonté de 
Djeu ; vous autres femmes, vous êtes en faute, car, par vos ruses 
et vos arti6ces, vous induisez les hommes en erreur, ce que j'é- 
prouve aussi pour mon compte » Il exhorta ensuite sa femme à 
lire avec attention l'Ecriture sainte, le psautier surtout, et à écou- 
ter la parole de Dieu. Elle répondit qu'elle croirait avoir assez 
lu et entendu, si elle pouvait régler sa vie d'après ce qui avait 
frappé ses yeux et ses oreilles. Le docteur Luther soupira et il 
dit : « Ah ! c'est ainsi que commence le dégoût et le mépris de 
la parole de Dieu, lorsque nous nous croyons capables d'avoir 
accompli beaucoup de choses ; il nous faudrait ressentir une 
faim continuelle de cette parole divine ; si l'on néglige FEcriture 
sainte, c'est l'indice des plus grands malheurs. » 



LUTHER DAKS SON MÉNAGE. 213 

£fl 153i, le docteur Luther, voyant que la parole de Dieu était 
Bougée dans sa propre maison, fixa que chaque dimanche il 
prêcherait à ses enfants et à sa famille, sans préjudice des ser- 
mons quMl prononçait à TégUse. Le docteur Jonas Tayant ques- 
tionné à cet égard , il dit qu'il regardait semblable fonction 
comme un devoir et comme prescrite à ki conscience de tout 
père de famille , car je vois que la parole divine est tout aussi 
délaissée chez moi que dans Téglise.. 



iOC 



Le prince d*Anhalt vint, de la part de Télecteur, inviter le 
docteur Luther à se rendre à Torgau pour prendre part à une 
partie de chasse et au festin qui devait avoir lieu le lendemain. 
— 11 répondit : « Je ne donne pas la chasse aux bétes fauves, 
mais au pape, aux évèques, aux chanoines et aux moines. » L'é- 
lecteur lui ayant écrit plus tard pour le prier de se rendre k sa 
cour, il dit : « Ce n'est pas la coyr, mais l'église qui est ma vo- 
cation ; il m'a été Imposé le devoir d'expliquer et de prêcher 
l'Ecriture sainte ; lire et enseigner, telles sont mes obligations; 
celle des magistrats est de faire usage du glaive qui leur a été 
confié. » 

WSÊ 

La femme du docteur Luther se plaignant à lui de l'indocilité 
et de l'infidélité des serviteurs, il dit : « Cest un excellent don 
de Dieu qu'un sei^teur ou une servante fidèle et sincère, mais 
pareil oiseau est rare sur la terre. Dans tout état, on se plaint de 
leur méchanceté et dé leur paresse ; il faudrait les gouverner à 
la turque , car c'est ainsi qu'on dompte les hommes, en leur assi- 
gnant pour chaque jour tant à travailler, tant à manger. Pharaon 
en agissait ainsi à l'égard des Israélites lorsquMls étaient en 
Egypte. Semblable désobéissance attire la colère de Dieu et 
les fléau qu'infligent les Turcs. » 



214 PB0P08 1»E TABL£ DE MARTIH Lt/THER. 

Le docteur Luther alla un jour avec sa femme dans un jardin 
le long d*uli étang, et, s^étant mis à pécher, ils prirent dilTéreiils 
' poiÉMmsqtfl luirent servis sur la table avec beaucoup de joie et 
de vives actions de grlee. 

m 

Le dMleur Luther demanda à sa fem'me si elle tie souhaitait 
pas être la fenune d^un prince, à cause des plaisirs que proeiireUi 
grandeur, et il dit : « Ah ! ma Catherine, les gens de bien ont 
peu de contentement en cette vie^ ils sont toujours accablés d'af- 
faires, de tracas, de soucis. Rien ne va comme ils le désireraient. 
Moi, je suis content de ma position; je n'aurais aucune t^ntatien, 
si le diable ne me vexait pas ; s'il s'obstine à ne pas me laisser 
tranquille , je tiens pour lui un pet eu réserve ', il faut qu'il en 
reçoive beaucoup de moi. » 

sot 

Les enfants le§ plus jèiines sont toujours ceux que les parents 
ékéHs^ûtlé pliis. Mon petit Martin est pour moi un trésor bien 
dôuii ; 6és éniâiits ont besoin d'une affection tonte particulière de 
là part de létlrà pài^nts et â*une surveillance atteiittve. Jean cl 
Magdeieine peuvent parler, et il n'est pas nécessaire pour eux 
d'être l'objet de tant de soins; ftussi l'affection descend-elle tout 
naturellement sur les derniers nés. -~ Le docteur Luther parla 
ëfilttltê de rextrèine dôuletir qu'eut Abraham lorsqu'il lui fut 
Md6âftê A'immeiér isàae^ soh fils unlqttë ; il n'eh dit probable-» 
ment riëtl l Sara.*^ La fbmtiié du âo6tebr die ttlors : « Je dtécU- 
tôrâii eertâiiiemetit avee Dieu s'il m'idiposâit semblable bbllgâ** 
tidfl} et je ne puis erdîre que Dieu ôonimahde I t)h père de 
mettre ft mort son enfant. » -^ Le docteui* répondit ! c TU etH)ls 
eependiintqueDieu à vduiu que son Fils, 4U'll aimait deratti6tti> 
le ptui e«trêMé| m cruôtQé, et, à He ëOttsulter <|tte le sentiiUeiit 
âe la vKlseii , 9ieu en *gii plus deueemeat hvee ^liftte et Ciitt»)ie 
qu'envers Jésus-Christ, dontilpefmUie eruoiOemetit. 

-^repitum admitlo veniris. 



SUR i.p;s FEM«fp;s ft aii|k ik Qtat^éfm* tlâf 

Le docteur Luther voyant s^ femme qui allaitait son enfant, 
parla de la vertu du lait maternel, disant à quel point il nourris- 
mt »i fpnifiaiiW il »>6t pjii» jM^u*au¥ ve^u» qui pe ta nourris- 
sept de Iftit plus qD0 de topt autre cho«^, et le» enfant» qui 
t^tcent JoQgtamp» sont pliis fort» et plus rol>iiste$. On dit que le» 
petits glisses conrent trouver les vaches pour le« téter. Il parte 
9|}suit8 4a sei9 des femmes, disant que sHl était bien propor* 
lionnéy c'était Tornement de ce sexe, ^es (prosses mamelles char- 
nues sont Hkcheuses, promettait ))eaucoup et tenant peu ; «elles 
qui iiont nerveuses et petites dans les femmes de taille exiguë 
sont très-abondantes en lait et peuvent nourrir beaucoup d*en^ 
fants. — Le docteur dit ensuite qu'une nourrice enceinte est per- 
nicieuse, car le fœtus dans la matrice attire à lui ce qu'il y a de 
mieux dans le corps. |1 prend pour lui le meilleur lait ; i) pe 
laisse au misérable nourrisson extérieur que le senm' 

Les cheveux sont le plus bel ornement des femmes; aus§i les 
vierges allaient-elles les cheveux épars, excepté lorsqu'elles 
étaient en deuil. C'est une chose fort agréable à ¥0|r et ^'un 
aspect séduisant lorsque les femmes laissent pendre leurs che- 
veux sw le«r dos. 

m» 

Lorsqne Eve fut présentée aux yeuv d'Adam, il devint pli^io ^u 
S^intrlËsprit, et il donna à sa compagne le plus beau, le plus 
glorieux des noms, il l'appela Eva, c'est-à-dire la mèrt de tous 
les vivants ; il nn lui dit point ; Tn es mon épouse, mais : Tu êsla 
mère, dans le sens le plus étendu du mot, la mère de toutes les 
générations humaines. Cest là la gloire et l'ornement le plus 
inestimable de la femme ; elle est Font omnium viveniiunif 1^ 
source de toute existence. Cette parole est concise, mais ni Dé* 
mosthène, ni Cicéron n'auraient pu s'exprimer ainsi. C'est it 
Saint-Esprit lui-même qui a parlé parla bouche de notre premier 



t16 MOHM DE TABLE DE MAETIN LUTREE. 

père ; puisque! a fait un si noble éloge du mariage, il est équi- 
table que nous dissimulions et cachions ce qu*il y a de fragile et 
dMmparfait dans la femme. 



Le docteur Luther dit un jour : «Les femmes qui ont les joues 
roses et les jambes blanches * sont les plus portées à la piété, 
mais elles ne font pas bien la cuisine et elles font mal le lit *. » 
Le docteur Luther raconta qu'étant écolier, il fut reçu à Ei- 
scnach à la table d'une veuve charitable, qu'il y entendit citer 
un distique qu'il plaça depuis comme note marginale au chapitre 
XXX des Proverbes, dans sa traduction de la Bible. 

11 n'est rien de plus digne d'envie sur la terre que l'amour des 
dames, lorsqu'on peut l'obtenir '. 

WX 

Aristote a le mérite d'avoir fait une observation remarquable, 
c'est que les hommes naissent avec les pieds plus petits en pro- 
portion que tous les animaux, et que, dans la matrice, la tète est 
plus grande que tout le corps. C'est un grand et immense mira- 
cle que Dieu a fait que la conjonction du mâle et de la femelle ; 
il a donné à chaque sexe les membres propres à la génération et 

* Weissen Belnen. 

* Sle kochen niehi wohlund betien ÛbeL 

> GiloDS le texte original, celui des TUctredent édition de ISM s 
«< Nichls lieberi Ist aufErden, 
Deu Fraueo Lieb wenn aie mag zu Theil werden. » 
Lea réformés ont depuis singulièrement altéré ce texte ; ils ont eoBvertl 
l'amour terrestre en amour subordonné aux principes religieux ; ifs 
ont «^outé : 
<« Lorsqu'on peut y prétendre en observait U crainte de Dieu.» 

« Wenn aie mag io Goltes Furebt, eu Theil werden. » 
Celle pieuse correction nous (ail souvenir d'un livre assez rare imprimé 
à Goslar en 1612 : Johannin Hurmelsteri Martialls parodia sacra. Va mot 
des plusorda et sales, qui dépasse les privilèges accordés au latin, mais que 
le poète de Blibilis écrivait hardiment, se transforme à diverses reprises 
•n celui de Chrisitu sous la plume de son Interprète germain. 



SUR LES FEMIIES ET SUR LA GÉNÉRATION. 247 

à la nutrition, et d^une seule petite goutte de semence vient tout 
le corps humain, cbair, sang, os, nerfs, peau, ainsi que Ta 
dit Job (chap. x, y. 10) : « Ne m'as-tu pas couié comme du lait 
et ne m*as-tu pas fait cailler comme un fromage > ?» Dieu agit 
dans ses œuvres d'une façon qui nous parait étrange; s'il m'avait 
pris pour son conseiller, je lui aurais donné Tavis de laisser, 
comme dans Texemple d'Adam , le genre humain se reproduire 
en étant façonné avec de la terre, et je lui aurais recommandé 
de laisser toujours le soleil fixé au-dessus de la terre comme une 
lampe ; de la sorte nous aurions eu une clarté et une chaleur 
continuelles. 



La génération est une institution merveilleusement instituée 
en toute créature, m&le et femelle. Personne ne peut s'en rendre 
raison , ni de la manière dont le fœtus est mis au monde. Nous 
éprouvons tous dans le mariage qu'il n'est pas en notre pou- 
voir et à notre choix d'engendrer. Nuls parents ne peuvent pré- 
voir s'ils sont stériles ou s'ils auront un fils ou une fille ; toutes 

' Dans divers écrits de LuUier,auures que ses Propos de table, nous le 
YoyoDs parfois, dans la fougue de soo emporiemenl coDi'e le célibat, 
éDoncer des opinions non moins singulières ; Il prétendra que le mariage 
est aussi nécessaire à l'homme que l'expulsion de l'urlae : iQuod si guU' 
quam prohibere molHur, egregie ut est perdurai, suumque meatum tcor- 
taiione adulterio xai SU» éftnw tû «aeosTMtiawv quœrttat.... Ordonner de 
yme dans la conlinence, c'est prescrire de retenir les excréments et les 
évacuaiioos qu'impose la nature : Perinde Tacere qui continenter vivere 
insUiuant, ac si quis excremenla vel loiium coolra nalurs impelum reti- 
aère velit. Contra faUa edicta Cœsaris.,.. Ce serait la plus grande des 
merveilles de trouver dans une ville cinq filles ayant conservé leur virgi- 
nité ou cinq garçons ayant vécu chastes jusqu'à leur vingtième année ; 
enjoindre le célibat est tout aussi raisonnable que décréter que l'on vivra 
sanslMiro ni manger. C'était en chaire que Luther avançait ces derniéret 
assertions ; son sermon sur l'éplphanie (de tribus reyibus) ne le cède 
guère a celui sur le mariage dont nous avons précédemment donné des 
extraits, citons les textes : Bene si in aliqua una dvitate vel quinque %ir^ 
gines et quinque mares annum vigesimum casii aitigerint ; idque plui 
esse quam tempore apostolorutn et martijrum,.** Demum non minus vires 
naturœ transgredi hominem cçslebem quam si nihil omnino comederet, 
velhiberet, 

19 



21 s MOPOS hÈ TABLE DE MâflTlN Lt/TflEE. 

ces choses se font sans que nous en ayons la connaissance ; mes 
parents ne pensaient pas le moins du monde que Je dusse être 
un docteur. C*est Dieu qui crée tout, et nos regards ne peuvent 
apercevoir ce qu'il fait. Je crois que dans la vie à venir , nous 
n*auron8 d*autre occupation que celle de contempler ie créateur 
et les créatures. 

) mm 

Jean Vulner, fiis de la sœur du docCeur Lut)ier, avait été en- 
voie pour étudier, et il écrivit à son oncle une lettre remplie de 
choses absurdes et sottes. Le docteur la lut, et il dit en souriant : 
« Ce serait lui donner une pei|i[e inutile que de vouloir lui faire 
poursuivre ses études ; il ne fera rien, tant sa tète est faible. Son 
père était i?re lorsqu'il a eif gendre. C'est une chose très-pémi- 
eieuse que d'engendrer quand on est Ivre : il faut alors dormir 
et ne point toucher aux femmes. Platon avait grandement raison 
dé dire qu'il ne faut recommander le mariage qu^ftux gend so- 
bres ; les enfants des ivrognes pAtIssent de Tintempétance de 
leurs parents. » 

9m 

On demandas! un enfant venant au monde à onze mois est légi- 
time, et même si pareille chose peut arriver. — Le docteur Lu- 
ther répondit : « J'ai vu survenir deux fois qu'une femme ait 
enfanté dans le onzième mois , après le départ de son mari. Des 
questions dlf Belles surgissent de là; je ne pense guère que ce 
soit possible. Mais dans un pareil cas, 11 est besoin de persuasion 
et d'autorité, non de jurisprudence. » 

Les mamelles sont l'ornement d'une femme, lorsqu'elles ont 
la proportion convenable. Des mamelles grosses cl charnues ne 
sont pas ce qu'il y a de mieux , elles ne se présentent pas supé- 
rieurement ; elles promettent beaucoup et tiennent peu. 



8UB LES IUUMK8. 319 

li Btaimiie aux femmes la forco et la vigueur du corpe et de la 
raison. On peut endurer le défaut de forées du eerps. Ou ûmi 
leur souhaiter le manque de facultés intellectuelles. 

Il n^est aucune robe, il n*est aucun vêtement dootune femme* 
ou une jeune fille ne sache se faire une parure , si elle est en* 
tendue. 

WÊ 

Les homme3 ont une poitrine large et de petites hanches, auss| 
ont-ils plus d'entendement que les femmes qui ont la poitrine 
étroite et les hanches larges , car elles doivent rester assises, se 
tenir tranquilles et sédentaires dans leur maison, s'occuper du 
ménage, porter et élever des enfants. 

wm 

Qui est->Ge qui aurait donné à Dieu le conseil de créer r)iei|ii|ie 
et la femme tels qu'ils sont? Il donne à Thomme uue femme qui 
est dans la nécessité d'enfanter avec grande douleur : elle a deux 
enfants à allaiter; il lui a fallu deux mamelles. Dieu accom- 
plit ainsi toute sa besogne d'une façon (rès-insensée *. Si 
j'avais été à mênae de lui donner un avis, c'aurait été de laisser 
le genre humain se perpétuer en étant façonné avec de la 
terre, 

SUR LBS MALAM^. 

Les maux de tète et de cœur , dit un jour le docteur Luther , 
sont les plus douloureux. Les maux de deqts et d'orejlles sont 
également bien durs à supporter ; j'aimerais mieui^ avoir la pes^ 
et le mai français. Quand j'étais à Cobourg en 1530 , je res- 
sentais dans les oreilles un bourdonnement tel qu'il me semblait 

' aUo machlt Gott in allen seinen w^rken sehr narrisclu 



ttO PEOrOS DE TABLE DE MARTIN LUTHEB. 

qa*tt en sortait un vent impétueux, et parfois qu*il j coulait 
comme un grand torrent d*eau. 

Ki 

Lorsque les petits enfants crient beaucoup , ils grandissent 
etsedéreloppent. 

aoi 

Àh ! le diable est si puissant que toutes les maladies et tous les 
fléaux proviennent de lui. L*Evangile parle de cette pauvre 
femme que Satan avait liée et qui allait toute courbée et qui , 
depuis douze ans qu'elle était atteinte d\un flux de sang , avait 
dépensé tout son avoir avec les médecins. Saint Pierre dit, dans les 
histoires des ap6tres, que tous les malades sont liés par le diable, 
et si les bons anges ne nous protégeaient , tout tomberait dans 
un bouleversement général, et il n'y aurait plus ni religion ni 
gouvernement. 

Autant nous avons de membres dans le corps-, autant est-il de 
maladies auxquelles nous sommes exposés. 

On apprit au docteur Luther la maladie d'un homme puissant, 
et il dit : «Cest le fruit de la tristesse; lorsque le cœur s'afflige, 
le corps s'affaiblit. Les maladies du cœur, telles que la tristesse 
et la tentation, sont les véritables maladies. Je suis un véritable 
Lazare ; la maladie m'a bien éprouvé. » 

W3Ê 

Le docteur Luther dit qu'étant tombé malade à Smalcade, 
quatre médecins furent autour de lui , ce qui le vexa fort, car il 
n'y avait homme au monde qui eût autant de répugnance pour 
les remèdes que lui. Il y avait trois jours qu'il était malade, et 
les médecins avaient enjoint qu'il mangeât fort peu. La maltresse 
du logis vint le voir et lui demanda ce qu'il avait envie de maa- 



SDR LES MALADIES. 121 

ger , lui promettant de le lui apporter. Il répondit qu*il prendrait 
avec plaisir des pois crus et des harengs grillés; elle lui en servit, 
et il dormit fort bien là-dessus. 

WSÊ 

Le docteur Luther raconta le trait d'un gentilhomme qui était 
malade et qui ne pouvait ni boire, ni manger, ni dormir. Il lui 
prit envie de demander d'un vin rouge qu'il goûtait fort. On lui 
remplit un verre qu'il but ; il le Ut remplir encore, et il dit : 
« Toutes bonnes choses doivent être au nombre de trois », et il 
but un troisième verre. Il s'endormit ensuite. Le médecin lui 
avait défendu de boire du vin, et lorsqu'il vint le lendemain et 
quMl eut examiné l'urine du malade , il dit « : Si vous continuez 
de suivre mes ordonnances avec la même exactitude, vous serez 
bientôt entièrement remis. » 

Quelqu'un se plaignait un jour au docteur Luther d'avoir la 
gale et de ne pouvoir, ni le jour ni la nuit , trouver un moment 
de repos et de contentement. Le docteur lui répondit : « Si je 
pouvais conclure un échange avec vous , vous céder mes tour- 
nements de tète et mes vertiges et prendre votre gale , je vous 
donnerais dix florins de retour. Vous ne savez pas ce que c'est 
que d'avoir ces vertiges de cer?eau. Je ne puis écrire une lettre 
sans être forcé de m'interrompre ; je ne peux lire deux ou trois 
lignes dans le Psautier , penser avec application à quelque chose, 
fixer ma vue sur un objet, sans ressentir de grands bourdonne- 
ments dans les oreilles , et je suis contraint de me laisser tom- 
ber sur un siège. Mais la gale est une chose utile, car elle purifie 
le corps, quoiqu'elle soit fort incommode, et le traitement qu'elle 
exige nous fait beaucoup suer, beaucoup aller à la selle , ce qui 
expulse toutes les humeurs corrompues ; aussi ne serais-je pas 
fôché d'avoir la gale , afin que mon corps se trouvât plus sain. » 

19. 



fis PROPOS DE TABLE »E MAETIN LUTHEE. 

Le docteur t^ulber, sDaffrant (}e4a pierre et d'un rhumaUsme 
aux genoux, dit : «Satan me poursuit et me tourmente en m*iQ- 
fligeant non une seule maladie , mais plusieurs ; il m'en veut 
beaucoup. Mais gloire soit rendue à Dieu qui nous a délivrés de 
la puissance du diable et qui nous a appelés parmi ses enfants! 
Nous étions jadis sous le joug du diable ; Jésus-Christ nous en a 
affranchis. » 

Le 19 novembre 1538 , le soleil et la hme se trouvèrent en 
grande conjonction, Tair devint très-humide et s'infecta de sorte 
qu'il s'ensuivit de grandes maladies , au point qu'à Magdebourg 
350 personnes périrent dans une semaine. Et le docteur Luther 
dit : « Je recounais là la main de Dieu qui nous flagelle. C'est 
ainsi que saint Paul a dit : « Si je viens encore une fois, je n'é- 
pargnerai personne. » Les péchés qui se multiplient tellement 
autour de nous et notre ingratitude ont dû en effet exciter au 
plus haut degré le courroux du Seigneur. » 

mm 

Les enfants étant malades de la variole et la 6Ue d'Antoine 
Lauterbaeh étant au lit et en danger, le docteur Luther dit : 
« Qu'il y a de sanieetd'immondice dans le corps humain! Ah! que 
ce sera beau dans la vie éternelle, lorsque nos corps seront déli- 
vrés de toute infirmité ! Le landgrave était jadis d'une grande 
beauté ; les traces de la variole l'ont tout à fait défiguré. Il faut 
faire grande attention à cette maladie ; elle arrive par la faute 
des parants, lorsqu'ils n'ont pas égard à l'époque et à l'état de leur 
santé lorsqu'ils se rapprochent ; car le père et la mère doivent 
jouir d'une complète santé corporelle. » 

Le docteur Luther souffrant de la pierre, dit : « La pierre est 
une maladie propre aux Allemands , comme la goutte aux An- 
glais. Oh ! que de maux divers sévissent contre notre pauvre 
corps! Le spasme paraît un mal fort léger; je le regarde comme 



gUR LE8 MALAPlfiS. )i3 

UDe sorte d'épilepsie , surtout lorsque son siège est dans le cer- 
veau. Lorsqu'il est dans les pieds , la course et le mouvement 
Texpulsent. La fièvre en Allemagne est un remède ; car les Alle- 
mands se tueraient parleur intempérance, si la fièvre ne surve- 
nait ; elle les purge et les rend plus tempérants, l/éternuementest 
un très-bon effet résultant d*une cause fôcheuse , de Tobstruc* 
tion de la tête. » 



Le docteur Luther souffrant de la dyssenterie et ressentant 
aussi les douleurs de la pierre, dit : « Ah ! bon Dieu ! quel bon- 
heur que d*avoir un corps sain ^t robuste, qui puisse manger, 
boire , dormir et rendre Turine ! Que nous sommes ingrats 
quand nous sommes en possession de ces biens! aussi Dieu a-t-il 
frappé de diverses maladies notre chair pécheresse. » Et il dit une 
autre fois : a Dans une durée de mille ans , Dieu n'a donué à 
aucun évêque autant de biens qu'à moi ; il est permis de se glo- 
rifier des dons de Dieu. J'ai de la colère contre moi-même , 
parce que je ne puis me réjouir de toute mon àme et rendre 
grâce à Dieu. Soit que nous vivions , soit que nous mourions , 
nous sommesàDieu, au génitif singulier et au nominatif pluriel.» 

Il n'y a pas de meilleur remède contre le vertige qu'une pe- 
tite rôtie prise le mâtin. Le beurre est une chose très-saine, et 
je crois vraiment que si les Saxons sont une race d'hommes si 
robustes, c'est qu'ils font grand usage de beurre. Mais nous dé- 
daignons des remèdes aussi à notre portée que le beurre , que 
l'eau de cerfeuil, et nous ne voulons recourir qu'à des substances 
mystérieuses.— Le docteur Jonasdit alors : « Du cumin noir ma- 
céré durant deux nuits dans du vin est un excellent remède 
contre le vertige, et la corne de c.erf mêlée dans du vin chaud 
apaise les plus grands maux de tête. » — Le docteur Gaspard 
Lend répondit : « U corne de cerf le cède à celle de la licorne, 
qui est Im excellent préservatif contre les poisons ; il y a cepen- 
dant des personnes qui nient l'existence de ce dernier animal. » 



2i4 PROPOS DE TABLE DE MARTIN LUTHER. 

Le crapaud est doué de propriétés que rexpérience a démon- 
trées. Si Ton perce trois crapauds et qu'on les laisse sécher au 
soleil, qu*on les applique ensuite sur une tumeur pestilentielle, 
ils attirent à eux tout le venin, et le malade sera guéri* ; car ils 
ont la vertu de faire sortir le venin. Lorsque j'étais malade à 
Smalcade, les médecins me faisaient prendre autant de remèdes 
que si j'eusse été un gros taureau. Malheureux Tbomme qui dé- 
pend de Tassistance des médecins/ Je ne nie pas que la méde- 
cine ne soit un don de Dieu, et je ne rejette pas la science des 
médecins; mais où sont ceux qui sont parfaits? Un bon régime 
produit d'excellents effets. Lorsque je me sens incommodé, si 
j'observe la diète et si je vais me coucher à l'heure de none, je 
puis reposer paisiblement et je me sens bien portant; mais si je 
perds la tranquillité, alors ma vie est menacée d'être abrégée. 

Le S5 juillet 1540, le docteur Luther étant malade, les méde- 
cins lui conseillaient de ne pas prendre un bain, et il dit : « Je 
trouve juste et convenable que les médecins agissent selon leurs 
théories, mais ils ne doivent pas rendre les hommes captifs de 
leurs ordonnances. Avicenne et Galien, vivant à d'autres épo- 

' L'antiquité et le moyen âge ont emprunté aux crapauds toutes sortes 
de remèdes ; tel chapitre de Pline seul en indique une tri'Dtaine, et quel- 
ques-uns sont tellement singuliers , qu'il faudrait avoir recours à la langue 
latine pour les énoncer. Bornons-nous à dire que le crapaud servait A la 
fois A celui qui voulait rendre sa femme fidèle et à celui qui voulait se 
faire aimer de la femme de son voisin. Le duc Frédéric de Saie avait mis 
en crédit, pour arrêter le saignement de nez, le procédé de serrer avec 
force un crapaud entre ses doigts. Il y a soiiante-dix ans, l'application 
d'un crapaud guérissait beaucoup'de cancers au sein ; les journaux de 
1775 Tattesterit: aujourd'hui l'on n'oserait parler d'un pareil remède. Ava- 
ler un crapaud tout vif est un moyen héroïque préconisé, en certaias 
cas, parmi le peuple, et de nos jours l'on a vu plus d'un malade mourir des 
suites d'un semblable remède. Tout le monde sait d'ailleurs quel rOle im- 
portant joue le crapaud en sorcellerie; il a souvent prêté sa laide flgure 
au diable lorsque celui-ci, pour raisons à lui connues, voulut cacher son 
pied fourchu, ses cornes et sa queue. Voir d'ailleurs sur l'histoire légen- 
daire du crapaud un curieux article du docteur Roulin dans la Revue d^s 
DeuJO-MIondesy octobre 1835. 



SUR LES MALADIES. 225 

ques et dans cl*autres pays, ont imposé à d*autres hommes des 
règles différentes ; je ne jurerai point par elles. D*autre part, il 
n*est rien de funeste comme ces médecins ignares qui laissent 
faire aux malades tout ce qu*il leur platt ; ce sont ceux-là qui 
peuplent les cimetières. C'est un grand don de Dieu que de ren- 
cpntrer un médecin instruit et prudent. Ils sont les ministres de 
la nature, et la vie humaine leur est confiée ; mais elle est expo- 
sée à une foule de périls divers, et un moment de négligence 
peut tout perdre. Je crois que le meilleur médecin est celui qu'a- 
niment rhumilité et la crainte de Dieu ; ceux qui agissent sans 
la crainte de Dieu sont des homicides. » 

Le sommeil est une opération de la nature très-utile et très- 
nécessaire à la santé. Je regarde comme une contrariété des plus 
vives d'être réveillé lorsqae Ton est plongé dans le sommeil. Hip- 
polyte écrivit d'Italie que , lorsque l'on veut donner la question 
à des malfaiteurs, on les prive de tout sommeil; c'est une tor- 
ture qu'ils ne peuvent endurer longtemps. 

C'est une grande audace de la part des médecins et un grand 
privilège qu'ils ont de tuer les hommes par des remèdes mal en- 
tendus, et en se faisant payer. Lorsqu'une maladie nous menace, 
je crois que le mouvement et le changement d'air font plus de 
bien que toutes les saignées et purgations. Personne ne doit 
user de remèdes sans demander cependant le conseil d'un mé- 
decin. Voyez ce qui est arrivé à Pierre Lupinus, qui mourut pour 
avoir bu de l'huile destinée à un usage extérieur. Il y eut une 
fois un grand procès par suite d'une dose d'appium donnée par 
mégarde au lieu d'opium. 

Le docteur Luther souffrant extrêmement d'un rhumatisme, au 
point qu'il avait grande peine à marcher, même en s'appuyant 
sur un bftton, dit : ce mon Dieu ! estH^e que je n'ai pas ^assez 



91^ PROPOS DE TABtS DE MARTIll LUTHER. 

vééu ¥ puisque tu en agis ainsi avec moi, permets-moi de Ta— 
dresser la même prière que le prophète Jonas : « Maintenant » 
6 Etemel, ôte->moi, je te prie, mon âme, car la mort m'est raeilr 
leure que la ?ie. » 

A Gobourg, jJallai et je cherchai une place pour ma sépulture ^ 
j^avais Tintentioii d'être enseveli dans le chœur, sous la croix; 
mais j'ai maintenant une autre résolution. Je sais que je n''ai 
pas lopgteqaps à vivre, car ma tête est comme un couteau dont 
Tacier est entièrement usé et se trouve réduit à n'être que du 
fer ; ce fer est émoussé et ne coupe plus ; il en est de même de 
ma tête. J'espère que mon heure n'est pas éloignée. Dieu m'as- 
siste et me console en ce dernier moment ! je désire ne pas vi- 
yre dav^imtag^. 

Le docteur Luther admirait la fragilité du corps humain et 
comment Dieu a formé cette chair d'où il sort tant de fiente, de 
sueur et de puanteur; si l'âme n'avait pas été clouée de bien 
plus d'excellence et de beauté, c'aurait été une bien misérable 
créatare que l'homme. Aussi les Grecs appelaient le corps soma^ 
ce qui revient à sema^ c'est-à-dire sépulcre. 

Le 20 juillet 1530, le docteur Luther souffrant d'un ténesme, 
dit : « Je ne peux refuser à mon derrière l'autorité qu'il pos- 
sède S c^r Dieu exerce ses punitions sur nous, même dans cette 
partie du corps. On voit au chap. v du livre de Samuel, que les 
Philistins, s'étant emparés de l'arche du Seigneur, furent rude- 
ment châtiés par une maladie à leurs parties honteuses. Ils fu- 

' Ce paragraphe, dans TédilioD latine de Francfort, 1571, est intitulé en 
marge : Culi regimen. De sa relraile de la Warlbourg, Luther écrivail uo 
jour à Mélanchlon : Dominus percussH me in posteriore gravi dotore; 
tant dura sunt excremenia ui miilla vi aique ad sudorem eximdere co- 
gar ; et guo diutius difj^rOj magis durescunt; heri, quarto die^ exerevi 
sem$L 



PftOGNOSTICATION Dtl iHÏCtEUll LUTHEA. 917 

rent donc forcés de faire offrande à Dieu de cinq figures de 
fondements en or et de cinq souris en or pour expier leurs 
péchés. Dieu est puissant en toutes les créatures, il mortifie et 
il TiTifle. » 

mm 

PROMOSTICATION DU DOCTEUR LUTHER, TROUvéE DANS UN 
DE SES ÉCRITS, ET TRADUITE PAR LE DOCTEUR JONAS '. 

Dieu étemel I qui résides dans les cieux, que cette conjonc- 
tion est horrible ! Malheur à toi, Wittemberg, ville illustre dans 
le monde entier, chérie et digne d*éIoges ; Dieu t'a fait prêcher 
sa parole divine par moi , homme très-indigne ; et pour le salut 
et la consolation de beaucoup , je t'ai bien des fois annoncé la 
volonté et les ordres du Dieu éternel, te recommandant d'obéir 
à Dieu ; mais rien n'a pu t'amener à la pénitence, ni te faire re- 
noncer aux péchés horribles auxquels tu te livrais, à l'orgueil, 

' liCS pronostieaiions ou prophéties le muUipliaient du temps de Luther. 
Autbeoiique ou non, celle-ci paraît, dans son style apocalyptique, désigner 
les Turcs, et elle n'offre rien qiii doive lâ faire sortir de la foule. L'his- 
toire de la prophétie reste encore à faire, et le chapitre le plus piqusnt 
qu'elle offrira sera celui des prédictions que le hasard a fait réaliser. C'est 
ainsi que dans un de ses écrits d'astronomie et d'astrologie ( édition de 
Cologne, 1567, in-4o, p. io3 et 106) ThéophrasteParacelse, mort en 1541, 
annonce qu'il viendra un temps où les Français se mettront Violem- 
ment en possession des biens ecclésiastiques, où les églises et les cou- 
vents seront changés en écuries et en casernes. Les figures du ciel 
révèlent qu'un homme sortant de France doit fondre sur l'empire Germa- 
nique, le renverser après une lutte sanglante, se faire appeler empereur 
et pretidre l'aigle pour emblème.— Voici Napoléon prédit deux cent cin- 
quante ans d'avance, et toutefois Paraccise n'était certes point sorcier. Un 
rapprochement non moins curieux, c'est celui qu'offre un petit écrit d'un 
certain chevalier du Jant, préposé aux médailles de Monsieur (frère du 
roi) qui, commentant Nostradamus, crut découvrir, en 1673, d'après le 
53n>« sizain du prophète de Salon, en quelle année devait mouHr 
Louis XIV, alors Âgé de 50 ans. Jant annonça que le grand roi vivrait 
soixante-seize ans; il rencontra presque aussi juste qu'un biographe, 
quoiqu'il eût un désavantage assez réel, celui d'anticiper de près d*uo 
, siècle. Louis XIV expira le i«r septembre 1715, et, comme il était né le 
5 septembre 1638, il n'avait pas encore 77 ans accomplis. 



228 PftOPOS DE TABLE DE MAftTIN LUTHEE. 

à rinfldélité, à Tivrognerie, à Fimpudicité, à Tusure, au mépris 
des paavres et des malheureux; tu as continué de vivre sans la 
crainte de Dieu et des ch&timents à venir. Malheur donc, parce 
que» dans fort peu de temps, un peuple indompté, impudique et 
plein de malice, fondra sur toi, s'établira autour de toi et te 
persécutera cruellement; et comme tu as commis avec joie toute 
espèce de fautes, il faut que tu subisses tous ces malheurs, Tigno- 
minie, la perte des biens terrestres et de la vie. Malheur à toi, 
noble maison de Saxe ! 6 Jean Frédéric, noble prince, comment 
apparais-tu parmi ces animaux féroces? Fuis avant que le lion 
furieux te saisisse et te déchire de ses griffes. Ta résis- 
tance est inutile ; tu n'échapperas pas à la vengeance divine, parce 
que tu n*as pas usé du glaive, ne punissant nul péché, et souf- 
frant que dans tous tes états, tes villes, tes ch&teaux et dans ton 
palais même, il n'y eût aucune crainte du Seigneur et aucune 
honnêteté. Le lion te renversera, et tu perdras ta femme, tes en- 
fants, tes honneurs et tes domaines ; tous les tiens t'abandonne- 
ront. Malheur à toi, Allemagne, parce que tu n'as nulle charité 
pour les pauvres et parce que tu méprises la parole de Dieu dont 
la colère tombera sur toi comme la foudre. Jésus-Christ déli- 
vrera sans doute les siens de la fureur du dragon; mais il faut 
que, dans ces horribles erreurs qui se répandent sur le monde, 
les justes souffrent, selon la chair, des peines incroyables, et que 
les impies soient élevés. père céleste! viens au secours de tes 
enfants en de pareilles calamités, et aide-nous à cause de ta 
grâce et de ta miséricorde ! fils des hommes! observez, consi- 
dérez bien ce qui doit arriver ; priez, criez, demandez avec fer* 
veur, hurlez, et craignez la chaudière à deux anses que le 
dragon porte dans sa gueule pour exciter le lion, et où est ca- 
chée l'abomination de l'idolâtrie qui doit inonder l'Allemagne. 
A Dieu seul l'empire dans tous les siècles des siècles. Ainsi 
soit-ii ! 

SE9C 



ÉVÉNEMENTS EXTRAORDINAIRES, PRODIGES, GRIMES. 229 



évéNBMBNTS BXTMAOMDINÂIMBS, »MODI6B9. GMIMB8. 

Le 1" décembre 1538, on écrivit de Nuremberg qtrune femme 
aTait eu quatre enfants d'une seule couche, deux fils et deux 
filles , et que tous étaient pleins de vie. Le docteur Luther dit : 
« Accoucher e^ une opération divine quoique dangereuse ; un 
fœtus ordinaire a des ressources naturelles, mais ces grossesses 
monstrueuses sont un fardeau bien pesant. » 

sot 

En 1538, une femme, qui s'était mariée le jour de saint Vitus, 
accoucha le jour de saint Biaise, c^cst-à-dire , au bout de six 
mois et un jour. Le mari désavoua Tenfant. L*affaire fut portée 
devant les échevins de Magdebourg, qui décidèrent quMl était lé- 
gitime. 

WSÊ 

Un habitant de Nuremberg enleva la femme d'un de ses con- 
citoyens; étant revenu, il voulut corrompre la femme d'un 
diacre ; elle le dénonça au sénat : il fut mis en prison ; alors il 
se donna à Satan afin d'en être secouru. Un autre prisonnier en- 
tendit ce pacte, et il vit apporter à ce malheureux deux lumières 
et deux pierres avec lesquelles il brisa les chaînes dont il était 
lié, mais il y en eut une qu'il ne put rompre. Enfin , sous les 
yeux des gardes et des magistrats, il fut enlevé de leurs mains 
par un coup de vent impétueux et transporté à travers les airs, 
et on ne le revit jamais. Le docteur Luther dit : « Telle est la 
malice du diable, qu'il peut aveugler les hommes au point qu'ils 
ne sont plus en état de voir ni de comprendre. » Il dit alors 
qu'une femme avait, de concert avec ses deux enfants, tué son 
mari dans la Marche de Brandebourg et qu'ils avaient jeté le ca- 
davre dans un étang, après lui avoir attaché une pierre au cou. 
— Il dit ensuite que, près de Magdebourg, un frère et une sœur 
avaient tué leur père dans une forêt. Ce sont des temps bien dé- 
plorables que ceux où les hommes deviennent ainsi impies et 

29 



190 PROMMI M TABLI MC IURUM LUTBBI* 

scélérats ; Dieu veuille nous assister, afin que nous amendions 
notre yie. 

sot 

Le 1 4 juillet 15i3, Vitus Théodore écrivit de Nuremberg quHl 
s*étatt passé une chose horrible à Straulingen. Une veuve fut 
engrossée par un ecclésiastique. Lorsqu'on porta Tenfant pour 
le baptiser, le prêtre voulut savoir quel était le père, et comme on 
ne le lui dit pas, il renvoya Tenfant sans baptême. La mère aus- 
sitôt tua Tenfant et se suicida ensuite. L'ecclésiastique, père de 
Tenfant, se perça lui-même, et le prêtre, dont le refus avait 
occasionné ces malheurs, se pendit de ses propres mains, lors- 
qu'il les apprit. — Le docteur Luther déplorant une telle réunion 
de calamités dit: a Ah ! quels ne peuvent être les effets de Tigno- 
minie pour la perte de T&me et du corps ! Prions et veillons, car 
Satan ne dort pas. Voici ce qui est arrivé dans hi Nouvelle- 
Marche. Une femme lavait son enfant dans un baquet, et, enten- 
dant crier un autre de ses enfants, qui venait de se blesser griè- 
vement avec un couteau, elle courut vers lui, abandonnant le 
petit enfant qu'elle tenait et qui se noya dans le baquet. Le mari, 
étant survenu, pensa que la mère avait voulu faire périr Tenfant, 
et, dès qu'il la vit, il la perça de son poignard. Cest une horri- 
ble histoire, n 

Un voyageur vint à tomber entre les mains de brigands qui- le 
massacrèrent, et au moment d'expirer, il vit en l'air des cor- 
neilles auxquelles il cria : « Je vous prie de venger ma mort. » 
Trois jours après , les brigauds allèrent dans une ville, et une 
troupe nombreuse de corneilles étant venue se poser sur l'au- 
berge où étaient ces scélérats , l'un d'eux dit ironiquement : 
K Voici des corneilles qui veulent tirer vengeance de la mort de 
ce voyageur que nous avons tué l'autre jour. » Un valet de l'au- 
berge ayant entendu ces paroles, les rapporta à son mattre, et 
ces bandits ayant été arrêtés, subirent la peine réservée aux 
homicides *. 

' C'ef t trait pour trait rhistoire du poêle grec Ilycuf, qui vivait cinq à 
lix siècles avant notre ère, et qui, au moment dé périr tous lei coupi de 



ÉYÉNEMBHTS BXTRAOEDlMAlRBft, PRODlfiBS, GaiMES. 231 

Un vaurien ayant été convaincu d^avoir commis un vol, fut 
mis en prison dans la petite ville de Beltzig, et, par Tintepces- 
rion de quelques personnes compatissantes, il fut rel&ché en 
considération de sa grande jeunesse. Il quitta la ville et se mita 
la tète d*nne bande de brigands et commit les plus grands rava- 
ges; il attaqua un jour la ville et il y mit le feu , de sorte que 
beaucoup de maisons brûlèrent. Il finit par être arrêté, et, inter- 
rogé par ses juges, il dit : a Que les coupables étaient ceux qui 
n'avtient pas agi selon les règles de Téqulté à son égard, en 
ne le faisant point pendre comme il Pavait mérité par le vol 
qu'ilayait commis, et qu'ils étaient dignes d'être également pen- 
dus. » Il subit la peine de mort. 

A Iéna,un jeune bomme pauvre s'était marié, et il n'avait pas 
de quoi subsister; un vieillard, qui était veuf, le reçut chez lui, et 
le jeune homme sut que ce vieillard avait amassé de l'argent, 
car en un seul endroit il aperçut plus de soixante florins; il tua 
son hôte qui était sans méfiance, jeta le cadavre dans la cave et. 
s^empara de l'argent; mais il ne put s'enfuir au delà de la pe- 
tite maison qui est située à l'entrée dp pont de la ville. l.a porte 
de la maison du vieillard restant fermée ^ les voisins conçurent 
des soupçons ; on ouvrit, et l'on trouva le cadavre dans la cave. 
Le jeune bomme fut arrêté, et il avoua qu'il n'avait pu aller au 
delà du pont. A cette même époque, le docteur Luther, Philippe 
Mélanchton et d'autres ecclésiastiques se rendirent à léna dans 
le cours d'une visite pastorale, et le jeune homme les pria d'in- 
tercéder pour lui auprès du prfiice. Mais ils lui répondirent que 
son crime était tellement atroce qu'ils ne pouvaient, sans bles- 
ser leur conscience, agir pour l'arracher au ch&timent qu'il 
méritait, mais qu'ils tâcheraient de faire mitiger la peine. — Le 
jeune homme, en entendant cela, resta trois jours entiers plongé 
dans l'abattement et le désespoir, et se refusant à boire et i 



quelques bandits, aperçut au-def tus de loi une volée de grues et s'écria 
que cas oisaïui saraitnt ses vengeurs. 



232 PROPOS DE TABLE DE MAftTUI LUTHER. 

manger. Frédéric Myconius Tinta lui pour le consoler, et, an bout 
de trois jours , le jeune homme le remercia très-vivement de 
son zèle et de ses soins , disant : « seigneur Frédéric , Satan 
me pres^it beaucoup de mettre fin à ma vie en me pendant ; 
mais, soutenu par la parole de Dieu, je me prépare à la mort en 
me résignant au supplice. » Et ce fut en cette foi qu'il subit sa 
peine. Il s'est passé quelque chose de semblable à Wittembeig, 
où un paysan, en ayant tué un autre dans la ville, ne put, après 
avoir commis son crime , s'enfuir au delà du pont. Gela montre 
quelle est la douleur et la blessure de la conscience. 

11 y a quarante ans, dans un village près de Leipsick, un homme 
tua toute une famille, père, mère et enfants, et, ayant pris l'ar- 
gent, il s'enfuit. Ayant été arrêté, il dit qu'il était resté trois 
jours couché sous l'escalier , hésitant s*il commettrait ce crime 
qui lui faisait horreur, et qu'il avait enfin entendu une voix qui 
lui disait tout bas : « Va, va , tue-les» , et que c'était poussé par 
cette voix qu'il avait agi. 

sot 

En 1550, un fils tua , à Kœnigsberg, son père et sa mère ; un 
paysan, sa femme et trois petits enfants; un autre paysan, un de 
ses compagnons, à cause de quatre florins. A Joachimsthal, un frère 
tua son frère, parce qu'il refusait de lui compter une somme 
d'argent. 

Ce sont des horreurs dont Satan est la cause ; il nous faut 
donc veiller et prier. 

WSÊ 

Le 3 juin 1530, on raconta un fait que l'on dit s'être passé au- 
près de Zittau, du temps de la famine. Une femme pieuse et 
croyant à l'Evangile souffrait beaucoup, ainsi que ses deux en- 
fants, du manque de vivres, et n'ayant plus aucune ressource, 
elle résolut d'aller avec ses enfants auprès d'une fontaine, pour 
prier Dieu de venir à son secours. Et, tandis qu'elle était en 
route, un homme vint au-devant d'elle et lui demanda si l'eau 



ÉVÉNEMENTS EXTRAORDINAIRES, PRODIGES, GRUU8. 235 

de cette fontaine pouvait lui tenir lieu de nourriture. La femme 
répondit que tout était possible à Dieu ; il a, durant quarante 
ans, alimenté le peuple d'Israël avec de la manne dans le désert, 
et il peut aussi me nourrir avec cette eau, si tel est son bon 
plaisir. Alors cet homme (c'était peut-être un ange) lui dit : 
« Puisque tu crois fermement, retourne chez toi ; tu y trouve- 
ras trois boisseaux de farine. » Elle revint chez elle avec beau- 
coup de joie, et elle trouva en effet ce qui lui était promis.— Le 
docteur Luther répondit : a Si c'est vrai, c'est un miracle insigne 
de la foi. Si c'est une fable, elle a été pieusement et ingénieu^- 
ment imaginée, afin d'attirer les hommes à la foi. 

KÊ 

Les voleurs sont maudits de Dieu; la bénédiction du Seigneur 
se retire d'eux, même sous le rapport terrestre, et lorsqu'ils se 
croient dans une haute prospérité, ils succombent , ainsi que le 
dit un proverbe grec. 

WSÊ 

■- La peine rendue contre le vol n'est nulle part aussi sévère 
qu'en Allemagne et en Angleterre. En France, un vol considé- 
rable est puni, pour la première fois, par la flagellation ; en cas 
de récidive, par l'amputation de l'oreille ; et si le coupable est 
arrêté une troisième fois, il subit la peine de mort. Le docteur 
Luther dit alors : a Les Lacédémoniens avaient un singulier 
usage : ils permettaient le vol clandestin, pohrvu qu'il ne fût 
pas découvert ; c'était afin que les citoyens apprissent à redou* 
bler de vigilance pour garder leurs biens. » 

Le 20 juillet 1539, le docteur Luther était foil courroucé con- 
tre quelques-uns de ses voisins, qui,, après avoir emprunté chez 
lui divers objets, niaient ensuite les avoir reçus. « Ah ! bon 
Dieu! quelle est cette malice, qu'aucume crainte et qu'aucun re- 
mords n'empêche ? Ce sera un grand malheur pour eux, puis- 
qu'ils doivent faire serment sur leur àme; car le serment est la 

20. 



m MIQPD8 DB T4BLB DE lUBTI» LUTOBB. 

fin de tout différend. S'ils font serment, il vaudrait mieui |M>ur 
eux qu'ils fussent pendus ; car celui qui se parjure perd son àme 
et ses biens. n—Ii envoya ensuite vers celui avec lequel existait le 
différend, pour qu'il fût admonesté de nouveau, afin qu'il ne 
tombât pas dans un semblable péril ; car semblables exemples 
ne doivent se tolérer. 



Aujourd'hui j'ai eu à m'occuper des prévarications d'un bou— 
laof^er <|ui ne donne pas à son pain le poids juste et légal, bien 
que semblables affaires regardent le magistrat et ne me concer- 
nent pas. Si on laissait les boulangers voler tant qu'ils voudraient, 
on verrait de belles choses ! 

Il arriva une circonstance étonnante à Wittemberg, en 1533 ; 
trois voleurs apportèrent à la femme d'un orfèvre une boite en 
or, comme celles où l'on garde le pain consacré; elle leur dit de 
revenir dans une heure, et elle donna avis au magistrat. En re- 
venant, ils trouvèrent le magistrat, et, saisissant leurs armes, ils 
blessèrent un sergent et prirent la fuite ; un d'eux fut tué, un 
autre se sauva ; le troisième, poursuivi sur le pont et ne pouvant 
s'enfuir, blessa un soldat, et, se dépouillant, il se jeta dans 
FElbe, où il périt. — Le docteur Jonas ajouta que l'on assurait 
que, tandis qu'il se débattait dans l'eau, on l'avait entendu im- 
plorer l'assistance de Dieu , mais inutilement ; car c'était un 
insigne garnement et presque un parricide , il avait coupé deux 
doigts à son père. Le même jour, le gouverneur avait envoyé de- 
mander à ce père des renseignements sur le compte de son fils, 
et la réponse avait été : « Je voudrais que mon fils se noyât au- 
jourd'hui dans l'Elbe » ; ce qui arriva en effet, la voix de la co- 
lère divine s'étant fait entendre par la bouche du père.-?-. Le 
docteur Luther dit qu'il avait lu en saint Augustin que, lorsque 
des mères souhaitaient du mal à leurs enfants, ces malédictions 
avaient un effet funeste. 

m 



ÉVÉNEVBIITS SXTRAÛBDlMAiaES, PROOIGEë, GRIMES. 135 

llA liamiDe ypla un calice dans une église près de Torgau,et il 
a?oua ensuite à un ministre qu'il était tourmenté par ses ré- 
méré, et qu'il rendrait ce qu'il avait soustrait si on lui donnait 
dU florins pour l'assister, car il était dans une extrême dé- 
tresse. Le ministre consulta le docteur Lutber , qui répondit 
qu'il fiaUait donner les dix florins et réprimander très-sévèr&r 
men( le vpleur. Il ne renonça pas à ses habitudes coupables, et 
il fut plus tard arrêté et puni. 



Un courtisan de l'électeur Jean apporta quarante- florins au 
docteur Luther, comme une restitution à laquelle il se croyai 
tenu en conscience, et qu'il désirait que l'on fit sans le nommer. 
Le prince se mit à rire ; il dit qu'il voudrait bien connaître cette 
personne pour lui conférer une place plus importante, et il 
donna cet argent au docteur Lutber pour l'aider dans sa traduc- 
tion de la Bible; le docteur ledistribua à des collaborateurs pau* 
vres f qui l'aidaient dans ses travaux. 

Dans la basse Allemagne, il apparut un monstre qui avait la 
taille d'un homme et la figure d'un chien ; il flairait les gens qui 
devaient mourir, et d'autres que ceux qu'il flairait le virent. Ces 
personnes destinées à la mort recoururent, dans leur supersti- 
tion, à des messes. Le docteur Luther apprenant cela, dit : 
« Seigneur Dieu, fais-nous miséricorde et conserve-nous ta pa- 
role ; car, lorsqu'elle se perd, nous croyons et nous adorons 
tout; il n'est rien de si absurde qui ne trouve alors des adora- 
teurs, ainsi que Priape en rencontra chez les Romains. » 

Un enfant étant né en Prusse, un génie ou un esprit de ténèbres 
(car nous ne savons pas ce qui en est) vint séjourner auprès de 
lui, et en prit tant de soin, que l'enfant n'eut besoin ni de sa 
mërei ni d'aucune servante. Quand il grandit, Tesprit continua 



236 PR0M6 DE TABLE DE MARTIN LUTHER. 

d*igir de même. Il Tinta les écoles a?eclni» mais, ni celai auquel 
ils*éUit attaché, ni personne au monde, ne Taperçut jamais. Le 
jeune homme étant parti pour Tltalie, Tesprit raccompagna, et, 
toutes les fois que quelque danger ou quelque obstacle était sur 
son chemin, iiren avertissait en le touchant ou en faisant quelque 
bruit; il lui tirait ses bottes, comme aurait fait un yalet, et à 
son retour, il ne le quitta point. Le jeune homme obtint un ca- 
nonicat, et, un jour qu*il était à table avec quelques amis, se li- 
vrant à la gaieté. Ton entendit soudain frapper un coup violent 
sur la table, et tous les assistants furent saisis de frayeur. Le 
chanoine dit aussitôt : «t Ne craignez rien ; c'est moi qu'on grand 
malheur menace. » Le lendemain, il fut attaqué d'une fièvre 
violente , et après en avoir souffert durant trois jours, il mourut 
misérablement. 

Le comte Jean Henri de Scbvirarzburg raconta qu'une fois l'on 
apporta à un pape, à Rome, un homme marin qui avait jusqu*au 
milieu du corps la forme d'un homme. Gomme il était en danger 
de mourir, le pape le fit derechef jeter dans la mer en disant : 
« Bon Dieu ! que tu es admirable dans les créatures qui sont sur 
la terre ! «—Alors le monstre prit la parole et il dit : «c Bien plus 
admirable dans les eaux. » Le docteur Martin dit : « Ce monstre 
était un diable, car le diable habite dans les eaux et dans les 
grandes forêts. Beaucoup de gens ont vu des monstres marins 
et c'était très-certainement des diables. » 

Là-dessus , le noble seigneur de Yolrat , comte et seigneur de 
Mansfeld, dit qu'en Dannemarck , des pêcheurs, en jetant leurs 
filets dans la mer, avaient pris deux gros monstres marins ; l'un 
s'était sauvé en brisant les filets , mais l'autre avait été capturé 
et conduit à terre, où il était bientôt mort, et le roi de Danne- 
marck en fit faire le portrait, que le comte avait vu et qui n'était 
rien autre chose que celui d'un moine ayant une aumusse et un 
capuce. Le comte ajouta que le seigneur d'Hulten avait écrit, 
des lies d'Or, à son père, le comte Albert, qu'ils avaient pris un 
monstre marin qui était comme un évoque, ayant une mitre, 
un camail et tous les ornements épiscopaux ^ 

< La figure de pareils prélats, dont le diocèse s'étend sous les flots 



ÉVÉNEMENTS EXTRAORDINAIRES, PRODIGES, CRIMES. 257 

On raconta au docteur Luther qu'une jeune fille avait été dans 
une forêt pour garder des yaches, et qu'une grande quantité de 
neige étant tombée, on Tavait crue perdue, mais qu'au bout de 
trois jours on Tayait trouvée sous un arbre, et tout autour d'elle 
était un grand cercle où il n'était point tombé de neige. Quand on 
l'interrogea, elle répondit : a Je suis ici à attendre mes vaches », 
comme si elle n'y était que depuis une heure. C'est Dieu qui la 
préserva. 

Dieu emploie divers moyens pour appeler le monde à la péni- 
tence ; il fait usage de la parole de ses ministres, et parfois de 
divers prodiges et spectacles effrayants, afin d'intimider les cœurs 
endurcis. Le samedi 16 septembre 1536, entre six et sept heures, 
on entendit de violents coups de tonnerre qui avaient été précé- 
dés d'éclairs, et, durant les huit jours, il avait fait un froid très- 
vif; les mathématiciens disent que c'est un signe d'une extrême 
sécheresse dans l'air. Le docteur Luther entendant ces coups de 
tonnerre de chez lui, dit au docteur Pomeranus : « Cest une chose 
merveilleuse , puisque nous sommes si près du cercle arctique; 
cela ne se voit qu'en Asie, en Afrique et sous la zone torride: 
c'est clairement l'œuvre de Satan. Je crois que des diables ont 
voulu entamer quelque controverse, mais un ange a déchiré leurs 
propositions. Mais le monde ne fait nulle attention à semblables 
prodiges. Une pareille merveille attira l'attention dcMélanchtou 
lorsque François de Sickingen était au moment de mourir. 
Adolphe Melers se rendant , durant la nuit, à Torgau avec un 
paysan , aperçut dans le ciel une grande étoile ; autour d'elle 
résonnait le bruit des trompettes, et des troupes de gens armés se 
battaient. L'électeur Jean vit en 1516 , à Erfurth, une grande 

amers, orne bon nombre d'ouvrages du seizième siècle ; nous la rencon- 
trons nolammenl dans le curieux Recueil de Descerpz de la diversité des 
habits ; elle y est accompagnée de quatre soi-disant vers , que nous 
transcrirons ici en dépit des longueurs qu'on y trouvera sans doute : 
« La terre n'a evesque seulement 
Qui sont par bule en grand honneur et ttUre ; 
L'evesque croist en mer semblablement 
Ne parlant point, combien qu'il porte mitre. » 



W fROfOS OS TARLR PS mWfW I-UTBISR. 

étpiie de couleiur rouge qui se changea suceessivemeni eB un 
cierge, en uoe croix, en une étoile de couleur de safran, et qui 
prit enfin la forme d'une étoile ordinaire. Cétait Tannée qui 
précédait la prédication de TEvangile, et c'était un signe que 
cette prédication deviendrait éclatante , serait poursuivie par la 
persécution, souillée un moment par des séditions et par des 
sectes, et qu'elle resterait enfin comme une étoile Q%e. Mais je 
n'attribue aucune certitude à pareils signes; la plupart sont des 
tromperies de Satan : ce qu'il y a de sûr, c'est que depuis quel- 
ques années ils se sont multipliés, et que les épicuriens les paé- 
prisent. » 

mm 

Le ai optobre 1633, on vit, durant la nuit , une multitude de 
dragons qui volaient dans l'air et qui se montraient dans tous 
les coins du ciel; ils étaient en quantité innombrable, et dès que 
les uns disparaissaient , d'autres se montraient : on les aperçut 
de Wittemberg jusqu'à Halle, et ils étaient si peu élevés au-des- 
sus de terre qu'ils paraissaient toucher le toit des maisons et les 
arlf-5. 

Le 20 juin 1536, ou vit dans le ciel, durant la nuit, ^u cercle 
fprmô d'étoiles, et au milieu était une étoile d'un très-grand 
éclat ; elle disparut ensuite, et le cercle subsista encore quelque 
tepips. fjQ docteur Luther dit : « C'est peut-être une illusion dont 
le diable se sert pour se jouer des hommes. » — On dit que l'on 
avait vu le soleil enduré d'un cercle et surmonté d'une croix 
d'or, et que Ferdinand, se rendant de BohèmeenA^utricbe, avait 
été inondé d'une pluie de sang. Le docteur Luthjsr dit : a Dieu 
envoie beaucoup de prodiges, mais les hommes les méprisent, et 
persistent dans leur sécurité. De là s^ensuivent de grandes cala- 
mités.» 

m 

En 1539, on aperçut durant deux jours une comète dans le 
signe du Lion, he docteur Luther dit : a Une telle multiplicité de 
merveilles nous ansmioe bien 1^ colère de Dieu. Ils nous invitent 



ÉVéNEMBMTS BXTBAOKBIIIAIRKS, PReDltfSS, CRIMES. Ht 

à la pénitence , mais .hélas! l'on ne voit dans le inonde nul 
amendement. 11 faut que Dieu vienne châtier sévèrement le 
monde, et peut-être tout cela indique-tp-ii que le dernier Jour 
où chaque chose sera ' close, n'est pas loin. » — La queue de 
celte comète n'était pas fort longue, et elle se dirigeait vers le 
midi. 

W8Ê 

En i5i6, le dimanche après la Noël, il y eut, dans la nuit, un 
violent orage accompagné de tonnerre et de coups de vent ; 
beaucoup de tours, d'édifices, de clochers, d'arbres furent ren- 
versés. Un paysan, qui revenait d'un village près de Torgau, aper- 
çut, durant cette même nuit, deux hommes dans le ciel, dont 
l'un s'écriait : « O malheureuse Allemagne I ô malheureuse Saxe! 
malheureux peuple chrétien ! » Et l'autre répondait : « Faites 
pénitence ! faites pénitence ! » 

9g3C 

Il s'est commis cette année, en 1580, un forfait horrible eii 
Silésie, dans le village de Kutîendorff : une femme j durant l'ab- 
sence de son mari, a tué ses trois enfants ; elle a étranglé l'atné 
qui avait quatre ans, étouffé le second figé de trois ans, et elle à 
égorgé le plus Jeune figé de trois mois ; elle s'est ensuite tuée. 
Si nous n'étions des épicuriens, pareil crime devrait nous glacer 
d'effroi ; mais telle est la malice du monde et du siècle, qu'au- 
cune exhortation, aucun signe ne peut l'amender. 



Une femme déguisée en homme a successivement abusé de 
deux femmes par un stratagème infâme *. C'a été une abomina- 
tion satanique. Elle a été brûlée à Heidelberg. 

Du temps que j'étais jeune et non loin de ma patrie, il y eut un 
gentilhomme de très-bonne famille et très-digne d'estime, qui 

* Fieto membro. 



i40 PROPOd DE TABLE &B MARTIN LUTHER. 

surprit sa femme en adultère; il fit périr le galant de faim, le fai- 
sant attacher dans un cachot, et chaque Jour il lui faisait apporter 
et mettre non loin de lui de la viande bien préparée et fumante 
à laquelle le malheureux ne pouvait toucher, mais dont Taspect 
et rôdeur augmentaient ses souffrances. Il vécut ainsi onze jours 
et alors il eipira. Ce gentilhomme agit avec justice, mais avec 
cruauté. La justice ne défend pas de faire périr Tadultère qu^on 
surprend, et ceci nous montre que des peines atroces punissent 
de grands crimes. Je pourrais les nommer tous deux, mais je 
veux passer leurs noms sous silence. 

£n 1505, il y avait un évèque de Trêves qui, dans les diètes, 
répondait aux Français en français, aux Italiens en italien, aux 
Allemands, aux Espagnols, aux Polonais, dans leurs langues 
respectives. Il était très-instruit, mais il était fort débauché, et 
il courait sans cesse après les femmes. Il fut enfin surpris 
chez une dame qu*il courtisait et dont le mari le tua. 

Vers la même époque, il y avait à Heidelberg un évèque sous 
lequel vécut Rodolphe Agricola, et en entrant un jour dans un 
lieu de débauche où on lui avait tendu un piège, il tomba dans 
une cave qu*on avait laissée ouverte ; dans cette chute il se 
brisa la tète et il mourut sur le coup. 

Le docteur Luther parla d'un maître es arts d'Erfurth, homme 
instruit et de bonne vie, qui fut ensuite élevé à la prêtrise et qui 
tomba en adultère avec la femme d'un maçon, et qui, un jour, 
fut surpris par le mari en flagrant délit et mis à mort. Il dit 
ensuite : « J'ai reçu de Dieu cinq enfants qui me sont bien chers, 
mais quand je pense combien le monde devient pervers et com- 
bien il est facile à la Jeunesse, entourée de tant de dangers, de 
se laisser corrompre par des vauriens, alors Je souhaiterais que 
tous mes enfants fussent morts, car il n'est aucun espoir que le 
monde s*amende. » 



bu SUICIDE. i4i 

DU SUICIDE. 

Le docteur Frédéric Mycon ayant consulté le docteur Luther 
au sujet de la sépulture donnée à une femme qui s*était 6té la 
vie*, celui-ci lui répondit : « Je ne récris pas longuement, parce 
que ma mauvaise santé ne me le permet pas. J*ai connu bien des 
cas semblables à celui dont tu m^entretiens, mais j'ai coutume, 
en pareille circonstance, de juger que ces gens ont été tués par 
le diable lui-même, comme un voyageur est tué par un voleur. 
Le magistrat fait cependant sagement d'user de sévérité, afin de 
répandre là terreur et de donner avis au monde, qui est porté à 
se livrer à Tépicuréisme et à regarder le diable comme roi. Je 
t'écrirai une autre fois plus en détail au sujet de ces exemples 
et de ces jugements de Dieu. Je me souviens d'avoir lu dans 
l'histoire profane que, dans une certaine ville, les jeunes filles, 
comme si elles avaient fait un accord, se pendaient les unes 
après les autres. Les magistrats, épouvantés, n'avaient pu s'avi- 
ser d'aucun remède ; l'un d'eux conseilla d'attacher par un pied 
à un cheval, dans une position indécente *, les cadavres nus de 
celles qui se suicideraient à l'avenir, et de les faire traîner par 
les places. Ce spectacle effraya toutes celles qui auraient été 
tentées d'en faire autant, et cette horrible inspiration de Satan 
cessa. Mais je te dis là ce que tu sais sans doute. Prie pour moi 
le Seigneur, et qu'il te conserve en santé. » 

Au sujet de la mort de Jean Krum de Halle, le docteur Luther 
porta la décision suivante : « Je ne suis pas d'avis de regarder 
comme irrévocablement condamnés ceux qui se tuent eux-mêmes, 
et cela par la raison qu'ils ne le font pas de propos délibéré, 
mais qu'ils succombent à la puissance du diable, comme quel- 
qu'un qui, en traversant une forêt, serait assailli par des brigands. 
Mais il ne faut pas dire ces choses-là au vulgaire, pour ne pas 
donner à Satan occasion de commettre des meurtres, et je main- 

' ConfuUcr un savant et curieux travail de H. Félix Bourqueiol sur lea 
opinions et la législation en matière de mort volontaire pendant le mojen 
Age, Bibliothèque de V Ecole des chartes^ t. III, p. 539 ; t. IV, p. 943. 

' Aperiis obsccenis, 

31 



94t PROPOS DE TABLE DB MARTIN LUTHER. 

tiens qu'il est bon, sous le rapport de Tadministration civile, 
que ceux qui se sont suicidés soient enterrés à part. (Test ainsi 
que les magistrats doivent user de sévérité ; quant au jugement 
de rftme, il faiit le laisser à Dieu. Il permet pareils événements 
afin de montrer que le diable est puissant et redoutable, et poar 
nous exciter à la prière ; s'il ne se passait rien de propre à noua 
effrayer, nous ne prierions pas. » 

W8Ê 

DB LA OUBmiB BT DB DITBBS QàtSÈnkVS, 

On raconta qu'un gentilhomme, Amman Ziegler, était mort âaas 
le désespoir et qu'il avait dit durant son agonie : « Tiens, diidile, 
prends |)osset»ion de mon ftme. » Le docteur Luther dit : c Ge 
sont d'horribles exemples, mais il y en a d'antérieurs. Un gêné* 
rai vénitien assiégeait une ville, et, mourant durant le siège avaat 
la victoire, il blasphéma contre la sainte Vierge, mère de Dieu. Un 
autre Italien dit en mourant : « Je lègue au monde mes biens, 
« aux vers mon corps, à Satan mon ftme. » Les blasphèmes des 
Italiens sont affreux. » 

9m 

La nouvelle se Répandit qu'André Dorla ayant été investi par 
lé§ Turcs, après avoir été en proie aux horreurs de la famine, 
avait fait, avec quelques soldats, une trouée à travers l'armée 
ennemie, et qu'il s'était sauvé en Italie ; là, ayant réuni de nou- 
velles forces, il était revenu attaquer les Turcs derechef. Le 
docteur Luther dit : « C'est un bien haut fait d'armes que de per- 
cer ainsi l'armée ennemie. On dit que Jules-César en fit autant. 
J'aimerais mieux une armée de cerfs conduite par un lion qu'une 
armée de lions commandée par un cerf; la décision du général a 
les plus grandes conséquences. » 

Conrad de Hose, secrétaire de Maximilien, homme d'un cou- 
rage héroïque, éUnt en voyage, s'arrèU chez on h^te qui était 



DE LA GUERRE ET DE DIVERS GÉNÉRAUt. Î43 

un voleur ; il y reçut un bon accueil et il vit une jeune flUe qui 
pleurait ; il la questionna en secret, et elle lui dit qu'elle était 
forcée de résider parmi des brigands, et que Thôte, dans la nuit, 
donnerait un signal qui ferait venir des paysans des environs, 
instruits qu'en pareil cas il y avait des voyageurs à égorger et à 
dépouiller. Conrad se tint sur ses gardes et passa la nuit tout 
armé ; quand les paysans vinrent, il les attaqua avec Taide de 
ses serviteurs, il en tua plusieurs et il emmena rh6te bien gar- 
rotté. 

SOC 

La guerre est la plus grande des calamités, et la sédition est 
ce qui peut arriver de plus funeste à une ville. En 1536, George 
Spalatia écrivit qu'il y avait eu de grands désordres à Cologne, 
ville supérieure en étendue à Florence, à Rome, à Augsbourg et 
à Nuremberg. Les habitants s'étaient soulevés, avaient attaqué 
la cathédrale, mis en fuite les concubines des ecclésiastiques, 
maltraité plus de deux cents moines et religieuses, et pillé les re- 
liques des saints. — Le docteur Luther ayant entendu la lecture 
de cette lettre, dit avec effroi : « Ah ! ces violences scandaleuses 
06 sont pas un bon signe ; elles ariètent les progrès de TÉvan* 
gile ; elles redoublent la colère des tyrans. Daniel et saint Paul 
ont dit que l^antecbrist devait être frappé de Tarme de la parole 
et renversé par le souffle des lèvres. Cest par ses propres ar- 
mes et son propre glaive que le pape dojt être mis à mort ; le 
royi^ume du pape n'a pas besoin qu'on emploie la force et la vio- 
lence pour le détruire, puisqu'il repose sur le mensonge. C'est la 
parole de vérité qui doit détruire le règne de la superstition ; je 
déteste ceux qui nuisent par leur violence aux progrès de la 
vraie doctrine. Ils désobéissent à Dieu, qui enjoint de prêcher 
et d'attendre Vout secours de lui; ils n'écoutent pas \sl parole et 
ils se livrent au scandale, t^indis que nous devons recommander 
la paix iiécessaire à l'édiftcation de TégUse. » 

Lorsque le docteur Luther parlait des places fortes qu'il avait 
vues, il mettait au-dessus de toutes les autres la ville de Bruns- 



244 PROPOS DE TÀBL£ D£ MARTI?! LUTHER. 

wick, comme étant très-^iiiBcile à prendre. «Cependant, dit-il, 
toute forte qu'elle est, un àne chargé d'or trouverait encore 
moyen de s'y introduire. » Il donnait ainsi à entendre qu^elle 
pourrait être prise par trahison. L'on dit que le roi de France dé- 
pense autant d*argent pour soudoyer des traîtres que pour lever 
et entretenir ses armées, et qu'il a dû beaucoup de ses succès à 
la trahison. Il y a quelques années, lorsqu'il était en guerre avec 
le pape Jules et avec les Vénitiens, il mit en déroute, avec quatre 
mille hommes, les troupes du pape composées de vingt mille 
hommes ; ce qui fut l'effet de la trahison. 

KC 

L'empereur Maximilien a battu avec peu de forces les Véni- 
tiens, nation très-fière et superbe. L'empereur n'avaitquequatre 
mille hommes, et le général en chef, Barthélémy de Schabatto, 
marcha contre lui à la tête d'une nombreuseet puissante armée, 
et, Maiiimilien ayant pris la fuite, il le poursuivit jusque dans une 
vallée. Les Impériaux étant investis de tout côté et se trouvant 
sans issue, le fler Vénitien dit : « Je battrai les Allemands, que 
Dieu le veuille ou non. » Et il envoya des messagers à Padoue 
et à tous les lieux voisins, afin que tous vinssent voir quel car- 
nage il allait faire des bêtes d'Allemagne, et hommes et femmes 
accoururent, revêtus de leurs plus riches habits. Voyez quel 
stratagème et quel expédient Dieu employa ; tandis que les Im- 
périaux étaient réduits au désespoir et hors d'état de s'enfuir 
de la vallée, il permit qu*un chariot chargé de poudre se brisÀt ; 
la poudre se répandit par terre et sur le terrain où les Vénitiens 
avançaient; elle prit feu, il y eut une grande explosion, et les 
Vénitiens reculèrent dans un désordre extrême. Alors les Alle- 
mands se précipitèrent sur eux, les massacrèrent tous et prirent 
les riches bourgeois et les belles dames qui étaient venus croyant 
assister à une victoire assurée. G*est ainsi que Dieu accorde la 
victoire et le succès. Pensez à Annibal, le plus célèbre et le plus 
entreprenant des capitaines, lui qui déconfit si bien les Romains, 
les chassa de l'Afrique, de la Sicile, de r£spagne, de la France, 
et qui parcourut en maître toute l'Italie. Je crois qu'il n'a guère 



D£ LÀ GUERRE ET DE DIVERS GÉNÉRAUX. 245 

existé d^bomme plus remarquable. S*il avait eu un bon historien 
qui lui eût consacré sa plume, nous connaîtrions de lui de bien 
beaux exploits. 

Le dimanche après la fête de sainte Marguerite, on voulu tfaire 
une levée de gens de guerre, sous prétexte de les envoyer re« 
trouver le margrave à Ratisbonne, pour de là marcher contre les 
Turcs, mais on soupçonnait fort que c*était pour servir contre ' 
rélecteur de Saxe. Aussi beaucoup de gens ne voulurent pas se 
laisser inscrire et se retirèrent. Un d'eux vint trouver le docteur 
Luther et lui demanda ce qu'il avait à faire, et le docteur Luther 
lui répondit : «t Vous êtes des gens de guerre soldés, et si vous 
combattez contre les Turcs, faites de votre mieux, et comportez- 
vous vaillamment; mais si Ton veut vous faire combattre contre 
la parole de Dieu, alors arrêtez- vous, car vous ne devez agir en 
rien contre votre conscience. » 

909 

Les armes à feu sont des instruments cruels et condamnables, 
ainsi que le canon; il jette à bas les murailles, il fait voler les 
gens en Tair. Je crois que c'est Tœuvre du diableen enfer, et que 
c'est lui qui Ta inventé. Ck>ntre les balles, il n'est vaillance ni 
courage qui serve ; l'on est mort sans avoir rien vu. Si Adam 
avait vu les instruments que fabriquent ses enfants, il serait mort 
de chagrin. 

Maximilien et le roi de France, Louis, avaient ensemble fait 
un traité auquel ils désirèrent que le pape accédât. Et lorsqu'ils 
eurent conclu leurs conventions et que, pour les ratifier plus so- 
lennellement, ils se furent partagé entre eux trois une hostie 
consacrée, chacun en prenant sa part, le pape rompit l'alliance 
et se ligua avec les Vénitiens. Lorsque l'empereur l'apprit, il dit. 
« Nous sommes trois qui prétendons être les chefs de la chr6- 
tienté, et nous sommes les plus grands scélérats, sans foi ni loi, 
qu*il y ait sous le soleil ; non-seulement nous nous manquons ré- 
ciproquement de parole, mais encore nous voulons tromper Dieu.» 

31. 



%é6t fhqfo^ m tabi^b w martim luther. 

^e pape fut baUu k Eaveniie par les Français le jour de P&ques, 
et, découragé, abattu, il envoya en secret le cardinal Matthias 
Lange, qui était alors évéque de Salzboui^, vers Fempereur, et 
ils s'allièrent derechef contre les Français. Les Suisses enlevè- 
rent aussi Milan aux Français. Il a été répandu bien du sang 
pour décider à qui passerait Milan , cette belle fiancée dont la 
dot est de plus d'un million de florins de revenu par an ; c'e^t 
une ville fort riche et la clef de Tltalie ; le roi de France offrit à 
Tempereur Charles, sMl voulait lui en laisser la possession, de lui 
payer un tribut annuel ; Tempereur consentait seulement à ce 
que Milan fût cédé au second fils du roi de France, et pour la 
durée de sa vie uniquement. La guerre s'ensuivit. Lorsque les 
Français et les Allemands furent en présence , les premiers fu- 
rent battus ; car TAHemagne fournit les meilleurs et les plus 
braves soldats ; ils se contentent de leur solde et protègent le 
peuple ; ils ne sont pas comme les Espagnols qui veulent être 
maîtres au logis, avoir les clefs de tout, qui fouillent dans tous 
les coffres et qui abusent des femmes et des filles. Aussi Antoine 
de Lève, Tun des plus grands généraux de Tempereur et qui était 
né en Espagne , lui conseillait bien , au moment de mourir, de 
ne rien négliger pour s^attacher ses soldats allemands et pour 
copserver leur amour et leur dévouement. 

SOI 

Les papistes.ne déposeront pas les armes qu'ils tournent con- 
tre la pauvre Allemagne. Je ne crois pas que nos descendants 
soient en paix. Que Dieu détourne sa colère de dessus nous, car 
la guerre est un des plus grands fléaux ; elle ébranle et détruit 
la religion: elle bouleverse les États et les familles. Il n'est rien 
qui ne lui soit préférable. La famine et la peste ne peuvent lui être 
comparées ; la peste est le moindre et le plus tolérable de ces 
fléaux. Aussi David, ayant le choix des trois, choisit-il la peste ; 
il aima mieux tomber dans les mains de Dieu que dans celles de 
l'homme ; on y trouve plus de miséricorde. 

K8 



DE LA 6UERRE BT BE DIVERS GÉNÉRAUX. 247 

Lt guerre est comme un hameçon doré ; si Ton veut pécher 
avec, on n'y gagne pas grand' chose. Et le landgrave , qui est 
un bon guerrier, me dit un jour en parlant comme un prince et 
comme un chrétien : « J'ai deux fois fait la guerre; je ne veux 
plus Tentreprendre. De notre côté , nous nous tiendrons en re- 
pos; si nous sommes attaqués, alors nous nous défendrons en 
invoquant l'assistance de Bien. » «Ces paroles de ce bon prince 
furent pour moi une grande consolation , dit le docteur Luther.» 

L'an 1539, comme les princes étaient réunis à Francfort à la 
diète, le docteur Luther dit : « Il n'y a nulle paix à espérer tant 
que les'papistes seront si arrogants et irrités ; ils nous sont bieq 
supérieurs en puissance , en richesse et en force ; mais il n'est 
pas bon de combattre contre Dieu , car il est le maître de rér 
pandre la terreur dans de grandes armées et de les faire battre 
par un petit nombre d'hommes , ainsi que l'Écriture sainte en 
ofl^e de nombreux exemples. Ah ! si nous n'étions pas aussi cor- 
rompus que nous le sommes! Grâce à Dieu, notre cause est 
juste et sainte , mais malheureusement nous sommes ingrats et 
pervertis. Aussi Dieu viendra-t^il et punira-t-il les ]K>ns avec les 
méchants. 

lœ 

Jules César a assisté à cinquante-deux batailles, et onze cent 
mille hommes ont péri dans ces mêmes batailles. 

On demanda au docteur Luther quelle différence il y avait 
entre Samson qui avait été si fort , et Jules César, ou tout autre 
homme célèbre qui aurait eu égale vigueur de corps et d'esprit. 
Il répondit : « La force de Samson était un effet dePEspril-Saint 
qui l'animait, car il fait accomplir de grandes choses à ceux qui 
servent Dieu avec obéissance. La force et la grandeur d'âme des 
païens étaient aussi une inspiration et une œuvre de Dieu, mais 
non pas de celles qui sanctifient. Je pense souvent avec surprise 



248 PROPOS DE TABLE DE MAaTllI LUTHER. 

Il Texemple de Samson. Une force humaine n'aurait jamais pa 
accomplir ce qu*il a fait. » 

NI 

Le 11 avrii 1542» Jean Matthesius, maintenant ministre à 
Joachimsthal, donna un dtner dans la maison de Gaspard Crenzi- 
ger, et tous les professeurs de théologie et autres professeurs de 
runiversité y assistèrent, et, lorsqu'on était à table, mattre 
Philippe Mélanchton dit : a II fait aujourd'hui bien mauyais 
temps et Tair est bien froid et humide. » Le docteur Luther ré- 
pondit : « Oui , car c'est le jour de la séparation de l'hiver et de 
l'été. » Philippe Mélanchton dit : a C'est un triste temps pour 
les pauvres soldats qui couchent sur la terre. » Le docteur Lu- 
ther répondit : a On n'y peut rien ; pourquoi les princes jouent- 
ils à ce jeu-là ? » Philippe Mélanchton : c On dit que chaque 
prince a des forces considérables avec lui. » ^ Le docteur Luther : 
c II ne s'agit pas tant d'avoir beaucoup de soldats et un grand 
appareil de guerre qu'une bonne et juste cause à défendre. Les 
païens eux-mêmes l'ont dit : 

Fraogitet atiolKt viref io milite causa, 
Que niai iuaia aubeat, excuiil armt podor. 

Le motif de la guerre donne du cœur et de la vaillance à un 
soldat ou bien lui brise le courage ; si la cause pour laquelle il 
se bat n'est pas juste, il en a honte et il manque d'énergie,» 

K» 

Bernard de Milo envoya au docteur Luther une grande pan- 
carte où il y avait une figure mystérieuse destinée à préserver de 
toute blessure celui qui en était porteur. Le docteur dit : a Cette 
superstition est répandue chez les Turcs, les Tartares et les 
idolâtres, et elle parvient enfin parmi les chrétiens, » 



DE LA GUERRE ET DE DIVERS GÉNIÎRAUX. 249 

L*empereur Maximilien montrait une grande superstition dans 
ses campagnes ^ Dans les périls il vouait à Dieu et il égorgeait 
le premier être vivant qui s*olfrait à lui. — Le docteur Luther 
raconta ensuite Thistoire d'un Tartare qui fut contraint de tuer 
une jeune fille fort belle qui était tombée en son pouvoir et 
pour laquelle il avait une vive passion. « Nous autres chrétiens, 
nous avons en combattant un grand privilège, celui de la foi dans 
la prière ; tandis que les impies sont complètement étrangers à 
l'oraison et à la foi. Jephté fit un vœu superstitieux et insensé, et 
il lui fallut, après sa victoire, tuer sa flile. SMl s*était trouvé en 
ce temps-là quelque homme pieux « il aurait recommandé à 
Jephté'de ne point commettre ce meurtre.» Maître Yitus demanda 
alors pourquoi la fille de Jephté avait demandé deux mois pour 
pleurer sa virginité. Le docteur Luther répondit : a c'est qu'elle 
mourait sans postérité , ce qui passait, parmi les Juifs , comme 
la plus grande des calamités, ainsi que nous le montre l'exemple 
d'Anna , la mère de Samuel. La stérilité* est une chose qui en^ 
gendre la haine, surtout entre des époux vertueux.» 

* L'empereur Maximilien manifesta, nir le déclin de m vie, des idées 
bizarres ; il reste de lui une lettre fort singulière écrite à sa fille Hargue* 
rite ; devenu veuf, il manifesta le projet d'abdiquer en ftiveur de Charles, 
son pelit-flls, de se faire nommer pape, et d'être canonisé plus tard. 
Cette dépêche, écrite en très-mauvais (français, mérite que nous en rap- 
portions quelques pusages. 

« Ne trouvons point pour nulle résun {raison) bon que nous nous de- 
vons nranchement marier, mais avons mis noslre délibération et yolonté 
de James plus hanter faeme nue... Après la mort du pape pourunt estre 
assure de auTerle papat, et après esu-e sainct, et que il vous sera de né- 
cessité que, après ma mort, vous serés contraint me adorer dont Je me 
trouuerè gloryoes... Je commence aussy practiker les cardinaulx don 
II. G ou III. C (300 ou 300) mylle ducas me ferunLun grand seruice... Te- 
nez cette matière secrète, pour laquelle il fout avoir de tant de gens et 
d'argent secours et pratique; et adieu, fait de la main de vostre bon père, 
Uazimilianus, futur pape. 



iM PKOtOS DE TABLB ME MART» LUTHER. 



DBS SACREMENTS. 

On demanda si les Hnssites agissaient bien en donnant la com- 
munion aux petits enfants, prétendant c[ue les grâces de Dieu 
s'appliquent à toutes les créatures humaines. Le docteur Luther 
répondit qu'ils avaient tort, et que les enfants n'avaient point 
besoin de la communion pour être sauvés ; que cependant il ne 
fallait pas regarder cette innovation comme un péché , car au- 
trefois saint Gyprien en avait donné Texcmple. 

Un hérétique peut-il administrer les sacrements? Le docteur 
Luther répondit à cet égard : « Oui , si Ton ignore qu*il est hé-: 
rétique. Mais aussitôt qu'il avancerait ses erreurs au sujet des 
sacrements, ce ne serait plus des sacrements véritables. Les sa- 
cramentaires nient le corps de Jésus-Cbrist ; les anabaptistes qui 
nient le baptême, ne baptisent pas réellement. Si quelqu'un 
t'adressait à un sacramentaire, ignorant qui il était, et ayant la^ 
persuasion de recevoir le véritable corps du Seigneur , c'est ^n 
effet }e yéfltable corps ^u Seigneur qH'il recevrait. » 

Les anabaptistes disputent sur la manier^ dont les hqipme^ 
peuvent être saqvés par Veau. Il faut répondre qi^e (o^t est pos- 
sible à peiui qui prolt ^n Dieu tout-puissant. Si un boulanger 
disait : a Ce pain est un corps, et ce vin est du sang», je ne le croi- 
rais pasi et j'en rirais. Mais quand Jésus-Christ, le Dieu toi|t- 
puissant, dit, en prenant du pain et du vip : « Voici mon corps et 
pion sang», il faut bien observer qui est-ce qui parle.Dieua parié, 
et toutes choses ont été faites ; il a ôrdonnc^^ et tout a été créé ; 
il accomplit d'un mot bien des cihoses que nos yeux ne peuvent 
voir. Telle est la vertu de l'imposition des mains. Il faut donc 
croire fermement en Dieu tout-puissant qui peut et veut selon sa 
promesse. Sa toute-puissance a fécondé la matrice morte de 



VE% tiCREHBHTS. tS4 

Sara *. Les conceptions et générations de tous les hommes* pro- 
venant d*une petite gouttelette de sang, lie sont pas un miracle 
moindre que la formation d'Adam et d'Éye du limon de la terre 
et d*une côte de cbalr. Le monde est tout plein de ces dlfins 
prodiges, et toutefois il demeure aTCugle. La naissance d*un en-* 
fant est un plus grand miracle que la création d'Adam du limon 
de la terre. Le monde entier ne saurait créer un membre (Ml 
une feuille. 

On demanda si, en cas de nécessité, un père de famille pou- 
vait administrer à ses enfants et à ses serviteurs la cène du 
Seigneur. Le docteur Luther répondit : « Il ne le peut nulle- 
ment , car il n*y est point appelé. Nous lisons dans le Penta'- 
let/gt/ff; «Seigneur^ fais défense à ceux iclui prophétisent. «Ceux 
qui ne sont point appelés ne doivent point s'aviser.de prêcher, à 
plus fbrte raison d'administrer le sacrement. Il en résulterait de 
grands scandales , car beaucoup de gens n'auraient plus recours 
aux ministres de l'Eglise , s'ils pouvaient se dispenser de leur 
ministère. » 

aoc 

Un pasteur demanda comment il fallait agir avec ceux qui^ 
méprisant la parole de Dieu, n'avaient pas, depuis vingt ans, par* 
ticipé à la cène. Le docteur Luther répondit : « Il faut les envoyer 
au diable, et, après leur mort, les ensevelira part des fidèles. »— 
Interrogé ensuite si l'on devait les contraindre à approcher du 
sacrement, il répondit : « Non, car ce serait agir comme les pa- 
pistes. Qu'on les instruise, les attire, les exhorte, afin qu'ils 
viennent spontanément. Mais je suis surpris qu'ils s'abstiennent 
ainsi des sacrements ; peut-être redoutent^ils la confession par- 
ticiiUère. » 

WÊ 

On cita le cas de trois frères qui étaient brouillés : l'atné avait 
voulu s'attribuer, sur la succession paternelle, une part plus forte 

* SarwmortMom vutvam fcundavit. 



252 PROPOS DE TABLE DE MARTITf LUTHER. 

que celle qui devait loi revenir, et l'affaire était soumise an ju- 
gement du sénat. On demandait si les deux autres frères pou- 
vaient participer à la communion. — Le docteur Martin Luther 
répondit : « Comme ils n'ont point donné cause au procès et 
comme ils ont cherché à se réconcilier avec leur frère atné, il 
doit leur être permis d'approcher du sacrement, d'autant que 
ce n'est pas d'eux , mais des juges que dépend la décision du 
différend. » 

KÊ 

Le Si février 1539 , un bourgeois de Lcipzick, vieux et pieux, 
étant dangereusement malade , demanda la communion «ous les 
deux espèces; il demanda aussi qu'elle lui fût donnée par un 
diacre de Wittemberg qui lui donn&t l'absoluttion et le consolât, 
i— Le docteur Luther répondit : a II faut le consoler par la parole 
de Dieu, et qu'il demande le sacrement à ses pasteurs. Car les 
ecclésiastiques de Wittemberg n'ont aucun droit sur l'église de 
Leipsick. » 

I^ diable, ennemi de Jésus-Christ, s'efforce d'obscurcir par 
diverses profanations la cène du Seigneur. Epiphane écrit que 
de son temps quelques fanatiques avaient poussé l'impiété jus- 
qu'à avaler le sang menstruel des femmes en disant : a Ceci est 
mon sang. » Il faut donc veiller pour la vraie religion , afin que 
nous ne participions pas aux scandales. 

Le docteur Luther dit en 1531 : c Dieu a souvent changé les 
sacrements et les signes dont il fait usage. Depuis le temps 
d'Adam jusqu'à celui d'Abraham, l'Église offrait des sacrifices, et 
le feu du ciel, descendant sur les victimes, les consumait. Noê a 
eu l'arc-en-ciel pour signe. La circoncision a été recommandée 
à Abraham , elle a duré jusqu'à la venue de Jésus-Christ. C'est 
alors que le baptême a été institué, et il dure encore de nos 
jours. Les signes visibles se sont amoindris, mais les mystères 



hEê 8ACEE1IB1IT8. 2S5 

et les œuyfes qaMis couvrent sont devenus bien plus consi- 
dérables. » 

WSÊ 

Le docteur Luther ayant un jour demandé à Jérôme Weller 
comment il se trouvait, celui-ci répondit quMl éUit troublé et 
mal à Taise ; alors le docteur lui répliqua : « N'as-tu pas reçu le 
baptême? Oh ! quelle grâce Dieu nous a faite en instituant ce sa« 
crement, que les Turcs et les infidèles ne reçoivent pas ! Remer- 
cions de tout notre cœur Dieu qui nous régénère, nous fortifle et 
nous console. » 

Lorsque Jésus-Christ recommanda à ses apôtres d'aller in- 
struire toutes les nations et de les baptiser, il voulut que les en- 
fants ne fussent pas exclus ; les apôtres devaient baptiser tous 
les gentils qu'ils fussent jeunes ou vieux, grands ou petits. Le 
baptême des enfants a été ainsi prescrit. Jésus-Christ a dit : 
« Le royaume de Dieu est aux petits enfants (Saint Marc, ch. x, 
V. 14). Il ne faut pas que nous regardions ce texte avec les yeux 
d'un veau ou que nous le contemplions comme une vache con- 
sidère une porte neuve ; il faut que nous agissions à son égard 
comme , à la cour , l'on agit à l'égard des lettres d'un prince; il 
faut le lire trois fois, c'estp&-dire souvent, et y réfléchir mû- 
rement. 

mm 

Les papistes disent que le pape Melchiade baptisa l'empereur 
Constantin , mais c'est une fable ; cet empereur fut baptisé à Ni- 
comédie, par Eusèbe, évoque de cette ville, dans la soixante- 
cinquième année de son ftge et la trente- troisième de son 
règne. 

mm 

Le docteur Luther raconta qu'un docteur en médecine avait vu 
baptiser un enfant dans une église et qu'il avait été tellement 
touché des paroles de la cérémonie, qu'il dit que s'il était sûr d'a- 
voir, lui aussi, reçu le baptême , il ne ressentirait aucune frayeur 
en présence du diable. On assura au docteur qu'il avait été bap- 

83 



i54 PROPOS DR TABLI DE MARTIN LUTHER. 

Usé, et telle devint son audace que le diable lui ayant apparu 
sous la forme d'un bouc, il le saisit, se confiant en son baptâme, 
par les cornes, le renversa sur une table et le retint de force, si 
bien que les cornes lui restèrent dans la main, le. bouc ayant 
disparu. Un autre voulut en faire autant, et le diable Vétrangia. 
« Il en est ainsi , ajouta le docteur Luther, lorsqu'on veut, par 
tôn)(^rité, suivre des exemples qui ont été le fruit d*une inspi- 
ration de la foi. )> 

Les anabaptistes prétendent que les enfants, n'ayant pas la 
raison, ne doivent pas recevoir le baptême ; je réponds que la 
raison ne contribue en rien à la foi. De ce que les enfants sont 
dépourvus de raison, ils n'en sont que plus propres et plus aptes 
à recevoir le baptême. Car la raison est le plus grand adversaire 
qu'ait la foi : elle ne vient nullement en aide aux choses spiri- 
tuelles ; bien souvent elle tient pour folie tout ce qui vient de 
Dieu et elle lutte contre la parole divine. Si Dieu peut donner 
le Saint-Esprit aux adultes , il peut, bien davantage , le donner 
aux enfants. La foi vient de la parole de Dieu, lorsqu'on l'en- 
tend; les petits enfants entendent la parole de Dieu en rece- 
vant le baptême, et ils reçoivent ainsi la foi. 

Lorsque , dans l'^^ccouchemeut d'pne femqie , le br^ts ou la 
jambp de l'enfant se présente seul, il ne fapt pas baptiser ce 
membre, daps l'idée que l'enfant peut ainsi recevoir le bap- 
tême ■. Encore moins peut-on prétendre baptiser un enfant qui 
n'est pas venu au monde en versant l'eau sur le ventre de la 



' Il eiistesur la queslion que discute ici Lnlher, et sur d'aulros du même 
genr«, un gros in-folio impruné à P^ierroe en I7S*«, VlCwbruoiogia sacra 
(i|i chanoine sicilien Canf iamila. I/abbé Diiiouarl , assisté du médecin 
lloux, a donné une version abrégée de cet ouvrage, lequel a eié, de plus, 
Iraduil en divrrses langues, et notamment en grec moderne par le jésuite 
Velasiie. Cangiamita n'hésilc pas à attribuer les aecouchenicuts laborieux 
à la malice du démo*. 



DBS SACREMENTS. â9S 

mère. Le teitede saint Jean nous montre évidemment qae pa- 
reilles pratiques sont interdites et contraires à r Ecriture : « Sinon 
que quelqu'un soit né de nouveau^ il ne peut voir le rojaumedes 
cieux. » Il faut donc pour qu'un enfant soil baptisé qu'il soit «lé, 
ce qui n'a point lieu tant qu'il n'est pas sorti entier du corps de 
sa mère. Quand pareil cas se présente, les assistants dolYent s'a- 
genouiller et adresser leurs prières à Jésus-Christ, afin qu'il 
daigne délitrer le pauvre enfant de ses peines |et soufllranees; 
ils^e doivent plus douter ensuite que le Seigneur n'agisse selon 
ce que lui oenseillerontsa miséricorde et sa sagesse. Cette prière 
est faite avec foi et elle introduit l'enfant auprès de Dieu^ qui 
a dit ! « Laissez venir à moi les petits enfïints , car le royaume 
des cieux leur appartient. » Nous devons donc nous tenir pour 
assurés que l'enfant n'est point etelu du salut^ lors même qu'il 
n'aurait pu recevoir le baptême régulièrement. S'il arrive qu'en 
venant au monde l'enfant soit extrêmement faible et débile , et 
qu'il coure un danger certain de mourir avant qu'on ait eu le 
temps de le porter à l'église, alors les femmes doivent le bapti- 
ser elles-mêmes, en employant la formule consacrée. En t)àrell 
cas , it doit être recotnmandé h là mèi*e d'âVoir auprès d'elle, 
totll au moins, deux oH tt^is fëmmés oU iiidiVidds qUi pUi^etlt 
attester que le baptême a été administré à l'enfabt; Giir, ainsi 
que l'a diè l'Écriture : if Eti là bouebe de deiit ou ti*oiS) gtt tbtit 
téiâoignâge. j» 

Quelqu'un qui était absent écrivit pour que l'on demandât 
au docteur Luther s'il était permis de baptiser avec de l'eau 
chaude.) Le doeteur répondit : « Mandez à ce benêt que, chaude 
ou froide, l'eau est toujours de l'eau. » 

fin 15il , le docteur Menius demanda au docteur Luther com- 
ment il fallait baptiser un juif , et le docteur lui dit qu'il fallait 
remplir une grande cuve d'eau , ôter au juif ses vêtements, le 
couvrir d'un habillement blanc et le faire asseoir dans l'eau et le 



2S$6 PROPOS DE TABLE DE MARTM LUTHER. 

baptiser sons Peau, v Dé même , ajouta le docteur Luther, les 
anciens , lorsqu'ils recevaient le baptême , s*y présentaient re- 
vêtus de vêtements blancs. A^ussi le prefnier dimanche après 
Pâques, consacré à cette cérémonie, était appelé dominica in 
a/^i«; un pareil vêtement était d'autant plus convenable, que 
Ton avait coutume d*ensevelir les morts dans des linceuls blancs. 
I^ baptême est un emblème de notre mort, et je prétends que 
lorsque Jésu^-Christ reçut , dans le Jourdain , le baptême des 
mains de Jean , il était vêtu de blanc. Si un juif non couvert! de 
cœur me demandait le baptême , je le conduirais sur le pontde 
l*Elbe , je lui attacherais une pierre au cou et je le jetterais dans 
le fleuve, car les dr61es nous insultent ainsi que notre religion.» 
Et le docteur Luther recommanda à Juste Menius de ne pas 
se laisser séduire par les paroles flatteuses des juifs. 

K8 

On demanda ce qu'U fallait faire dans incertitude que 
quelqu'un e&t reçu le baptême ; devait-on le baptiser une se- 
conde fois sous condition en disant : a Si tu n'as pas été baptisé, 
je te baptise ?» Le docteur Luther répondit : « L'Église ne doit , 
point souff'rir semblables baptêmes ; si Ton doute qu'un homme i 
ait été baptisé, il faut lui donner le baptême pur et simple. » 
— Quant aux motifs de cette décision, ils sont consignés dans i 
une lettre que le docteur Luther écrivit au docteur Wenzel 
Linken, ministre à Nuremberg. 

L'eau et la parole divine sont l'essence du baptême ; si un 
juif se foisait baptiser dans de mauvaises intentions et' par 
astuce, le baptême que nous lui aurions administré de bonne 
foi n'en serait pas moins valide. De même, ceux qui s'approchent 
du sacrement de l'Eucharistie sans en être dignes, reçoivent 
réellement la communion, bien qu'ils n'aient pas les disposi- 
tions nécessaires. 

9Qi 



DES SACREMEIITS. 257 

Voyez quelles gr&ces Dieu nous a faites; il nous appelle à lui 
par le baptême et par la parole de TEvangile , mais nous nous 
montrons constamment indignes de tant de faveurs , et nous ne 
renonçons point à nos péchés. Que la parole divine murmure 
tout bas ou qu*elle tonne , qu'elle chante aigre ou doux, elle 
ne nous émeut point. Aussi Dieu a-t-il. dit : « Le juste vivra de 
sa foi » (Habacuc, cb. ii, t. 4), c'est-à-dire, celui qui croira sera 
sauvé. 

Il n*y a pas de doute que les femmes qui meurent en mal 
d'enfant et qui meurent dans la foi, ne soient admises à la 
béatitude , car elles succombent dans l'emploi et les fonctions 
que Dieu leur a assignés. Le docteur Luther dit ensuite qu'au- 
trefois il s'était introduit l'idée de différer le baptême jusqu'à 
ce que l'on f&t devenu grand, afin d'effacer les péchés en même 
temps. Mais cette pieuse erreur devint une occasion de malice, 
et il y eut des gens, comme saint Augustin, qui retardaient et 
remettaient toujours le moment de leur baptême, ce qui mar- 
quait le peu d'estime qu'au fond ils éprouvaient pour ce sa- 
crement. 

SOC 

A propos de la confession auriculaire, on demanda si un prê- 
tre pouvait être contraint de révéler en justice ce qui lui avait 
été confié. — Le docteur Luther répondit : « Il n'y est nulle* 
ment tenu ; ce qu'il a appris ne relève que du tribunal de Dieu 
et de la conscience, et il peut dire : «Seigneur juge, dès que je 
suis sorti du confessionnal, j'ignore totalement les faits au sujet 
desquels vous m'interrogez. » 

On demanda ceci au docteur Luther : si un prêtre a absous une 
femme qui a tué son enfant, et si ensuite le crime vient à se dé- 
couvrir, le prêtre peut^-il être interrogé parle magistrat? — Le 
docteur répondit : « Il ne le peut d'aucune façon ; il faut distin- 
guer entre le droit politique et le droit ecclésiastique. Ce n'est 
pas à un homme qu'elle s'est confessée , mais à Jésus-€hrist ; 

32. 



ftSê PB0P08 DB TABLE M lUfiTIN LUTHEB. 

ai Jésus-durist se tait sur son crime, je dois me taire également 
et répondre tout simplement que je n'ai rien appris» Il ne faut 
pas laisser le droit politique empiéter au delà de ses préro- 
gatives. » 

WSÊ 

On raconta le trait suivant qui s'était passé à Venise : un moine 
avait donné Tabsolution à une femme qui lui avait avoué, en con- 
fession, avoir coupé la gorge à un jeune homme couché avec 
elle et avoir jeté le cadavre à Teau. Ensuite ce moine se laissa 
corrompre pAt une somme d'argent et il révéla l'action de cette 
femme. Elle se défendit en disant Qu'elle avait eu l'absolution. 
Le conseil de Venise jugea que le moine devait être brAlé et la 
femme bannie de la ville. — - Le docteur Luther dit : a C'est une 
décision juste , sage et équitable ; elle fait honneur au sénat de 
Venise; le moine méritait fort bien d'être brûlé, comme traître et 
paijure.» 

W8Ê 

Dr pAgUÉ OttlGIBIfeL, DE LÀ JVStiriCATlON, 
DE LA PRIÈRE, ETC. 

Le docteur Luther se faisait un jour couper les cheveux et 
raser le visage, et il dit au docteur Jonas qui se trouvait là : 
a Le péché originel est en nous comme la barbe. On la coupe 
aujourd'hui , notre visage est frais, demain elle a repoussé ; tant 
que nous sommes en vie , elle ne cesse de repousser. Il en est 
de même du péché originel * ; il ne peut être extirpé complète- 
ment , il se fait sentir et se montre tant que dure notre exis- 
tence. Mais notre devoir est de l'abattre sans rel&che et de nous 
opposer à lui autant que nous le pouvons. » 

' Dans son coromenlaire sur le quatrième psaume, Luther prclen ' que 
Fenrant est déjà pécheur dans le sein de sa mère , fange digne de répro- 
bation avant d'être changée en vase humain : Liilum itlud ex quo vascu* 
ban hoc fîngi capit damnablle est. Fœtus in taero anteqtuan nascimwr 
et honUnes esse inciplmus, peccalum est. 



bV PÉCHB ORIGIMEL» DE LA 4U8TlFlCAT10If) ETC. tSQ 

Quoique le péché originel ait eu pour résultat, afin de uous 
punir, qu'il y ait eu beaucoup de bêtes méchantes et sauvages 
qui peuvent nuire à Thoiime, tels que les lions, loups, ours, 
serpents, lézards, etc., Dieu a cependant étendu sur nous 
sa miséricorde. Car n*est-il pas vrai quMl existe bien plus de 
moutons que de loups, beaucoup plus d*écrevisses que de scor- 
pions, plus de poissons que de serpents, beaucoup plus de bœufs 
que de lions , beaucoup plus de vaches que d*ours, etc. ?J 

mm 

L*Oraison dominicale est ma prière ; c'est celle que Je répète ; 
j'y mêle de temps en temps quelque chose des psaumes, afin de 
demander à Dieu qu'il confonde et couvre de honte les faux doe< 
teurs et les ennemis de la foi. Je ne trouve aucune prière qui 
soit comparable à TOraison dominicale ; je la préfère à tous les 
psaumes ^. 

iCâf 

Les papistes s'efforcent de soutenir leur détestable cause par 
de très-mauvais arguments qu'il est facile de réfuter ; c'est ainsi 

' Telle était aussi l'opinioo de Montaigne : « le ne scaj si ie ne trompe, 
mais, puisque par une faveur particulière de la bonté divine, certaine fa- 
çon de prière nous a esté prescrite et dictée par la bouche de Dieu, il m'a 
lousiours semblé que nous en debf ions avoir Tusage plus ordinaire que 
O0U8 n'avons. A toutes actions pariicalières auxquelles on a accoustumé 
de métier des prières ie vouidroy que ee fcust le Patenosire que les chres- 
tiens y employassent, sinon seulement au moins lousiours.» (£««a«s. Ut. 1, 

cb. f.TI. ) 

Luther s'appliquait avee ferveur à Poraison ; il écrivait, à l'époque de la 
diète d'Augsbourg : «Je prierai et Je pleurerai Jusqu'à ce que Je sache que 
mes cris ont été entendus dans le ciel.» Citons encore le témoignage d'un 
de aes familiers, le docteur viius, qui s'exprime ainsi dans une lettre 
adressée à Mélanclhon : « Il ne s'écoule pas un Jour dont Luther ne passe 
en oraison au moins trois des heures les plus favorables à l'étude* Il 
m'est arrivé une fois de l'entendre prier. Bon Dieu 1 quelle spiritualité l 
quelle foi dans ses paroles ! » 



260 PB0P08 DE TABLE DE M ART» LUTHER. 

quMls disent : v Tout acte de concupisceDce est illicite; 
donc, etc. » Je réponds : « I^ penchant d*un seie vers Tautre 
dans rétat de mariage n^est pas un acA de concupiscence, mais 
une institution de Dieu, légitime et pure, quoiqu'elle soit empoi- 
sonnée par les conséquences du péché originel. » 

WSÊ 

Le fondement de la justification S ce sont les promesses di- 
Yines qui sont appliquées aux consciences par la foi. La foi n*est 
pas seulement une qualité, mais une connaissance des pro- 
messes de Dieu, accompagnée d*un véritable assentiment. Elle 
comprend la volonté de Dieu, et elle met en elle sa confiance, 
en mortifiant par TEsprit saint les œuvres de la chair. Cette vé- 
ritable foi ou confiance, les démons ne Tout pas, parce quUis ne 
croient pas tous les articles de la foi. 

Ki 

Telle fut la foi d'Abraham, que lorsqu'il ressuscitera au der- 
nier jour, il gourmandera notre incrédulité, disant : «J'ai à peine 
en la centième partie des promesses qui vous furent faites, et ce- 
pendant j'ai persévéré dans la foi. » 

SOC 

• Emprontooi ici à un écrivain dlttingaé, à M. Nlsard, quelques eiplê 
cationtnéeestairet sur un poiot do doctrine qui occupe uue place émi- 
Denle dani les écrits de Luther et dans les controverses «u milieu des- 
quelles s'écoula sa vie. La question de la Justification était l'une des plus 
considérables que la réforme eût soulevées. Être justiBé, c'est-i-dire, 
quitter réut injuste pour l'état juste ; d'impie, de païen, devenir enbnt de 
Dieu; d'exclu de ses divines promesses, y être A Jamais participant; 
quel plus grand intérêt, et où était-il de plus grande conséquence d'assu- 
rer les esprits, puisqu'il s'agissait pour eux de la vie ou de la mort éter- 
nelle 7 Dans la doctrine calliolique, on était Justifié principalement par les 
bonnes œuvres. La part de la foi se réduisait â la connaissance de la loi 
chrétienne. Luther changea tout cela.. Saint Paul avait dit : «Nous sommes 
jusliflés par la seule foi», Luther ajouta : «Par la seule foi sans les œo- 
vres. » Dans la doctrine catholique, la foi était implicitement dans les œu- 



DU PÉCaÉ ORIGINEL, DE LA JUSTIFICATION, ETC. 261 

C*est un grand ayeuglemenldu cœur humain de ne pouvoir se 
saisir du trésor des grâces qui lui est donné ; nous avons été 
baptisés, nous avons la foi, les sacrements, et nous ne voulons 
pas nous dire saints. Car nous ne distinguons pas la foi de PEs- 
prit saint, qui est la certitude elle-même dans la parole.— Mattre 
Kinneck répondit : o Si vous dites que TEsprit saint est une 
certitude vi»-à-vis de Dieu, alors tous les sectaires qui ont une 
persuasion certaine de leur religion, ont TEsprit saint. » Le doc- 
teur Luther répondit : « Ils n'ont aucune certitude; Mahomet, 
les papistes, les sacramentaires ne s'appuient pas sur la parole 
de Dieu, mais sur leur foi personnelle. » 

La foi est dans Tintelligence, Vespérance dans la volonté; mais 
ces deux vertus ne peuvent se séparer, non plus que les chéru- 
bins du lieu de propitiation. 



vret ; d«nf la doctrine luthérienne, elle en était téparée, elle était tout. Il 
est vrai qu'à cette foi paisible et de tradition que demandait la doctrine 
catholique, la doctrine luthérienne substituait une foi spéciale , absolue, 
véhémente, marquée du caractère de son auteur et réclamant de Dieu la 
Jastiflcation à titre de promesse. Gela consistait à dire, dans la pratique, de 
toutes les forces de son être : «c Je crois que mes péchés me seront remis 
par les seuls mérites de Jésus-Christ, médiateur et propitiateur. » C'est 
ce qu'on appela la Justice imput'ative. Dans le commencement, on fut si 
épris de cette justice, qu'on ne s'occupa point des œuvres. On les pro- 
scrivit dans ce qui n'avait été que l'abus ; mais les difficultés que Luther et 
ses disciples n'avaient pas vues d'abord, ne Urdérent pas à se montrer 
dans toutes leurs forces. Mélanchton se donna des peines incroyables pour 
retenir les bonnes œuvres, dont son esprit- pratique sentait toute It néces- 
sité, et toutefois ne pas abandonner la Justice iroputative aux charmes de 
laquelle , pour parler comme Bossuet, il ne put Jamais renoncer. Luther 
ne prit point tant de peine ; une fois le dogme de la Justification par la 
foi proclamé, il ne se soucia point de le concilier avec les œuvres et se 
reposa dans la joie de son invention, ou bien, lorsque les événements le 
pressèrent , on le vit, selon le besoin de sa politique ou de son orgueil, 
tantôt abonder dans son premier sens, tautOt faire i la doctrine des œu- 
vres des concessions inattendues, peu calculées, et comme avec la pensée 
de les retirer dans l'occasion. 



Sm PROPOS DE TàBbE DB MAftTiM LUTttBR. 

Des prières émanées du fond du cœur, et les plaintes des pau- 
vres gens, soulèTent une telie clameur, que tous les anges dans 
le ciel doivent l*eiUendre. Notre Seigneur Dieu doit avoir de 
grandes oreilles et une ouïe perçante et subtile. 

»:% 

Queltiu'un demanda au docteur Luther si celui qui prie mau- 
dit aussi, a Oui, répondit-il, car lorsque je fais cette prière : 
que ion nom toit béni, alors je maudis Erasme et tous les héré- 
tiques qui offensent et inéprisent Dieu. » 

Jésus-Christ a donné TOraison dominicale d*après les idées 
des Juifs, c*est-à-dire qu'elle s'adresse au Père seul, bien que 
ceux qui prient doivent, pour être exaucés, le faire par Tinter- 
cession du Fils. Quelqu'un demanda au docteur Luther pourquoi 
il en était ainsi ; il répondit : « Jésus-Christ ne voulait pas être 
loué avant sa mort. » 

L*an 1542, le docteur Luther parla de la puissance et de l'uti- 
lité de la prière, et il raconta cette histoire : « Le roi de Perse 
avait assiégé la ville d'Edesse, et révoque, voyant que tout se- 
cours hutnain était trop faible, et que la ville ne pouvait résister, 
ni se défendre longtemps, monta sur les murailles, éteudit sa 
main vers le ciel et pria, et il flt en même temps le signe de la 
croix dii cOté des ennetnis. Aussitôt tons les chevaux eurent les 
yeux pleins de mouches, et ils s'enfuirent dans la campagne. 
t>ieu peut également afllaiblir et briser le cœur des Turcs, si 
nous prions avec persévérance et avec foi. » 

MB LA FOt, DU IIOTAtJME llE blEC, ETC. 

Puisque Dieu savait que Thomme ne persévérerait pas dans 
son état d'innocence, pourquoi l*a-l-il créé ? — Le docteur Luther 



DE U FOI, DU BDVAUIIE DE DICI), ETC. S65 

répondu ea riant : « Le Seigneur, puissant et magnifique, savait 
liien qu'il lui fallait dans sa maison des latrine.s et des égouts; 
il sait bien ce qu'il fait. Abstenons-nous de ces pensées et ques- 
tions abstraites ; considérons la volonté de Dieu telle qu*il nous 
l'a révélée. Il y a bien des gens qui, ayant entendu et compris 
la parole de Dieu, voudraient qu'elle ne fAt pas venue à leurs 
oreilles; mais le serviteiir qui connaît la volonté de son maître, 
et qui ne Taccomplit pas, sera puni plus rigoureusement. Bn 
toute parole et en toute action, Satan est l'opposé de Dieu. 
Ainsi, tout impie est tr^assurément posiiédé de Satan, quoique 
ce ne soit pas toujours coriiorellement. » 

WSÊ 

Le docteur Henniog demanda au docteur Luther si ia raison 
n'a point d'autorité parmi les chrétiens, puisqu'elle doit être 
écartée dans les choses de la foi. Le docteur répondit : « Avant 
la foi et la connaissance de Dieu, la raison n'est que ténèbres ; 
mais pour ceux qui croient, c'est un excellent instrument ; et 
toutes les facultés et tous les dons sont pernicieux chez les impies, 
mais salutaires chez les gens pieux, la raison, l'éloquence, la pa- 
role. La raison doit être illuminée par la foi et vivifiée par Tes- 
prit, alors elle est régénérée. C'est ainsi que ma langue est tout 
autre que ce qu'elle était, quand j'étais dans les erreurs du pa- 
pisme. La raison est sujette à la vanité, mais la foi sépare la va- 
nité de la substance, comme David a fait usage de son arc, de 
son glaive et de ses armes, disant : « Je ne mettrai pas ma con- 
fiance en mon arc; » cependant il ne le jeta pas. De même, les 
gens pieux savent que leur femme, leurs enfants, leur or ne ser- 
vent nullement à acquérir la vie éternelle ; cependant ils n*y 
renoncent point, mais ils séparent la substance de la vanité. 
L'or reste de l'or au cou d'une p— n. Le corps d'une p— n est 
l'œuvre de Dieu tout comme celui d'une femme vertueuse. 

Pe tous les dons accordés à l'homme, il n'en est pas de plus 
grands que ceini de la parole ; c'est eo qui le met aunlessus de 



264 PROPOS DE TABLE DE MARTIN LUTHER. 

tous les autres animaux ; il en est qui nous surpassent sous le 
rapport delà Tue, de Toule, de Todorat; mais la faculté de par- 
ler leur manque. Les filles parlent et marchent plus prompte- 
ment que les garçons. L'ivraie crott plus vite que le bon grain. 
A quatorze ans, une fille est nubile, tandis que Tbomme est en- 
core trop Jeune pour le mariage. La misère est grande dans la 
vie humaine, et ce que nous devons le plus souhaiter, c'est d'a- 
voir une heureuse nuit et de dire adieu au monde. Toute la vie 
n'est que folie. Enfants, nous avons tous les défauts de l'enfance; 
dans la jeunesse, l'amour nous fait succomber; vieux, nous deve- 
nons pires, nous sommes avares, adorateurs de Mammon. 

La foi est la dialectique, car ce n'est autre chose que la sagesse 
et la prudence. L'espérance est la rhétorique, car ce n'est autre 
chose qu'une élcvalion de l'esprit. De même que la prudence, sans 
le courage, est vaine, la foi n'est rien sans l'espérance, parce que 
l'espérance supporte les maux et elle en triomphe, tout comme le 
courage, sans la prudence, n'est que témérité. L'espoir sans la 
foi est la présomption dans l'esprit. La foi est donc la clef de l'E- 
criture sainte, et la vraie cabale qui est reçue des mains de la 
tradition, tout comme les prophètes laissèrent leur doctrine i 
leurs disciples. On dit que saint Pierre versait des larmes toutes 
les fois qu'il lui revenait dans la mémoire avec quelle douceur 
Jésus-Christ enseignait. C'est l'espérance qui accomplit toutes 
choses dans le monde. Nul cultivateur ne sèmerait un grain de 
blé, s'il n'avait pas l'espoir de la récolte ; nul jeune homme ne 
se marierait sans l'espoir d'avoir des enfants ; nul marchand ou 
ouvrier ne se livrerait au travail, s'il n'espérait pas un profit ou 
un salaire; l'espérance nous encourage bien plus à mériter la vie 
étemelle. 

L'empire du Christ est un empire de grâce, de miséricorde et 
de toute consolation, ainsi que le décrit le psaume cxni, v. S : 
« Sa gratuité est très-grande sur nous, et la vérité de r£temel 



DE LA FOI, DU ROTAUm^DE DIEU, ETC. 265 

demeore à toujours. » Le royaume de rantecfarist, c*est-à-dire 
du pape, est un royaume de mensonge et de corruption, ainsi 
que Va dit David (psaum. x, v. 7). Sa bouche est pleine de ma- 
lédictions, de tromperies et de fraudes; il n'y a sous sa langue 
que tourments et qu*outrages. Le royaume de Mahomet est un 
royaume de vengeance, de courroux et de dévastation. 

Les faibles dans la foi appartiennent aussi au royaume de Jé- 
sus-Christ, autrement le Seigneur n'aurait pas dit à saint Pierre : 
« Fortifie tes frères.» Il est dit aussi dans l'Epltre aux Romains 
(xiY, 1] : « Recevez celui qui est faible dans la foi », et dans la 
première aux Thessaloniciens (y. 14) : « Nous vous prions de 
consoler ceux qui ont Tesprit abattu, et de soulager les faibles. » 
Si les faibles dans la foi n'appartenaient pas à Jésus-Christ, que 
seraient devenus les apôtres que le Seigneur a souvent gourman- 
des pour leur incrédulité, même après sa résurrection ? 

Nous devons nous réjouir sans réserve en Jésus-Christ, comm.e 
saint Paul nous y exhorte, nous recommandant d'être pleins de 
joie et d'allégresse, et de ne pas nous laisser aller à l'abattement 
et à la maladie. Mais le malin esprit met tous les obstacles qu'il 
peut à cette joie ; il tourne sans relâche autour de nous, nous 
vexe et nous tourmente, nous attaque de ses flèches de feu, dé- 
chaîne contre nous de méchantes gueules pleines de venin. J'ai 
souvent beaucoup à en souffrir. 

Tant que Jupiter, Saturne, Apollon, Mars, Diane, Junon, Vé- 
nus, etc., gouvernaient, c'est-à-dire, étaient adorés par les païens 
comme des dieux (les Juifs avaient aussi adopté souvent des 
idoles étrangères), Jésu&-Christ, d'abord, et les apôtres ensuite, 
durent employer les miracles et les signes visibles pour amener 
les infidèles à la véritable doctrine et pour détruire le culte des 
idoles. Cest pour que ces signes durassent jusqu'à ce que la 

33 



96% PROPOS l»B ^kVUt i$ IfA^flI} LUTVpm. 

doctrine de TÉvangile (ti affeniiieetcoiiwlidé^, que le baplteie 
et reucl)aristie furent institués. 

Les miracles spirituels, ceux que Jésus-Christ regarde comme 
les vrais miracles, durent encore, et s'effectueront jusqu'à la fin 
du monde. Il y a tous les jours des personnes qui croient en Jé- 
sus lecruciiié, et qui sont prêtes à sacriOer la vie et tout ce qu'elles 
possèdent plutôt que de déserter sa parole. Elles sont les émules 
du centurion, qui était païen, mais dont notre Seigneur a loué 
la foi, et de la Cbananéenne à laquelle il a dit : «Femme, ta ici 
eat grande. » 

La plus grande punition que Dieu nous inflige dans soi^ cour- 
roux, c'est lorsqu'il nous retire sa parole, ou qu'il ne nous parle 
plus, et qu'il laisse les gens s'égarer. C'est ainsi qu'il en a usé 
pour les Grecs, les abandonnant à Mahomet et aux Turcs; et 
nous, il nous avait livrés aux Italiens, au pape, et aux plus hon- 
teux excès. 

Le docteur Luther, voyant un jour des animaux paître dans 
une prairie, dit : « Je regarde ces bêtes comme des prédicateurs 
chargés de nous annoncer d'avoir confiance en Dieu, qui nous 
nourrit et qui nous traite comme ses enfants; ne nous apportent- 
elles pas du lait, du beurre, du fromage, de la laine? » 

Personne ne peut faire le compte de ce que la Providence di- 
vine distribue, même aux animaux qui nous semblent les moins 
utiles. Je suis sûr que la nourriture des moineaux, durant une 
seule année, excède, sous le rapport de la valeur, la totalité des 
revenus du roi de France. 

m 

pieu exerce tous les métiers avec une habileté consommée; 
comme tailleur, il prépare pour un cerf un habit dont il le revêt, 
et qui peut lui durer neuf cents ans sans avoir besoin d'élre re- 
nouvelé. Gomme cordonnier, il lui donne 4'exeeUeBts souliers, 



M u roi» Btr AOtAuife 01: t>tEtJ, Etc. 287 

en munissant ses pattes del^bots qui résistent à toutes les fati- 
gues. Dieu se montre aussi eomme cuisinier; il cuit et apprête 
toutes sortes de plats au fëu qu'il a allumé, c^est-à-dire au so- 
leil. 

Que tout ee qui respire loue le Seigneur, dit le psaume cl ; 
d'où il suit que Dieu doit être loué et honoré dans tous les idio- 
mes. Pourquoi donc Tempeteùr a-t-il défendu de prier et de 
chanter en allemand! 

wm 

A coup sûr, Dieu a bien plus de bonté et d'attachement pour 
moi que ma Catherine n'en a pour son petit Martin. Ni ma Ca- 
therine ni moi ne voudrions arracher un œil à notre enfant, ou 
lui couper la tête ; Dieu bien moins encore. Il voit d'un cœur 
tendre et affectionné eeux qui lui sont fidèles j ainsi qu'un père 
et une mère considèrent leurs enfatits, cohime Dieu lui-même 
l'a dit par la bouche du prophète Isaîe (ehap. XLii, v. 15) : « La 
femme peut-elle oublier ton enfant qh'élle allaite? Mais quand 
même elle l'aurait oublié, encore ne t'duhlierai-]e pas. » Mais 
Dieu montre de la patience et de la clémenee à notre égard. Il a 
voulu que son fils se revêtit de notre chair, et s'incarnât afin de 
nous sauver. 

WSÊ 

Lorsque je pense à la miséricorde div-lne, je suis effrayé de 
voir jusqu'à quel point Dieu l'a portée. 

Lorsque Jésus-Christ dit un mot, ii ouvre la boucbe d'une 
telle grandeur qu*il embrasse le ciel et la terre, même lorsqu'il 
ne parle que du bout des lèvres. La parole de l'empereur a de 
la puissance, mais celle de Jésus-Christ gouverne l'univers en- 
tier. 

Jésusp-Ghrist est venu une fois sur la terre ; il s'est manifesté 
par des signes et des miracles visibles, et' il doit apparaître une 



268 PROPOS DE TABLE DE MAETIN LUTHER. 

seconde fois. Je ne demande pas qu'il m^envoie un ange. Et lors 
même qu*un ange viendrait vers moi et se montrerait à mes yeux 
sous une forme corporelle, je ne croirais point en lui. Je ne veui 
m'attacher qu'à la parole de Dieu, telle qu'il me Ta révélée par 
ses apôtres et ses prophètes, et je ne veux écouter ni entendre 
aucune autre voix. Le docteur Luther ajouta. : « Il y a mainte- 
nant bien plus de chrétiens qu'il n'y en avait du temps de saint 
Paul; mais y a-t-il plus de justes et de fidèles observateurs de 
la parole de Dieu ? Ah ! je crains bien qu'au moment où viendra 
la fin du monde, elle ne trouve la terre aussi corrompue que 
lorsque survint le déluge, lorsqu'il n'y eut que huit personnes 
sauvées dans l'arche. » 

WSÊ 

Le diable prétend être le prince et le Dieu du monde ; il est 
donc l'ennemi juré, implacable de Jésus-Christ, de sa parole et 
de ceux qui la suivent avec sincérité et sans corruption. Il est 
impossible que Jésus-Christ et le diable restent ensemble dans 
le même lit; l'un doit étouffer l'autre. De même, nous autres, 
luthériens et papistes, nous ne pouvons demeurer ensemble sous 
le même toit; nous ne pouvons nous souffrir mutuellemeut; il 
faut qu'une des parties succombe. Les Juifs et les apôtres habi- 
tèrent quelque temps sous le même toit; mais les Juifs finirent 
par plier bagage. 

Tout ce qu'il y a dans le monde, hors de Jésus^hrist, quelque 
élevé et pompeux que cela soit, quelque angélique que cela pa- 
raisse, qu'on l'appelle sainteté, vertu, honneur, mérite, ce n'est 
qu'un masque imposteur sous lequel se cachent la plus extrême 
malice et le diable lui-même. Ce n'est pas qu'il ne soit bien d'être 
savant, sage, vertueux ; mais si l'on ne rapporte pas à Dieu tou- 
tes ces qualités et tous ces dons, le diable en profite pour abriter 
dessous les péchés les plus honteux. 



SQC 



DE LA FOI, DU ROYAUME DE DIEU, ETC. Î69 

En 1546, le docteur Luther éUnt à Eissleben, dit que Jusqu*à 
sa quarantième année un homme était presque comme un enfant, 
et il cita ce proverbe qui est d'une grande vérité : « Celui qui, à 
vingt ans, n'a pas de beauté, à trente ans, pas de force, à qua- 
rante ans, pas de prudence, et à cinquante ans, pas de sagesse, 
peut bien renoncer à connaître le bonheur. » 

WEÊ 

La grâce de Dieu est si grande qu'elle ne peut être embrassée, 
ni saisie sans combat, sans tribulations et sans épreuves, ainsi 
que saint Paul en a offert un exemple, lorsqu'il dit qu'un ange 
de Satan lui donne des soufflets; il en est de même de tous les 
justes. 

WSÊ 

Tous les hommes sont les esclaves du péché ; il est le plus cruel 
et le plus barbare tyran qui puisse sévir contre la race humaine 
et comprimer les efforts de toutes les créatures. Ceux de tous les 
anges, pour briser son joug, auraient été sans résultat, sans l'in- 
tercession de Jésus-Christ, qui s'est offert en sacrifice pour nous 
en délivrer. C'est ce qu'exprime, avec beaucoup d'énergie, ce 
passage de saint Paul (Épître aux Galates, ch. i, v. 4) : « Jé- 
sus-Christ s'est donné lui-même pour nos péchés. » 

On demanda un jour au docteur Luther d'où venait le péché, 
et quelle en était la source. Il répondit : « La saint» Ecriture 
nous montre qu'il vient du diable , qui séduisit nos^ premiers 
parents, et qui les fit renoncer à l'obéissance qu'ils devaient à 
Dieu. Leur péché a non-seulement affaibli nos corps, et nous a 
rendus sujets à la mort, il a encore complètement corrompu et 
infecté la volonté, le cœur et la raison. L'homme a perdu la vé- 
ritable connaissance de Dieu, et son libre arbitre est devenu tel- 
lement dépravé, qu'il ne s'attache qu'à ce qui est mauvais, c'est- 
à-dire, à ce qui est contre la parole divine. » 

23. 



270 l^àopoft De TAaLfe tofe Uàkrw luthër. 

Leâ t)éehé6 qui concernent le prochalh sont supportables; mais 
cent qui attaquent la miséricorde de Dieu sont sans excuse.- Il 
n'en est pas de plus grand ni dont ii sera tiré plus sévère ven- 
geance que de persécuter les pauvres chrétiens. 

ssae 

La nature humaine est tellement corrompue, qu'elle n*a plus 
aucun désir de la vie éternelle et des biens célestes. De même, 
un petit enfant, lorsqu'il vient d'arriver au monde, n'a aucune 
curiosité de savoir ce qui ^ passe ^ur la terre, et on lui ofTriràit 
toutes les richesses^ toutes les grandeurs, tous les plaisirs ima- 
ginables, qu'il ne s'en soucierait nullement ; il ne voudrait que 
le sein de sa mère. Nous agissons pareillement, nous autres 
hommes charnels; la prédication de l'Evangile nous offre de 
magnifiques trésors qui nous serviraient à gagner le royaume de 
Jésos-Christ; nous en faisons fi, et nous ne pensons qu'à satis- 
faire notre goût pour les choses terrestres et passagères. 

œi 

Le docteur Luther disait souvent : a l'ai trois mauvais chiens : 
l'orgueil, l'ingratitude et Tenvie. Celui qui est mordu de ces 
chiens l'est bien cruellement. » 

Je voudrais bien savoir ce qu*est l'âme humaine : le corps, 
lorsqu'elle ne l'anime plus, est comme une pierre. Il j a là des 
choses queje ne puis comprendre. 

SS6' 

Un mensonge est comme une boule de neige; plus il roule de 
çà et de là, plus il devient gros. 



0E8 LK(;E!liffe8. ni 

L*éeoiroe de cannelle a la pi*opriété de ptirger éi de plirillél* les 
yeui; elle seH contre la morsure des vipères et celle des ser- 
pents. (Test rimage de FEvangile, qui dissil)e les ténèbres et qui 
ramèile la lumière, et qui est aussi un excellent remède coUtro 
les morsures du ver empoisonné, c'est-à-dii« du diable et de ses 
sectateurs. 

101 

Eh 15iô, le docteur Luther donna un souper auquel il invita 
les principaux membres de TUniversité, et maître Eissleben fut 
du nombre des conviés. Après que Ton eut mangé, comme cha- 
cun se livrait à Tallégresse, le docteur Luther fit apporter un 
grand verre, sur la surface duquel étaient tracés des cercles suc- 
cessifs, et il y but à la santé de ses convives. Chacun lui rendit 
raison, et lorsque vint le tour d'Eissleben, il (jt passer le verre 
au docteur Luther, et il dit : « Docteur, prenez que ce verre de 
vin représente, jusqu'au premier cercle, les préceptes du Déca- 
logue, jusqu'au second, la foi, jusqu'au troisième, TOraison domi- 
nicale, et jusqu*au dernier, le catéchisme. » Le docteur Luther 
vida le verre, et, Tayant derechef fait remplir, il le renvoya à 
maître Eissleben. Celui-ci voulut boire, mais cela hii fut impos- 
sible, et après avoir bu jusqu'au premier cercle, il le posa, et il 
parut confus. Alors le docteur Luther dit : « Je savais bien que 
maître Eissleben pouvait avaler les dix commandements; mais 
quant à la foi, à TOraison dominicale et au catéchisme, il y re- 
nonce volontiers. 

101 

J'ai cru à tout ce que disaient le pape et les moines, et roaiii- 
tenant j'ai peine à croire à ce que dit Jésus-Christ lui-même, 
qui ne saurait mentir. C'est une chose bien désolante, et 
contre laquelle il nous faut lutter jusqu'à notre dernier mo- 
ment. 

DBS LÉGENDES. 

Sainte Elisabeth est née l'an 1307, lorsque l'empereur Othon 
et Philippe se disputaient la coun>nAe impériàte. Bile n'a pas 



272 PROPOS 0E TAtLE DE MARTIM LUTHER. 

vécu au delà de vingtrquatre ans. Cinq ans ainrès sa mort, elle 
a été canonisée et inscrite au rang des saints par le pape Gré- 
goire IX. Beaucoup de gens qui Tavaient connue et qui avaient 
vécu de son temps, Tinvoquaient. — Lorsque le docteur Luther 
lut cette légende et d'autres, il soupira et il dit : « Hélas ! nous 
avons renversé les évèques et nous avons été assez négligents 
pour laisser subsister dans TÉglise semblables erreurs. Mais, 
lorsque la Bible[est mise en oubli, pareilles choses s'enseignent, 
et c'est un indice frappant de la colère de Dieu. » 

On demanda au docteur Luther quelles étaient les légendes 
canoniques, c'est-à-dire sincères, et quelles étaient les apocry- 
phes, et il dit : « Il en est fort peu d'authentiques ; celles des 
martyrs sont les moins corrompues; ils ont appuyé ce qu'ils di- 
saient du témoignage de leur sang. L'histoire des ermites qui 
vivaient dans la solitude est remplie de miracles étranges et 
d'actions folles. J'ai une considération toute particulière pour 
les saints dont la vie n'offre aucune circonstance extraor- 
dinaire, dont l'existence parait avpir été la même que celle ha- 
bituelle aux hommes, et qui n'ont nullement cherché à se faire 
remarquer. • 

mi 

On raconte de sainte Anne qu'elle eut trois maris, et de cha- 
cun d'eux une fille nommée Marie. De Joachim, Marie, la mère 
de notre Seigneur Jésus-Christ ; de Salomé et de Cléophas, les 
deux autres Marie ^. On dit aussi que saint Jean l'évangéliste 

' Voir le singulier ouvrage de Jean Veoetle (mort en 1369) : La vie des 
trois Maries, écrite d'abord en vers, mise en prose par J. Drouin, et réim- 
primée plusieurs fois au commeoccment du seizième siècle. Lacurne de 
Sainlfr-Palaye (fl/ein. de CAcad. d"8 Inscript., 4o, t. XIII , p. 520-&33; s*, 
t. XX, p. 267-387) elGougcl {Bibl. franc., U IX, p. 146-155), ont donné des 
extraits de l'ouvrage en ryme resté manuscrit ; quant à la rédaction en 
prose, il en est question dans les Mémoires de d'Art igny, t. VI, p. 237- 
291, et dans les Mélanges d*une grande bibliothèque , t. £). 



DES LÉGENDES. 275 

devait épouser Marie-Madeleine ; mais il y renonça, afin de sui- 
vre le Messie. 

Le docteur Luther prêcha au sujet de saint Christophe le jour 
de la fête de ce saint *,et il dit que ce n^était point une histoire, 
mais une légende imaginée par les Grecs, gens sages, instruits, 
et doués d'une grande imagination, afin de montrer quelle de- 
vait être la vie et la conduite d'un chrétien, le représentant 
comme un homme très-grand, très-fort et très-robuste, qui 
porte sur ses épaules l'enfant Jésus, ainsi que l'indique le nom 
de Christophe. Mais Tenfantestsi lourd que celui qui le porte se 
courbe sous ce fardeau ; il traverse une mer orageuse, agitée, 
c^est~à-dire le monde, et les vagues qui Tassaillent, ce sont les 
tyrans et les factions, ainsi que tous les diables, qui cherchent à 
lui donner la mort de l'âme et du corps; mais il s'appuie sur un 
grand arbre qui lui sert de soutien, c'est-à-dire sur la parole de 
Dieu. De l'autre côté de la mer est un petit vieillard avec une 
lanterne qui renferme une lumière allumée; ce sont les écrits 
des prophètes ; il se dirige de ce côté et il arrive sur la plage où 
il se trouve en sûreté. Il a à son côté un panier où se trouvent 
du pain et du poisson ; ceci signifie que Dieu n'abandonne point 

* Au sujet de la curieuse légende de saint Christophe, consultez le tome 
premier de la traduction que nous avons donnée en 184S de la Légende 
dorée de Jacques de Voragine ; elle fait partie de la Bibliothèque d'élite. 
Nous sjouterons que l'importance de l'ouvrage de Voragine se fait cha- 
que jour sentir de plus en plus, sous le rapport de l'étude des idées du 
moyen âge et pour la connaissance de l'art cbréiien devenu l'objet d'une at- 
tention persévérante et générale. Depuis la publication de notre version, il 
a paru en Allemagne la première partie d'une édition nouvelle et critique 
du recueil que nous avons tenté de Taire passer dans notre langue : Ja- 
cobi d Voragine Legendaaurea, vulgo Historia lombardicn dicta» Ad op- 
tim, libr. fldem recensuit, emendavit, supplevit, potiorem leclionis va- 
rietatem adspersit , notas historicas , prolegomena et catalogwn 
sanctorum bibliographicwn adjecil Dr. J. G. Th. Graesse. (Dresds e 
LIpsis, Arnold, gr. S».) Le docteur Graesse occupe une des premières 
places parmi les plus savants elles plus ioCitigables bibliographes de celte 
Germanie si laborieuse et si docte ; il suffit de rappeler son lehrbuch einer 
liierargeschichie, son travail sur les Gesta Bomanorumt sa BiùUotheea 
magica. 



1T4 PE0P08 DE TABLÉ BB MAtlTIN LUTHER. 

fies fidèles sur la terre, au milieu de tous les maux et de totites 
les tribulations qu'ils ont à endurer, mais qu*il les nourrit et 6e 
les laisse point mourir de faim. (Test un beau poëme chrétien. Il 
en es.t de même du chevalier saint George, car George, en grec, 
veut dire un architecte qui élève des édifices avec Justice et ré- 
gularité, et qui chasse et repousse les ennemis qui veulent les 
détruire et les endommager. 

C*est un grand fléau dont le diable est Tauteur que nous 
n*ayons aucune bonne légende des saints. Celles qui existent sont 
tin amas des plus honteux mensonges, et il est difficile de les cor- 
riger. — Le docteur Luther lut le même soir la légende de sainte 
Catherine, et il dit : «t C'est contre toutes les histoires romaines, 
car Maxence s*est noyé dans le Tibre devant Rome, et il n*est 
jamais allé à Alexandrie ; mais Maximien y est allé, ainsi qu'on 
le lit dans Eusèbe, et depuis le temps de Jules-César il n'y a pas 
eu de roi en Egypte. Celui qui a troublé les chrétiens par de pa- 
reils mensonges était sûrement un scélérat désespéré ; il doit 
être plongé bieii profondément dans l'enfer. Nous avons cru tou- 
tes ces fables monstrueuses, mais alors nous ne les comprenions 
pas. Rendez grâce au Seigneur Dieu, vous autres jeunes gens, 
de ce que vous n'êtes plus tenus de croire de semblables choses 
ou d'autres encore plus honteuses. » 

SOS 

DU JUGftMBlfrT DERNIER ET DE L'AUTRE VIE. 

Le docteur Luther dit : « mon Dieu! ne diffère pas ta venues 
j'attends le jour oii renaîtra le printemps, lorsque le jour et la 
nuit sont d'égale longueur et qu'il y aura une très-belle aurore. 
Mais voici quelles sont mes pensées, et je veux prêcher à ce sujet. 
6ien peu de temps après l'aurore, viendra un nuage noir et 
épais, et trois éclairs se feront voir, et un coup de tonnerre se 
fera entendre, et le ciel et la terre tomberont dans la |)lus 



DU lOeUMBNt DERMIBR BT BB L'AUTRE VIE. fRS 

grande coofiisioD. Loué soU Dieu qui nous a appris que nous 
devions çoupirer après ce jour et l'attendre avec impatience! 
Pendant la papauté, le monde entier n*y pensait qu'avec effroi, 
comme le témoignait Fi^ymne que Ton chantait à TÉglise : Di$M 
irœ^ die$%lla. J'espère que ce jour n'est pas éloigné, et que nous 
le verrons de notre vivant. » 

Quelqu'un demanda au docteur Luther : « Seigneur docteur, 
est-ce que l'Évangile n'a pas déterminé la venue du dernier 
jour, car Jésus-Christ a dit qu'il trouverait à peine de la foi sur 
la terre? » — Oui », répliqua le docteur Martin, « cela veut dire 
que rËvangile se sera caché dans quelques coins. L'Évangile est 
inconnu en Asie et en Afrique; il n'est point annoncé en Grèce, 
en Italie, ni en Hongrie, en Espagne, en France, en Angleterre, 
en Pologne. Le pays de Saxe, cette portion si petite du monde, 
n'empêchera pas l'avènement du dernier jour. » 

Un autre jour, le docteur Martin dit beaucoup de choses con- 
cernant )e jugement dernier et la fin du monde, car, depuis six 
mois, il avait été tourmenté de rêves affreux et épouvantables au 
sujet du dernier jour. « Il est possible, dit-il, qu'il ne soit pas 
éloigné, et l'Écriture est là pour nous le faire croire. Ce qui 
reste de temps au monde, si on le compare aux temps qui se sont 
déjà écoulés, n'est pas plus large que la main ; c'est une petite 
pomme, la seule qui tienne encore faiblement à l'arbre et qui est 
près de tomber. Les empires entre lesquels Daniel a vu le monde 
partagé, les Babyloniens, les Perses, les Grecs, les Romains, 
n'existent plus. Le pape a conservé quelques restes de l'empire 
romain, c'est le dernier sceau de l'Apocalypse ; il va se briser. 
Il survient au ciel beaucoup de signes que l'on y voit fort bien et 
qui annoncent que la fin du monde n'est pas éloignée. Sur la 
terre, on s'occupe avec ardeur de planter, de bâtir, d'accumuler 
des trésors; tous les arts se développent, comme si le monde vou- 



276 PftOPOS DE TABLE DE HARTl!! LUTHER. 

lait se rajeunir et recommencer à fleurir. J'espère que Dieu 
mettra fin à tout ceci. » Alors maître Léonard dit : « Les mathé- 
maticiens et les astrologues prétendent que, pour la quaran- 
tième année (c'est-à-dire, pour Tan 1540), les conjonctions des 
planètes annoncent des grands événements. » — « Oui, répondit 
maître Martin, cela peut durer quelques années, mais nos descen- 
dants verront Taccomplissement des Écritures , et peut-être 
sera-ce nous qui en serons témoins. » 

En 1536, le docteur Martin dit : « Les prédictions de TApoca- 
lypse se sont accomplies jusqu'à celles qu'annonce le cheval 
blanc ^. Le monde ne durera pas longtemps ; peut-^tre encore, 
si Dieu le permet, une centaine d'années. 

Lorsque les Turcs commenceront à déchoir, alors la fin du 
monde sera proche, car les paroles de l'Écriture doivent se vé- 
rifier. Il y a déjà de grandes agitations parmi les hommes. Ja- 
mais les hommes de loi n'ont eu autant d'occupation qu'à pré- 
sent. Il existe de vives dissensions dans nos familles, même 
parmi nos fils et nos filles, et l'Église est en proie à la ûi^ 
corde. 

C'est au temps de Pâques, au printemps, lorsque l'on a le 
moins de crainte de la pluie, que Pharaon a été englouti dans la 
mer Rouge et que le peuple d'Israël a été délivré de TEgypte. 
C'est vers la même époque que le monde a été créé ; c'est alors 
que l'année recommence et que Jésus-Christ est ressuscité pour 
renouveler le monde. Ce sera peut-être vers la même époque 
qu'arrivera le jugement dernier. J'ai l'idée qu'il viendra vers le 
temps de Pâques, lors du moment le plus agréable et le plus at- 

* « El je regardai, et voici un cheval blanc ; et celui qoi était monté 
dessus avait un arc , et ooe couronne lui fut donnée, et il sortit victo- 
rieux. » (>ipoca/{^pjf, cli.Ti, V. a.) 



DU JUGEMENT DERNIER ET DE lVuTRE VIE. 277 

trayant de Tannée, et qa*il surviendra de bonne heure, au lever 
du soleil, comme lors de la destruction de Sodome et de 60- 
morrfae. 

Le 28 septembre 1532, maître Stifei Locha vint à Wittemberg 
afin d^avoir, au sujet de ses opinions sur le jugement dernier, une 
conférence avec le docteur Luther; mais Télecteur avait enjoint 
de garder le silence à ce siiget , et Stifei en fut extrêmement 
contrarié, et il dit au docteur Luther : « Je m'étonne que vous 
ne vouliez pas me laisser parler devant le peuple ; il est certain 
que ce que j'ai à dire , je suis forcé de le dire , même contre ma 
propre volonté. » Le docteur répondit : a Maître , vous avez eu 
la force de souffHr sous les papistes ; souffrez donc encore jus- 
qu'à ce que quatre semaines se passent »; et il sjouta qu'un 
meunier de village lui avait déjà prédit que le jugement dernier 
devait arriver le 27 septembre , c'est-à-dire la veille du jour 
actuel. — Stifei répliqua : « Lorsque j'étais en route , j'ai vu de 
grand matin, du côté de rOrient,un superbe arc-en-ciel, et j'ai 
pensé que ce pouvait être un signe de l'avènement de Jésus- 
Christ. » — Le docteur Luther répondit : « Ce n'est pas seule- 
ment l'arc-en-ciel qui se montrera alors ; toutes les créatures 
seront consumées par la foudre et le feu. Le son terrible de la 
trompette appellera tous les morts à la résurrection ; plût à Dieu 
que nous entendissions bientôt cet appel !» — Le docteur Luther 
dit un autre jour : « Stifei a prétendu fixer l'époque de la fin du 
monde ; il calculait qu'elle tombait quarante-deux semaines à 
partir du mois de décembre 1532, et il avait trouvé qu'elle arri- 
verait le jour de la fête de saint Michel. La veille il me dit : 
« Nous avons bien peu de temps à vivre ; le moment approche ; 
je distribuerais volontiers mes biens , mais je crains qu'il ne se 
rencontrât personne qui en voulût ; demain soir nous serons as- 
sis dans le ciel. » Stifei prétendait que le monde n'avait quq 
1500 ans à durer depuis l'ascension de Jésus-Christ *. Il est à 

' Ou composerait uoe bibltoibèqae nooibreuse en réunissant les écrits 
dont les auteurs, émules de Siifel, ont tenté de déterminer Tépoque de la 

24 



regretter qu'un homme pieux et savant comme lui soit tmM 
dans la persuasion c[uUl était le septième ange et qu'i) devait 
faire résonner la trompette annonçant le dernier jour ; il dis- 
tribua tous ses livres et tout son mobilier, comme ne pouvant plus 
lui être utiles.— Alors je dis' : « Un des signes du dernier jour, 
c'est le grand mépris dans lequel sera précédemment tombée la 
parole de Dieu. » Le docteur Lutber répondit : « Les papistes 
ont avancé là-dessus des erreurs que nous méprisons. Dieu n'a 
pas voulu révéler sa volonté, afin que nous persistions dans la 
prière et dans la crainte. » 

On demanda au docteur Luther si dans l'autre vie et dans le 
royaume des cieux il y aurait des chiens et d'autres animaux. 
Il répondit : « Sans doute ; la terre ne sera pas nue , aride et 
désolée après le jugement dernier , car saint Pierre a dit que 
nous attendons une nouvelle terre où la justice habite. Dieu, 
qui créera une nouvelle terre et de nouveaux cieux , y mettra 

fin du monde. Les Anglais ont pris «ne part active A ces recherches ha- 
sardeuses. Bo 1740, Bengel étabiissatt que la destrucUonde labêie de l'A- 
pocalypse tombait au is juin tiU ; en 1796, Oarlon prétendait démontrer, 
à grand renfort de calculs irés-abstrait-s que les gemils se convertiraient 
en l'an 2436. Claylon, évéque de Clogher, en Irlande, flxait à l'an 'iooo ou 
à peu près, l'exlinction de la papauté; et, plus récemment, un ministre 
écossais, Gulbersion, dans ses Lectures upon the Prophecieé of John 
(Bdinburg, 1B12, 2 vol. So), voulait établir que la bataille d'Armageddon, 
commencée en 1815, se lerminerait.eo 1821 par l'anéantissement complet 
de l'Église romaine. Pour d'autres opinions tout aussi Tondées, mais plus 
anciennes, voir un curieux article de M. Louandre dans la Revue de Paris 
(nouvelle série, I. XII, 1842). I}n mot en passant au sujet du mathématicien 
écossais Craig, qui s'avisa, à la fin du dix-septiéme siècle, d'appliquer les 
calculs de l'algèbre à la théologie, en recherchant quel devait être Taffai- 
blissemenl des preuves historiques suivant l'intervalle des temps et la 
dislance des lieux. Ses formules l'amenèreni à découvrir que la force des 
témoignages sur lesquels s'appuie le christianisme ne peut subsister que 
quatorze cent cinquaoïe-quatre ans, à partir de 1699. Il en conclut qu'il 
y aura, vers l'an 8155, un second avènement de Jésus-Christ ou une se- 
conde révélation pour rétablir la vérité dans toute sa force. Ces asser- 
tions étranges donnèrent lieu à une vive controverse ; Ditton, Houtevilie 
et autres docteurs réfutèrent en forme les écrits de Craig. 
I C'est Lauterbach qui parle. 



DU ItlGtMENf IJERNIER ET tÈ L*AUtR£ TIB. lH 

de petits chiens dont la peau sera d'or et dont les poils se- 
ront de pierres précieuses. Il n*y aura plus d'animaux carnas- 
siers , ni de bètes venimeuses comme les serpents, les crapauds, 
qui sont devenus malfaisants et nuisibles à cause des péchés de 
la terre. Ces bêtes non-seulement cesseront de nous être nuisi- 
bles , mais elles deviendront aimables, jolies et caressantes, afin 
que nous puissions jouer avec elles. » 

Lorsque Je me suspendis au sein de ma mère et que Je com- 
mençais à tétér. Je ne me doutais certes pas de ce que je pourrais 
faire ou ibanger plus tard , ni de ce que serait ma vie. De même 
nous n*avons nulle idée de ce qui nous attend dans la vie future. 
Dieu pourrait nous dire : a Ce que vous serez diffère bien de ce 
que vous êtes ; vous êtes encore in utero; vous êtes des fœtus ; 
vous n'êtes pas encore nés. » 

sec 

Nous aurons , sous Fempire de Jésus-Christ , un nouveau ciel 
et une nouvelle terre; le feuillage des arbres et Therbe des 
champs offriront alors toutFéclat et la beauté d'une émeraude ; 
toutes les créatures seront d'une beauté admirable. Maintenant 
le corps est assujetti à la volonté dont il accomplit les ordres , 
qu'ils soient bons ou mauvais; alors l'esprit et le corps agiront 
de concert, et le corps exécutera à Tinstant les désirs de Tesprit. 
Nous aurons les mêmes membres que nous possédons aujourd'hui, 
mais sous une nouvelle forme bien plus parfaite. Les yeux auront 
l'éclat de l'argent le plus pur, et nous serons délivrés de toute 
maladie et de toute tribulation. 



mm 



Ce sera une grande joie et un grand bonheur lorsque, dans 
l'autre vie « nous serons délivrés de tout ee qui nous assujettit 
iei-tes à la sehitttde dti corps» au boi^^ au mangef , au sdth- 



280 PROPOS DE TABLE DE MARTIN LUTHER. 

meil , etc. Si nous avons ici tant de plaisir à contempler les 
œuvres de Dieu, le soleil, les étoiles , etc. , que sera-ce lorsque 
nous verrons le Seigneur face à face ! Quelle ineffabie satifao- 
tion sera-ce aussi de revoir, au nombre des justes, ses parents et 
ses amis ^ ! » 

Maître Vitus questionna le docteur Luther au sujet du grince- 
ment de dents des damnés. Le docteur répondit que c*était 
quelque peine extérieure qui devait suivre la mauvaise conscien- 
ce, c'est-à-dire, le désespoir, lorsque les hommes se voient aban- 
donnés de Dieu. 'Des consciences bourrelées de remords s'ef- 
frayent de tout; la chute d'une feuille n'a jamais tué personne, 
cependant elle suffirait pour faire fuir un cœur dont le déses- 
poir aurait pris possession. — Le docteur Luther ajouta : « Je 
voudrais que Zwiugle fût sauvé , mais je crains qu'il n'en ait 
été autrement ; car Jésus-Christ nous a dit que ceux qui^ le 
renient seront condamnés. Les impies seront donc réprouvés. » 

DBS ANGES. 

Quelqu'un demanda au docteur Luther, ce qu'était un ange* ; 

* La question que soulève ici Luther a été l'objet de deux dissertations 
spéciales, l'une de G. Less, Num beat i parentes suos libéras, conjuges, 
etc., quibuscumin terris vixenmt, in ista vita denuosint agnituri? (GOl^ 
tiog., 1772, 40); l'autre de C. G. Hoffmann, iln in vila œtema animas bea- 
torum corpore separalœ^ sint se invicemvisurœ atquenosciturœ?(Vileb^ 
1772, 4'>). Un autre Allemand a publié sous le litre de « nous nous rêver- 
rons » un livre qui fit sensation, et, tout récemment, un savant ministre 
anglican a mis au Jour une dissertation curieuse, On ihesex in Ihe world 
io corne ; les sexes seront-ils distingués dans la vie future ? 

* Donnons ici rindication des principaux auteurs qui ont écrit sur les 
anges des volumes assez peu consultés de nos jours : Eximenez (Ft.), la 
livre -des Saints orages, Genève, H78, plusieurs fois réimprimé , et tra- 
duit en diverses langues, même en catalan; Stuckius, de Angelis, 1595, 4»; 
Casmann, Angelographia, 1597, 1M5 ; HerreoKbmidt , Theatrum ange- 



DES ÀMGES. 'iJ^t 

il répondit : a Un ange est une créature spirituelle, que Dieu a 
créée sans corps, pour le service de la chrétienté et de TËglise.» 



SOS 

En 1538, le jour de saint Michel , le docteur Luther parla lon- 
guement des anges, disantquec*étaientdes esprits, non chargés 
d^un corps. Il exposa ensuite que c^était de bons esprits, et que 
les méchants n^avaient point été créés tels, mais qu'ils étaient 
déchus par suite de leur rébellion contre Dieu ; ils ont corn- 



/onoR, 1629; Musœus, Angelologia apotiotica, 1664 s Voilius , de Angelo^ 
rum naturoy 1595, i^; Mirus, Angelographiay 168 1, 4o; Otlen, Disseriaiio 
de angelis, 1695, 4o; Rhyzelius , Angelologia tripartita, 1672; Herlwig, 
iHssertaiio de substanlia angelorum, 1686, 4*; Engestroeiii, Angelologia 
iiMlalco, 17S7 ; Dannbauenis, DUtert.de autodia angelica, i64i; Ode, 
Cammentatio de angelis, 1739; Tilias, de AngeUi, i665, 4o; Superbi, idea 
angeUca, 1601, 4»; Molineus, de UierarcMa angelica , 1646, 4o; Faie, de 
angelis in génère et specie, 1736 , 4»; Wilisch, de Precibus angelorum 
pro nobis^ 1723, 4«; Loers, de Angelorum corporibus et naturay I73i; 
Meerheim, iïi^/orla angelorum^ 1792, 4o, etc. 

Kous n'indiquerons point les écrits de Deutschmann, de Cotla, de Seiler, 
d'Ekermann, de Roecher, de Gellaria, de Muller, d'Heywood, de Theill, 
de Waldung, de Tarsa, de Carafleld ; mais nons ne saurions oublier l'ou- 
vrage du Jésuite Maldonat, plusieurs fois réimprimé au seizième 
siècle et le plus étendu qu'il y ait sur pareil sujet. 

Quelques savants ont jugé que de toutes les questions à l'étude des- 
quelles l'on peut user sa vie, il n'en est point de plus importante et de 
plus digne d'examen que celle de rechercher quelle est la langue que 
parlent les anges ; c'est un problème qu'ont plus ou moins habilement 
résolu Paschius (de Angelorum lingual Viteb , 1684, 4»); Ehrenberger {de 
Sermone angelorum; Helmst., 1693« 8o); Engel (de Linguis angelorum^ 
Vileb., 1698, 4o)et Maurice Engelfln (Dû^erf. li de linguie angelorum; 
Viteb., 1698, 40). Faick a recherché si les anges connaissent nos pensées, 
(iVum angeli sécréta cordium inielUgunt, Viteb , 1692, 4o); Zaroltus les a 
considérés comme guerriers {de Angelorum pugna^ Venet., 1642, 8»). 
Wernsdorff s'est occupé de leur commerce avec les fliles des hommes 
(Exercit. hist. crit. de comerclo angelorum cum filiabus hominum, Vi- 
teb., 1742, 40), tradition qui a servi de sujet à un poëme bien connu de 
Thomas Bloore [The loves of the Angels), et sur laquelle la Zauber Bl- 
àliothek de Horst (Mayence, 1826, 6 vol. 8») renferme (tom. V et VI) une 
dissertatioq curieuse, 

24. 



ara PROPOS D£ TABLE DE MARTIN LUTHER. 

mencé dans le paradis et ils continuerunt, Jusqu^à la fin du monde, 
à combattre Jésus-Christ et TÉglisç. Il montra ensuite quelles 
étaient les fonctions des anges qui sont, ainsi que Ta dit saint 
Paul ( Épître aux Hébreux , chap. i , v. 14) « des esprits admi- 
nistrateurs , envoyés pour servir, pour Tamour de ceux qui doi- 
vent avoir Théritage du salut. » 



C'est une grande consolation pour les chrétieds fervents que 
de savoir que des créatures aussi pures et aussi parfaites que les 
auges nous assistent et nous servent avec Gdélité, faisant des 
choses qu'un pauvre et misérable mendiant aurait honte dé faire 
pour Rendre service à un autre. 11 faut donc enseigner avec 
soin , méthode et attention, ce qui concerne les anges. Celui qui 
n'en parle pas avec la méthode que prescrit la dialectique, s'ex- 
pose à dire bien des choses erronées, étrangères à son sujet , 
mais il n'édifie rien de sérieux. 

iOf 

Les anges nous protègent contre les démons qui sont auprès 
de nous et qui cherchent sans relâche à nous nuire, mais qui ne 
peuvent accomplir leurs mauvais desseins. 

Il ne serait pas avantageux pour nous de savoir avec quelle 
vivacité les saints anges combattent en notre faveur contre le 
diable, et combien- la lutte est acharnée et difficile. Si nous Sa- 
vions combien d'anges occupe un seul diable , nous tomberiobs 
dans le désespoir. Aussi l'Écriture sainte n'en parle-t-elle qu'en 
peu de mots , comme dans le psaume xii : « Il donnera charge 
de toi à ses anges , atin qu'ils te gardent en toutes tes voies » ; et 
psaume xxxiv : « L'ange de l'Ëternel campe autour de ceux 
qui le craignent et les garantit. » Mais ne sois pas dans la peine« 
bannis le trouble et le désespoir ; ne doute pas de la protection 



D£ L^ÉCRittJRfe SAINTE. 285 

et de la sauvegarde des anges ; ils sont autour de toi et ils te 
portent sur leurs mains ; reste donc sans inquiétude , car Dieu 
Ta dit et c*est chose assurée. Nous lisons dans le livre de Job 
( ch. lY, V. 18 ) : « Voici , il ne s^assure point sur ses serviteurs, 
et i\ itaet là lumière dans ses anges. » 

mm 

Le docteur Luther dit un jour : « C'est une idée que j'ai et 
dont je suis bien persuadé; les anges sont tous en mouvement; 
ils revêtent leur armure , ils bouclent leur cuirasse , car le der- 
nier jour approche et ils se préparent au combat, et ils précipi- 
teront le pape et le Turc au fond de Tenfer. » 

Le docteur Gaspard Greuziger a entendu le docteur Luther 
raconter Thistoire suivante : Non loin de Zwickau , Tenfant 
d'un villageois s'était égaré en hiver dans un bois et il avait été 
forcé d'y passer la nuit ; il vint à tomber beaucoup de neige, et 
Tenfant resta trois jours dans la forêt ; mais chaque jour , un 
homme vint à lui, et après lui avoir apporté à manger, se retira. 
Le troisième jour, l'homme, après avoir encore apporté de la 
nourriture à l'enfant , le conduisit hors de la foret, sur la route 
qui menait au village. L'enfant, ayant rejoint ses parents, leur 
raconta ce qui lui était arrivé, et le docteur Luther a dit que 
c'était un ange qui avait pris la forme de cet homme. 

BB VÈCtLlTVtm SAIlVTfe. 

Le docteur Martin Luther parls^nt une fois de la Bible ou de 
PÉcriture sainte avec Philippe Mélanchton, avec le docteur Juste 
Jonas et avec d'autres, dit qu'elle était comme une très-grande 
et vaste forêt où croissent toutes sortes d'arbres en très-grand 
nombre et où l'on pouvait cueillir du fruit en abondance; car 
l'on trouvait dans la Bible : consolation, instruction, édificationi 



284 PROPOS DE TABLE DE MARTIN LUTHER. 

admonition et satisfaction ; et il ajouta qu*il n*y ayait aucun arbre 
dans cette forêt qu*il n*eût secoué et dont il n*eût fait tomber un 
couple de fruits. 

Le docteur Luther dit une fois que la Bible était la parole et 
le livre de Dieu, et que tout ce qui existe et ce qui est dans le 
monde est décrit dans le premier livre de Moïse sur la création. 
Un grand nombre de princes ont tenté de détruire et d'anéan- 
tir ce livre; le roi Alexandre le Grand, les souverains de TÉ- 
gypte et de Babylone, les monarques de la Perse, de la Grèce et 
de Rome, les empereurs Jules-César et Auguste ; mais ils n*ont 
pu accomplir leurs projets, et le Livre est demeuré triomphant 
et entier, tel quMl avait été écrit. Qui est-ce qui le conserve, et 
qui est-ce qui l*a protégé contre de si rudes attaques? Personne 
sur la terre; mais c'est Dieu même; et ce n*est pas sans un grand 
miracle que ce livre a été conservé, car le diable et le monde 
lui sont très-hostiles. Et je crois que le diable a détruit beau- 
coup de bons livres que possédait TÉglise, tout comme il a tué 
et mis à mal un grand nombre de saints personnages à Tégard 
desquels nous sommes aujourd'hui dans l'ignorance; mais il a 
été forcé de laisser subsister la Bible. Le baptême, le sacrement 
de l'autel, du véritable corps et du sang de Jésus-Christ, et la 
prédication nous sont également restés pour nous défendre con- 
tre tant de tyrans et de persécuteurs. Homère, Virgile et sem- 
blables grands, beaux et utiles livres, sont des livres d'une 
grande antiquité, mais ils ne sont rien en comparaison de la 
Bible. 

Le docteur Luther parla un jour des livres apocryphes de l'É- 
criture ',et il dit: « L'auteur du livre de r Ecclésiastique prêche 

' Les protesianls rejettent, sous le nom d'écrits apocryphes de 
l'ancien Testament, les livres el portions de livres ci-après, qui ne sont 
pas dans rbébreu, qu'on ne trouve que dans les Septante et que l'Eglise 
romaine a admises , leur donnant la désignation de deutéro-canoniques : 
Tobie, Judith, \a Sagesse, r Ecclésiastique, Barruch, les Machabées, Ef- 
ther depuis le cb. x, v. 4, jusqu'au ch. xvj, v. 34, Daniel, ch. m, v. 94 
à 90, etch. xmetxiv. 



DE L^ÉCRITORE SAINTE. Î85 

bien la loi, mais il n*est pas un prophète. Ce n'est pas rouTrage 
de Salomon, et les Proverbes aussi, qui portent le nom de ce 
monarque, ont été recueillis par d'autres. Quant au troisième 
livre, celui d'Esther, je le jette dans FEIbe. Le livre de Judith 
n^est pas une histoire, mais un poème, une composition dans le 
genre des légendes des saints. Le livre de Tobie est une comé- 
die. Je suis tellement ennemi du second livre des Maehabées 
et du livre d'Esther, que je voudrais qu'ils ne nous fussent point 
parvenus. Les discours d'aucun des prophètes n'ont été mis in- 
tégralement par écrit; c'est plus tard que leurs disciples et leurs 
auditeurs ont réuni l'un un discours, l'un un autre, y ajoutant 
après coup et en formant ainsi la collection. 

Pendant la papauté, la Bible était inconnue aux peuples ^ Le 
docteur Carlstadt ne commença à lire la Bible que huit ans après 
avoir été nommé docteur ; cette lecture l'amena, ainsi que le 
docteur Pierre Lupin, à entreprendre celle des écrits d'Augus- 
tin. 

Gomme l'on parlait un jour de la traduction de la Bible, le 
docteur Luther dit que 341 ans avant la naissance de Jésus- 
Christ, les Septante, c'est-à-dire les soixante et dix interprètes, 
docteurs et scribes de Jérusalem, avaient traduit les cinq livres 



* La première IraductioD complète de la Bible en ft-ançais , œuvre de 
Jacques LeFévre, parut à Anvers en 1530. L'IUlie avait déjà la version de 
Nicolo di Mallermi, mise au jour à Venise en 1471 et plusieurs fois réim- 
primjèe dans le quinzième siècle. En espagnol , nous n'avons rien à citer 
avant la Bible imprimée A Ferarre en 1553 ; mais une traduction limou- 
sine avait éié exécutée à Valence en i478. La plus ancienne Bible en lan- 
gue allemande porie la date de 1477 (Augsbourg), chez A. Sorg. L'an- 
cien Testament, mis en hollandais , sortii en 1477 des presses de Jacob 
Jacobs, à Delft. On connaît deux bibles bohémiennes, Prague, 1488, et 
Kultenberg, 1489 ; mais ce ne fUl qu'en 1535 que parut une traduction 
complète en anglais. On voit cependant que l'asserlion de Luiher est 
trop absolue. 



286 PROPOS DE TABLÉ DE MARTIN LUTHER. 

de Mcfise et les Prophètes, de Thébreu en grec, du temps du 
grand-prêtre Ëléazaretà la demande du roi d'Egypte, Ptolémée 
Philadelpbc, et ce roi avait dépensé de grosses sommes fiotir 
avoir celle traduction *. Cent vingt-quatre ans après là mort de 
lésus-€hHst, un Juif, nommé Âquila, après avoir embrassé la 
foi Cbrétienne, traduisit Tancien Testament de Tbébreu en grec, 
du tenips de Tempereur Adrien. Cinquante-trois ans après cet 
Aquila, Tivait Théodose, qui a aussi traduit la Bible. Et Sym-^ 
maque, trente ans après Théodose, a également accompli la 
même tache sous l'empereur Sévère ; et, hiiit ans après Sym- 
maque, un docteur, dont le nom n'est pas connu, a aiissi traduit 
la Bible, et cette traduction, tiui est la cinquième, est celle qui 
est généralement reçue. 

Saint Jérôme corrigea le travail des Septante et des autres 
traducteurs, et il fit passer la Bible de 1 hébreu en ialln, et sa 
version est encore aujourd'hui en usage dans les Églises. Il a ac- 
compli ce qui paraissait impossible à un seul homme, mais il 
n^aurait point mal fait s'il avait appelé à son aide un ou deux sa- 
vants personnages, car alors l'Esprit saint se serait manifesté à 
lui aVec plus de force, ain^i que le Seigneur Ta dit dans l'Evangile 
de saint Matthieu : v Lorsque deux bu trois seront réunis en mdii 
nom^ je serai au milieu d'euii. » Et un traducteur ne doit pàÉ 
être seul, car les mots propres et les expressions justes ne s'of- 
friront pas toujours à lui. Les ennemis de la vraie foi se sont tou- 
jours opposés à ce que la Bible fût répandue et qu'elle fût mise 
dans le langage vulgaire, et nous devons rendre de vives actions 



' Ube histoire détaillée des Septante ou des soixante-douze inierprëtes 
(jtli traduisirent la bible en greô, à la demande de Ptolémée Pbiladclphe, 
nous est parvenue sous le nom d'Arisiée ; nnâis la critique moderne re- 
garde le tout Cdftime une fAbie imaginée par quelque juif d'Alexandrie. Il 
est hors de doute (|ue la version des Septante a été faite par parties et à 
diverses époqUes, mais antérieurement à la coHquête de l'Egypte par les 
llomains. 



de grâces à Dieu de ce que nous avons pu ici même» à WUtem- 
berg, la traduire en langue allemande. 

Le docteur Luther dit un jour que la sainte Ecriture était 
pleine de vertus et de dons spirituels, et que tous les livres des 
païens n'enseignaient rien au sujet de la foi, de Tespérance et 
de la charité ; ils ne donnaient aucune notion à cet égard et ils 
ne concernaient que ce qui est terrestre et ce que la raison peu! 
comprendre, mais il ne fallait y chercher nul motif de confiance 
et d*espoir en Dieu. Nous n'avons qu'à voir dans le Psautier et 
dans le livre de Job combien ces deux livres renferment de traits 
pour nous portera la foi, à la résignation et à la prière. En somme, 
rÉcriture sainte est le plus parfait et le meilleur des livres, rem- 
pli de consolation pour toutes les tribulatipq^ ; il nous enseigne 
qu'à cette vie misérable et douloureuse succède une autfe.vta 
éternelle. 

Il vint une fois chez le docteur Luther le fi|s d'un dpcteur le- 
nommé, un étudiant actif, zélé et recoipmapdable, qui ne perr» 
dait point son temps à éparpiller de çà et de 14 son application, 
et qui ne prétendait pas s'élever tout d'un coi|p aux sommités 
de la science, mais qui s'en tenait à la base et ^ux premiers élé- 
ments de ses études, c'est-à-dire à se$ Institutions cfu droite et 
il les étudiait avec beaucoup d'assiduité. Les convives du dop- 
teur Luther lui firent un grand éloge de ce jeune l|omme et le 
docteiir Luther dit : « Il agit ainsi sans doute d'après les con- 
seils et les recommandations de son père. Lorsqn'il se sera bien 
rendu maître des principes et du texte de la lot, il ne courra pas 
risque de commettre d'erreurs. Il en est de même d'un théolor* 
gien ; il doit posséder parfaitement la base et la source de la foi, 
c'est-à-dire la sainte Ecriture. C'est ainsi que j'ai confondu et 
réduit au silence tous mes adversaires, car ils s'occupent peu 
d'approfondir l'Écriture ; ils la parcourent avec négligence et 
sans se réveiller tout à fait : ils enseignent, ils écrivent, ils parlent 
suivant ce que leur imagination leur suggère. M^est avis qu'il 
faut aller chercher l'eau à la source ou à la fontaine, c'est-à-dire 
s'adonner i la lecture de la Bible. Celui qui en possédera à fond 
le texte sera un théologien consommé. Bien souvent un seul ver- 
set,ùne sentence du texte en apprend plus qu'une foule de gloses et 



tm l>RaFOS DE TàttE DE MAllTIK LlTTHEE. 

de commentaires qui manquent de force et qiu ne nom enl 
cent rien dans le cœur. 



liWwndonnons pciini b Bible, disait un jour le dock*urI 
mais Ksons-la et pr(ïchoD&-la avec zèle et dans la crainte de I 
partout où elle fleurit, prosjière et obtient Inattention convea 
tout va bien. Elle est la souveraine et rirapératrice de toutes iS" 
sciences et de toutes les facultés>i* 



m 



Les choses se maintiendront taut que ceux qui sont encore en 
vie et qui s'appliquent avec zèle à la parole de Dieu, tant qoe 
Philippe Mélanchton et d'aulres pieux et savants personnage» 
quim^onlvu et entendu, seront encore de ce monde; mais après 
leur mort, et lorsque ce temps-ci sera passé, il y aura une grande 
décadence. Et nous en avons un exemple dans le livre des Jugei, 
Car il y est dit (ch. ii, v. 10) : a Toute cette génération avait élé 
recueillie avec sesjrères, puis une autre génération s'était levée 
après eux qui n'avait point connu rEternel, ni tes œuvres qu'il 
avait faites pour Israël. » De même, après la mort des apôtrei, 
il y eut des chutes éclatantes^ et même^ JQJBam 'ils étaient encore 
en vie, il survint dans rEglise, ainsi ^fl|^^HIftul s'en est i 
une grande chute parmi les ( 
Et nous aurons beaucoup à sou 
baptîstes 




DE l'écriture SAlNTfi. 289 

CTest ainsi que nous ne saurions nous élever à tout ce que ren- 
ferme cette ligne d'une épître de saint Pierre (!'• 6p., ch. iv, 
V. 13) : a Autant que vous participez aux souffrances de Jésus- 
Christ, réjouissez-vous, afin qu'aussi à la révélation de sa gloire 
vous soyez remplis de joie. » Saint Pierre veut que nous soyons 
gais et joyeux dans la tribulation , et que nous baisions, comme 
des enfants, les verges qui nous frappent. Que pensent de cela 
ces épicuriens, ces esprits orgueilleux qui méprisent et corrom- 
pent TEcriture sainte, tout en pil§tendant qu'ils l'ont étudiée ; 
ces gens qui sont, comme les docteurs S. et M. E., la peste et le 
poison delà religion, et dont l'aveuglement et la folie sont le fniit 
de leur défaut d'attention et d'obéissance à la parole de Dieu t 
Ah ! mon Dieu ! comme nous devrions agir avec tremblement en 
ta sainte présence et nous soumettre à ta parole, la méditant et 
nous y appliquant de notre mieux ! Nous voyons que les païens 
eux-mêmes étaient remplis de tant de zèle et d'ardeur pour leur 
fausse religion, que les jeunes femmes et les matrones ont con 
sacré leurs cheveux à l'ornement des temples. » 



9QC 



Le docteur s'étendit beaucoup un autre jour touchant la grande 
puissance de l'Ecriture sainte, et combien elle était au-dessus de 
toutes le% connaissances des jurisconsultes et des philosophes. 
Ces dernières étaient choses bonnes et utiles, mais elles étaient 
mortes et sans vie en comparaison de la Bible. Il fallait la voir 
avec d'autres yeux que tout autre livre. 



aos 



Le docteur Luther dit une autre fois que les enfants du monde 
croyaient qu'il n'y avait rien de si facile que l'élude de la théo- 
logie, mais qu'ils se trompaient beaucoup ; et il dit : « Je donne- 
rais tous mes doigts, à l'exception de trois, pour que ce fût aussi 
aisé qu'ils se l'imaginent. » 

35 



S90 PROPOS DE TABLE DE MARTIN LUTHER. 

En 15i6, le docteur Luther se rendit à Eisleben où il ne passa 
que deux jours, et il écrivit sur une bande de papier un passage 
en latin qu'il plaça sur sa table. Le docteur Juste Jonas, surin- 
tendant à Halle, qui était alors à Eisleben, a gardé ce papier, 
et moi, Jean Aurifaber, je Tai copié, a Personne ne peut bien 
comprendre les Bucoliques de Virgile, s'il n'a été cinq ans pas- 
teur. Personne ne peut comprendre les Géorgiques de Virgile, 
s'il n'a été cinq ans cultivateur. Personne, à mon avis, ne peut 
comprendre à fond les Epitres de Cicéron, s'il n'a été, durant 
vingt ans, mêlé aux affaires publiques d'un Etat. Que personne ne 
se croie en état de comprendre l'Ecriture sainte s'il n'a, durant 
cent ans, gouverné l'Eglise avec les prophètes, avec Elle et Eli- 
sée, saint Jean-Baptiste, avec Jésus-Christ et les apôtres. N'y 
prétends donc point, mais adore les traces de cette Enéide divine. 
Nous ne sommes que des mendiants ; telle est la vérité. 16 fé- 
vrier de l'an 1546. » 

Une autre fois, le docteur Luther dit que les puissants et les 
docteurs ne comprennent pas la parole de Dieu, mais qu'elle se 
révèle aux petits et aux humbles, ainsi que le Sauveur en a rendu 
témoignage dans l'Evangile selon saint Matthieu (ch. xi, v. 25) : 
« O Père, Seigneur du ciel et de la terre, tu as caché ces choses 
aux sages et aux entendus, et tu les as révélées aux petits enfants.» 
Et U ajouta : a Grégoire a eu bien raison de dire que.l'Ecriture 
sainte est un torrent d'eau vive où un éléphant peut nager et 
qu'un agneau peut passer sans que ses pieds cessent de toucher 
le fond. » 

Le docteur Juste Jonas parla un jour au docteur Martin Lutber 
d'un homme noble et puissant du pays de Misnie qui s'appliquait 
par-dessus toutes choses à ramasser beaucoup d'or et beaucoup 
d'argent, et qui était tellement livré à son aveuglement^ qu'il ne 
faisait nul cas des cinq livres de Moïse. Ce noble avait une fois 
répondu au duc Jean-Frédéric, électeur de Saxe, qui l'entrete- 
nait longuement de l'Evangile : « Seigneur, l'Evangile ne rap- 



DE L^iSCRITURE SAINTE. 291 

porte aucun profit. » Alors le docteur Luther dit : « Y avait-il là 
du son?» Et il raconta une fable, comme quoi le lion avait un jour 
invité tous les animaux à un festin et ils avaient été traités 
splendidement, et la truie avait été également invitée. Et, lors- 
qu'elle vit la table couverte des mets les plus recherchés et les 
plus exquis, elle demanda : « Y a-t-il du son? » Il en est de 
même, ajouta le docteur, de nos épicuriens. Nous autres prédi- 
cateurs, nous leur offrons dans nos égFises les metsjes plus ex- 
quis et les plus inestimables, comme la vie éternelle, la rémis- 
sion des péchés et la grâce de Dieu ; ils détournent leurs grouins 
et ne cherchent que des écus : on offrirait à une vache de la 
muscade, elle aimerait mieux manger de la paille d'avoine. Et 
ceci rappelle ce que les paroissiens d'un certain curé lui répon- 
dirent. Il se nommait Ambroise R., et comme il exhortait ses 
paroissiens à venir écouter la parole de Dieu, ils lui dirent : 
« Oui, notre digne curé, si vous faites apporter et défoncer dans 
réglise une barrique de bière, et si vous nous engagez à venir en 
prendre, nous irons volontiers vous écouter. » L'Evangile est à 
Wittemberg comme la pluie qui tombe dans l'eau et qui produit 
peu de bons effets, mais si cette pluie tombe sur une terre aride 
et desséchée du soleil, elle la rend fertile. 

Le docteur Luther dit un jour : « La grande ingratitude , le 
mépris de la parole de Dieu et la méchanceté que je vois régner 
dans le monde m'épouvantent, et me font craindre que la lu- 
mière divine ne cesse bientôt d'éclairer les hommes. Du temps 
des rois de Juda, Baal est déjà venu obscurcir la clarté ô^ la pa- 
role de Dieu, et l'on a eu beaucoup à faire pour arracher son 
empire du cœur des hommes. Du temps même des apôtres, il y 
a eu des hérésies , des erreurs et de mauvaises doctrines ré- 
pandues par de faux frères. Arius vint ensuite, et la parole de 
Dieu fut couverte de ténèbres, mais les saints Pères, Ambroise» 
Hilaire, Augustin, Athanase et beaucoup d'autres lui rendirent 
son éclat. La Grèce et beaucoup d'autres pays ont eu la parole 
de Dieu , mais elle les a abandonnés. Il est à craindre qu'elle 



S92 PROPOS DE TABLE DE MARTIN LUTHER. 

ne quitte rAUemagne et ne passe en d'autres contrées, inespéré 
que le jugement dernier n*est pas loin et qu'il ne se fera pas at- 
tendre beaucoup d'années. Les ténèbres s'épaississent et les bons 
senriteurs appliqués aux bonnes œuvres deviennent de plus en 
plus rares; l'impiété et la licence prévalent dans le monde et 
nous vivons comme des truies, comme des bëtes sauvages et 
privées de raison. Mais une voix se fera tout à coup entendre : 
« Voici que l'époux arrive. » La patience de Dieu sera épuisée, 
il viendra châtier, au dernier jour, le mépris de sa parole. 

Le docteur Luther dit : « Tous les maux qui nous aflligent 
viennent de ce que l'Ecriture sainte est délaissée ; il y aura bien- 
tôt une telle pénurie de prédicateurs et de desservants, qu'il 
faudra renoncer à entendre la parole de Dieu. Il reste assez de 
médecins et de jurisconsultes pour mener le monde, mais il faut 
avoir deux cents ministres dans un pays où un seul jurisconsulte 
serait suffisant. Quand même il n'y aurait à Erfurth qu'Hun seul 
jurisconsulte, ce serait assez. Mais il n'en est pas de même pour 
les ministres; chaque village et chaque hameau doit avoir le 
sien. Mon Dieu ! l'électeur de Saxe aurait assez de vingt ju- 
risconsultes pour tous ses sujets , mais il lui faut bien dix-huit 
cents ministres. Nous serons obligés de faire des ministres avec 
les gens de loi et avec les docteurs en médecine. » 

Le docteur Luther dit un jour que ceux qui ne voulaient point 
prêter l'oreille à ses instructions tant qu'il était en vie, se ré- 
jouiraient aussitôt qu'il serait mort , et il ajouta : « Que chacun 
songe à récolter tant que la moisson est encore sur pied, ainsi 
que notre Seigneur l'a recommandé (saint Jean, cli. xii, v. 35). v 
Et il recommanda la lecture continuelle, et la méditation atten- 
tive de l'Ecriture sainte. 



BE L^ÉCBITURE SAINTE. 293 

Une fois on annonça au docteur Luther une fâcheuse nou- 
velle tandis qu'il était à table ; il dit : « L'Evangile nous annonce 
toujours d'heureuses nouvelles, etelles sont certaines, puisqu'elles 
nous viennent du ciel et que c'est Jésus-Christ, notre sauveur, 
qui nous les envoie ; autrement il est bien difficile de recevoir 
d'heureuses nouvelles en ce monde. C'est un bien graud don et 
une grande grâce que d'être persuadés que Dieu nous a parlé ; 
si nous en étions pleinement convaincus, nous serions heureux.» 

Quand je suis dans de rudes tribulations, alors j'aime mieux 
me mêler parmi mes pourceaux que de rester seul et de me 
trouver dans la solitude. Le cœur humain est comme une meule 
dans un moulin ; lorsque l'on jette dessus du grain, elle tourne, 
le brise, le broie et le réduit en farine ; mais s'il n'y a pas de 
grain pour le moment, la meule tournant toujours s'use et s'a- 
mincit, et s'amoindrit elle-même de plus en plus; de même, le 
cœur d'une créature humaine a besoin d'être'occupé ; s'il n'a pas 
les occupations de son état pour lui donner de remploi, le dia- 
ble vient, il y lance des tribulations , des vexations, des pensées 
fâcheuses, et le cœur se consume de mélancolie, tellement qu'il 
doit sécher d'inanition et périr. Bien des gens se livrent à la 
perplexité et au chagrin jusqu'à ce qu'ils en meurent, ainsi que 
l'a dit Syrach. 

Le docteur Luther se plaignit un jour de la multitude des 
livres , disant qu'il n'y avait ni terme ni mesure dans cette 
occupation d'écrire, et que chacun voulait s'ériger en auteur, et 
il dit : « Les uns agissent ainsi par vanité, parce qu'ils veulent 
devenir célèbres et acquérir un nom. D'autres le font par 
amour du gain et du lucre, et ils augmentent ainsi le mal. La 
sainte Bible a été ensevelie et comme enterrée sous tant de 
commentaires et de livres, que l'on ne fait plus attention au 
texte. Dans toutes les sciences, les plus habiles sont ceux 
qui ont fait une lecture approfondie des textes et qui les pos- 
sèdent complètement. Un bon jurisconsulte doit avoir parfai- 

25. 



Z94 PROPOS M TABLE DE MARTIN LUTHER. 

tement présents les textes de la loi ; mais, de nos jonrs, Tatten- 
tion ne s'est portée que sur les interprétations et les gloses. 
Quand j'étais jeune, je m'attachais beaucoup à la Bible, je la 
lisais assidûment et je m'en étais rendu le texte si familier» 
qu'il n'y avait pas un seul verset dont je ne susse où trouver la 
place. Je lus ensuite les commentateurs , mais je dus y renon- 
cer et les écarter de moi, car j'y trouvais beaucoup de choses 
que ma conscience ne pouvait approuver et qui étaient contraires 
à la Bible, et il vaut beaucoup mieux voir avec ses propres yeux 
qu'avec ceux d'autrui. Je voudrais que tous mes livres fussent 
enfouis sous terre dans un trou de neuf aunes de profondeur, à 
cause du mauvais exemple qu'ils donneront, en ce sens que 
beaucoup de gens voudront m'imiter et qu'ils composeront une 
foule de livres, dans l'espoir qu'ils deviendront célèbres. Non, le 
Christ n'est pas mort pour favoriser notre vanité, et afin que nous 
obtenions de la gloire et de la renommée ; mais il est mort pour 
que son nom seul soit glorifié. » 

Jq^ crois que les paroles du symbole des apôtres sont l'œuvre 
du ^int-Esprit; seul il peut énoncer d'aussi grandes choses en 
termes aussi précis , aussi expressifs, aussi forts. Aucune créa- 
ture humaine n'aurait pu s'exprimer de la sorte ; dix mille mon- 
des se seraieht en vain eflForcés d'y réussir. Les termes du sym- 
bole doivent donc être l'objet de la plus sérieuse attention. 
Pour moi, je ne saurais assez les admirer. 

Lorsque j'étais moine, j'étais fort versé dans les significations 
spirituelles, j'étais fort sur les allégories, il n'y avait en moi que 
de l'art ; mais ensuite, lorsque l'épitre aux Romains m'eut un 
peu mené à la connaissance de Jésus-Christ, je reconnus que 
toutes les allégories étaient vaines. Avant cette époque, je tour- 
nais tout en allégorie , même les besoins les plus humiliants de 
l'humanité. Mais ensuite je réfléchis sur les faits historiques, 



DE l'écritcre sainte. 29S 

je vis combien il était difficile que Gédéon combattit tes enne- 
mis de la façon dont l'Ecriture le raconte ; il n'y avait pas là 
d'allégories , ni de signification spirituelle , mais l'Ksprit saint, 
dans ce passage , dit simplement que la foi a battu, avec trois 
cents hommes, une si grande multitude d'ennemis. Saint Jérôme 
et Origène (Dieu leur pardonne] ont été cause de ce que les 
allégories ont joui d'une si grande estime. Mais Origène tout en- 
tier ne vaut pas une seule parole de Jésus-Christ. Maintenant 
j'ai renoncé à toutes ces folies, et ma meilleure méthode est 
d'interpréter l'Ecriture par le sens naturel ; c'est là qu'il y a 
vie, force et doctrine ; ailleurs il n'y a qu'absurdité , quel que 
soit l'éclat dont elle brille parfois. Cest de cette manière que 
Muntzer envisageait le chapitre de saint Jean : « Si un homme 
n'est pas né une seconde fois de l'eau, etc. » : l'eau, disait-il, si- 
gnifie la tribulation ; mais saint Augustin nous a enseigné la 
règle véritable, c'est que les figures et allégories ne prouvent 
rien du tout. 

Quelqu'un demandait au docteur Luther son psautier qui 
était vieux et déchiré, lui promettant de lui en rendre un nou- 
veau ; le docteur s'y refusa, parce qu'il était habitué à son 
exemplaire *. Il ajouta : « La mémoire locale est fort utile, et 
j'ai troublé la mienne en traduisant la Bible. C'est un conseil 
fort sage que de puiser à la source et de lire la Bible avec 

' Bon nombre de savants , obligés de faire un fréquent usage de livres ; 
partagent la façon de voir, la manie, si Ton veut, de Luther ; ils s'accoo* 
tument si fortement aux exemplaires des ouvrages dont ils se servent 
d'habitude, qu'ils ne travailleraient pas aussi bien avec d'autres entière- 
ment identiques, mais qu'ils n'ont pas l'habitude de feuilleter. On cite en 
ce genre Tobstination du traducteur d'Hérodote, Larcher , qui ne voulut 
Jamais se servir que de volumes Idi appartenant. Son collègue Langlès ayant 
reçu de Londres, à une époque où les communications étaient très-diffi- 
ciles, le travail du célèbre Rennel sur la géographie de l'historien grec, 
s'empressa de le porter au vieux savant, le mit à sa disposition. Il fut 
bien surpris d'entendre Larcher le remercier sèchement et lui dire : « J'ai 
pour principe de ne jamais travailler avec des livres qui oe lODt pas à 
moi.» 



296 PROPOS DE TABLE DE MARTIN LUTHER. 

assiduité; celui qui possède bien lesteitesest un boa théolo^ 
gien. Un seul passage de la Bible a plus de vertu que quatre 
volumes de commentaires. Les Pères ont obtenu une grande 
autorité, cela a été au détriment de la Bible. x> 



Les mots de la langue hébraïque ont une énergie particu- 
lière ; il est impossible de s*énoncer ainsi dans une autre lan- 
gue. Pour bien se faire entendre, il ne faut pas traduire mot 
à mot, mais rendre le sens et IMdée. Lorsque nous lisons dans 
le Pentateugue : « ils frappèrent cette ville ; la bouche du glaive » , 
ce sont des hébraismes. Nous nous ferons comprendre en di- 
sant :Jls dévastèrent cette ville; un glaive acéré. En traduisant 
Moïse, je voudrais en ôter les hébraismes, mais c*est une rude 
tâche qu'une semblable traduction, et il se rencontre toujours 
des gens qui prétendent en savoir plus que nous ; ils me re- 
prennent sur un mot, et je pourrais, s'ils faisaient le travail que 
j*ai accompli, les attaquer sur cent. 

iOi 

Le docteur Luther parlait souvent de Tefficacité de TEcrlture 
sainte « qui surpasse de beaucoup tous les autres arts et toute la 
science des philosophes, des jurisconsultes, des médecins, quoi- 
que celle-ci soit bonne et nécessaire à la vie, mais qui est vaine 
et morte pour ce qui concerne la vie éternelle. La Bible doit 
être regardée avec des yeux tout autres que les écrits des auteurs 
profanes. Celui qui renonce à lui-même fera de grands progrès 
dans la Bible; et le monde ne peut le comprendre, puisqu'il ignore 
la mortification qui est un don de Dieu. Remarquez qu'Adam, 
qui n'eut que deux fils, appela 1» premier Gain , c'est-à-dire 
po#«e#«etir,fnat/r0; Eve pensait que son second enfant serait 
une fille ; mais quand elle eut un fils , elle lui donna le nom 
d'Abel , qui signifie vanité, néant, comme pour dire : « Je suis 
misérablement trompée dans mon attente. » C'est la figure du 
monde et de l'Eglise ; car l'impie Gaïn est le maître de la terre, et 



DE L^ÉGRITDRE SAINTE. 297 

le pieux Abel est assujetti, vexé , maltraité ; mais en présence 
de Dieu, c'est tout Topposé ; Tun est choisi , l'autre rejeté. 
Ismaêl est un très-beau nom, auditeur de Dieu ; Absalpn si- 
gnifie le père de la paix ; mais ce furent des impies, des sédi- 
tieux et des rebelles à la parole de Dieu. Il nous faut aimer la 
Bible et nous y appliquer avec beaucoup d'assiduité. » 

Quiconque reconnaît que les Ëvangélistes ont rapporté la pa- 
role de Dieu, sera bienvenu de nous; quant à celui qui le nie, 
je ne lui adresserai pas un mot , car Ton ne peut disputer avec 
ceux qui rejettent les premiers prinpipes; les Juifs, les gentils, 
les Turcs conviennent que la Bible est un livre sacré. Il lui a 
été rendu les témoignages les plus complets. — Maître Forstheim 
dit alors : « Selon bien des gens, le Pentaieuque n'est pas l'œu- 
vre de Moïse *. » Le docteur Luther répondit : « Qu'importe? 
Si ce n'est pas Moïse qui l'a écrit , c'est toujours le livre de 
Moïse, qui a très-bien relaté la création du monde. Il faut éviter 
de traiter des questions inutiles et dépourvues de sens. » 



' Le docteur Luther dit un jour que Dieu lui-même nous parlait 
dans sa sainte Ëcriture : a Si vous le croyez du fond de votre 
cœur , songez à ce que mérite celui qui pense d'une manière et 
qui agit de l'autre. D'un seul mot Dieu ébranle le monde en- 
tier ; c'est ce qu'a fort bien énoncé le psalmiste : « l'Étemel a 
dit, et ce qu'il a dit a eu son être ; il a commandé, et la chose a 
comparu. » 

' Cette idée a été reproduite k diverses reprises, nolamment par Ri- 
chard Simon, daus son Histoire critique du Vieux Testament, Ce témé- 
raire oralorien attribuait les livres de Moïse à des scribes du temps d'Es- 
dras, lesquels, selon lui, les auraient rédigés sous la direction de la grande 
synagogue. 

151 



298 PROPOS DE TABLE DE MARTIN LUTHER. 

Oh! qu'il est beau et heureux d'avoir devant soi la parole de 
Dieu ! L'on peut alors en tout temps être dans l'allégresse et 
dans la sûreté ; l'on ne peut manquer de consolations ; l'on voit 
dans toute sa clarté le chemin de la pureté et de la droiture. 
Celui qui perd de vue la parole de Dieu tombe dans le déses- 
poir ; la voix du ciel ne le soutient plus ; il ne suit que les pen- 
chants déréglés de son cœur et la vanité qui le mènent à sa perte. 
David avait eu bien raison de dire : « Seigneur , tu as rudement | 

tancé les orgueilleux maudits qui se dévoient de tes commande- > 

ments ! » c'est-à-dire , qui ne veulent pas se soumettre à ce ■ 

qu'enjoint la parole de Dieu. j 

/ 

mm I 

Il faut savoir administrer avec discernement la parole de | 
Dieu, car il y a diverses sortes de gens ; lés uns sont troublés et 
enrayés dans leurs consciences; leurs péchés les épouvantent, la I 
colère divine les fait trembler, ils se repentent et frémissent : il ' 
faut leur offrir les consolations que présente l'Évangile. Il y a 
d'autres gens rebelles , endurcis , au cœur révolté et indocile : ' 
ceux-là , il faut les effrayer et leur citer les exemples du cour- i 
roux de Dieu, tels que le feu descendant à la voix d'Élie 
( 2e livre des Rois, ch. v ) , le déluge , la destruction de Sodome ' 
et de Gomorrhe, la ruine de Jérusalem. Sur ces cervelles opi- 
niâtres et revêches frappez fort et dur. ' 

Le docteur Luther parla un jour sur ces paroles de Jésus- 
Christ : « Si quelqu'un m'aime , il gardera ma parole, et mon 
Père l'aimera, et nous viendrons à lui et nous ferons notre de- 
meure chez lui » ; et il dit que le ciel et la terre , que tous les 
rois et empereurs ne sauraient parvenir à construire un château 
digne que Dieu vint l'habiter ; tandis qu'il vient résider , de 
grand cœur, en l'homme qui observe sa parole: Isale a dit 
( chap. Lxvi, V. 1 ) que les cieux étaient le trône de l'Éternel et 
la terre le marchepied de ses pieds ; il n'a pas dit que ce fût sa 



DE l'écriture sainte. 899 

résidence. Lorsqu'on chei;che où habite Dieu, on prouve que 
c'est dans le cœur de ceux qui accomplissent la parole de Jésus- 
Christ. Il a dit lui-même : « Celui qui m'aime observe mes com- 
mandements, et nous ferons en lui notre demeure. x> Rien ne 
pouvait être plus simple , plus clair que cette injonction du Sau- 
veur ; elle peut faire honte à tous les docteurs. Il n'a pas voulu 
s'exprimer d'une manière sublime, mais de la façon la plus hum- 
ble; il ne dit pas : Renoncez aux femmes, à l'argent, aux 
viandes; mais il recommande tout simplement l'observation 
de sa parole. Si je voulais instruire un enfant , c'est ainsi que je 
m'y prendrais pour l'enseigner. 



ioc 



J'exhorte tout chrétien pieux à ne pas se troubler ni se mettre 
en peine, s'il rencontre dans la Bible des discours et des his- 
toires qui le choquent : qu'il réfléchisse que ce qui peut lui pa- 
raître bas ou étrange émane toujours de la souveraine majesté , 
puissance et sagesse. Le livre saint fait tomber au rang des fous 
les docteurs et les habiles; il n'y a que les gens pieux et simples 
de cœur qui puissent le comprendre, ainsi que l'a dit Jésus-Christ. 
« Tu as caché ces choses aux sages et aux entendus, et tu les as 
révélées aux petits enfants » ( S. Math. ch. xi, v. 25). Tenons- 
nous-en donc à cette source d'une abondance souverainement 
riche, qui ne peut jamais s'épuiser et dont on ne saurait trouver 
le fond. L'Écriture contient des langes et des haillons dont l'as- 
pect est misérable , mais ils enveloppent Jésus-Christ, tel qu'il 
était dans la crèche. 

On demanda au docteur Luther comment Dieu s'était montré 
aux patriarches. Car saint Jean a dit : « Nul homme ne vit ja- 
mais Dieu 9 ( chap. i, v. 18 ), tandis que Jacob s'exprime ainsi 
( Genèse, ch. xxxii , v. 30) : « J'ai vu Dieu face à face. » Le 
docteur répondit : « Dieu a conversé avec les patriarches en se 
montrant à eux, mais sous un voile; ce n'est pas Dieu lui-même 



300 PROPOS DE TABLE DE MARTIN LUTHER. 

qu'ils ont yu , mais' la figure de Dieu i. » La parole divine » les 
sacrements et TÉglise sont pour nous Femblème de la présence 
de Dieu, et c*est ainsi qu*il se manifeste ; mais le monde impie 
et corrompu ferme les yeux à la lumière. 

W5Ê 

DBS TBRTATIONS BT DBS PBRSéciTTlOirS. 

Le docteur Luther dit : « Le Seigneur notre Dieu est le Dieu 
des bumbles et des affligés; il manifeste en eux ses perfections ; 
si nous étions toiyours forts, nous nous enorgueillirions, et Dieu 
ne peut montrer sa puissance suprême que dans notre infirmité. 
Il n'éteint pas une lampe fumante ; le diable au contraire ne 
songe qu*à nous tenter et à nous perdre. Si vous êtes dans la 
prospérité, louez Dieu et rendez-lui-en gr&ces; si vous vous trouvez 
dans la tribulation, priez et invoquez le Seigneur dont la volonté 
s'accomplit sur ceuii qui le craignent. Il est un temps pour la 
paix , pour la guerre, pour la sagesse, pour Tignorance , pour la 
joie, pour la tristesse , pour Taffliction, pour la tentation. Se 
sentir faible dans la foi , c'est désirer être fort. Ah ! c'est une 
bonne portion de la justice que d'aspirer à être juste. Ne vous 
abandonnez jamais au désespoir , mais appuyez-vous sur la pa- 
role de Dieu et sur les exemples des Écritures. Dieu qui a prêté 
assistance à tous les patriarches et aux prophètes ne vous aban- 
donnera pas. » 



Les gens pieux doivent, quand le diable s'efforce de les tenter, - 

lui opposer cette prière, en le tournant en dérision : « Saint Satan, j 

' Le savant oratorien Houbigant , éditeur de la belle Bible hébraTqae, 
mise au jour â Paris en 1753 (4 vdI. iD-folio), a discuté, dans une disserCa- 
U on spéciale, la question qu'effleure ici Luther. II s'est proposé d>xpli- 
quer ce que disent les anciens Pères, principalement les Pères gcecs, des 
fréquentes apparitions du Fils de Dieu aux patriarches avec une nature / 

inférieure â la nature divine. 



DES TENTAtlONS ET DES PERSÉCUTIONS. 301 

prie pour nous ; nous n'avons point péché contre toi , 6 diable ! 
ce n'est point toi qui nous as créés ou qui nous as donné la vie : 
pourquoi nous accuses-tu donc en présence de Dieu ? Fusses-tu 
le plus grand des saints et le juge suprême de tous les saints , 
reçois le pet que nous faisons en tes mains *, et va-f en avec à 
Rome trouver le pape qui est ton ministre. 

SOC 

Le docteur Luther se tournant vers H. W. lui conseilla, lors- 
qu'il était dans rabattement, de recourir à la société des hommes 
et de ne pas rester dans la solitude. « Malheur, dit Salomon, mal- 
heur à c^ux qui sont seuls! Je fuis la solitude lorsque je 
ressens de la tristesse. Ce fut quand Jésus-Christ était seul dans 
le désert qu'il fut tenté par le diable. Les tentations de l'esprit 
surpassent de beaucoup les souffrances du corps. Un moine, 
éprouvant des tentations dans sa cellule , s'écria : « Je ne res- 
terai point ici isolé; mais je sortirai plutôt et j'irai trouver les 
frères. » Le docteur dit ensuite à quelqu'un qui se plaignait 
'de son sort : « La vie de nul homme n'est tranquille ni exempte 
de tentation, et personne n'est satisfait de sa destinée. 
L'homme marié voudrait être célibataire, le célibataire voudrait 
être marié; le serviteur aspire à être maître, et le pauvre à de- 
venir riche. » 

ses 

Le 2 août 1538, le docteur Luther, après avoir été, la nuit pré- 
cédente , fort abattu par la dyssenterie , ressentit des douleurs 
très-vives de sciatique, et il dit : « Que le nom du Seigneur soit 
béni! ces paroles peuvent encore se dire, parce qu'il y a des 
tentations que l'on peut supporter; le péril le plus extrême n'est 
pas encore venu ; maudit le jour où je suis né. Jésus-Christ 
était comme mort lorsqu'il fut tenté dans le jardin des Oliviers et 
qu'il dit : a Mon Père, éloigne de moi ce calice , si telle est ta 
volonté » ; il y avait là une lutte de la volonté, mais bientôt il se 

* In manu svme crepUum ventris. 

28 



MS PR0H>9 PE TiBl^fE DE MÀ&7II9 LCTH^. 

résigna à la volonté d^ son fève et Vange Tint le cofiso)er. 
Jésus-Christ a été tenté en notre chair ; c'est un puissant inter- 
cesseur pour nous auprès de Dieu dans nos tentations. Que la 
colère de Dieu se manifeste dans les malheurs qui nous frappent ; 
si nous faisons pénitence dans des sentiments de foi, alors U 
bonté et la miséricorde de Dieu se manifestent spus sa coléire. » 

Le 8 août, le docteur Luther était malade et sa femme avait 
la fièvre, et il dit : «Dieu m*a assez frappé et châtié, et j'ai été im- 
patient, étant accablé de tant de maux, dyssenterie , sciatique , 
gravelle ; mais Dieu sait bien de quelle utilité il est pour nous 
de souffrir, et c'est ce que nous ne pouvons comprendre. Dieu est 
semblable à un imprimeur qui range les caractères de façon 
quMl faut les lire à rebours ; dans Tautre vie cette impression se 
lira tout naturellement ; en attendant , il nous faut prendre pa- 
tience. Que de bon cœur je mourrais et quitterais lés traces de 
cette vie ! car je suis faible et épuisé par de grands travaux, et 
j'ai à peine un instant de tranquillité ; mais puisque saint Paul 
n'a pu obtenir d'être délivré de l'ange de Satan qui lui donnait 
des soufflets , nous ne devons pas nous attendre à être exempts 
de tentation. » 

Ah ! si saint Paul vivait encore , que je voudrais apprendre de 
lui quelle est cette tentation dont il se plaint ! ce ne fut point 
une révolte de la chair ( comme le prétendent les papistes ) et 
de l'attachement pour Thècle *. Je crois que ce fut un sentiment 
de désespoir au souvenir de ses anciens péchés. li y a dans les 
psaumes des sentiments semblables ; ainsi dans le xxii« : « Mon 

* L'histoire apocryphe do sainte Thècle est rapportée dans le Spicile- 
gium Patrwn s^cuU primi, précieux recueil publié à Oiford en 1698, par 
les soins du savant L. Grabe. Cette légende pleine de naïveté , offrant à la 
fois le double intérêt d'un poëme populaire et d'un monument historique, 
a été l'objet d'une appréciation remarquable de M. Saint-Marc-Girardin 
{Revue de Paris, i82d, t. i«r)* L'ingénieux critique a trës-habilement fait 
ressortir le double caractère de merveilleux d'une part, de vérité de 
mœurs de l'autre, dont est empreint ce récit. 



DBS TENTATIONS ET DES PERSÉCUTIONS. 305 

Dieii ! mon Dieu ! pourciuoi m'as-tu abandonné? » Le livre de Job 
est plein dé pareilles idées; les plaintes du patriarche peuvent se 
résttmer en ceci : « Je suis juste et innocent ; donc Dieu n'a nul 
égard à la justice et à Finnocence des hommes. » Je regarde le 
livre de Joh comme ayant une base historique , mais Ton en a 
fait un poème; la chose est arrivéOi mais les paroles prononcées 
ont été autres. Saint Jérôme et d'autres Pérès n'ont pas été 
exempts de tentations, mais ce sont des tentations de la chair et 
puériles , ce n'est rien auprès dé l'ange de Satan qui sou£Qetait 
l'apôtre ; ne nous y arrêtons donc pas. Si je devais vivre encore 
quelque temps , j'écrirais un livre au sujet des tentations sans 
lesquelles nul hôinme ne t)eiit comprendre l'Ecriture sainte , ht 
parvenir à la crainte et à l'amour de Dieu. Dans chaque verset 
des psaumes il n'est guère question que de tentations , de tri- 
bulations , d'afflictions. La persécution extérieure est préférable 
à l'intérieure; mais les justes tomberaient bientôt dans là tiédeur 
s'ils demeuraient exempts de tentations. — Le docteur Jonas 
exposa alors diverses tentations qui affligent les gens pieux, et le 
docteur Luther répondit : « Il faut prendre patience et s'appliquer 
à l'oraison. Si tout advenait seloh notre volonté , lious devien- 
drions négligents , ainsi 4u'il arrivé aux papistes. La tentatioti 
est un remède qui peut devenir fort profitable.» 

Le diable s'efforce de nous tenter en nous inspirant des pen- 
sées de tristesse et de désespoir. Toute joie et toute paix vient 
de Dieu, l'Esprit saint est notre consolation et notre encourage- 
ment dans les périls et dans les tentations de la mort ; alors il 
faut dire : « Va^t'en, péché, mort, diable et enfer; si tu veux 
m'ôter la vie, tu peux me tuer, mais ma mort ne te servira de 
rien^ et quand même tu m'étranglerais, tu ne nuirais en rien à 
mon àme ; va donc dans le ciel et essaye de faire périr celui qui est 
ma vie; voilà ce que tu ne pourras faire. » — Un esprit allègre et 
content est ainsi un don bien précieux. Dans la loi de Moïse, les 
gens affligés n'étaient pas admis aux .sacrifices, ni près de l'autel. 

éoJÉ 



504 PROPOS DE TABLE DE MARTIN LUTHER. 

Les papistes ont écrit au sujet de saint Benoît que, ressentant un 
jour de violentes tentations d'impureté, il s*était roulé nu parmi 
des épines, afin de chasser le malin esprit. Ils ont exprimé beau- 
coup de plaintes au sujet de ce genre de tentations diaboliques; 
il aurait fallu leur donner le conseil de suivre le précepte et 
rinstitution de Dieu , lorsqu'il a dit : « Il n'est pas bon que 
rhomme soit seul. » 

W5Ê 

Lorsque le diable me trouve oisif, et que je ne pense pas à la 
parole de Dieu, alors il trouble ma' conscience, me suggérant 
que je ne prêche pas la vérité, mais que j'ai occasionné du trou- 
ble dans le gouvernement, et qu'avec ma doctrine j'ai soulevé de 
grandes rébellions et entraîné de grandes offenses. Mais lorsque 
j'ai repris la parole de Dieu, alors je reprends le dessus, je résiste 
au diable, et je lui dis : « Je sais, et, d'après la parole de Dieu, 
je suis certain que cette doctrine n'est, pas de moi, mais la doc- 
trine du Fils de Dieu » ; et je pense en moi-même : quel soin 
Dieu a-t-il du monde, fût-il dix fois plus vaste qu'il ne l'est! Il a 
voulu que son Fils fût roi, et il l'a si fermement établi dans son 
royaume, qu'il ne peut être ébranlé ; car Dieu lui-même a dit: 
a Cest mon Fils, écoutez-le. »•— Le docteur Luther répéta alors 
ce passage du psalmiste : « Maintenant donc, ô rois, soyez enten- 
dus; juges de la terre, recevez instruction. Servez l'Etemel avec 
crainte, et vous égayez avec tremblement. Baisez le Fils, de peur 
qu'il ne se courrouce et que" vous ne périssiez quand sa colère 
s'embrasera tant soit peu. Oh ! que bienheureux sont tous ceux qui 
se retirent vers lui! » C'est-à-dire : «vous coaliserez-vous contre 
le Fils de Dieu? Alors, ainsi qu'il est arrivé aux royaumes des 
Juifs et à d'autres, vous serez entièrement consumés et anéantis 
avec tous vos royaumes, principautés, gouvernements, privi- 
lèges, ordres, lois, pouvoirs, trésors et richesses. » Soyons par- 
dessus tout sûrs et certains de notre cause. Saint Paul se rend 
ainsi témoignage à lui-même : « Je suis un apôtre et serviteur 
de Jésus-Christ, et envoyé "pour instruire les gentils. » Aucun 
homme dont l'esprit est charnel n'est capable de comprendre 



DES TENTATIONS ET DES PERSÉCUTIONS. 305 

cette espèce de louange de soi-même, qui alors était aussi néces- 
saire et indispensable pour saint Paul qu'un article de foi. 

Le docteur Luther dit un jour : a Aucun papiste ne se jettera 
de lui-même dans le feu, tandis que nos gens affrontent volon- 
tiers le feu et la mort, imitant en cela l'exemple des saints mar- 
tyrs, de sainte Agnès, sainte Agathe, saint Vincent et saint Lau- 
rent. Si Ton voulait menacer du feu les papistes qui tiennent à 
leur doctrine, vous verriez combien ils se h&teraient de Tabandon- 
ner. Les empereurs, les rois, les princes, les seigneurs traquent 
et massacrent aujourd'hui les chrétiens; mais le Turc les châtie- 
ra. Les papistes rejettent la domination de Dieu; ils auront celle 
du diable. Nous sommes, nous, des brebis destinées à la bouche- 
rie, «ov^f œeisionis. 

mm 

Tout récemment on a brûlé, à Paris, à la fois, deux nobles et 
deux magistrats pour la cause de l'Evangile; les théologiens ont 
pressé le roi de France si bien, qu'il a mis de ses mains le feu au 
bûcher ■. Nous sommes un innocent troupeau de moutons qui n'ont 
point la liberté d'aller paître dans les prairies, mais qui sontre- 

' Lulber enchérit on peu sur la conduite de François I»; ce monarque 
porta cependant le zèle jusqu'à déclarer que si l'un des membres de son 
corps venait à être infecté de l'hérésie, il ne balancerait pas à le faire cou- 
per, et que si l'un de ses fils SYSit le malheur d'avaler ce poison, il Timmo- 
lerait de sa propre main. Le 21 janvier 1535, il fit brûler, à la suite d'une 
procession expiatoire, six luthériens et une femme, accusés d'avoir affi- 
ché des placards injurieux à l'Eucharistie et au clergé. On avait renchéri 
sur le supplice ordinaire- en imaginant une estrapade ou balançoire qui 
élevait et (ïiisait retomber à plusieurs reprises dans les flammes les mal- 
heureux condamnés. Il y a souvent dans l'histoire des hommes, des -traits 
qui souilleraient celle des bêtes féroces. Quelques auteurs ont prétendu 
que François !«' portait une torche et que, parvenu auprès du bûcher, il 
la remit au cardinal de Lorraine ; voir Théodore de Béze, Hist. eeclésiag- 
tique, 1. 1, p. 21 ; SIeidan, I. IX, f» 144 ; Belcarius, I. XX, p. 644 ; Garnier, 
t. XII, p. 652; Daniel, t. V, p. 654 ; Gaillard, Hist, de François !•', t. VI, 
p. 458; Sismoodi, Hist. des Français^ t. XVI, p. 452, etc. 

26. 



966 PB0P08 DE TâBLE DB MAfttlN LttHfeft. 

tenus à retable ; ils attendent cla'on Tienne les mettre à la broclie 
ou les Jetet dans le poêlon. 

Le chancelier du comte Albert de Mansfeld, George Lauter- 
bacb,^ arriva de Francfort à Eisleben en 1546, et, éunt à table 
avec le docteur Luther, il lui dit que l'empereur Charles et le 
pape étaient extrêmement courroucés contre Tévêque de Colo- 
gne, Herman, et qu'ils voulaient le priver de ses États ; le doc- 
teur dit : a Ils ne peuvent s'armer contre nous de la parole de 
Dieu et de rÉcriture sainte; ils emploient alors pour nous nuire 
la ruse, la force, la trahison et Tastuce. Eux-mêmes nous ren- 
dent ainsi ie témoignage que la sagesse, la vérité et la parole de 
Dieu sont de notre côté. Il arrive ce qu^a annoncé le psalmiste: 
« Les rois de la terre se trouvent en personne, et les princes 
consultent ensemble contre FÉtemel. » Mais quel sera le résul- 
tat de leurs complots? c'est encore ce que nous apprend le même 
psaume (ii, v. 4): <c Celui qui réside aux cieux rira, le Seigneur 
se moquera d'eux. » Ces petits mouleurs en colère ne peuvent 
rien contre le Seigneur; ils ne gagneront que les remerciements 
du diable. Dieu leur dit: « Voici six mille ans que je règne et 
que je fais toutes les lois ; mes petits amis, ne faites pas les in- 
solents ; écartez-vous de la muraille, ou elle tombera et vous 
écrasera la tête. Instruisez-vous, rois et juges de la terre; sou- 
mettez-vous à Jésus-Christ, ou le diable vous enlèvera tous. 



DE LA PATIENCE, DE LA TRISTESSE, DE LA COLERE, KTC. 

Le docteur Juste Jonas ^ demanda un jour au docteur Luther 
si les pensées et les paroles du prophète Jérémie, lorsqu'il mau- 
dit le jour de sa naissance» étaient dignes d'un chrétien. Ledoc- 



■ La correspondance de Luther éditée par Aurifaber (Eisleben, fol. 271) 
renferme un billet difficile à rendre dans notre langue, et qui montre que 
Jonas attachait peu de prix aux bienséances de la société : « Non de 



DE LA PittENGE; DE ta TBISTESSE, DE tA COLÈRE. 307 

tetir Itii tëik)ndit : h il nous faut de temps à autre presser le Sei- 
gûJétà par de semblables paroles. Jérémie avait raison de mur^ 
murer ainsi. I^otre Seigneur Jésus-Christ n'a-t-U pas dit : « O 
vous, génération perverse et infidèle, combien de temps serai- 
je avec vous; et jusc(u'à quand vous supporterai-je ! » Moïse aussi 
mit à Dieu le marché à la main (pour employer ici un proverbe), 
lorsqu'il dit {JYomères, ch. xi, v. 11) : a Pourquoi as-tu afiOigé 
ton serviteur? Est-ce moi qui ai conçu tout ce peuple, ou Tai-je 
engendré?» 

Il est impossible qu'un homme ne soit pas plongé dans une 
amère affliction, lorsqu'au fond de son cœur il veut le bien, et 
lorsqu'il reste délaissé. Je ne puis jamais me défaire de ces pen- 
sées, en désirant que je n'eusse jamais commencé mes discus- 
sions avec le pape. De même, je désire être mort plutôt que 
d'entendre mépriser la parole ou les serviteurs de Dieu ; c'est la 
fragilité de notre nature qui nous livre ainsi, par moments, au 
découragement. 

W8Ê 

Ceux qui condamnent les mouvements de colère contre des 
antagonistes, sont des théologiens qui ne s'occupent que de spé- 
culations; ils jouent avec les mots, et ne s'occupent que de sub- 
tilités ; mais lorsqu'ils commencent à se réveiller et à prendre un 
intérêt réel à l'affaire , alors ils s'échauffent et ils montrent 
qu'ils peuvent être piqués au vif. 



Le docteur Luther dit un jour : « Il y a peu de temps qu'un 
prêtre papiste, un flatteur hypocrite, me réprimanda et me blâ- 
ma très-vertement de ce que j'avais mis tant de colère dans mes 
écrits, et de ce que j'avais si rudement gourmande le peuple. Je 

cloaca papyrum sumo, quemadmodum Jonas nosler, qui le nihil pluris œs- 
Umat quam ul digaus sis qui schedas natales, boc est, de nalibus purga- 
tif, legas.» 



308 PB0P06 DE TABLE OE MARTIN LUTHER. 

lui répondis « : Le Seigneur notre Dieu doit envoyer d'abord un 
violent orage accompagné de tonnerre et d'éclairs , et le faire 
suivre d'une pluie douce ; alors le sol est complètement humec^ 
té. De même, je puis aisément trancher avec mon couteau une 
branche de saule ; mais s'il s'agit d'un gros chêne, ce n'est pas 
trop d'employer des haches, des pioches pour l'abattre et le dé- 
raciner, et l'on n*eu vient pas à bout sans peine. » 



95C 



Il y a beaucoup de personnes qui se plaignent de moi, trou- 
vant que je suis trop emporté et trop violent contre le papisme. 
Moi, au contraire, je me plains, hélas ! que je suis beaucoup trop 
doux ; je voudrais pouvoir soufiQer des foudres contre le pape et 
le papisme, et que chacune de mes paroles fût un coup de ton* 
nerre. 



On demanda au docteur Luther pourquoi le Christ maudît 
avec tant de rigueur dans le psaume cix, tandis qu'il a défendu 
de maudire, et le docteur répondit : « Un chrétien ne maudit 
point et ne se venge pas s'il s'agit de sa propre personne, mais 
la foi maudit et se venge elle-même. Pour comprendre ceci exac- 
tement, nous devons faire une distinction entre Dieu et l'homme, 
entre la personne et la cause. Pour ce qui concerne Dieu et sa 
cause, nous ne devons point avoir de patience, et nous ne devons « 
point bénir. Ainsi, par exemple, lorsque les impies persécutent 
l'Evangile, cela concerne Dieu et sa cause ; alors nous ne devons 
pas bénir ni souhaiter une heureuse réussite , mais nous devons 
maudire et anathématiser les persécuteurs et leurs efforts. Cest 
ce qu'on appelle les malédictions de la foi, et, plutôt que de 
souffrir que la parole de Dieu fût supprimée et l'hérésie établie, 
la foi voudrait que toutes les créatures périssent dans les sup- 
plices ; car l'hérésie nous fait perdre Dieu lui-même. Mais les 
hommes ne doivent pas se venger eux-mêmes; ils doivent tout 
endurer et faire du bien à leurs ennemis, ainsi que le recom 



DE LA PATIENCE, DE LA TRISTESSE, DE LA COLÈRE. 309 

mandent la doctrine de Jésus-Gbrist et les préceptes de la 
charité. » 

Le docteur Luther dit un jour : <t Si des pensées f&cheuseset 
inquiétantes se saisissent de toi, chasse-les en employant les 
meilleurs moyens que tu pourras ; parle et entretiens-toi avec 
de bons amis de choses dans lesquelles tu prends plaisir. On dit 
parfois : sans une pensée sérieuse, il ne peut s'effectuer rien de 
bon. A cet égard, je fais une distinction : il est des pensées de 
plus d'un genre. Les pensées de l'esprit ne produisent pas de 
mélancolie ; ce sont les pensées de la volonté qui causent de la 
tristesse, comme lorsqu'on s'aQlîge d'une chose ou lorsque l'on 
soupire et se plaint; mais l'entendement n'est pas mélanco- 
lique. » 

Lorsque j'écris contre le pape, je ne suis pas mélancolique, 
car alors je travaille de tête et d'intelligence, et j'écris avec la 
joie dans le cœur. Le docteur Reisinbusch me disait il n'y a pas 
longtemps : « Je suis fort étonné que vous soyez aussi joyeux; si 
pareille situation était mienne, il s'en faudrait de peu qu'elle ne 
me tuât. » Je lui répondis : « Ni le pape ni toute sa bande rasée 
ne peuvent m'attrister, car je sais que ce sont les ennemis de 
Jésus-Christ ; aussi je combats contre eux avec une intrépidité 
singulière et pleine d'allégresse. » 



Depuis que Silvestre Prierias a écrit contre moi et qu'il s'est in- 
titulé, au début de son livre, mattre du sacré palais S depuis que 



' Prierias, dominicain, jouissant d'une haute faveur à la cour de 
Léon X. Il adopta, pour combaUre Lather, la forme du dialogue. Le Saxon 
ne se piquait point de parler avec modération des écrits dirigés contre 
lui. Il qualifia l'ouvrage ultramontain d*epUomen toi tantisque blasphemiis 
a capUe adpedes usque referium , ut in medio Tartaro, ab ipsomet Sa- 
tana editum libellum existimem. 



Slb PROPOS DE TABLÉ DE HARTIn LUTHER. 

J'ai VU cet ivrogne barbouiller pareil fatras, je n'ai fait qu'en 
rire et je me moque de lui, de son maître le pape et de toute sa 
bande de papistes. Rien ne dissipé la tristesse qui m'assaille 
parfois comme le spectacle de leur fureur. 



Maintenant, à mon &ge, rien ne me vexe et ne me tourmente, 
si ce n'est les tribulations du diable qui marche avec moi dans 
ta chambre où je couclie; il se moque cruellement de moi. Quand 
il ne teut rien gagner sur mon cœur, il tombe sur ma tête et 11 
me tourmente beaucoup. Souvent il me trouble au sujet de la 
prière. Il me glisse dans le cœur la pensée que je néglige de 
prier avec assiduité ; je sais pourtant que dans un seul jour je 
prie plus que tous les prêtres papistes et que tous les moines ; 
seulement, je ne bredouille pas autant qu'eux. Je conseille bien 
de ne pas mépriser les prières écrites ; un homme qui récitera 
iiii psaume, enferme de prière, s'en trouvera tout échauffé. 



soi 



Souvent le diable me fait des objections contre la cause dont 
(avec l'aide de Dieu) j'ai entrepris la défense. Il fait aussi des 
objections contre le Christ; mais que le temple s'écroule plutôt 
que si Jésus-Christ y restait caché. 

KC 

Ce que J'enseigne, écris, prêche et prétend?, tout cela je l'ex- 
p<)Sè atl grand jour, je ne le déguise pas dans un coin. Je règle 
et dispose tout d'après l'Évangile, d'après le baptême et d'après 
l'Oraison dominicale. Cest là qu'est Jésus-Oirist ; je ne peux le 
renier ; c'est sur l'Evangile que j'asseois ma cause. Nonobstant 
tout cela, le diable me tracasse tellement avec ses disputes sub- 
tiles et insidieuses, que la sueur de l'angoisse tombe souvent de 
mon front ; souvent je peux sentir et voir qu'il dort plus près de 



DE LA PATIENCE, DE LA TRISTESSE, DE ;.A COLÈRE. Z\i 

moi que ne le fait ma femme Catherine, c'est-à-dire qu'il me 
tourmente plus qu'elle ne me console ou ne me satisfait. 

WSH 

Tous ceiix qui sont en proie à de semblables luttes spirituelles 
doivent fréquenter la compagnie de leurs connaissances et, par- 
cjessus tout, ne pas rester seuls, ne pas se cacher, se tourmenter, 
se mordre eux-mêmes de pareilles Jdées et de celles que suggère 
le diable ; TEsprit saint a dit : « Malheur à celui qui est seul ! » 
Quand je me trouve mélancolique, triste, la tète lourde, alors je 
quitte ma retraite, je vais voir les gens et je cause avec eux. 



9QC 



Les pensées fôcheuses amènent des indispositions ; lors<)uc 
rame est troublée et que le cœur est inquiet, le corps se ressent 
de ce triste état. Saint Augustin Ta bien dit : « L'àme es( là où 
elle aime, plus que là où elle anime. » Quand les soucis, les tra- 
cas, les inquiétudes l'emportent, le corps s'en trouve tout affai- 
bli ; sans îàme, il est mort ou comme un cheval privé de con- 
ducteur. Mais quand le cœur est tranquille et en repos, alors il 
prend soin du corps et lui donne ce qui lui revient. Nous devons 
donc résister aux pensées f&cbeuses et les chasser par UAis les 
moyens possibles. La plus grande lutte que j'aie à soutenir est 
lorsque ie diable m'assaille avec mes propres pensées. 



HE 



J'ai éprouvé par moi-même que dans mes plus vives tribula- 
tions (qui tourmentaient et épuisaient mon corps au point que 
je pouvais à peine respirer) j'étais sec et pressé comme une 
éponge. Aucune créature n'était capable de me consoler, au 
point que je disais : « Suis-je donc le seul homme réservé à de 
semblables tribulations spirituelles? » Mais il y a de ceci dix 
ans, lorsque j'étais solitaire et isolé, Dieu me consola par le mi- 



312 PROPOS DE TABLE DE JIARTIN LUTHER. 

nistère de ses anges et il m'anima à combattre et à lutter contre 
le pape. 

< 

Le docteur Jérôme Wellcr étant en proie à de grands accès de 
mélancolie, le docteur Luther lui dit : « Prends courage; tu ii*es 
pas lé seul qui endures la tribulation ; je suis dans le même cas; 
et quant aux péchés, j'en ai sur moi de plus grands que toi et 
ton père, car j'ai blasphémé loon Dieu quinze ans de suite, en 
célébrant cette abominable cérémonie idolâtre de la messe ; je 
voudrais de tout mon cœur avoir été plutôt, durant tout ce temps- 
là, un voleur ou un débauché. » 



Lorsque je suis troublé d'idées mélancoliques concernant les 
affaires temporelles ou domestiques, alors je prends un psaume 
ou une sentence de saint Paul et je me couche pour me reposer 
et pour dormir. Mais les pensées qui me viennent du diable me 
sont bien plus à charge ; il faut que je veille alors rigoureuse- 
ment sur moi et que je me mette fortement à l'œuvre pour m'en 
débarrasser. 

■ Wi 

Je ne fais nulle meilleure besogne que celle que m'inspirent 
le zèle et la colère. Que je veuille dicter, écrire, prier, prêcher, 
il faut que je sois en colère ; alors tout mon sang s'allume, mon 
intelligence devient plus perçante, toutes les tentations et les 
pensées malhonnêtes me laissent en paix. 

mi 

La patience est la plus excellente des vertus ; le Saint-Esprit 
la recommande très-fortement en maint passage des Ecritures; 
quoique les philosophes Paient beaucoup louée, ils ne pouvaient 
connaître sa véritable base. Epictète a dit une belle maxime ; 
<f Supporte et abstiens-toi. » 



DELA PATIENCE, DE LA TRISTESSE, DE LA COLÈRE. 513 

Quelqu'un se plaignait d'être en butte à la haine de beaucoup 
de gens, quoiqu'il vécût en paix avec ious ; le docteur lui dit : 
a Prends patience et ne te courrouce pas, si tu es ha!. Quel mal 
avons-nous fait au diable pour qu'il nous déteste et s'acharne 
après nous comme il le fait ? Si le Seigneur te donne de la nour- 
riture, mange ; s'il t'inflige des privations, résigne-t'y ; s'il t'en- 
voie des honneurs, reçois-les; s'il te jette en prison, souffre-le; 
s'il veut que tu sois roi, suis son appel ; s'il t'abat, n'en aie point 
de souci. » 

Veillons et prions, parce que Satan ne s'endort pas. —Gomme 
l'on parlait au docteur Luther des trêves stipulées à Francfort, il 
dit : « Je ne puis me persuader qu'entre nous et les papistes il 
puisse y avoir de trêve ; c'est une guerre continuelle, comme 
celle entre la semence de* la femme et le serpent. Lorsque les 
rois sont épuisés par de longues guerres, ils concluent entre eux 
une trêve de quelques années. Mais, pour ce qui nous concerne, 
cela ne peut avoir lieu, parce que nous ne pouvons renoncer, 
comme les papistes le demandent, à observer l'Évangile ; eux, 
ils ne veulent point renoncer à leurs idolâtries et à leurs alx)- 
minations ; le diable ne veut pas consentir à ce qu'on lui coupe 
les pieds. Jésus-Christ ne veut point laisser arrêter le cours de sa 
parole ; il ne peut donc être question d'aucune trêve entre Jé- 
«us-Ghrist etBélial. » 

WSH 

Le 11 mai, le docteur Luther harangua le peuple avec beau- 
coup d'allégresse, l'engageant à rendre grâces pour la paix 
qui avait duré cette année, parce que Dieu veillait pour nous 
protéger contre les sanguinaires papistes qu'anime contre nous 
une haine diabolique et qui, chaque année, respirent la guerre, 
altérés qu'ils sont de notre sang ; mais Dieu les a souvent confon- 
dus et les confondra. Il nous a déjà maintenus en paix d'une 
manière miraculeuse, l'impie duc George ayant péri. Ainsi, ren- 
dons grâce, prions et faisons pénitence, car il n'y a aucune paix 
k espérer tant que régnera le pape, et la clarté de l'Évangile at- 

27 



3^4 PROPOS DE TABLÇ PE MAflTiN LUTTER. 

t|re, de la (»art des impies, une haine perpétuelle. Priofis afin 
que Dieu nous protège contre les hommes de sang. 

m 

Le docteur Luther dit : «t L*homme adonné à la colère sera 
éternellement malheureux ; le diable se trouve bien à son aise là 
oà règne la tristesse, ainsi que Syrach a fort bien dit, ch . xxxvin. » 
Il cita ensuite quelques exemples de gens en proie à la mélanco- 
lie. Un homme s*était persuadé qu'il était malade au point de ne 
plus pouvoir boire ni manger ; plus on rengageait à prendre de 
la nourriture, plus il s'y refusait, disant: «Ne voyez- vous pas que 
je suis mort? comment donc puis-je manger?» Après avoir passé 
quelques jours dans une abstinence entière, il se retira dans une 
cellule écartée, et il y vint un moine très-vorace qui, trouvant 
une table fort bien servie, se mit à manger de grand appétit et à 
boire avec fracas ; alors le malade irrité s'approcha et dit : a Je 
ne puis m'em pêcher, fussé-je cent fois mort, de boire avec toi.:^ 
Et, ayant avalé un coup, il s'en trouva bien ; il voulut alors man- 
ger, et il fut bientôt guéri de sa mélancolie.— Le docteur Gaspard 
Lindeman raconta alors l'histoire d'un hypocondriaque qui se 
croyait changé en coq ; il soutenait qu'il avait une crête sur la 
tète, un bec au visage, et on ne pouvait le dissuader de cette idée. 
Il courait à la façon des coqs. D'après le conseil des médecins, 
on mit avec lui quelqu'un qui prétendit aussi être un coq et qui, 
après avoir passé quelques jours à sauter et à chanter ensemble, 
dit : « Je ne suis plus un coq, mais un homme, et tu as éprouvé 
le même changement. » Et de la sorte le malade fut persuadé. — 
Un troisième cas d'hypocondrie est celui d'un homme de loi qui 
entendit un moine dire en chaire qu'un certain saint s'était tenu 
trois ans de suite sur un seul pied, et qu'un autre avait pris pour 
demeure lé sommet d'une colonne ^, et qu'il était resté trois ans 

* Saint Siméon Slylite, mort en 459, à l'âge de soixante-douze ans. II 
s'était retiré, vers Tan 423, sur une colonne dont le dessus était entouré 
d'une balustrade, et d'où il adressait deux fois par jour des exhortations 
aux «uditeurs qui se pressaient pour Pentendre. Iltshangea trois fois de 
demeure aérienne, et elles étaient placées dans une enceinte dont les 



sans boire ni manger, au point que des yers tombaient de ses 
pieds et se changeaient en pierres précieuses aussitôt qu*ils tou- 
chaient la terre ; ce moine conclut par dire : « Ce n'est qu'ainsi 
et à force de mortifications qUe vous ferez ia conquête du_ 
royaume des cieux. » Et Thomme de loi résolut de ne plus pisser, 
jet on iie put le persuader de renoncer à cette détermination du- 
rant trois jours entiers ; il disait qu'il avait fait un vœu. Il vint 
qael({u'un ({ni lui dit : «Tu as raison de te mortifier pour entrer 
dans le royaume des cieux et de persévérer dans ce que tii as 
promis. Moi aussi, j'avais fait un vœu semblable, mais comme je 
tirais vanité de mon vœu, j'ai vu que je commettais un plus grand 
péehé et j'ai cédé K Tu seras accusé d'arrogance et d'orgueil ; 
satisfais donc un l)esoin de la nature. » Et ce raisonnement cou- 
tainquit Thypocondriaque. 



LES ADVERSAIRES DE LUTHER. 

Parlant un jour du cardinal de Salzbourg, le docteur Luther 
dit : « Ce cardinal n'est pas un frère d'ignorance, mais un frère 
de malice ; il affecte des semblants de bon vouloir et de douceur, 
mais il n'est pas sincère ; il peut artificieusement se préparer et 
s^accommoder aux humeurs des gens, comme font les Italiens, 
qui donnent de belles paroles tandis que leurs cœurs restent 
remplis de malice. » — Et le docteur Luther ajouta en soupirant 

femmes n'avaient pas la liberté d'approcher. Ce fut sur une colonne 
qui avait quarante coudées de hauteur que cet anachorète passa les 
vingt-deux dernières années de sa vie, dans le diocèse d'Antioche. Théo- 
dpret a écrit sa Vie ; elle se trouve, avec d'autres écrits relatifs au même 
saint, dans les Acta Sanclorum, recueillis par les Bollandistes, t. I«r 
de janvier. F. 6. Lautensach a publié en 1700 , â Wiltemberg, une 
DUseriatio de Simeone Styliia. A l'exemple de ce solitaire , on a vu, 
dans l'Orient, des stylites iusqiHà l'époque où le mahométisme établit 
sa domination. Dans TOccident, on ne cite que saint Vulfilaïc qui mena 
quelque temps, non loin de Trêves, ce genre de vie, au rapport de Gré- 
goire de Tours. 
< ideô mittxU 



316 PR0P08 HE TABLE DE MARTIN LUTHER. 

profondément : « Ab ! Seigneur Jésus ! donne-moi assez de vie 
et de force pour que je puisse raser la' tète de ce prélat, car il 
tourne grandement ton nom en dérision ; c*est un coquin fieffé; 
il ne se gène pas pour se vanter qu*il est peu de ses stratagèmes 
qui ne lui aient réussi. Dernièrement j'écrivis en termes très* 
rudes et très-durs à ce prélat et je lui reprochais avec beaucoup 
d^amertume et ses dérisions et ses mépris ; alors il avoua que dans 
les choses de la religion il avait tort, et qu*à cet égard il céderait 
volontiers le devant à Luther et se laisserait reprendre par lui ; 
mais que, dans les autres a (Taures et les circonstances temporel- 
les, il ne plierait en rien devant lui. Je vois que je dois le piquer 
encore. Ah ! Seigneur! nous ne devons pas jouer avec toi, ni 
abuser de ton saint nom ; il sulfit que nous ayons péché contre 
toi ; nous devons nous repentir et être contrits de nos fautes. A 
coup sûr, ce cardinal est comme un soldat qui vint dernièrement 
à moi, et quand je lui conseillai de renoncer à sa conduite déré- 
glée, il me répondit : a Si je pensais ainsi, je ne retournerais ja- 
a mais à la guerre ! » Il en est de même de ce cardinal. » 

WSH 

La bonne et pieuse princesse électrice de Saxe me demanda 
dernièrement s'il restait quelque espoir que le cardinal de Salz- 
bourg se convertit. Je lui répondis : « Je ne le crois pas; cepen- 
dant ce serait une grande joie pour moi s'il rentrait à temps en 
lui-même, revenait à la vérité et se repentait; mais il ne faut 
guère s'y attendre : je l'aurais plutôt pensé de Pilate, d'Hérode 
et de Dioclétien, qui péchèrent ouvertement. » La princesse me 
répliqua : a Dieu est tout-puissant et miséricordieux, et il aurait 
accueilli Judas s'il s'était repenti. »— Je répondis : « (Test vrai, 
madame, et Dieu ferait aussi miséricorde à Satan si, du fond de 
son cœur, il pouvait dire : Que Dieu ait pitié d'un pécheur comme 
moi. Mais hélas ! il n'y a pas d'espoir pour ce cardinal, parce 
qu'il s'oppose à la vérité reconnue. Il y a peu de jours qu'il a fait 
massacrer misérablement onze chrétiens, parce qu'ils avaient 
reçu la communion sous les deux espèces. 11 est vrai que Dieu 
est tôut-puissant et miséricordieux ; il peut* accomplir au delà 



LES ADVERSAIRES DE LUTHER. 3i7 

de ce que nous sommes en état d'espérer, mais il ne peut faire 
que ce quMl a prédestiné de faire, comme dit saint Paul : Ceux 
qv^il prédestine, il les appelle. Quand le Seigneur Dieu dit : 
« Je ne ferai pas ceci ou cela », alors il est temps pour nous de 
laisser nos cœurs s'abandonner au repos, comme Dieu dit à Sa- 
muel : Pourquoi pleures'tu pour Saill, voyant que Je Vai re- 
jeié? Aussi ai-je perdu tout espoir au sujet de ce cardinal ; je 
remets ce qui adviendra à Dieu ; il y pourvoira. » 

Le docteur Luther dit une autre fois : « Le cardinal m'a sou- 
vent écrit en termes fort affectueux, pensant huiler mes lèvres, 
au point que je lui ai conseillé de prendre une femme ; mais, en 
même temps, il cherchait, sous le voile de ces paroles flatteuses, 
à me tromper. A la diète impériale d'Augsbourg, je reconnus 
son véritable caractère ; il faisait encore montre d'une grande 
amitié pour moi, et, dans les cas importants, il me choisissait pour 
arbitre. Lorsque je fus parti, m'éloignantde la diète, il assembla 
les habitants de la ville et il leur adressa ces paroles : « Bonnes 
« gens, soyez moi soumis et recevez la communion sous une 
« seule espèce, et non-seulement je serai pour vous un seigneur 
« affectionné, mais de plus un père, un frère et un ami, et j'ob- 
« tiendrai pour vous de l'empereur de grands privilèges. Mais 
« dans le cas que vous refusiez de m'obéir, je serai votre ennemi 
« déclaré et je jetterai vous et votre ville dans la plus grande 
« confusion. » N'étaient-ce pas les paroles d'un empereur turc 
plutôt que d'un prélat chrétien?» 

« Au sujet de ce cardinal » , dit une autre fois le docteur Lu- 
ther, «je laisserai derrière moi ce témoignage, qu'après Néron et 
Caligula, il est le plus acharné des persécuteurs qui se soient 
élevés contre les serviteurs de Jésus -Christ. » 



Depuis vingt ans, j'ai vu plus de cinquante sectaires qui ont 
prétendu m'instruire ; mais Dieu m'a mis en garde contre eux; 

27. 



S18 PROPOS hE TABLE DE MARTIN LUTHER. 

il a dit : «Je te montrerai ce que tu dois souffrir en mon nom. » 
Saint Paul a dit aussi : « Il faut quMl y ait des hérésies. » Puis- 
que! en était ainsi du temps de TapOtre, devons-nous nous at- 
tendre à être mieux traités que nos pères? Dès que la tyrannie 
et la persécution cessent, Thérésie se déclare. 

On raconta qn*un grand nombre d'anabaptistes ayant été mis 
à mort, ayaient péri avec beaucoup de fermeté et de joie. Pierre 
Weller demanda au docteur Luther s'ils étaient sauvés; le doc- 
teur répondit : « Nous devons juger et prononcer d'après l'Evan- 
gile ; il est écrit : « Celui qui ne croit pas est déjà condamné. » 
Nous devons donc tenir pour assuré qu'ils sont dans l'erreiir, et 
qu'ils sont réprouvés. Toutefois, Dieu peut faire qùelctue chose 
en dehors des règles établies, ce qui nous est interdit. » 

On demanda si l'on pouvait mettre à mort les anabaptistes ; le 
docteur Luther répondit : « Il y a deux sortes d'auaJ^aptistes; 
les uns sont des séditieux déclarés ; leur doctrine est l'ennemie 
de l'autorité; un prince peut les juger et les condamner i mort; 
d'autres sont des fanatiques qui ont des opinions folles et étran- 
ges; pour ceux-là il faut d'ordinaire les bannir *. 

WÊ 

Le docteur Jacques Schenk, qui a été prédicateur de l'électeur 
Jean Frédéric, a agi de façon que, dltr-il la vérité, on ne peut 
plus le croire. Il parle sans discernement au sujet du péché, 



' Luther avait dit une autre fois dans un moment d'humeur tolérante : 
ttChrlslus non voluil vi et igné cogère hominesad ftdem.» Cependant lié- 
lanctbon conseilla et approuva le supplice de trois anabaptistes, Juste Hui- 
ler de SehAoau, h peisker d'Eutersdorf et Henry Kraut, tailleur A Esper- 
felt; il applaudit A la mort de Seryet. 



USS ADtfeRfiAlRE» VE LtTBEll. 919 

aiiisi <}tte Je Tai moi-même entendu dire en chaire à Êisenaèb» 
car 11 s^exprimait ainsi : « Le péché, le péché, le péché n*est riën^; 
Bien recevra les pécheurs, et il à dit qu'ils entreraient dans soh 
royaume.» Schenk ne fait pas là distinction entre les péchés (ftii 
ont été commis et ceux que Ton commet au moment même et que 
Ton a rintention de commettre. Lorsque le vulgaire entend dire 
4tie Dieu recevra les pécheurs, il dit : «Eh bien, péchons doûc!» 
CTest une doctrine fort erronée. Quand il est dit que Dieu retie- 
Yra les pécheurs, cela s*entend des pécheurs qui auront fait pé- 
nitence; il y a une distinction importante à faire entre agnitum 
peecaium qu'accompagne le repentir, et velle peceare qui est 
une inspiration du diable. 

Philippe Mélanchton écrivît de Fi^ncfort, qu'il avait à lutter 
avec les àntinomiëns, et qu'ils avaient séduit beaucoup de gens 
dans cette ville où ils avaient grandement répandu leurs opi- 
nions. Le docteur Luther dit : «Le diable est décliaîné,îl se dé- 
mène et frémit. Il occasionne de grands malheurs par reiitré- 
mise des antinomiens; il s'ensuivra bien des résultats fôcheux 
lorsque la loi sortira ainsi de l'Église pour passer dans l'Hôtel- 
de-yille.» 



Le 15 avril 1539, on reçut des propositions imprimées à Leip- 
zick et que l'on disait avoir été soutenues par Jean Hammer ; il y 
disputait avec beaucoup de subtilité ; il divisait la pénitence en 
trois espèces différentes, disant que celle des juifs, celle des 
païens et celle des chrétiens n'étaient pas les mêmes. Le doc- 



* LaUier avançait bien quelque chose d'analogue, lorsqu'il écrivait A 
Klélanchlon, le i«raoût 1S21 : « Sois pécheur et pèche énergiquement, 
mais que ta foi soit plus grande que ton péché.... Il nous suffit que 
nous reconnaissions, par les richesses de la gloire de Dieu , Tagneau qui 
efface les péchés du monde, et dont le péché ne peut nous arracher, quand 
même nous commettrions en un seul Jour un millier de milliers de fois 
la fornication ou le meurtre (ab hoc non ùvellit nos peecaium etiamsi 
millUs uno die fornicemur aut occidamus), » 



320 PROPOS DE TABLE DE MARTIM LUTHER. 

leur Luther dît : « Qui aurait pensé que Ton pût rencontrer des 
esprits aussi extravagants? Distinguer la pénitence d*après les 
personnes, est une erreur pernicieuse et condamnable ; il n^est 
qu'une pénitence pour tous les hommes, puisque tous les hom- 
mes, les uns aussi bien que les autres, ont offensé un même Dieu, 
qu'ils soient juifs, chrétiens ou païens. Autant vaudrait dire 
qu'il y a une espèce de pénitence pour les hommes, et une pour 
les femmes; une pour les princes, et une pour les sujets; une 
pour les maîtres, une pour les valets ; une pour les riches, et une 
pour les pauvres. EstH^e que Dieu fait ainsi acception des per- 
sonnes? » 

Lorsque les hérétiques, a dit saint Hilaire, se prennent aux 
cheveux et se battent, la véritable Église a la paix. CTest ainsi que 
la secte d'Arius s'était développée après les sabelliens, et d'elle 
vinrent les eunomien's et les macédoniens*; tandis qu'ils étaient 
en train de se mordre et de se déchirer, l'Eglise put goûter du 
repos et du calme. 

WSH 

En 1549, maître Mathesius et les autres commensaux lurent 
à la table du docteur Luther l'ouvrage du juif baptisé Antoine 



* Le système de Sabellius n'est quMmparbilement connu ; selon saint 
Ëpiphane, Il était emprunté i un évangile apocryphe répandu en Egypte, 
écrit sous ItnspiraUon de la philosophie juive d'Alexandrie. Autant qo*il 
«st permis de le reconnaître à travers Tobscurité des temps, Sabellius en- 
seignait que Dieu et le monde étaient identiques, et que le Fils n'avait été 
qu'une forme de l'unité divine tombée passagèrement dans l'humanité.— 
Eunome, évéque de Cyzique, avait cherché i concilier l'arianisme et le 
sabelllanisme ; il avançait que le Fils et le Saint-Esprit étaient des créa- 
tures, et que le Saint-Esprit était une production du Fils. Il ijouta, pour 
multiplier ses prosélytes, que ceux qui conserveraient Fa doctrine, ne 
pourraient perdre la grâce, quelques péchés qu'ils èommissent. Cette 
secte s'éteignit promptement, ainsi que celle de Macédonius, patriarche 
de Constanlinople, qui, après avoir professé le semi-arianisme, fut déposé 
en 360 par les Ariens purs, et qui enseigna que le Saint-Esprit n'était 
qu'une simple créature semblable aux anges, quoique d'un ordre supé- 
rieur, assertion condamnée en 381 par le concile de Constantlnople. 



LES ADVERSAIRES DE LUTHER. 321 

Marj;arita, De variis ritibus et beremoniis Judœorum; le doc- 
teur dit : «Toutes les religions qui sont en opposition avec la vé- 
ritable se fondent sur Vopus operatum, sur Tœuvre accomplie, 
disant : « Je ferai ceci ou cela, ce sera agréable à Dieu.» Mais il 
faut faire attention à une règle essentielle; c*est que toute œu- 
vre semblable est un acte dUdol&trie. Les papistes n'admettaient 
pas ce principe, et chez eux ce n'était qu'œuvresdece genre, ils 
en avaient beaucoup emprunté aux Juifs. » 

Martin Gellarius, ce drôle fort impie ^, me flattait en me disant : 
a Ta vocation est supérieure à celle des apôtres. » Je repondis : 
« Ah ! je ne suis nullement à comparer aux apôtres. » Il m'en- 
voya quatre gros cahiers qu'il avait écrits au sujet du temple de 
Moïse et des allégories qu'il présentait ; il s'y vantait arrogam- 
ment et il me louait aussi beaucoup, m'élevant au-dessus des 
apôtres. Satan a employé ces paroles pour me vexer. Je ne vou- 
lus pas le croire, et il m'insulta grossièrement ; je lui répondis : 
«Va-t'en, et fais ce que tu voudras. » Un autre vint me trouver 
du fond delà Basse- Allemagne, voulant disputer avec moi point 
sur point; c'était un ignare et je lui dis : « Nous ne disputerons 
qu'au sujet d'un pot de bière. » Il partit et me laissa. 

On parla d'un anabaptiste fameux qui, pendant trois jours, 
avait erré dans la solitude sans boire ni manger, et qui, reve- 
nant ensuite dans la ville, convoqua tous les habitants, les gens 
instruits comme les ignorants. 11 les plaça en deux endroits sé- 
parés, et lorsqu'il s'adressa aux savants, il s'emporta beaucoup 

* Cellarius, surnommé Borrhœuf, après avoir été un des plus rigides 
seclatears des dogmes de Luther, devint un anabaptiste des plus zélés; il 
mourut â BAIe en I56t. Il avait, sur ses derniers jours , embrassé les opi- 
nions des sociniens. Ses nombreux écrits Ihéologiques, ses commentaires 
sur la Bible, rentrent dans la classe passablement considérable des livres 
qui sont comme si jamais ils n'avaient été. 



322 PROPOS 1>E TABLE DE MARtm LUTHER. 

contre la sagesse du monde ; lorsqu'il parla aUx ignorants; il 
loua et exalta beaucoup leur simplicité. Le docteur Luther dit : 
« Les anabaptistes n'ont rien écrit contre moi ; ils ii'ont ni doc- 
teur ni persontiage illustre parmi eux. C'est une canaille sédi- 
tieuse.» 

Les anabaptistes sont d'abominables coquins ; ils se vantent 
d'être d'une extrême patience, ils disent qu'ils ne veulent pas 
porter les armes, et ils sont toujours altérés de sang i. Ils n'ont 
pas l'image de Dieu, mais celle d'un vrai diable. Garlostadt fut 
un anabaptiste, il laissa mourir son ûls sans baptême. 

Le roi d'Angleterre a écrit contre moi, mais c'est le diable qui 
l'a inspiré» et c'est du diable qu'il recevra sa réfsompense; il 
voudrait bien me poursuivre jusqu'en Allemagne; Dieu se char- 
gera de nous défendre*. 

* Au sujet dei anabaptistes, voir leur Histoire par te P. Çatrou, le Pati' 
theon anabaptisticum et enihusiasiicum de Koi-nmayer, 1702, folio, etc. 
On connatt les ftireurs et la fin tragique de Jean de Leyde, qui avait établi 
A MoDSter la polygamie et la communauté des biens. Parmi les nombreu- 
ses ramiflcalions de l'anabaptisme, on peut signaler les Apostoliques qui, 
prenant â la lettre un précepte de l'Evangile, ne prêchaient que sur les 
toits des maisons, les Taciturnes, qui s'imposaient la règle d'un silence in- 
violable, les Impeccables, qui prétendaient ne pouvoir commettre un pé- 
ché, une fois leur régénération spirituelle consommée, les Sabbaiaires^ 
qui rejetaient le dimanche et fêtaient le samedi. 

' Nous avons rapportée quelques-unes des ipveclives dont Luther cou- 
vrit Henry VHI. Extradons encore de la gigantesque collection des œu- 
vres de l'ex- moine trois ou quatre lignes qu'il aurait payées de sa tête s'il 
â*était trouvé au pouvoir de son. adversaire : «Ut nescias an ipsa mania sic 
Insanire possll, aut ipsa stoliditas tam falua sit, quam est caput hoc Hen- 
rici nostri... Damnabilis putredo ista et vermis. Jus mihi erit majestatem 

anglicam luto suo etstercore conspergere... Impudens mendacium 

morbus vli'ulenlissimi ânimi sui.... pus invidis et malitis os impu- 

rum Pudescitne tua frons, Henrice, non Jémrex,9ed sacrilegus latro... 

Nonne et ipse Henricus cum suis porcis et asinis docuerunt... com insen- 
satis monstris me hoc libre agere, qui omnia mea optima et modesta scripta, 
tum humiliimam meam submissionêm contempserunt, et magis ex ihea 
modeatia induruerunt. Deinde a virulentia et malitUs abstlnni. 



LEÇ ADVER^IRES PS LUTHER. 333 

pnmoQtia au docteur Luther le livre de &uilUunie Fpstel sur 
la concorde de Tunivers *, dans lequel cet auteur s'efforce de dé- 
duire de la nature et de la raison les articles de la foi, et de ra- 
mener les luifs, les Turcs et tous les hcHnmes, aftu que tous les 
cultes divers se réunissent en une même foi. Le docteur Luther 
dit : a )1 a trop voulu entreprendre. Avant notre époque, il a été 
composé d'autres livres de théologie où Ton s'efforçait de dé- 
montrer la religion chrétienne paries ressources de la raison na- 
turelle. Mais Postela montré la vérité du proverbe : les Français 
manquent de cervelle. Ce sera folie de la part de ceux qui vou- 
dront ramener au principe de la foi toutes les idolâtries diverses. » 
Philippe Mélauchton dit alors qu'un marchand lui avait ditavpir 
vu des Indiens adorer des serpeiits e( rendre les plus grands 
hommages à un dragon monstrueux. — « Le monde» répondit le 
docteur Luther, est très-attacl)^ à ses sectes diverses ; il ^ime les 
cérémonies resplendissantes. Voyez cependant combien i) se ré- 
pandait de larmes lors de la profession dos religieux. Ml ! que de 
pleurs devaient couler aussi lorsque des parents faisaient k Mo- 
loch un horrible sacrifice de leurs enfants! » 



Un Hongrois proposa par écrit au doc^^ur L^er 4es questions 
futiles et extraordinaires, et le docteur dit :((Qh! pl(lt à Dieu que 

■ De orbis terrœ concordia (Paru, 1543 ; pAIe, veri 1544)* Cette der- 
nière édition forme un in-fo de 454 pages. Il est divisa en quaUe livres : le 
premier est consacré à une explication rabinico-scolastiquede la doctrine 
chrétienne; c'est un morceau fort obscur et que personne ne cherchera 
à comprendre. Le second livre discute et réfute l'Atcoran. |<e troisième 
développe les principes de la loi naturelle, tels qu'ils sont répandus chez 
tous les peuples ; il pèse les théories de la justice et du droit, les méQies 
dans toutes les religions. Le quatrième livre enfin expose les moyens de 
faire embrasser la religion chrétienne aux Juifs, aux Musulmans et aux 
idolâtres. En dépit de toutes ses extravagances, Postel fut un homme d'un 
immense savoir ; on peut consulter son Histoire, écrite par le P. Desbil* 
Ions (Liège, an\eiV Histoire (en allemand) de la folie humaine^ par Ade. 
lung, 1788, t. VI, p. 106-206. Dans une intéressante notice sur la Bi- 
bUotgraphie des feux, M. Nodier lui a accordé quelques lignes remar- 
quables. 



324 PROPOA DE TABLE DE MARTIN LUTHER. 

nous demeunssioiis dans la volonté que Dieu nous a révélée ! c*est 
en Jésafr-€hrist quUl nous a proposé tout ce que nous devions 
entendre, c'est en lui qu'il veut nous donner toutes choses, 
pourvu que nous nous humiliions dans une sincère obéissance; 
mais c'est ce que nous n'admettons pas, et nous demandons pour- 
quoi Dieu a fait ceci et cela. Grande est la sottise des hommes; 
c'est comme si le vase de terré voulait dire au potier comment 
il faut s'y prendre pour le former. Nous sommes hors d'état de 
comprendre même les choses dont nos yeux sont témoins, et nous 
prétendons disputer avec Dieu au sqjet du salut, de la régéné- 
ration, du baptême des enfants, des mystères des sacrements. 
Imbéciles que nous sommes, pouvons-nous seulement expliquer 
l'origine du vent qui s'échappe de nos entrailles * ? L'Écriture dit : 
« Que le monde entier tremble, si Dieu prononce une seule pa- 
role. » Il faut alors croire et se soumettre. Voyez ces papistes qui 
osent mettre l'autorité d'une prétendue Église au-dessus de 
celle de la parole de Dieu. Cest un blasphème affreux et into- 
lérable. 

WSÊ 

Je ne répondrai à aucun des livres que Gochlœus pourra 
composer contre moi, et cela redoublera sa colère; si je lui ré- 
pondais, il s'en enorgueillirait; mais il ne mérite pas que je lui 
fasse cet honneur *. 

* Unde vmiat nobU crefiUut venlrU. 

' Le cbaDOine Cocblœos écrivit la Fi« de Luther, doot il avait été l'ÎD&t- 
tigable adversaire ; celte biographie , où l'imparlialilé no se montre 
guère, a été imprimée en 1549, en 1565, en 1568. Plus tard, le cordeiier 
Taillepied réunit , dans une autre Vie du réformateur , nombre de petits 
coûtes qui avaient cours parmi les adversaires du protestantisme : donnons- 
en quelques échantillons, en consultant aussi VBistoire de la naissance, 
progrés et hérésie de ce siècle , par Florimond de Rémond (Rouen, 1618, 
•i vol. 4«). 

Luther naquit le 22 octobre, i il heures 36 minutes. Sa mère, Margue- 
rite, gagnait sa vie â décrasser ceux qui allaient laisser leivs ordures aux 
Q3tuve8 publiques. On raconte des choses estranges de Taccouplement 
d'un démon avec ceste femme , lorsque le diable , en forme de marchant 
lapidaire , vint loger chez son père, le ne veux entrer en caution de k 
vérité de cette histoire que sa mère se lùst Jouée avec un démon. Erasme 



KKS ADVERSAIRES DR LUTHER. Sâ8 

Gochlaeus écrivit un traité où il appela le docteur Luther une 
bête à sept tètes, et Ton rapporta à table que le fils du margrave 
avait dit : «Si Luther a en effet autant de tètes, il sera donc bien 
invincible ; jusqu'ici il n'en a eu qu'une seule, et personne n'a 
pu venir à bout de lui. » 

Mon petit livre contre le duc George n'a pas provoqué autant 
de courroux que deux autres écrits de ma façon , celui contre 
les écrits de l'empereur, et V avertissement à mes chers Alle^ 

en parle à mots couverts dam une de ses é|iislrej. Vier l'a rcciiée comme 
chose fabuleuse ; Codée et Simon Fontaines, comme histoire véritable.... 
Le diable fut vu par l'empereur Maximilien sur les épaules de Luther, 
en iSiS, à Augsbourgi Bredenbachius en fait le récit en son septième 
livre, chapitre 4i. En hébreu, en grec, en latin, le nom de Luther donne 
le chiffre mystérieux de 666 , le nombre de la bêle de l'Apocalypse... 
Nesenus , compagnon de Luther, estant un iour près de la rivière 
d'Aibir (PElbe), se noya, de quoy Luther en fut fest marry lellemenl qu'a* 
vec certaines oraisons qu'il prononça auprès du corps , en grande affec- 
tion, s'efforça à le miraculeusement resusciter, mais il perdit ses peines* 
Aux confins et limiles de Wuitemberg, naguères avoit une vache fait un 
fort horrible monstre, à sçavoir un veau ayant la lesle charnue et pelée, 
sembloit qui fust encliaperonué du froc de Luther. Ce que Dieu avoit 
permis pour monsirer Tabomination de Luther. Ainsi l'ont interprète 
tous gens doctes et de saine répuialioD. Il y avoit en un village nommé 
Chéol plusieurs démoniacles qu'on avoit conduits là pour eslre guéris par 
les intercessions et prières d'un saint honoré en ce lieu. Tout à coup 
ces pauvres créatures aflOigées des malins esprits furent délivrées. Ce fut 
le même jour que Luther trépassa. Cest chose qui fut au veu et sceu de 
tout le monde. Mais le jour après, ces mesmes esprits rentrèrent dans le 
corps des tourmentez. Interrogez où ils estoient allez le jour précèdent, 
ils firent response que, sur le commandement de leurprlncp, ils avoientété 
appeliez au convoi de Tame du grand prophète et de leur compagnon 
Luther. Un sien serviteur confirma cecy ayant raconté depuis que la nuit 
mesme, ayant ouvert la (enestre pour donner, de l'air à la chambre où le 
corps de son maistre reposoit, il vit non sans beaucoup d'effroy, plusieurs 

fanlosmes en diverses formes dansans et sauielans Luiher voulant 

une fois exorciser une possédée , le diable le prit par le collet, le lirassa 
par la chambre et l'cusi étranglé sur l'heure s'il n'eust été secouru. Stafile 
son disciple, qui fut présent à cette farce, l'a écrite au long : Luiher f au- 
toit et vircvoitoit autour de la table , puant et sale de ce qu'il avoit lasché 
dans ses chausses. Stafile craignant que le diable ne s'en prisi à lui, enfonça 
la porte avec une coignée. 

.28 



526 PROPOS DE TABLE DE MARTIN LIJTHEA. 

manda *. Le duc George ne put y tenir, il écrivit à cet égard à 
rélecteur, il fit écrire contre moi Meuchler de Dresde , il excite 
à présent cette cuiller de cuisine de Goehlsus ; mais ils trouveront 
leur maître. J'ai été fort modéré dans cet écrit , j*ai parlé avec 
beaucoup de douceur ; dorénavant je répondrai de façon à se- 
couer rudement ces bavards , à jeter à bas leurs messes, de 
sorte qu'ils ne sauront plus s'ils auront encore ou non le sa- 
crement sur Tautel. 

SOC 

Le docteur Luther dit que le docteur Eck avait du talent et 
d'heureuses dispositions: il ne serait pas fort disposé à soute- 
nir la cause du pape et se tiendrait volontiers entre les deux 
partis; mais il penche vers le pape, afin de satisfaire son ventre. 
C'est un véritable pourceau , très-avide d'argent ; à la diète 
d'Augsbourg, comme il n'avait pas reçu un canonicat qui avait 
été vendu à un autre pour une somme de quatre cents florins, 
il menaça de déserter la cause du pape. Dans les disputes et 
les conférences , il se montre instruit et habile , mais il est 
très-froid dans ses écrits et dans ses prédications. Il ne serait 
pas fâché de rester neutre , mais pareilles gens sont ceux qui 
font le plus de mal. Les Athéniens, en gens sages et prudents, 
prononcèrent la peine de mort contre ceux qui voulaient tirer 
gloire et honneur des deux partis à la fois. 

■ Wamwig an meine Heben Deutschen, Cet écrit audacieux parut aimul- 
tanément en latin : Commoniiio D. 1/. Lutkeri ad Germanossuos. Il s'agissait 
de savoir si l'pn pouvait faire, en sûreté de conscience, la guerre à Teoi- 
pereur. Luther levait tout scrupule à cet égard dans ce pamphlet dont 
H. Audin a reproduit les principaux traits : « Quand des égorgeurs et des 
chiens de sang n'ont qu'un désir, celui de tuer, de brûler, de rôtir, 
il n'j a pas de mal à s'insurger, à opposer la force é la force, le glaive 
au glaive. II ne faut pas traiter de rébellion ce que ces chieos de 
sang appellent rébellion. Qui s'élève contre le droit ne se révolte pas , 
car alors toute négative du droit serait une révolte. Donc, résister à ces 
chiens de meurtriers, ce n'est pas faire de la rébellion ; qui dit : papiste, 
dit oppresseur. » 



LES ADVERSàlKES DE LUTHER. 327 

Charles de Miltitz , homme vain et arrogant , vendit son pa- 
trimoine pour 6000 florins, aspira à une position plus élevée, 
se rendit en Italie, y obtint.de grasses prébendes et de bons ca* 
nonicats. Il chercha à m*entratner avec lui et à me livrer au 
pape; il apporta de Rome une rose d'or que le pape envoyait à 
rélecteur Frédéric; enfin, il fut légat de Tarchevêque de 
Mayence ^ et il se noya dans le Rhin. 

Le docteur Schmidt, évêque de Vienne, prononça publique- 
ment ces paroles à la diète de Spire : « Avant d'embrasser les 
croyances de Luther , je croirais à F Alcoran, car les Turcs ob- 
servent nombre de cérémonies et de bonnes œuvres, telles que 
la prière, le jeûne, etc. » Le docteur Luther dit à cet égard : « Il 
prophétise mieux qu'il ne pense , car il embrassera en effet 
TAlcoran avant d'arriver à la connaissance de la vérité. » 

m 

Il y avait à Wittemberg un poète, nommé Lemnius, qui fit 
des vers contre le docteur Luther », et le docteur les ayant vus, 

* Albert , archevêque de Mayence et de Strasbourg, frère de Télecteur 
de Brandebourg et l'un des adversaires les plus délerminés de Luther. Il 
eut une bonne pari dans les ioveclives dont l'ex-nioine saxoi) gralifiait si 
libéralemenl ceux qui lui déplaisaient; il faudrait remonter jusqu'à Aris- 
tophane pour trouver un exemple d'un pareil débordement d'épithétes 
injurieuses, qui ne sauraient passer d'une langue dans une auire : cardinal 
d'enfer, bourreau de cardinal, fripon de valet , léte folle, épicurien for- 
cené , assassin , chien couvert de sang, ver impudent qui souille de sa 
fiente la chambre de l'empereur , voleur , brigand, courepr de p— ns , 
frère cadet de Caïn; il aurait fallu te pendre dix fois à une potence trois 
Tois plus haute que le faite d'une maison ; Luther te réserve une bonne 
et joyeuse nuit de carnaval. Apprète-toià te trémousser ; c'est Luther qui 
jouera du fifre, etc. 

' Lemnius (ou Lemchen) indisposa contre lui les docteurs de Wittem- 
berg en dédiant deux livres d'épigrammes à l'archevêque de Mayence ; il 
fut accusé d'avoir insulté l'électeur de Saxe en le peignant sous les traits 
de Midas ; il prit la fuite, il fut condamné à un bannissement perpétuel, il 
trouva un asile à Caire, où il fut nommé recteur de l'école municipale ; il 



328 PR0P06 DE TABLE DE MARTIN LUTHER. 

dit : « Voyez combien le diable nous en veut , il dirige de 
toutes parts ses flèches contre nous. Il a à son service , parmi 
les papistes, des coquins quHl emploie à nous harceler et à nous 
combattre. Il n*en use* pas de même avec le TurcquMI laisse 
bien tranquille; mais comme nous voulons prêcher TEvangile, il 
nous poursuit comme un lion furieux. Mais il ne faut avoir ni 
peur, ni étonnement, ni chagrin de tout ceci; souvenons-nous 
de ce qui est écrit en saint Jean (chap. xv, v. 19) : a Si vous 
étiez du monde, le monde aimerait ce qui est sien; mais parce 
que vous n*êtes point du monde et que je vous ai élus, le monde 
vous hait. » Ce béjaune dit de nous toute sorte de mal ; il loue 
les évêques qui nous persécutent et il les appelle saints. Quoi- 
qu'ils sachent bien que notre doctrine est bonne, ils la condam- 
nent. C*est de pareilles gens que saint Paul a dit qu'ils étaient 
autocatacriti^ c'est-à-dire condamnés par eux-mêmes. Bien que 
les croyants soient les plus grands coquins , ils ne veulent pas 
suivre ceux qui enseignent mieux qu'eux. Ils n'ont aucun autre 
motif, si ce n'est qu'ils sont riches, grands et puissants , tandis 
que nous sommes pauvres, faibles et débiles. Or, vous savez ce 
qu'a dit Salomon {Proverbes, ch. xvii, v. 15) : « Celui qui dé- 
clare juste le méchant et celui qui déclare méchant le juste sont 
tous deux en abomination à l'Etemel. » Il nous faut donc nous 
opposer aux méchants et aux papistes et ne point nous taire. Il 
faut dire hautement que le pape est l'antechrist; les princes et 
les seigneurs ne valent pas mieux que les évêques qui ont fait 
pacte et alliance avec le pape : vous êtes tous des réprouvés, 
d'impies coquins et des ennemis de Dieu. » 

mourut de la peite en 1550. Il a laissé dif erses poésies , des églogues , 
quatre livres û^Atnoret , une traduction en vers latins de Vodyssée , une 
comédie peu édiflante {Monachopomomachia , tsis) d'une extrême ra- 
reté et que Gottsched a analysée dans son Hisloire du Théâtre aUttnand 
(2m0 partie, p. 192). Lemnius grossit le fâcheux recueil de sesépigram- 
mes d'un troisième livre où il dirigea contre Luther des traits sanglants ; 
il composa aussi un mémoire justificatif auquel Schelhorn a consacré une 
notice dans ses Amœniiaiet (t. I, p. 850), et dont le titre indique assez le 
style acrimonieux : Apologia contra decreium quod, imperlo et tyran- 
nideMari, Lutheri et JustiJonaiy WUemb, Vniversitas coacla iniquimme 
et mendacisiime eviUgavit» Goloniv, i54o. 



LES ADVERSAIRES DE LUTHER. 329 

On montra au docteur Lutber un autre écrit de Lemnius où 
il y avait aussi beaucoup d'injures contre le pauvre sexe fémi- 
nin, et le docteur dit : « C'est bon ; qu'ils dirigent contre nous 
leurs invectives et leurs calomnies ; Jésvs-Christ a dit : « Vous 
serez bienheureux quand on vous aura injuriés et persécutés, 
et quand, à cause de moi, on aura dit contre vous, en mentant, 
toute mauvaise parole. Réjouissez-vous et vous égayez, parce que 
votre salaire est grand auxcieux. » (Saint Matthieu, ch. y, v. 11). 

On parla de Jean Faber, le méchant et venimeux calomnia- 
teur, et le docteur Luther dit : « Pareils individus, pleins de 
poison, sont ce qu'il y a de plus nuisible et de plus détestable ; 
il ne faut ni disputer, ni avoir affaire avec eux ; ils ne viennent 
point droit devant vous, mais ils agissent par une haine furieuse. 
Tels étaient €k>chlaeus, Emser, Eck *, etc. 

Le 11 octobre 1538, on parla de l'animosité affreuse de Go- 
chlseus et de Tetzel qui ont écrit contre la confession d'Augs- 
bourg et qui vantent beaucoup l'autorité des Pères ; le docteur 
Luther dit : « Je ne lirai point leurs livres. Qu'importe ? Nous 
avons au ciel un Père qui est au-dessus de tous les pères; 
leur tas de guenilles rapetassées ne signifient rien. Ils écrivent 
sous l'inspiration d'un cœur corrompu et vicieux, et chacun sait 
bien que leurs ouvrages ne sont qu'un tissu d'impudents men- 
songes.» 

Le docteur Luther dit : a Voici comment s'opère la généra- 
tion d'un papillon. C'est d'abord une chenille qui se suspend à 

' Donnons encore un échantillon de ranimoslté de la polémique enga- 
gée enire ces écrtrains : Carlostadt compose, en 1520, «ous la dictée de 
Luther, un écrit contre Eck et l'intitule •* Contra brulissimum asinum et 
asserium doctorculum. Luther , après avoir traité Emser de bouc , écrit 
à Hélancblon : « Emsero non respondebo... nisi is dignior sitj quam ut 
cum stercore commiitatur. » Il disait aussi : « Asinos poniiftcios non euro ; 
indigni enim simi qui de laboribus mets judicent. » 

28. 



3^0 PROPOS D^ TABLE pE MAETDI LUTHER. 

une muni|Ile ,et se forme un abri ; ensuite, au printemps, lors- 
que le soleil a de Féclat et de la chaleur, elle sort de sa coque 
et elle s'ex^vole sous la forme d'un papillon. Quand apprf)che 
rbeure de sa mort, il sç suspend à une feuille ou à un arbre et 
il pond une longue traînée d'œufs d'où éclosent autant déjeunes 
cbenilles. Il y a donc là ce cpi'on appelle generatio reciproca, ce 
qui a d'abord été chenille redevient chenille. J'ai trouvé dans 
mon jardin diverses espèces de chenilles , je crois que c'est le 
diable qui les y a apportées. Elles ont aussi des cornes sur le 
nez. Il est dans tout ceci de grandes ressemblances avec les 
sectaires. Les chenilles offrent à l'œil de belles boucles d'or et 
d*argent, leur robe est belle et brillante ; mais au dedans elles 
sont pleines de poison. Les sectaires se présentent sous des 
dehors pieux et saints, mais ils avancent des doctrines fausses, 
erronées et corrompues. De même que d'une chenille il vient 
beaucoup de chenilles, un fanatique, séduisant beaucoup de 
monde, produit une foule de fanatiques et de visionnaires.» 

Un autre fois le docteur Luther compara les sectaires à des 
fruits piqués des vers et non parvenus à maturité, qu'un peu 
de vent fait tomber de l'arbre. 

^:» 

Le 18 août 1538, le docteur Luther exprima son étonnement 
au sujet de l'insolence et delà présomption d'Agricola *, qui cher- 
chait à dominer et qui, étant devenu puissant, laissait à l'écart et 

' Jean Agricola , né en 1490, eut une part remarquable aux travaux , 
aux actes qui assurèrent le succès de ia réformalion. Son véritable nom 
était Schnitter ou Moissonneur, qu'il latinisa suivant l'usage de spn siècle. 
Il donna naissance à la secte des antinomiens , en soutenant contre Mé- 
lanchton l'inutilité de la loi de Moïse dans Toeuvre de la conversion 
chrétienne. Les disputes que souleva sa doctrine le déterminèrent â 
quitter Witlemberg en 1540 et à accepter la place que lui offrait l'élec- 
teur de Urandebourg , de premier prédicateur de la cour de Berlin ; il 
mourut dans cette ville en 1566. 



LES ^VER8AIBP8 DE LUTHER. 33i 

dédaignait la cause de TEvangile. Philippe Mélancb ton répondit: 
d Les gens occupés de grandes affaires temporelles font peu 
d'attention à leur conscience et ils en étouffent la voix ; aussi 
Dieu les chàtie-t-il souvent en les abaissant et en les renver- 
sant. » Le docteur Luther répliqua : « Qui aurait prévu la 
secte des antinomiens? J'ai vu s'élever et cesser trois orages 
violents; Munzer , les sacramentaires et les anabaptistes : mais 
dès ({u'une secte est éteinte , il en renaît une nouvelle. Il n'y 
a nul terme à la nécessité d'écrire. Je ne désire pas que ma vie 
se prolonge, car il n'y a plus de paix à espérer. Les anciens, 
. comme saint Bernard, ont eu raison de dire : o II faut prêcher 
a sur quatre choses , sur les vertus et sur les vices, sur les ré- 
a compenses et les menaces divines. » C'est une belle sentence. » 

Lorsque Munzer était à Zwickau, il alla trouver une jeune 
fille qui était d'une grande beauté, et il lui dit « qu'il venait 
vers elle obéissant à une voix divine qui lui avait prescrit de 
coucher avec elle ; autrement il ne pourrait pas enseigner la pa- 
role de Dieu.» C'est ce qu'à son lit de mort cette 0lle a révélé à 
son confesseur *. 

' Munzer, curé d'Alslaedt dans la Thuringe, se mit à la tète des sectaires 
qui, sortant des entrailles de la réforme , et poussant à leur dernière 
limite les doctrines du libre examen et de l'indépendance individuelle , 
se mirent en révolte ouverte contre toute autorité. Luther n'avait voulu 
briser que la tiare et la mitre ; les novateurs , en rudes logiciens , pré- 
tendirent fouler aux pieds le diadème et Tépée, jeter aux vents les codes 
et les lois. Le style de ces nouveaux prophètes est brusque, coupé, rempli 
dMmage's bibliques, étincelant d'expressions audacieuses ; lisez les prédi- 
cations de Munzer, de Storch-, de Stubner ; vous croirez avoir sous les 
yeux une page des Paroles d'un croyant. «Voici ce que je vous annonce, » 
. s'écriait Storch : « Dieu m'a envoyé son ange. Que l'impie tremble , que 
le juste espère. Le règne de l'impie durera peu ; l'élu de Dieu montera 
sur le trône. Des vêlements simples, une nourriture grossière , du pain 
et du sel ; alors Dieu descendra siir vous. » Entraînés par ces décla- 
mations frénétiques , les paysans de la Franconie se soulevèrent ; les 
princes, réunis par un danger commun, marchèrent contre les insurgés ; 
on se choqua à Frankbausen en 1525 ; mal armés et sans discipline, les 
paysans furent écrasés sous les pieds des chevaux, leur déroute fht 
complète. Munzer , blessé et pris , fut décapité. L'insurrection s'éteignit 
avec lui. 



332 PR0P06 DE TABLE DE MARTIN LUTHER. 

Le M septembre 1538, le docteur Luther parla beaucoup de 
rinsolence des sectaires et de leurs chefs. Carlostadt était or- 
gueilleux *, opiniâtre, enflé de Tidée qu'il avait de soi ; Zwingle 
ftit d*abord un homme juste , pieux et recommandable*, mais 
tel devint son aveuglement qu'il osa dire et écrire : « Je sou- 
tiens qu*aucun homme au monde n'a cru que le corps et le sang 
de Jésus-Christ fussent dans Teucharistie. » Cest ainsi quMI a 
eu Taudace de s'exprimer, bravant l'autorité et la foi de tous les 
hommes. Aussi a-Ml péri misérablement. 

* Luther écrivaU daos sod trailé Contre let prophètes célestes : « car- 
lostadt dit De pouvoir raisonnableroeot comprendre que le corps de Jésus- 
Christ se réduise dans un si petit espace. Biais si i'on consulte la raison, 
00 n'aura plus foi i aucun mystère. » ~ A la page suivante, Luther ajoutait 
cette phrase étrange, que M. Michelet qualifie de bouffonnerie et d'une 
incroyable audace : « Tu penses apparemment que l'ivrogne Christ ayant 
trop bu A souper , a étourdi ses disciples de paroles superflues. » Une 
auire fois , Luther attaquant en chaire Carlostadt sur sa doctrine de l'Eu- 
charistie , s'oublia Jusqu'à dire : « Prenez garde , Dieu ne peut souffrir 
qu'on se Joue à lui, comme font les saints : qtûa Deus non potetl ferre 
jocum^ sicui sancti ferunl » (serm. Dom. prim. quadrag.). 

' Zwingle, né en 1484 et successivement curé à Emsiedlen et à Zurich , 
attaqua la doctrine des indulgences dans un sermon prononcé en 1516, 
devançant ainsi Luther d'une année. En 1S24, il parvint à faire prononcer, 
dans le canton de Zurich, l'abolition de la messe et du culte des images. 
Il se maria la même année, et il eut é soutenir avec Luther une vive con- 
troverse au sujet de la présence de Jésus-Christ dans l'eucharistie. Le 
Saxon admettait la réalité , le Suisse s'en tenait à la figure. La dispute 
s'échauffa de plus en plus. Zwingle n'épargna rien pour adoucir l'esprit 
de Luther , mais le docteur de Witlemberg resta inflexible et ne voulut 
entendre à aucun accommodement. Le landgrave de liesse s'eSorça de 
réunir les deux partis; Marbourg fut choisi pour le lieu de la conférence; 
Zwingle s'y rendit en 1529 avec Bucer,OEdion et OEcolampade ; Luther 
avec Mélancbton , Jonas , Agricola et Osiander. Après beaucoup de con- 
férences particulières et de contestations publiques, ces théologiens 
rédigèrent quatorze articles contenant l'exposition des dogmes contro- 
versés, et ils les signèrent d'un commun accord. La paix ne fut troublée 
qu'après la mort du Zwingle ; il périt le lO octobre 1581, dans un combat 
qui eut lieu à Cappel entre les catholiques et les Zurichois. 11 se pubfîe en 
ce moment (novembre 1843) à Zurich un choix des PraktUclie Schriften 
de Zwingle, traduits du latin ou r^eunis ; le septième volume io-i2 de 
celte collection a vu le jour. 



LES ADVERSAIRES DE LUTHER. 335 

Zwingle a tiré Tépée, aussi a-t-il reçu sa récompense; car, 
ainsi que Ta dit TEvangile : « Tous ceux qui ont pris l^épée pé- 
riront par Tcpée » (saint Matthieu, chap. xxvi, v. 59). Si Dieu 
Ta admis à la béatitude, ç*a été extra regulam, contre la teneur 
de la parole divine et par une exception particulière. ~~ Le doc- 
teur Luther ajouta : a Zwingle et OËcolampade sont comme 
Phaêton et Icare chez les poètes ; ils veulent être maîtres et ils 
croient pouvoir accomplir tout ce que leur suggère leur pré- 
somption. 

Les troubles de TÉglise viennent de ce que les sectaires n'écou- 
tent pas la parole de Dieu ou qu'ils croient dominer sur elle ; au 
lieu de chercher humblement en bas afin de trouver Jésus-Christ 
parmi les langes de sa crèche , ils aspirent en haut. Et pourtant 
quelle n'est pas l'autorité de cette parole que Dieu a mise dans 
la bouche de son Fils et de ses apôtres ! Aussi saint Paul écrivait- 
il aux Thessaloniciens : a Vous avez reçu de nous la parole de la 
prédication de Dieu, non comme la parole des hommes, mais, 
ainsi qu'elle est véritablement , comme la parole de Dieu, d Mais 
Ton ne s'en tient pas à la parole divine, et les sectaires recher- 
chent indiscrètement le pourquoi. Ils demandent pourquoi Dieu 
est-il en même temps un et triple ? pourquoi une des personnes 
divines a-t-elle été Dieu et homme ? pourquoi Jésus-Christ a-t-il 
pris une vierge pour mère? pourquoi étend-il sa miséricorde sur 
celui-ci et non sur celui-là ? ^ 

WSÊ 

Le 13 septembre 1538 , il y eut contre les antinomiens une 
vive dispute qui dura près de cinq heures, et durant laquelle le 
docteur Luther s*éleva avec la plus grande force contre les no- 
vateurs , leur disant qu'Us détruisaient l'Évangile et qu'ils reje- 
taient la loi de Dieu, et qu'ils entraînaient à mal les esprits qui 
étaient dans la sécurité. Il ajouta qu'il les combattrait tant qu'il 
lui resterait un souffle de vie, dût-il en mourir.— Le soir, il s'en- 
tretint longuement de l'hérésie d'Arius , prêtre d'Alexandrie * ; 

* Pour qui veut étudier à fond Torigine et les développementf des doc- 



334 PROPOS DE TABLE DE MARTIN LUTHER. 

lorsqu'il commença à répandre sa doctrine , le patriardie 
d'Alexandrie , Pierre , dit qu'elle était erronée et tendant à 
déshonorer Jésus-Christ, car celui qui nie la divinité de Jésus- 
Ghrist lui enlève toute sa gloire. Arius commença d'abord par 
prétendre que Jésus-Christ n'était qu'une créature, mais douée 
de perfection. Combattu par les catholiques et par les pieux évè- 
ques , il dit ensuite que Jésus-Christ était la plus parfaite des 
créatures et que toutes avaient été faites par lui et qu'il était an- 
dessus des anges. Il avança ensuite que Jésus-Christ était Dieu 
émanant de Dieu , la lumière procédant de la lumière , et il dé- 
veloppa des doctrines si subtiles , que beaucoup de gens se ral- 
lièrent à lui et partagèrent ses idées. Le pieux évêque de Milan, 
Auxence, contre lequel saint Hilaire a composé une épltre, 
tomba dans ces erreurs. Arius finit par dire que Jésus-Christ 
ayait été créé de la même essence que le Père, mais il ne voulut 
pas renoncer à cette assertion de création. Alors s'engagea la 
dispute sur le mot homousian qui fut inséré au symbole d'Atha- 
nase , mais qui n'est point dans la Bible , ni dans l'Écriture 
sainte. — En somme , ce que je voulais dire, c'est qu'il n'est pas 
d'hérésie , d'erreur et d'idolâtrie, quelque grossière qu'elle soit, 
qui ne trouve des partisans et des soutiens ; nous le voyons à 
Rome, où, aujourd'hui même, le pape est honoré comme un Dieu. 

mm 

Je ne connais rien de relatif à Jésus-Christ que le diable n'ait 
déjà combattu ; aussi faut-il qu'il revienne sur ses pas et qu'il 
ranime les vieilles hérésies et les antiques erreurs. 

tripes de ce célèbre hérésiarque , il n'est pas d'ouvrage plus complet e^ 
plus savant à consulier que celui de Moehler : Athanase et VEglise de son 
temps en lutte avec Vananisme. M. LermiDier a inséré dans la Revue des 
Deux-Kondes (juin 1840, t. XXVI, p. 813-839), une notice remarquable 
sur celte profonde et savante analyse de tous lès écrits de saint Athanase. 
L'ouvrage allemand a été traduit en français par M. Cohen (Paris, Debe- 
court, 3 vol. 8o). 



LES ADVERSAIRES DE LUTHER. 555 

Je crois que Balaam est réprouvé % quoiqu'il ait eu dé grandes 
révélations qui ne sont point au-dessous de celles de Daniel, 
puisqu'il embrasse aussi quatre empires dans sa prophétie. C'est 
un eiLemple contre la présomption , afln que Thomme ne s'enfle 
point d'orgueil et ne présume point des dons de Dieu. Si l'on sa- 
vait que l'on est saidt lorsque l'on prophétise , on serait heu- 
reux, mais Dieu a rejeté Balaam, Saûl et GaT|>hie qui avaient adssi 
prophétisé par l'inspiration de l'Esprit saint. Ah ! que l'homme 
se maintienne fermement dans la crainte de Dieu, qu'il prie et 
qu'il ne soit point adonné à l'orgueil. 

En 1536, lorsque les théologiens suisses étaient venus à 
Wittemberg au sujet de la dispute sur l'eucharistie , le docteur 
Luther dit : « Dieu a représenté les hérétiques et les réprouvés 
sous rimage du renard et du loup; ces deux animaux ont 
l'air aussi doux et aussi pieux que si. à toute heure, ils récitaient 
le Pâ/er etle Credo ^ mais que le diable leur donne sa confiance!!) 

Dieu est un juge équitable, et il ne laisse pas sans les punir les 
blasphémateurs et les ennemis de sa parole ; ils périssent misé- 
rablement ; c'est ce qu'il a manifesté à Hambourg ces jours der- 
niers. Il se trouvait dans cette ville un misérable qui déclamait 
contre l'Evangile et qui avait corrompu beaucoup de monde ; on 
ne gagnait rien à lui faire des représentations et à l'admonester. 
11 tomba ensuite dans un désespoir extrême, et, rejetant toute 
consolation, il dit : « Mes péchés sont trop grands pour que j'en 
obtienne le pardon, car j'ai égaré beaucoup de gens ; » et, en plein 



' Telle est aussi l'opinion des rabins ; consalter la Bibliolheca rabintca 
de Bariolocci (t. I, p. 655) au sujet des idées plus qu'étranges consignées, 
touchant ce faux prophète , dans les écrits des Talmudistes ; de eo 
obscœna proferuni, ui quod abuiebalur cuina sua, et per mentukm divi» 
naret ; adduntpostremo eumsepultum esse minfemoy et in catdario fer- 
ventis spermaiis cruciarU 



536 PROPOS DE TABLE DE HARTiN LUTHER. 

jour, il s*échappa de sa maison et se jeta dans nn canal. L*eau 
n'était pas assez profonde pour le submerger, et la foule accou- 
rut ; Ton chercha à le sauver et on lui adressa des paroles de 
consolation. Mais il s^enfonça davantage dans Teau et il se noya. 
— Il y avait aussi à Bftle un blasphémateur qui se précipita par 
une croisée et qui se brisa le cou. Tout cela est l'effet de Téqui- 
table jugement de Dieu. Ne pas croire à la parole divine, c*est 
déjà digne de réprobation , mais la blasphémer et la tourner en 
dérision, c*est trop fort et trop abominable. 

Le docteur Luther parla des Abélistes, hérétiques qui avaient 
pris le nom du patriarche Abel et qui adoptaient les dogmes les 
plus étranges que Ton ait jamais vus sous le soleil. Ils voulaient 
d'abord que tous ceux qui appartiendraient à leur secte fussent 
mariés et amenassent leurs femmes avec eux; ensuite qu'ils vé- 
cussent ensemble s'abstenant de tout commerce charnel et s'oc- 
cupant de Tadministration du ménage; pour héritiers ils 
adoptaient des enfants étrangers *. C'était vraiment une secte 
bien étrange, et c'est ainsi que le mariage, cette institution de 
Dieu, est assailli de toutes parts. 

On parla des blasphèmes de Tetzel % qui appuyait ses mensoD' 
ges de mots pompeux et de phrases ronflantes, et le docteur 
Luther dit : a Nous sommes dans le plus extrême aveuglement et 
notre ingratitude est grande , car nous avons été affranchis par 
le moyen de l'Évangile et par un effet de la grâce de Dieu, et 

' Cette secte surgit en Afrique sous 1o règne d'Honorius ; elle subsista 
peu de temps ; consulter saint Augustin, de Hcere8,<, 78. 

* Le dominicain Jean Telzel , né vers 1470 à Misna, et dont les prédica* 
tions relatives aux indulgences, soulevèrent le courroux de Luther. Ce 
Tut le germe de l'incendie. Tetzel mourut à Leipzig en 1519; on prétend 
que ce fut de la douleur que lui causèrent les violents reproches du lé- 
gat apostolique Miltitz. Hecht, dans sa Gemuxnia sacra et ttUeraUt , 1717, 
lui a consacré une assez longue notice. 



LES ADVERSAIRES DE LUTHER. 537 

nous n'en témoignons nulle reconnaissance , ce qui attirera sur 
nous la colère divine. Ah ! bon Dieu ! ne nous châtie pas selon 
nos péchés , mais aide-nous à nous amender. ' 



Satan, Tennemi le plus acharné de notre Seigneur Jésns- 
Cbrist et de son Évangile, a amené les hommes à se forger toutes 
sortes d'idoles et à adorer des oignons , des serpents, des pria- 
pes *, et à commettre mille et mille abominations, ainsi que saint 
Paul Ta dit dans son épltre aux Romains (cbap. i, v. 31-23] : 
« Leur cœur destitué d'intelligence a été rempli de ténèbres; se 
disant être sages , il» sont devenus fous, etc. » 

L'esprit de ténèbres n'a pas oublié leaphabits de moine dont 
on recouvre les morts dans Vidée qu'amsi leurs péchés seront 
pardonnes. Cette superstition et cette idolâtrie sont choses si 
horribles, que si je ne les avais pas vues, je n'aurais pas pu y croire. 
C'est un semblable motif qui a amené tous les monarques à créer 
des ordres ; le roi de France a créé celui de Saint-Michel ; le roi 
d'Angleterre, celui de Saint-Georges; l'empereur, celui de la 
Toison-d'Or, etc. Tout cela a été une suite de l'inspiration du 
diable ; il a voulu contenter la vanité et la cupidité des hommes. 

* Quant au culte du phallus, qui de l'Iode et de l'Egypte s'introduisit dans 
la Grèce, on peut consulter Dulaure, Des divinités ginératrlees ^ 1805, 
fto; seconde édition, avec quelques changemeots, 1835,. 8«; J. J. Roseo- 
baum : Die Lusiseuche Un Alierihume (Halle , 1839, 8«, p. 62-78) et R. 
Payne Knight : an Account ofthe remains of the worship ofFriapus, lot- 
lely existing at Isemia^ in the Kingdom of Naples, To which is added a 
dtscourse on the worship ofPriapus and ils connexion with the mysiie 
iheohgy of the ancientSj London, 1786. Ce volume fort rare, et dont le 
prix a dépassé 200 (T. dans quelques ventes, est un in-4o de 19S p. avec 18 
planches. Je ne l'ai trouvé indiqué avec quelques détails dans aucun ou- 
vrage français, mais j'ai sous les yeux deux notices dont il est l'objet, in- 
sérées dans des recueils allemands ; Fune de Bottiger {Amalthea , t. III, 
p. 408-418), l'autre de Ghoulant (Heckers Annalen^ t. XXXIII (18S6), 
p. 414-418). 

39 



558 PROPOS De table db ■artin lbther. 

Le pape 6*est, de son eôté , efforcé d*aceomplir les Tolontés de 
son créateur le diable,- et il n*a ett nul égard ni pour Dieu ; ni 
pour les hommes. Aujourd'hui TÉvangile se montre dans une 
clarté plus grande que celle du jour, et le pape n'en continue pas 
moins de pécher sans vergogne. Il remplit tous les royaumes de* 
cardinaux ; ce sont des douillets , des efféminés , des imbéciles ; 
ils passent leur temps à la cour et dans les chambres dès feiflmes, 
auprès desquelles ils se montrent galants. Il a partout mis une 
foule de cardinaux et d'évÔques. Notre Allemagne est la proie des 
èvèques , car Ton y en compte plus de quarante, sans parler des 
abbayes et des chapitres qui ont de plti^ grands revenus que les 
éTèchés. En Allemagne, les évèques ëont pliis pûiSsUfats qtie les 
princes. Voilà ce qui rend les papiste^ ëi in^lents j ils s^à(>puient 
sur leur argent et sur leurs ressources ; nous ne voyons pas que, 
depuis vingt ans, un seul évèque se soit amendé. 

Les papistes se vantent de former TÉglise et d'avoir pour eux 
l'autorité du concile ; ils veulent avoir le pouvoir de le réunir et 
de le faire cesser : ils n'ont aucune intelligence du sens de l'Ecri- 
ture sainte qu'ils comprennent moins que ne le ferait un enfant, 
et ils sont bien pires que les Sadducéens, qui conservaient du moins 
quelques dehors ; mais ces papistes sont des impies, des blasphé- 
thateurs et des sodomites ; ils consentiraient à réformer les cé- 
rémonies extérieures de l'Eglise, mais toute réforme qui ne 
toucherait pas au vif dans la doctrine et dans le genre de vie 
serait nulle. 

Nous ne savons pas combien il est avantageux pour nous 
d'avoir des antagonistes, et que des hérétiques s'élèvent contre 
nous et nous attaquent. Si Cérinthe n'avait pas bougé S saint Jean 

' GérioUie, juif d'Alexandrie, s'efforça de Tondre ensemble les doetrioes 
chrétienne, juive et chaldalque; il enseignait qae le Christ et Jésus 
étaient deux êtres distincts, dont le premier était un esprit et l'autre un 
homme. Il existe sur cet hérésiarque des dissertaUons spéciales de Pau- 
lus (Jéna, 1795) et deScbmidt (t. I, p. isi de la BibUothekfwr Krit, uud. 
Exeg.), 



LES ADVERSAIRES Iffi LUTHER. ^ 388 

ii*aurail point écrit son EyangUe. Mais Gérinthe s'étant élevé 
contre la divinité du Seigneur Jésus, Jean dut écrire : in prin- 
cipio état Ferhum, et il établit la distinction des trois personnes 
d'une manière si lucide que rien ne pouvait être plus clair. 

SOC 

La coutume de dire trente messes pour un mort a été intro- 
duite par le pape Grégoire, et elle a duré huit cents ans. Ce pape 
était si pieux, c'est-à-dire si superstitieux, qu'un frère étant mort, 
laissant trois florins qu'il possédait à l'insu de la communauté , 
Grégoire fit enterrer cet argent avec le trépassé , pour lequel il 
fit dire trente messes , afin de délivrer son àme des feux du 
purgatoire. 

Tetzel alla si loip qu'il fallut |.e co]7)b^ttre , c^r il écrivait et 
enseignait que l'indulgence accordée pw le p^pe était la récon- 
ciliation entre Dieu et l'homme. Il prétendajt que l'indulgence 
conservait toute son efficacité e); sa force, Iprs poème que le pé- 
cheur n'pprouvait aucun repeptir ef qu'il ^Q faisaif ppint péniten- 
ce. Il disait que le pape ponv|)|t d'^yancerep^pttre les péchés que 
l'on avait l'Int/entiori de cqRimettre, jftt qi^'pnp croix à laquelle le 
pape avait attaché des |ndulgenpes ne le cédait point ep mé- 
rite à la vraie croix de Jésus-Cliri§t ej; poçséd^U n^èmes vertus. 
Ce furent ^e pareilles éap^paf tés qui p^'aniff^èrei^tt à écrire co^- 
tre lui. 



Saint Augustin et d'autres docteurs établissent entre un héré- 
tique , un schismatique et un mauvais pliréUeo la différence que 
voici : un hérétique est celui qui ayappe et soutiept opiniâtre- 
ment des opinions fausses et des doctrines contre Ips articles de 
la foi chrétienne et contre la juste intelligence de l'Écriture 
sainte ; un schismatique est celui qui professe la même véritable 
doctrine que la vraie Eglise de Jésus-Christ, mais qui n'est pas 
d'accord avec elle au sujet de quelquies çérémpuies et de quel- 
ques usages; uu mauvais chrétien est d^'a^cord pour la doctrine 



Z40 -"^ PEOrOS DE TABLE DE MARTIN LUTHER. 

et pour les cérémonies avec TEglise , mais il vit mal et il mène 
une conduite déréglée et condamnable. 

WSÊ 

Les papistes n*osent pas me qualifier d'hérétique, mais ils 
m'appellent scbismatique , comme étant Tauteur d'une sépa- 
ration. Mais moi, je regarde le pape comme un hérétique , 
et comme un arcbi-hérétique, car. il est l'adversaire de Jésus- 
Christ. 

Le docteur Luther montra un Jour un tableau qui représen- 
tait comment le pape, avec son idol&trie et ses superstitions, 
menait le monde entier : l'on y voyait le vaisseau de l'Eglise 
plein de moines et d'ecclésiastiques qui jetaient des planches et 
des instruments de sauvetage à des gens qui nageaient dans la 
mer et qui étaient en danger d'être engloutis ; le pape était 
assis au plus haut du navire , le Saint-Esprit le couvrait de ses 
ailes et il regardait le ciel ; des patriarches, des cardinaux, des 
évèques Tentouraient. Cest un tableau très-ancien qu'un moine 
avait fait et composé à Venise, et ce qu'il représentait , nous 
l'avons tous cru comme articles de foi. Il en est de même de la 
Véronique à Rome. Ce n'est qu'une pièce «d'étoffe noire, recou- 
verte de deux tapis de soie que Ton soulève pour la montrer. 
On a peint dessus une image que l'on donne comme y ayant été 
appliquée miraculeusement. 

m 

Si j'avais ki foi telle que l'Ecriture la demande de moi , alors 
seul je voudrais battre le Turc , étrangler le duc George et en- 
voyer au supplice l'évèque de Mayence *. 

' Nous donnons ailleurs un échantillon des injures que lance Lolber 
contre le cardinal de Brandebourg, Albert, archevêque de Mayence. Ajou- 
tons qu'il lui adressa une fois une longue lettre pour l'engagera se marier. 
Voici un passage de cette éptire assez singulière : « Il n'est pas bon que 
« l'homme soit seul; donnons-lui donc une aide qui soit avec lui. » TeUe 



LES ADVERSAIRES DE LUTHER. 541 

Le 8 noTembre 1543, Gaspard Schwenckfeld envoya au doc- 
teur Lutber un de ses livres intitulé : De la gloire^ et à cet 
égardle docteur fui agité d*un zèle ardent, et il dit : «Schwenck- 
feld est un sot, qui non habet ingenium née spiritum, sed est 
aiionitus % ainsi que le sont tous les séducteurs ; il ne sait ce 
qu*il balbutie ; voici son principe et son idée : ^ créature ne 
doit pas être adorée, parce quHl est écrit : « Tu adoreras le 
Seigneur ton Dieu et tu ne serviras que lui. » Il pense donc que 



est la parole de Dieu : à moins que Dieu ne fasse un miracle en transfor- 
mant un homme en ange. Je ne vois pas que cet homme puisse , sans en- 
courir rindignation de Dieu, demeurer tout leul et sans femme. » Déjà noui 
avons rapporté maints passages qui montrent jusqu'à quel point Lutber 
prenait à cœur Vindispensabiliié de l'union conjugale ; citons encore 
quelques lignes, que nous prenons au hasard dans f immense collection 
de ses œuvres, sur un sujet sur lequel il revient sans cesse : «Quid vero 
facerem ? num divinam legem potius, qu« scortationem vetat, quam poo- 
tiflcias, qus nupliis interdicunt, violarem ? Si corpus alicujus jejunio pa- 
rasceves pericliietur, nonne illi etiam imperabitur ut cdat (1557, t. II, 
p. 463) ? Continentia non est emandata : insani et fatui papistœ virglnitatl et 
continentiœ nihil patiuntur œquari, prodigiosis mendaciis utramque jac- 
umes {Ib. II, 505). 

■ Schwenckfeld ou Suenckfeldius, personnage fort entêté d'idées em- 
preintes d'une hétérodoxie bizarre, s'est recommandé aux bibliomanes 
par son traité De duplici statu, ofjicio et cognitione Christi, 1546, 8o. 
On assure qu'il n'existe qu'un seul exemplaire de cet opuscule ; bien qu'il 
n^ait que 22 pages, on le trouverait fort long si Ton essayait de le lire. Il 
s'est payé 144 fr. é la vente Gaignat en 1769, mais en 1839, à celle de 
M. de Pixerécourt, il est tombé à 30 fr. Flaccius Illyricus en donna une 
traduction allemande. Schwenckfeld écrivit plusieurs autres traités, peu 
recherchés de nos Jours ; les amateurs de semblables raretés voient ce- 
pendant avec plaisir le iVoviM homo , scriptum anno 1543, S», 27 feuil- 
lets, qu'il publia sous le nom de Valentinus Cravaldus. En somme, le nom- 
bre des écrits de ce novateur s'élève à plus de quatre-vingts ; il niait l'ins- 
piration des livres saints, il subordonnait la croyance à la raison indivi- 
duelle ou à Tinspiraiion intérieure, il prétendait que Dieu se communique 
à chacun en particulier. Il a conservé jusqu'au dix-huitième siècle quel- 
ques disciples dans certains cantons de l'Allemagne. Les réformateurs se 
montrèrent fort peu tolérants à son égard ; Luther, après lui avoir écrit de 
ne plus lui envoyer de ses livres quos diabolos vomit et cacat, le flt, en 
1527, bannir de la Silésie, et Hélanctbon n'en parle jamais sans défigurer 
son nom pour lui adresser une injure grossière ; Stenckfeld (champ 
puant) au lieu de Schwenckfeld. 

39. 



341 PROPOS DE TAWJB W U^TUi LDpKR. 

le Gbrisi, étant noe créature, ne doit pas être adoré comme tel ; 
U se forge deu^ Christs, etditqu*après la résurrection et la gio-r 
rification, la créature est transformée en déité et qu'elle doit 
ainsi être adorée. Il trompe ainsi le peuple avec le nom glorieux 
de Christ, car il écrit en tète de son livre : A la louange du 
Christ. Un petit enfant aborde plu$ nett^meqt la question qifand 
il dit : «Jei^rois en Jésus-Christ, notre Seigneur, quia été conçu 
du Saint-Esprit, né de la Vierge Marie, etc.; » mais ce^ imbécile de 
Schiwenckfeld veut forger deux Christs , Tun qui a été attaché 
sur 1^ croix, Vautre qui est monté dans le ciel et qui est assis à 
la droite de Dieu, soii père céleste. Nous ne devons point, à ce 
qu*il prétend, adorer ce Christ qui a été attaché sur la croix et 
qui est mort sur la terre. Mais Jésus-Christ se laisse adorer, 
lorsfiue rhomme se prosterne devant lui, et Jésus-Christ lui- 
mèmc dit : Celui qui croit en mai croit aussi en celui qui m'a 
envoyé. Il a dit également : Tous les hommes doivent honorer 
le Fils comme ils honorent le Père, Ce visionnaire-là a tiré quel- 
ques mots de mon livre sur les dernières paroles de David; il se 
pare de ce^ expressions: communication de propriété et identité 
de personne ; il mêle ses phrases avec les miennes et il les donne 
comme si elles rendaient mon opinion. Il m'apprendra ce qu'est 
Jésus-Christ et comment je dois Tadorer . J'en sais (grâces à Dieu) 
plus long que lui; je connais bien mon Christ; qu'il ne vienne 
plus me fatiguer. — Alors le docteur Rorer dit au docteur Lu- 
ther : « Ohl seigneur, vos expressions sont trop dures. » Le 
docteur Luther répondit : « Semblables gens m'apprennent à 
être sévère ; c'est ainsi qu'il faut que nous pariions au diable. 
Que Sch^venckfeld rétracte , par une déclaration publique, son 
hérésie au sujet du sacrement, et qu'il m'apporte le témoignage 
du docteur Jean Hess et du docteur Jean de MoibanedeBreslau; 
autrement j,e ne le croirai pas, me juràt-il qu'il a mis ses doigts 
dans les plaies. » 

Le docteur Luther remît au messager qui lui avait apporté le 
livre deSchwei?ckfel(J unç le.tlre ouverte avec cette suscription : 
Réponse de Martin Luther au messager â» âcbwenckfeld , et il 



lui ^f^ : a yp9 ^ifi}, tju rapportera^ ma jréppi^se à ^on ma)|tr,e, j&t ti^ 
m 4ir^5 qi^e j-ai de tes main^ reçu Je liyre, et que je voudrais 
qi^'il i^'absUnt d'agir ainsi, car il aUjufpe di^us la Silésie ^n feu 
qui n'e^t pas prêt de s'éteindre et qui, je crains, le brûlera éter- 
ne^leiuent. En oijitre, il continije de pocher Sjpn eutychianispie 
.ejL $a pféaturali^é; il jette TÉglise dans des erreur^^ n'ayai^t reçi^ 
11^ n^i3$ipn9 ni cop^manden^ent de pi^eu. ^ 

Erasme de Rotterdam est le plus grand scé|jérat qui soit jamais 
venu sur la terre. Il cherche l)eaucoup à m'attirer dans ses pié- 
gés, et si Pieu ne m'avait pas prêté une assistance toute spé- 
ciale, U m'aurait réduit en captivité. En 1535, il m'envoya un de 
&es docteurs charge d'un présent de 200 ducats de Hougrie qu'il 
fit donner à ma femme Catherine; mais je refusai de les rece- 
voir, et je prescrivis à ma femme de ne pas se mêler de sembla- 
bles choses, car, grâce à Dieu, je n'ai jamais passé pour convoi- 
ter l'argent. 

Je hais Erasme de tout mon cœur* ; il fait usage du même ar- 
gument qu'employa Gaiphe quand il dit : Il convient qu'un seul 
meure pour tout le peuple. C'est ainsi que s'expriment Erasme 
et tous les épicuriens. Il est préférable que l'Évangile tombe ou 
cesse d'être prêché , plutôt que si toute l'Allemagne et tous ses 
princes se prenaient aux cheveux et si l'Europe entière était 
ébranlée. Saint Jean l'Évangélîste, par suite de cet avis, devint 

' Luther n^arait pas toujours manifesté pareils sentimeuls ; au début de 
sa carrière , le 28 mars 1518, il lui écrivait dans les termes les plus flat- 
teurs, il adulait, il cajolait le philosophe balave, alors au comble de sa 
gloire. « Quel est le coin de terre où n'a reteuti le nom d'Erasme ? Qui ne 

reconnaît Erasme pour son roattre? Vous avez reçu de Dieu les dons 

les plus magnifiques, et je reconnais toute la splendeur de votre génie.... 
Mon cher Érasme, mon tout aimable, tournez donc les regards, je vous en 
coDJure, sur un petit frère qui vous aime si tendrement d'amour. » 



544 PE0P08 DE TABLE DE MARTIN LUTHER. 

rennemi déclaré de Gaipbe. Du moins le Christ donna à Calphe 
un coup dont il se ressentira éternellement, je le crains bien, 
et ce fut lorsque le Christ dit à Pilate : Celui qui m*a remiê m 
tes mains a le plus grièvement péché. Et le docteur Luther, 
s'écbauffant beaucoup, dit au docteur Jonas et à Pomeranus : 
« Je TOUS recommande, dans mon testament et dans mes der- 
nières volontés, de haïr et de détester cette vipère d'Erasme. Je 
n'ai point d'égards pour ses paroles ; vraiment elles sont bien 
ornées, mais ce ne sont que maximes de Démocrite et d'Epi- 
cure ; de propos délibéré, il parle de toutes choses d^un ton de 
doute ; ses assertions sont équivoques, et il s'arrange de manière 
à leur donner le sens qu'il voudra. De semblables paroles ne 
surviennent point à aucun homme honnête, encore moins à un 
chrétien. Voyez quel poison il répand dans ses Colloques sous le 
masque d'interlocuteurs supposés, et comme, s'attachant à plaire 
à la jeunesse, il s'eiTorce de l'infecter. Aussitôt qu'il plaira à 
Dieu de me remettre sur mes jambes, je lui appliquerai la sen- 
tence d'Isaîe au sujet des œufs du basilic ; ils sont un régal tout 
prêt pour les dents d'Erasme. » 

Une autre fois, le docteur Luther, étant dans son lit, fit ces 
deux vers contre ce même Érasme de Rotterdam : 

Qtti Salanam non odit, amet tua carmina, Erasme, 
Atque idem Jungai furias et mulgeat orcum. 

Le 1'' avril i5S6, le docteur Luther étant malade dans son lit, 
passa presque, toute, ki journée à lire les préfaces d'Erasme sur 
le Nouveau Testament, et il en fut extrêmement affecté ; il dit : 
« Quoique ce serpent soit si glissant qu'il nous est diflScile de le 
saisir, cependant, nous et notre Eglise, nous le condamnerons 
avec ses livres, et quoique beaucoup de gens mondains soient 
fôchés contre nous et qu'ils soient courroucés de ce que nous 
agissions ainsi, il vaut mieux pour nous les offenser que renier 
le Christ, notre Sauveur. » 

WSÊ 



d'Érasme. 345 

Erasme écrit de très-lourdes et basses préfaces, bien qu*il les 
adoucisse ; il semble ne pas mettre de différence entre Jésus- 
Christ notre Sauveur et le sage législateur païen Selon. Il mé- 
prise aussi saint Paul et saint Jean, comme ses préfaces de 
Tépttre aux Romains et de saint Jean le témoignent. Il ose dire 
que répttre aux Romains n'est ni .convenable ni appropriée à 
répoque actuelle, et qu'elle est plus inquiétante et fSicbeuse que 
profitable. N'est-ce pas là faire un bel éloge de l'écrivain de ce 
livre? Honte à toi, misérable maudit ! 

Le docteur Luther dit une autre fois : a Erasme est un véri- 
table Momus ; il se moque de tout, et ses livres, remplis d'équi- 
voques, pourraient être lus par les Turcs. Lorsqu'on s'imagine 
qu'il a beaucoup dit, de fait il n*a rien dit du tout. Il ne peut 
être saisi ni par nous, ni par les papistes ; il est plein de termes 
ambigus et louches, que TÉcriture défend ainsi que les lois de 
l'empire, car elles portent : « Si quelqu'un fait usage d'expres- 
« sions douteuses, obscures et incertaines, elles seront enten- 
« dues et relevées contre lui. » 

Voici, dit un autre jour le docteur Luther, ce que je laisse 
dans mon testament, et je vous en prends à témoin : je tiens 
Erasme de Rotterdam pour l'ennemi le plus décidé qu'ait Jésus- 
Christ*. Dans son Catéchisme (celui de tous ses écrits que je 
peux le moins supporter), il n'enseigne rien de certain ; il n'est 
pas un mot qui dise : fais cela, ou : ne fais pas ceci. Il ne fait 
que jeter dans Terreur et le désespoir les consciences de la jeu- 

' Luther a dit ailleurs : Erasme est un pauvre esprit qui n'a jamais sa 
loger dans sa cervelle qu'une idée opiniâtre, celle de vivre en paix ; il ne 

sait pas ce que c'est que la croix do Jésus-Christ C'est un païen qui 

voudrait rétablir le cuite des faux dieux. Dans son traité De servo aràh 
trio adversus libtrum arbiirium ab Erasmo defensum, le docteur saxon 
donne à son aoUgoniste les épilhëles de blasphémateur, d'épicurien, de 
pyrrbonien et d'athée. 



846 PROPOS DE TAALB DB MARTIN LUTHER. 

nesse. Il écii?lt un livre contre moi, intitulé Hypera$fiî$$ S 
dans lequel il avait Tintention de défendre son livre sur le libre 
arbitre contre lequel j'ai écrit mon livre au sujet de la dépeii* 
dance de la volonté ; mon livre n*a pas été encore combattu, et 
Erasme ne sera pas capable de le réfuter, car je suis sûr et cer* 
tain que ce que j'ai écrit à cet égard est Timmuable vérité de 
Dieu. Mais si Dieu vit dans le ciel, Erasme sentira et connaîtra 
ce qu'il a fait. 

Erasme est Tennemi de la véritable religion, l'adversaire dé- 
claré de Jésus-Christ, l'image complète et fidèle d'Epicure et de 
Lucien. 

WSÊ 

te docteur Luther, ayant appris la mort d'Erasme, dit : c Je 
pe voudrais pas, ^u prix de dix mille florins, courir la chance 
d'avoir, d^ns l'autre vie, la place qu*a saint Jérôme, et pour 
bieaucpup pfus forte somme, je ne voudrais pas de celle d'E- 
rasme. ^ 

W% 

Erasme ne peut que soulever des chicanes et faire des moque- 
ries ; il n'est pas en état de réfuter et de détruire. Si j'étais pa- 
piste, je le combattrais et le terrasserais bien fodleqient. Il 
tourne ^n dérision le pape et ses cérémonies, mais il ne l'a pas 
culbuté et abattu ; et même, tout en se moquant du pape, il se 
moque de Jésus-Christ. 

mm 

Erasme, Ec)(, Pochlœus et consorts ont un autre idiome qpe le 
mien. Erasme est un impie, et je veux un jour le délivrer du 
soupçon répandu parmi les papistes qu'il est luthérien. Il frappe 
en cachette, il n'avance jamais droit en face sur quelqu'un; aussi 



.' aypfira$j^te$ , diatriàœ advenus $çrvum arbitrUm Uar^ini Im- 
tkeri (Mie, 1526). Luther dit une fois que ce livre était comme le liffle* 
meot de la ripère. 



D^éiusifE. 847 

ses liYTés sont-ils pleins de poison. En mourant, je recomman- 
derai à mes enfants de ne point lire ses Colloques^ où il avance 
l)eaucoup d^impiétés sous des noms supposés, dans le dessein pré- 
médité d'attaquer la foi etrÉglise de Jésus-Christ. Qu'il se moque 
et se rie dé liioi et dés autres, mais je ne lui conseille |>a9 de se 
ntoqUëi* de Dieu ; il ne s'en tirerait pas sans châtiment, le pense 
qu'il finira înal. 

En écriTant son livre sur la folie, Erasme a engendré une fille 
telle que lui. 11 veut hadiner, ricaner et railler; mais c'est un 
bouffon et un extravagant, et le livre de ce fou est pure folie. 

Quelqu'un demanda au docteur Luther si, lorsqu'il priait, il 
maudissait en même temps. Il répondit : <x Oui, lorsque je fais 
cette prière : Que ton nom soit béni, je maudis Erasme et tous 
les autres hérétiques qui blasphèment et outragent Dieu. » 

Erasme aurait pu rendre de grands services à la cause de 
l'Évangile et il a été plusieurs fois prié de le faire; mais il n'a 
pas voulu. Le voudrait-il à présent, il ne le pourrait ; les choses 
sont trop avancées ; les cartes ne sont plus en sa main, il les a 
jetées. Je dis de lui ce qu'un évêque disait d'Arius : il cherche à 
déshonorer Jésus-Christ. 



Si Ërasme avait à cœur la gloire de Jésus-Christ et de l'Évan- 
gile, au lieu de s'amuser à écrire des contes d'enfants et des fo- 
lies, il donnerait un bon commentaire sur l'une des épltres de 
saint Paul; mais il n'en a' cure. Il est maître consommé dans 
Fart d'embrouiller les questions, de s'exprimer en termes lou- 
ches et obscurs, qui peuvent signifier noir ou blanc au gré de 
chaque parti. C'est le roi des amphibologies. Je veux lui ofirir le 
combat; qu'il vienne, et avec l'aide de Dieu je le confondrai en 



348 PROPOS DE TABLE DE MARTIN LUTHER. 

peu de mots. Si je vis, je délivrerai TÉglise de pareilles immon- 
dices. 

Erasme a été infecté de doctrines épicuriennes à Venise et à 
Rome; il a donné plus de louanges aux ariens qu^aux catholiques, 
il a osé dire que Jésus-Christ n^est appelé Dieu qu^une fois dans 
rÉvangile de saint Jean, lorsque saint Thomas dit : « Tues mon 
Seigneur et mon Dieu (ch. xx, v. 28). » Mais de tous les traits 
qu'il a décochés, celui qui me révolte le plus, c'est son Cati^ 
ehisme; il n*y enseigne rien avec certitude et à fond ; il ne fait 
que jeter le doute et Terreur chez les jeunes gens. 

SOS 

Erasme regarde comme une chose ridicule que Dieu soit né 
d'une pauvre femme; je sais que, dans son cœur, il se moque de 
nous. Il imite Lucien qui s'est raillé de tous les dieux ; c'est un 
grand bouffon et un misérable. Mais, au jour du jugement der- 
nier, il dira : a Voyez, ils sont parmi les saints de Dieu, ceux 
que nous regardions pendant leur vie comme des fous et des in- 
sensés {Sagesse, ch. y, v. 4). » C'est bien certainement ce qu'il 
reconnaîtra. 

Je m'étonne qu'un homme puisse s'écarter de la connaissance 
de Dieu autant que le fait Erasme. Erasme a la conviction qu'il 
n'y a ni Dieu, ni vie future, tout aussi fermement que moi, grâ- 
ces à Dieu, j'ai la conviction opposée à la sienne. Il ne vaut pas 
mieux que Lucien, mais ce qui me surprend, c'est qu'il veut se 
donner pour théologien, et il ne sait pas pourquoi Dieu est venu 
au monde. Avec sa théologie, il fait de Jésus-Christ un légiste. 
Que notre Seigneur me laisse seulement une année de vigueur; 
je suis plein d'ardeur et de zèle chrétien pour tirer vengeance 
d'Erasme et de mes autres ennemis. 



wak 



MÉLANGHTOlf, BRKMTmS, ETC.. 549 

MÉLANGHTON, BBBHTIUS, ETC. 

Le docteur Luther dit un jour : «Ce que Philippe Mélanchton 
écrit a des mains et des pieds, a de Fautorité et de la gravité, est 
plein de poids, mais contenu en peu de mots, ainsi que j*ai toii- 
jours trouvé ses lettres. Mais je prévois que nous serons forcés 
d^entrer en guerre, car les papistes voudraient bien continuer, 
seulement ils n'ont pas un bon estomac ; nous, nous ne pouvons 
laisser les choses dans Tétat où elles sont à présent. Poursuivons 
donc notre route au nom du Seigneur ; je confierai tout à Dieu ; 
je le prierai de convertir nos adversaires. Nous avons une bonne 
cause, et qui de nous ne hasarderait pas corps et sang pour la 
sainte parole de Dieu ? D'ailleurs, les lois temporelles et les rè- 
gles de la politique sont également conformes^à notre manière 
d^agir, car nous avons toujours désiré et demandé la paix, mais 
nos princes sont provoqués et réduits à se défendre, eux et leurs 
sujets ; il faut nécessairement qu'ils résistent à un pouvoir ini- 
que. Nos adversaires ne nous laisseront pas vivre en paix. Cette 
lettre a été écrite il y a dix jours ; dans cet intervalle se sera 
décidé ce qu'il faut faire. Que le Dieu éternel et miséricordieux 
nous accorde sa gr&ce. Veillons et prions, car Satan ne dort 
point. » 

SOC 

L'an 1536, le docteur Luther écrivit sur sa table les mots sui- 
vants : Res et verba Philippus ; verba sine te Erasmus ; res sine 
verbis Lutherus ; nec res^ nec verba Carolostadius. C'est-à-dire : 
Ce que Philippe Mélanchton écrit a des pieds et des mains * ; le 

■ Aa sujet de Mélanchton, après Luiher, la plus grande figure qu'offre 
l'histoire de la réforme, on lira avec plaisir une élégante et Judicieuse notice 
de M. ViHnû {Revue des Deux-Mondes, 4« série, 1839, tom. XX, p. 5-44, 
149-197,377-413). Empreint de quelque parlialiié en bveur du docteur 
Philippe, ce travail ne dispense pas toutefois de recourir aux sources. 
Camerarius et Fischer ont écrit la Vie de Mélanchton, et J. F. Strobel, en 
publiant en 1777 un Melanchioniana^ nous apprend qu'il avait déjé paru 
en Allemagne 377 écrits sur la personne et les ouvrages de ce célèbre 
réformateur. Ses ouvrages sont extrêmement nombreux ; Rotermond en 

30 



880 PROPOS BE TABLB DE HARTIR LUTHER. 

fond est bon et les paroles anssi sont bonnes. Erasme de Rotter- 
dam écrit beaucoup de |)ato1es, mais sans résultat. Luther dit 
de bonnes choses, mais les paroles ne sont pas bonnes. Gariostadt 
rie dit point de bonnes choses et n'use point de bonnes paroles. 
'Philippe Mélanchton, arrivant à FimproTiste en ce moment et 
lisant cela, se tourna eu souriant yers le docteur Basile et il dit: 
« Au sujet d*Brasme et de Gariostadt, ce jugement est bon et 
cette censure est Juste, mais trop d*éloges me sont accordés, et 
là bonté des paroles doit aussi être comptée parmi les mérites 
de Luther, car 11 parle extrêmement bien et ses discours sont 
silbstantiels. h 

WBÊ 

Celui quia Fiatention de s'instruire dans la théologie a main- 
tenant de grande avantages ; d'abord il.a la Bible, que j'ai tran 
duile de l'hébreu en allemand d'une manière si claire que chacun 
peut facilement la comprendre. Il peut lire ensuite les Lieux 
Communs de Philippe Mélanchton ^; qu'il les lise avec tant d'as- 
siduité qu'il les sache par cœur. Lorsqu'il aura accompli ces 
deux choses, on peut le regarder comme un théologien contre 
lequel ni le diable ni aucun hérétique ne pourra remporter nul 
avantage, car la théologie tout entière est devant lui, et il 
pourra lire ce qu'il voudra. Qu'il lise alors le Commentaire de 
Philippe Mélanchton sur l'épltrè aux Romains, qu'il lise mes Ex- 
plications du Deutéronome et de l'epltre aux Galates, qu'il s'ef- 
force de devenir éloquent. 

Nous ne possédons aucun livre 0(1 la théologie entière, la reli- 

a éDuméré 885. (Consultez surtout la Bibiioiheca Métanchtoniana de 
trobel, dans le tome VI de ses Bliscell. lUter.) Ils n'ont été recueillis 
dans aucune édition complote ; celles de I54i, iS62, 1S8O, i583, 1601, 
1617, en 4 ou 5 vol. in-folio, ne renferment qu'une faible partie de tant 
d'écriU; l'édition entreprise eu 1834 é Halle, par le savant Brelschaeider, 
est loin d'être terminée. 

' Les Loci communes sont un abrégé de la doctrine chrétienne; publiéa 
pour la première fois à Wittemberg en 1541 , ils ont été réimprimés 
soiiauie-cinq fois pendant la vie de l'auteur. Sirobel a donné (Aitdorf, 
1778) une Bibliographie spéciale de cet ouvrage et de ws dififérentes 
tradttctionf. 



MÉlLANCHTON, BRBNTIUS, ETC. 3SI 

gioD, soit mieux résumée que dans les Lieux communs de Mé-* 
lanchton ; tous les Pères et les faiseurs de sentences ne peuvent 
être compairés à ce livre ; c*est, après la sainte Bcriture, ce qui 
existe de plus pa rfait. Mélanchton est plus logicien que moi ; il 
combat et il enseigne. Je suis plus rbétoricien, plus orateur. Si 
les imprimeurs se laissaient guider par moi, ils publieraient 
ceux de mes livres où il y a de la doctrine, comme mes Comment 
taire$ sur Tépttre aux Gala tes, sur le Deutéronome, les Sermons 
sur les quatre chapitres de FEvangile de saint Jean ; mes autres 
livres peuvent être lus pour connaître les progrès de la révéla- 
tion de rÉvangile, afin qu'on puisse voir comment la doctrine 
s^est manifestée d'abord, car elle n'était pas alors aussi claire- 
ment exposée qu'à présent. 

Aucun des théologiens de notre époque ne manie et n'expose 
l'Écriture sainte aussi bien que Brentius *, au point que j'admire 
grand^ipent son énergie, et que je désespère de l'égaler* Je crois 
vrainien). que nul d'entre nous ne serait capable de faire ce qu'il 
fait, lorsqu'il explique l'Evangile selon saint Jean; quoique par- 
fois il s'arrête trop sur ses propres idées, toutefois il reste dans le 
véritable et juste sens, et il ne s'irrite pas de la noble simplicité 
de la parole de Dieu. 

Ep 1538, le 18 septembre, le docteur Luther apprenant que les 
prédications de Jac(j[ues Schenck étaient partout louées et exal- 
tées, s'écria : « Oh ! que ces nouvelles me seraient agréables, s'il ne 
me^tfiit pas dans ses sermons ces mots doux à la bouche, glissants et 
sonpres, dont saint Paul se plaignait aux Romains, et qui trom- 

' André Brentius, dont le véritable nom était Âlihamer, était né à Brentz, 
en Sooabe ; son zèle et son érudition lui firent jouer uu rôle important 
dans les controverses religieuses de l'époque. Il partageait les préven- 
tions de Luther contre TEpItre de saint Jacques , et il se permit, d«D9 un 
de ses écrits polémiques, cette expression étrange : Si Jacobus dixit ex 
immolaiione filii sui jusiiflcatum esse Abrahamum^ menlUur in caput 
suwn. J. Arnold Balleostad a publié en 1740 la biographie de ce ré- 
formateur. 



352 PROPOS DE TABLE DE MARTIN LUTBER. 

pent la plupart des auditeurs. Ils sont comme le vent Gecias 
qui souffle avec tant de douceur et de mollesse, tant de chaleur 
et de mollesse que les bourgeons des arbres, les fleurs et les 
plantes se trouvent poussés à éclore, ce qui amène leur destruc- 
tion. Le diable agit de même, car lorsquMl prêche Jésus-CSirist 
par la bouche de ses ministres, il a Tintention de détruire Jésus- 
Christ, et quoiquMl dise la vérité, il ment. Un honnête homme 
peut bien monter les escaliers lorsqu'un coquin est caché derrière 
eux, et le diable peut bien, lorsqu'il est tapi sous une langue, 
souffrir que Jésus^-Ghrist soit dessus, d'autant que les oreilles du 
peuple sont chatouillées et enflammées*par ce qu'il entend vo- 
lontiers. Mais ce doux chatouillement n'est pas de longue durée; 
Satan pervertira l'Evangile par le moyen de l'Evangile, car les 
esprits présomptueux et pleins de sécurité ne reconnaissent pas 
leurs péchés. Lorsqu'il n'y a pas d'amadou ou de combustible 
pour que le feu puisse y prendre, alors Jésus-Christ n'a pas de 
place ou d'endroit où il puisse se mettre à l'œuvre, car il est venu 
seulement pour ceux qui sont brisés et embarrassés de cœur et 
d'esprit, ainsi qu'il l'a dit : VÉvangiie est prêché aux pauvret, 

Philippe Mélanchton et moi, nous aurions bien mérité de rece- 
voir en ce monde, des mains de Dieu, tout autant de richesses 
pour le moins qu'en possède un cardinal, car nous avons fait pour 
sa cause plus que cent cardinaux. Mais Dieu nous a dit : « Soyez 
satisfait de me posséder; sufficit Hbigratia mea, » Lorsque nous 
le possédons, nous avons aussi l'opulence ; et que nous servirait 
d'être en possession de toutes les richesses, si Dieu n'était pas 
avec nous? — Et le docteur Luther cita à cet égard les paroles 
du Seigneur, dans la prophétie d'Ezéchiel (chap. xxix, v. 18) : 
« Nebucadnetsar a fait servir son armée dans un service pénible 
contre Tyr, et il n'a point eu de salaire. Que lui donnerai-je? Je 
donnerai la terre d'Egypte à Nebucadnetsar, et ce sera son sa- 
laire. » 



MÉLANCHTON, BRENTIUS, ETC. 353 

Le docteur Philippe raconta un jour l*apologue suivant : Un 
paysan, en traversant une forêt, trouva une caverne où était un 
grand serpent, mais il ne pouvait en sortir, parce qu'une pierre 
énorme en bouchait l'entrée ; le serpent pria instamment Thommc 
d'ôter cette pierre, et il lui promit une magnifique récompense. 
Le paysan fut tenté : il délivra le serpent, et lui demanda ensuite 
la récompense promise. L'animal lui répondit qu'il allait le traiter 
comme le monde traite ceux qui lui font du bien, qu'il allait le 
tuer. Le paysan supplia longtemps, et il obtint que le différend 
serait soumis à la décision du premier animal qui viendrait à 
passer. Ce fut un vieux cheval, extrêmement maigre, et il dit : 
«J'ai passé ma vie et je me suis épuisé à servir l'homme, et pour 
ma récompense, il va me tuer et s'emparer de ma peau. » Ils 
rencontrèrent ensuite un chien qui avait été cruellement battu 
par son maître et qui parla dans le même sens. Pour le coup, le 
serpent résolut de tuer celui qui lui avait rendu service, et ce ne 
fut pas sans beaucoup de peine que celui-ci obtint qu'ils s'en 
rapporteraient à un dernier juge, et que la décision de celui-ci 
serait en dernier ressort. Un renard vint à eux, et le paysan lui 
promit toutes ses poules s'il se prononçait en sa faveur. Quand 
le renard eut entendu les raisons données de part et d'au- 
tre, il dit qu'avant qu'il prononçât son jugement, il fallait 
que les choses fussent rétablies dans leur état primitif. Le 
serpent y consentit et rentra dans la caverne, et le paysan s'em- 
pressa alors de replacer la pierre, de sorte que le reptile se re- 
trouva prisonnier. La nuit suivante, le renard vint pour prendre 
les poules qui lui avaient été promises, mais la femme et les va- 
lets du paysan l'attendaient, et ils le tuèrent.— Le docteur Luther 
répondit : «C'est bien l'image de ce monde. Préservez quelqu'un 
de la potence, et il vous fera pendre. Nous en avons bien des 
exemples, mais je ne citerai que celui de Jésus-Christ ; il a ra- 
cheté le monde du péché, du diable, de l'enfer et de la mort, et 
il a été mis en croix p^r les siens.» 



SCii 



354 PEOPOS DK TABLS DE MARTIN LUTHER. 

LB9 jrUSGOmULTBS, LR DROIT, LES USUKIBRS, BTG. 

Les lois sont les sujettes de la parole de Dieu. Celles des Perses 
et des Grecs sont abolies; celles des Romains ont encpre quelque 
autorité. Quand un empire tombe^ ses Uâs s'écroulent avec lui; 
lorsque les choses sont à terre, les mots ne restent pas debout. Si 
quelqu'un voulait appliquer k ma femme les lois concernant les 
religieuses, il faudrait rire de lui, puisqu'elle est maintenant uiie 
mère de famille ; c'est comme si je me mettais à djèclamer contre 
les souliers à la poulaine qui ne sont plus en josage ; je serais 
digne d'être bafoué 

9X 

Le docteur Luther dit que la profession des juristes était si 
féconde en périls, qu'eût-il cent enfants, aucun d'eux ne l'em- 
brasserait. 

Le 17 janvier 1539, eut lieu la promotion du docteur Basile, et 
l'abbé deNeubourg y assista et il eut la place d'honneur après le 
recteur. Le jeune Jean Luther fit un discours sur la question de 
savoir si l'empereur Honorius avait bien agi en ôtant aux héré- 
tiques les biens de l'Église et en les donnant aux catholiques. 
H. Schurff fut offensé, et après l'acte, il sortit du temple et ne 
revint pas pour le dtner. Un juriste dit à Philippe Mélanchton : 
« Vous autres théologiens, vous écrivez et vous avancez ce que 
vous voulez; mais nous autres juristes, nous réglons et établis- 
sons ce qui nous convient, et, au nom du diable, il faut que vous 
autres théologiens vous soyez soumis à nos constitutions. » — Le 
docteur Luther dit alors : « Leurs constitutions ne dureront pas 
toujours; car la parole de Dieu change le monde entier. Quand le 
Roi des rois viendra, il confondra tous les royaumes, rejetant la 
jurisprudence et toutes les institutions politiques. » 



^m 



LES JUR|6^3(Ni8i;LTE6, hE DROIT, LES DSU|IIB|18, ETC. 3tt(S 

Le 13 février 1599, le docteur Lutfaer parU avec l^aucoup 4^ 
force sur rexjcommunijeation; il attaqua ensuite vivemenMie^ 
juristes et les canonistes qui méprisaient les doctrines de r£* 
vangile, et qui égaraient par les leçons des décrétales et les 
abominations des papistes les étudiants encore sans connais- 
sance; de plus, ils parlaient avec beaucoup de mépris des théo- 
logiens, les appelant têtes d^Anes. « Pendant trois ans je me 
suis tu, mais je ne tolérerai plus semblable chose ; s'ils veulent 
me condamner, quHls tâchent de le faire en s'appuyant sur la 
parole de Dieu et non sur les lois du pape ; alors, je serai en 
effet condamné. Ils devraient respecter notre doctrine qui se 
fonde sur la parole de Dieu, telle qu'elle est sortie de la bouche 
de TEsprit saint. Quoiqu'il y ait beaucoup de canons qui soient 
bons,' je ne voudrais pas cependant être lié par eux. Nous n'a- 
dorerons pas les excréments du pape à cause des juristes. Je 
leur accorde de défendre leur droit, mais que ce ne soit pas au 
détriment de notre Église. » 

Wê 

Le principal argument des canonistes contre nous, est celui-ci : 
« Notre affaire est d'enseigner ce qui est approuvé par l'empe- 
reur et par les rois. Les luthériens ne sont pas approuvés, mais 
condamnés. » Moi, je réponds que Dieu prévaudra sur les rois, 
sur l'empereur et sur les juristes, car Balde a dit : « La loi di- 
vine doit vaincre tous les empereurs. » Si Balde et^arthole 
avaient vécu de nos jours, ils nous auraient donné raison. Balde 
était leplus actif de tous les juristes; il a laissé beaucoup d'excel- 
lents ouvrages, bien qu'il soit mort à quarante-six ans'. On dit 

' Balde de Ubaldi, natif de Pôrouse, mort en 1400, des suites de la mor- 
sure d'un chien enragé. Il a élé durant prés de deux siècles l'oracle de la 
Jurisprudence. Ses leçons sur les inslitMtes et le Digeste ont, de 1473 à 
J615, reparu au moins soixante-dix fois (voir Graesse, Lehrbuch einer 
allg. literargesch., u, 3, p. 533-536 ; et Sayigny, Gesch. der romitchen 
Kechis, Ti, 1&5-218). Quant à Barlbole, il mourut en 1343. $ans cesse 
réimprimés durant le premier siècle qui suivit la naissance de la typogra- 
phie, ses écrits ont élé réunis à Venise, en 161S, en ouze volumes in-folio. 
Le seul qui ne sojl pas plongé dans Toubli le plus complet, c'est un bi- 
zarre ouvrage hUituié : Quœstio inter virginem Mariam ei diabolum. 



5S6 PROPOS DE TABLE DE MARTIN LCTHBR. 

qu'il ne mangeait qu'après avoir pesé ses aliments. Nos cano- 
nistes sont des agents du diable qui crient sciemment: ils scan- 
dalisent r Église, et n*ont jamais été sincères. 

861 

Entre les juristes et les théologiens, il y a un combat perpé- 
tuel ; c'est la même lutte qu'entre la loi et la grftce. La juris- 
prudence est une belle fiancée, mais il ne faut pas qu'elle sorte # 
de son lit nuptial. Si elle entre dans un autre lit, et si elle veut 
prendre la supériorité sur la théologie, elle n'est plus qu'une 
grande p — n. Le droit doit Ater son bonnet et s'incliner de- 
vant la théologie. 



Qu'estrce qu'un juriste? Un cordonnier, un fripier, un tailleur 
de soupes, qui fait métier de disputer les choses qui ne sentent 
guère bon, du sixième commandement de Dieu, par exemple. 
Je n'aurais pas cru qu'ils pussent être si papistes qu'ils le sont; 
je crois qu'ils sont dans la m.... jusqu'au cou, lourdauds qui ne 

savent pas distinguer le sucre de la m Chnni* JurUta at 

autnequista, aut ignorista. Quand un juriste veut disputer avec 
vous, dites-lui : et Écoute, mon garçon, un juriste ne doit jamais 
parler avant d'entendre p.... un cochon *. » * 

s. Tract, procuraioris ediius sub nomine diaboU^ quando petiitjustitiam 
coram Deo, et Beala Virgo Maria se opposuit contra ipsum : et obtimiit 
nec lion q,bmutult pugna contra genus hwnanum. On connaît six éditions 
exécutées au quinzième siècle; c*esl d'ailleurs une imitalion do Uber 
Be/t'a/ de Jacques de Theramo, ouvrage soufenl réimprimé a?aot 1520, 
traduil en diverses langues et au sujet duquel on peut recourir au Diction- 
naire de Prosper Marchand, t. II, p. Ii7-123; i un article de Jaucourt 
dans VEncyclopédle ; au Dictionnaire des Anonyi^es de Barbier, n» 14SS4, 
ete. 

' Nous nous sommes servi de la version de M. Audinpource passage, 
exU*ail du feuill. 557 de PéJilion d'Eisleben. U ne faudrait pas en trouver 
beaucoup de semblables pour justifier ce qu'ayant la publication des 
Tischreden écrivait Gochinus (vna et scripta Lutheri, 1565, feuill. «2): 
«Qui nihil habet in ore, prœter lalrinas, merdas, stercora, quitus 
fœdius et spurcius quam uUus unquam scurra scurratur. » 



LES JURISCONSULTES, LE DROIT, LES USURIERS, ETC. 357 

Il se présente des cas sur lesquels les jurisconsultes diffèrent, 
et que les lois ne décident point. Supposez qu^une fille fût violée, 
étant couchée sur la frontière d'un pays, laquelle frontière se trou - 
verait juste à sa ceinture, de sorte que la tète serait dans un pays, 
les pieds dans un autre ; quel serait le pays qui aurait le droit de 
punir? Le docteur Luther répondit : «Le corps entier est là où est 
la tète. G*est la règle pour les cadavres que Ton peut rencontrer. » 

Quelqu*un devant être promu au grade de docteur en droit, le 
docteur Luther dit : et Demain une nouvelle vipère acharnée 
contre les théologiens recevra Texistence. » 

Juristes, j*ai un conseil i vous donner: laissez dormir le vieux 
chien ^ vous ne pouvez nous régenter, nous autres théologiens; 
la direction et la supériorité dans TEglise nous appartiennent. 
Youdriez-vous nous refuser vos bons oflSces, vous seriez tout de 
même contraints de nous servir, et le diable ne vous en aurait 

nulle obligation. 

868 

En 1538, on écrivit au docteur Luther qu*il s'était passé le fait 
suivant : un habitant de la campagne avait porté son grain à la 
Tille pour le vendre, mais il le tint à si haut prix que personne 
ne voulut Tacheter, et il dit : « Je ne le donnerai pas à moins, 
dussé-je le rapporter chez moi pour le voir manger par les rats.» 
Aussitôt il se présenta dans Tédifice où était déposé le grain, 
une immense quantité de rats, et ils dévorèrent tout. Le proprié- 
taire revint chez lui, et il trouva que d'autres rats avaient dévasté 
ses moissons, tandis qu'ils n'avaient pas touché aux champs de 
ses voisins. Le docteur Luther dit : « Si la chose est vraie, elle 
indique un juste châtiment de Dieu et une malédiction très* 
certaine. Le Seigneur punit l'avarice. » 

9QC 



358 PROMS BB TABLE BE MARTIN LUTHER. 

En 1539, le docteur Luther s'emporta très-Tîvement contre la 
cupidité des cultivateurs qui cachaient leurs grains dans Tat- 
tente d^une disette. Dieu a donné aux hommes ce qu*il leur fal- 
lait, mais le diable leur inspire des pensées d*avarice, et de là 
résultent des vols et de grands malheurs. Jésus-Christ a dit :«J*ai 
eu faim et vous ne m*avez point nourri » : c'est la condamnation 
de ceuï qui font renchérir les denrées nécessaires, et celui qui 
est cause que son prochain vi^eurt de faim sera sévèrement 
puni. Que tous les gens pieux mettent donc leur confiance dans 
le Seignenr* )P suppliant 4e leur ^ppordep le pain qiiot|dfen, et 
40 i£Oiifoi|d|rQ C6UX qui causent la famille, pu de leiip ji^spip er ^es 
sentiments de pénitence. 

Le f avril 1539, l'électeur envoya au sénat un ordre de veiller 
à ce que les pauvres ne périssent pas de faim; car telle était la 
disette, que Ton ne pouvait acquérir ni pain de froment, ni pain 
de seigle. Le soir, le consul T. K. se rendit chez le docteur Lu- 
ther, et lui dit que les grains étaient arrêtés dans la marche, et 
qu'on ne les laissait pas venir jusqu'à la ville. Le docteur Luther 
répondit : « Ah ! où notre prince n'est pas en personne, les nobles 
se montrent bien perfides; ils achètent tous les blés des cultiva- 
teurs et ils les cachent ; ils ne veulent pas qu'on en apporte ici pour 
en vendre ; ils amènent ainsi une famine qui n'a pas de cause 
raisonnable. Croyez-vous que Dieu laissera impunie une telle 
méchancheté? Àhl Seigneur! puisque telle est la malice des 
hommes, je suis prêta mourir avec joie.» 



Le docteur Luther 4it m JQ^r: « Lm \m PivHps e|les-n^m.e$ 
prohibent l'usure. Echanger quelque ch^se a¥^c quelqu'un en 
gagnant sur l'échange, ce n'est pas Um QBttvre cbari^ble, c'est 
voler. Tout usurier est un voleur djgi^e tju gij)et. f appelle usu- 
riers ceux qui prêtent à cinq et six pour cent. Aujourd'hui, à 
LeipziclL; celui qui prête cent Qprins en exige quarante au bout 
d'mie seule année pour l'intérêt de son argent. Croyez-vous que 



DE L^IYAOGNERIE. 359 

Dieu tolérera semblable chose? Il n*y a rien sous le soleil que je 
haïsse autant que celte ville de Leipzick, lanl il y a là d'usure, 
d'âvarice, dUnsolence, de supercherie et de rapacité *. » 

On ne doit pas observer les promesses faites aux usuriers; il ne 
faut point les admettre aux sacrements, ni les ensevelir en terre 
sainte. 



Le docteur Hennlng demanda : « Si j*avais ramassé iifae sdtn- 
me d'argent dont je ne voulusse pas disposer, et qu'un hofaii&e vint 
me prier de la lui prêter, pourrais-je lui répondre: aJen*ai point 
d^argent?» —Le docteur Luther répondit: « Oui, c'est comme si 
Ton disait: a Je n'ai point d'argent dont je veuille disposer.» Jésus- 
Christ nous a recommandé de faire l'aumône , mais il ne nous 
enjoint pas de donner à tous les dissipateurs et à tous les prodi- 
gues. Voyez dans notre ville de Wittemberg ; il n'y a rien qui y soit 
dans une indigence pire que les étudiants. Ils sont pauvres, mais 
ils sont encore plus fainéants et libertins. Je n'irai pas priver 
ma femme et mes enfants de pain, afin de faire Taumône A des 
drôles à qui rien ne profite. » 



DE L'IVltOGlîËBIB. 

Un délit commis dans un moment d'ivresse est-il ëxcfisable ? 
Le docteur Luther répondit: «Nullement; au contraire, l'ivresse 
aggrave la faute. Les péchés cachés se manifestent durant 
l'ivresse , comme dit le proverbe : ce qui est dans le cœur de 
l'homme sobre, est dans la bouche de l'ivrogne ; aussi les hom- 

' Capilale et résidence du duc George de Saxe , Leipzick se montra boi- 
lile aux débuts et aux progrés de la réforme ; de lâ i'animosité de Luther . 
« Je bais ceUe Sodome, sentine des usures et des maux de tout genre. Je 
n'y entrerai qu'autant qu'il sera nécessaire pohr en khâcher Loth. » 
(Lettre d»S6 octobre 15S9.) 



360 PB0P08 DE TABLE DE MARTIN LUTHER. 

mes astucieux observent-ils ce que dit un homme ivre.»— Mattre 
Spalatin dit alors : « Les Italiens ont horreur des ivrognes qui 
vomissent. » — Et il raconta Fhistoire d*un gentilhomme alle- 
mand qui , étant dans une hôtellerie en Italie , et trouvant tous 
les lits occupés par des Italiens , feignit de vomir , et aussitôt 
les Italiens se levant, s'enfuirent tous, car ils croient que les ma- 
tières rejetées par le vomissement sont empoisonnées. — On 
parla ensuite de la variété des bons vins, et le docteur dit : a Nous 
abusons de la boisson , et nos excès sont à notre détriment; ils 
nous causent diverses maladies , la pierre , la goutte. Ceux qui 
font toiiyours usage de vin sont le plus souvent goutteux; la bière 
produit rhydropisie. » 

WSÊ 

L'an 153i , le jour de saint lean-Baptiste , le docteur Luther 
prononça une exhortation très-vive contre les buveurs qui fai- 
saient Upage dans les tavernes, en dépit des préceptes de Dieu 
et des ordonnances de l'électeur, et qui donnent scandale aux 
étrangers. Il rappela aux magistrats qu'il était de leur devoir de 
punir de semblables désordres, de peur que la punition de 
Dieu ou de l'électeur ne vint les firapper eux-mêmes. Pareils 
scandales ne doivent pas être tolérés dans la ville , à cause de 
l'Évangile. 

SOS 

Maître George Spalatin dit une fois à la cour de l'électeur de 
Saxe , Frédéric , que Corneille Tacite a écrit que , parmi les an- 
ciens Allemands , il n'y avait aucune honte à boire le jour et la 
nuit. Un gentilhomme entendit cela, et demanda depuis combien 
de temps c'éUit écrit; Spalatin répondit que c'était depuis 
quinze cents ans, et le gentilhomme dit : « Ah ! Seigneur, puis- 
que copieusement boire est une coutume d'aussi vieille et hono- 
rable race , ne la laissons jamais de côté. » 

Plutarque écrit dans ses Propos de table, que les convives à 
un repas peuvent se comparer aux leltres de l'alphabet. Quel- 



ques^im?; doivent se faire enlendre avec force, tels sonl les 
maîtres du \ogH, les professeurs , les prêtres. D'autres doivent 
ne faire entendre qu'une demi-articulation; ce sont les personnes 
honorables d*un rang ordinaire. Les jeunes gens doivent être 
tout à fait muets et se borner à écouter. 

WSÊ 

Si r Allemagne n'avait pas besoin de tant de soieries et de sa- 
tin , et d'épiceries, elle serait certes bien plus riche. Nous 
pourrions bien renoncer à Torge, et boire de Teau au lieu de 
bière ; mais si les jeunes gens n'ont pas de bière , il leur sem- 
ble qu'ils ne peuvent avoir aucune satisfaction. 

Le 19 mai 1539, jour du dimanche Exaudi, le docteur Luther 
prononça un sermon très-véhément, sur un texte des Epllres de 
saint Paul contre l'habitude brutale ' de l'ivresse à laquelle s'a- 
donnent les Allemands, se rendant la fable de toutes les nations, 
se privant des biens corporels , de l'honneur et de la santé , et 
se fermant le ciel. C'est un vice qui mérite l'excommunication 
et qu'il faut combattre de toutes manières ; autrement les fem- 
mes et les enfants au berceau s'enivreront , et au jour du juge- 
ment dernier, le monde se trouvera rempli d'ivrognes. — Il parla 
delà sobriété des Turcs qui vivaient bien plus frugalement et qui 
faisaient usage d'une boisson qu'ils appellent mazlacky faite avec 
des herbes et du miel. Et ils avaient trois sortes de boissons dif- 
férentes : la première, pour l'usage de tous les jours, la seconde, 
lorsqu'ils voulaient aller à la guerre , la troisième , qdand ils 
voulaient approcher d'une femme *, comme la bière de Tor^çau. 

iOi 

Nous autres Allemands , nous sommes bien malheureux , car 
nous ne pouvons avoir aucune boisson bonne <'t franche. Les 

' Suillanit di^e des pourceaux, 
' Ad coiMm, 



Vins qui bous vlenDcnt du Rhin on d*ailteurs sont fraudés pat 
les conducteurs. Aussi les Italietis se moquent de nous, et disent 
que celui qui boit de nos vins devient hydropique. Voici ce qui 
m^est arrivé : un prince très-honorable m'envoya un tonneau 
rempli d'excellent vin du Bhln, et les conducteurs burent une 
portion de ce vin et substituèrent de Feau à la place. 

Le docteur Luther raconta qu'un Juif fort opulent étant mort, 
avait ordonné que son corps fût porté à Ratisbonne; mais 
comme le cadavre d'un juif ne pouvait voyager sans s'exposer à 
payer des taxes considérables, les autres juife déposèrent eu 
secret le cadavre dans un tonneau plein de vin. Les voituriers , 
ignorant cette circonstance , burent souvent furtivement , du- 
rant la route» de ce vin où séjournait le cadavre du juif; ils 
furent bien attrapés. 

WSÊ 

DE L'AtTftOLOSIB, DB DITEBSB8 SCIBNCBS BT ftRS ARtS. 

Ni Philippe Mélanchton , ni aucun homme vivant^ ne me fera 
croire que l'astrologie est une science certaine et un art ; tout 
ce qui a trait à Tastrologie est opposé à la philosophie. Je me suis 
souvent entretenu avec Mélanchton S et je lui ai raconté la suite 
et rhistoire de toute ma vie , et comment j'avais agi. Je suis le 
iils d*un fermier ; mon père , mon grand-père et mon bisaïeul 

* Mélanchton ajoutait foi aux rêves, aux prodiges, à Taslrologie. H 
calculait l'horoscope de sa fille, et ud korri^U atpeet et llart le falnil 
trembler pour elle. De irittes conjonctions dea astres et la flamme <ftttte 
comète extrêmement septentrionale ne l'effrajaient pas moios. Il se con- 
solait de la lenteur des conférences d'Augsbourg , parce que, vers Vau- 
lomne, les astres devaient être plus propices aux disputes tceUsiOÂti- 
gués. Il avance sérieusement que la ruine de la papauté est prochaine, 
est démontrée, car il est né, prés d'Augsbourg, un enfant à deux tètes ; le 
Tibre est débordé : une roule a mis bas un petit avec un pied de grue ; un 
arc -en-ciel, que Hélanclilon avait vu, la nuit, de la maison d'un de ses 
arois, ne présageait-il pas clairement un mouvement populaire? 



DE L*ASTROLU(^l£ , l»£ DlVEASKë SCIENCES ET 0E6 ARTS. Sti5 

étaient fermiers, mais mon père abandonna sa ferme et alla vers 
Alansfleld, et là il se lit mineur dans les mines d'argent, et je fut» 
né et élevé à Eisleben , à un mille de là. Mais il n'était pas écrit 
dans les planètes que je deviendrais bachelier^ licencié es arts, 
docteur, moine, etc. N'ai-je pas fait une chose fort honteuse 
lorsque j'ai renoncé à ma barbe noire et lorsque je suis devenu 
un sale moine? cela veia beaucoup mon père et lui causa de 
vifs chagrins; néanmoins j'en vins aux coups avec le pape et il se 
battit avec moi. Je pris une femme, qui avait été religieuse et 
qui s'était enfuie de ion couvent; j'ai tu d'elle plusieurs enfants: 
maintenant, je le demande, qui avait vu toutes ces ebeaes dans 
les étoiles ? qui m'avait annoncé d'avance qu'il m'en arriverait 
autant? Un astrologue ou un faiseur d'horoscopes peut se com- 
parer à quelqu*un qui vend des dés et qui dit : « Tenez , voyez , 
j'ai des dés qui amènent douze à tous les coups. » Il en est de 
même de nos astrologues; si une ou deui fois leurs conjectures 
et leurs préyisions tombent juste et se réalisent, ils ne peuvent 
assez yanter et exalter leur art, mais dans les cas si nombreux 
où ils se sont trompés, ils gardent le silence et ne soufflent mot. 
J'accueille volontiers l'astronomie ; elle me platt à cause des 
avantages multipliés qu'elle donne. 

9m 

Le 8 décembre 1538, un gentilhomme, le seigneur de Miuc- 
kwitzi fit un discours public en l'honneur de l'astrologie, où il 
làeha de montrer que le passage de Jérémie : <t Ne redoutez pas 
les sigttes du ciel », ne s'appliquait pas à Tastrologie, mais aux 
images des gentils. Le docteur Luther dit : «On peut chicaner 
sur semblables passages, mais non les combattre. Le prophète 
parle là, ainsi que Moïse, de tous les signes du ciel, de la terre, 
de là ther ; les gentils tt^étaient pas assez slupides pour craindire le 
soleil et la lune, mais ils ont craint et adoré les prodiges et les 
merveilles. L'astrologie n'est pas un art : elle n'a nul principe^ 
nulle démoiistrttfoii; elle iiejuge qu'au hasard et diaprés révéne* 
ment,disàïil : <c6elà est afHvé Uùe f6i^, donc cela arrive toujours.» 
t^hilippe MOlanchtou y est fort adonné, mais il n'a jamais pu me 



364 PHOHn) DU 1AltL£ bh .VAKTLN Lt'IULK. 

persuaider, et il avoue d*ailleurs la vanité de cet art en disant : 
cr II y a bien là une science, mais personne ne la (lossède. » — 
Elle u*a ni principe ni expérience, à moins que l*on ne veuille 
ap()eler expérience un événement accompli. 

L'aslronomie est la plus ancienne de toutes les sciences, et 
elle a amené avec .elle des connaissances étendues. £Ue était 
très-familière aux anciens, et spécialement aux Hébreux. \h 
observèrent tous avec la plus grande attention le cours du ciel, 
ainsi que Dieu le dit à Abraham : « Lève les yeux en haut, et 
compte les étoiles. » 

soi 

L*an 1!>38, le docteur Martin dit : « Cette année est vraiment 
une année calamlteuse à cause des grandes maladies qui ne pro- 
viennent point uniquement de causes naturelles, comme les co- 
mètes, les conjonctions et aspects des astres, la combinaison 
de Saturne et de Mars*, mais qui sont aussi la suite des grands 
et innombrables péchés des hommes. 

' L'idée d'allribuer les maladies épidéroiques à rinflueiice dea aslrea ne 
rcncoQlrail paa de contradicteurs au commeocemeot du quinzième iiéclc. 
C'est ainsi qu'écrÎTaut sur une maladie jusqu'alors inconnue, et qu'on dé- 
signe clairement du moment qu'on ne la nomme pas, P. Mainard, profes- 
seur à Padoue , démontrait que la conjonction de quelques-unes des 
planètes en était la cause ; il calculait que le fléau aurait disparu en 
15S4. Voir son Liber de morbo gaWco dans le Recueil d'Al. Luisinus, 
AphrodisiacuSj Venet., 1599, 1. 1, p. 336, recueil que Boerhaare a jugé 
digne d'une seconde édition {Lugd, Bal., 1728). Dans un écrit adressé au 
duc d'Esté, Conrad Gilinus avançait qu'il rallail s'en prendre à Saturne et 
i Jupiter {laid., 1, 296). Hork de Brackenau, dans son traité De mentagra 
(1502, 1504, 1514, Luis., 1, 26S; Gruner, ^pArodtx. (Jena, 1789, p. 117>, 
disait de même . Veram causant et magis ûppropriatam fuisse aliquam 
influeniiam sieUarum erralicarwn. Un évéque sarde, C. Torella, dédiait 
au célèbre César de Borgia un Traelatus cum consiliis conlra pudeti- 
dagram (Rom., 1497, 4» ; voir Luis., 1, 461 et Astruc, De morb, gall., 1, 568* 
574) ; e'éuieut encore les étoiles qui étaient en faute : In Ariete et Pisâbas 
sunt quasdam stellœ habentes viriutes generandi monstra. Je termine en 
indiquant l'ouvrage d'un docteur de Ratisboùne, Jean Basilius .• prognosii- 
con de comète qui an. 1500 manifeste apparût cum remedio eufusdmn 
rnorbl qui vufgo Gorra huncupàtur. Gebenni, |50|, 4«, 



BE L'ASTROLOtill:; , LE DIVERSES SCIENCES ET DES ARTS. 565 

La chiromancie est tout à fait digne do réprobation >. Les de- 
vins peuvent prédire aux impies le genre de leur mort, parce 
que le diable connaît les pensées et les résolutions des impies 
qu*i] tient en sa puissance, car il est le prince de ce monde. 



On parla d'un astrologue^ qui avait récemment entrepris de 
prouver que c'était la terre qui se mouvait et non le ciel, le so- 
leil et la lune, comme si quelqu'un cheminant dans une voi- 
ture, ou sur un navire, pensait que c'était lui qui restait immo- 
bile, tandis que la terre et les astres seraient en mouvement. — 
Le docteur Luther dit : « S'il veut bouleverser toute l'astrono- 
mie, qu'il le fasse; moi, je crois à la sainte Écriture, car Josué 
a commandé au soleil et non à la terre de s'arrêter. » 



La science de l'alchimie me platt fort, et vraiment c'est la 
philosophie des anciens. Je ne l'aime pas seulement pour le pro- 
fit qu'elle donne lorsqu'elle amène la fonte des ntétaux, les pré- 
parations, extractions, codions des substances diverses et la dis- 
tillation des herbes et racines ; mais je l'aime aussi à cause de 
l'allégorie et signification secrète, qui est d'une extrême beauté, 

' La chiromancie se fonde sur rexameo des lignes de la main. Selon 
Cardan, les lignes de la main el même des doigts ont rapport aux sept ' 
planètes des astrologues. Les chiromanciens se partagent sur la question 
de savoir si c'est la main droite ou la main gauche qui doit être con- 
sultée ; quelques-uns tranchent la difficulté en affirmant que les lignes 
des deux mains sont également signiQcatives. Du temps de Luther, l'Aile- 
roagne possédait sur cette science un ouvrage alors fort renommé, exé- 
cuté à Augsbourg à la fin du quinzième siècle, die Kunsl cyromanlia, par 
le docteur Hartiieb, in-folio. Ce livre est devenu d'une extrême rareté, el 
les bibliophiles y mettent un prix excessif. En 1815, un exemplaire s'éleva 
à Londres , en vente publique , jusqu'à 135 livres sterling Cprès de 
2,300 francs). On trouvera dans la Biblioiheca rnagica de Graesse (Leipzig, 
1843, p. 106-108) l'indication de 49 ouvrages relatifs à la chiromancie. 
. ' Il doit ici être question de Copernic dont le grand ouvragé. De Revo^ 
lutionibus orbium cœlesiium iibri VI, parut à Nuremberg en 1543, trois 
ans avant la mort de Luther. 

31. 



306 PftOHMS M TAMJS Dfi MARTIN LVTIIBft* 

c* e s i - fc -dire» touchant la réâurrectiondes morU au dernier jonr. 
De même que dans une fournaise le feu extrait et séi>are d^une 
subatance ia portion qui est la meilleurei ii fait monter aussi ce 
qui est la vie, res|irit, la sève et la force ; de sorte que dans un 
alambic, ce qu*il y a de mieux se trouve au haut, et la matière 
impure, le rebut, reste au fond eomme chose morte et sans va- 
leur. 



Le diable est puissant, il peut nous tromper lorsque noua dor- 
mons, lout eomme quand nous vulllons, et les inlerprécatiow 
humaines sent incertaines : il y a peu de Joseph etdn Daniel. 
Saint Cyprien eut un songe où il vit Jésus-Christ assis et In diable 
qui lui lendait des filets ainsi qu'à ses saints. Philippe Méinnchton 
eut aussi un songe, et il le raconta en ces termes : « J'ai vu un 
lieu assez resserré et un vieux temple, et le docteur Luther y 
était assis non loin d'une fenêtre; près de lui était un verre rem- 
pli de vin. Jonas, Pomeranus, et d'autres docteurs élaient autour 
de Luther; je vis entrer le pape Paul III, et allant an-devant de 
lui, je lui dis : «Très--saint Père, rétablis la paix dans TEglise. » 
Il me répondit d*un ton plein de colère : « Rétractez- vous, ré- 
tractez-vous, et la paix renaîtra aussitôt. » J'insistai, et je dis : 
«Seigneur, ui les temps, ni les circonstances n'exigent que nous 
nous rétractions. » Il me sembla ensuite voir déûler tous lt>s 
cardinaux couverts de vêtements de deuil, et ils étaient suivis 
d'une foule de luthériens très-misérablement vêtus, ainsi que 
J'ai vu dans la Thuringe les ecclésiastiques de village. Le cardi- 
nal Gampège était à qôté du pape et semblait le soutenir, et 
il se mit à entonner un cantique de deuil, comme on le cbanle 
aux vigiles : Libéra me, Z>omtiie. Alors les luthériens se mirent 
à chanter avec allégresse un cantique triomphal : CMêimi ra- 
snrgens a fhottuii non moritur. > Le docteur Luther loua ce 
songe de Philippe, et dit : « 11 a le don des songes; mm je ne 
leur accorde rien, je ne veux avoir ni songes ni apparitions. 
J'ai la parole de Dieu, où est plusde eertitude. Il y a trais sortes 
dé aong^ : les prophétiques, qui concernent Tadministration sa- 
lutalr^;; les physiques, qui laissent des impressions dont celui qni 



DE L ASTROLOGIE, DE DIVERSES SCIENCES ET DES ARTS. 367 

don conserve la mémoire ; et lus diaboliques, qui sont perni- 



cienx. 



Le docteur Luther parla un jour des peintres italiens et il fit 
un grand éloge de leur talent : « Telle est letir babilelé à imiter 
la nature, qu*en outre des couleurs et des formes convenables, 
ils savent exprimer les gestes et les sentiments des personnes 
qu'ils représentent, au point que Ton croirait que leurs tableaux 
sont des objets animés. Les Flamands imitent les Italiens; ils ont 
Tespril subtil et une grande facilité pour apprendre les langues 
des nations étrangères. Il y a un proverbe qui dit que si Ton 
portait un Flamand datniin sac à travers Tltaiie et la France, il 
apprendrait tout de même la langue du pays. » 

wm 

La musique est un des plus beaux et des plus glorieux dons 
de Dieu , et Satan en est Tenncmi déclaré ; elle chasse beaucoup 
de tribulations et de mauvaises pensées. Cest un des meilleurs 
arts , les notes donnent la vie au texte ; elle expulse la mélan- 
colie^ ainsi que nous le montre l'exemple du roi Saiil. Les fois 
et les princes devraient favoriser et encourager la musique , car 
les souverains sont tenus de protéger les arts libéraux et les 
sciences utiles, et quoique les simples particuliers aient du goût 
pour les arts et y prennent plaisir , ils n'ont pas les ressources 
nécessaires ponr les faire fleurir. Nous voyons dans la Bible que 
les rois bons et pieux entretenaient et payaient des chanteurs. 

La musique est la meilleure consolation que puisse éprouver 
un esprit triste et affligé ; elle rafraîchit le cœur et lui rend la 
paix, ainsi que Ta dit Virgile : Tu caïamos {nf(are levés, ego di- 
cere versus. Chante les notes , moi je chanterai le texte. La mu- 
sique est une demi-discipline et maîtresse d'école; elle rend les 
gens plus aimables et plus doux , plus modestes et plus intelli- 
gents. Les musiciens et les chanteurs bas et mauvais servent à 
MMs faire vmr et entendre quel bel art est la musique , car le 
hlaiic n'est jarnais mieux connu que lorsque le noir le fait res- 
sortir. 



368 PROPOS DL TABl.Ë DE MARTIN LL1ULK. 

DE DlVBftS PEftSOXNAGES DE L'AXTIfjUITé. 

• 

Que de graudes et belles aclious sont restées dans Toubli , 
faute d*avoir été écrites! Les Grecs et les Romains seuls ont eu 
des historiens. Il ne reste deTite-Live qu'une petite portion ; le 
reste est égaré, perdu, détruit. Sabeliieus avait l'intention dMmi- 
ter et de suivre Tite-Live * , mais il n'a rien accompli. Ovide 
était un excellent poêt«> , il a surpassé tous les autres pour les 
belles sentences qu'il a su encb&sser dans ses vers , telle que 
celle-ci : 

Kox et amor, vinumque nihil moderabtle suadenu 

Virgile est le premier de tous sous le rapport de la grandeur 
et du sublime, de Vheroica gravitas ; il s'exprime vraiment en 
prince et avec une sérieuse majesté. 

Le docteur Luther, ayant lu Lucaiu , dit : « Je ne sais si c*est 
un poète ou un historien. Voici la différence qu'il y a entre eux : 
un historien dit ce qui est vrai; un orateur, un homme éloquent 
dit ce qui ressemble à la vérité ; mais un poète n'écrit ni ce qui 
est vrai , ni ce qui ressemble à la vérité. Aussi Aristote a dit : 
« Les poètes mentent beaucoup; » car lorsqu'ils ont un sujet 
tant soit peu fondé , ils l'amplifient grandement, l'étendant de 
tous côtés ; c'est comme un peintre qui peindrait une personne 
beaucoup plus belle qu'elle ne le sérail réellement. — Jules César 
a dit : a Lorsque je lis les écrits de Brutus, alors je me crois élo- 

* Marc-Anloiae Sabeliieus, mort en 1508, a laissé deux grandes compo- 
sitions historiques dont le succès fkit général lors de leur apparition ; 
une histoire de Venise (1487, in-folio) et une Rapsodie des Otsloires, ou 
histoire générale depuis la création du monde jusqu'à 1 503, ouvrage dé- 
pourvu de critique et médiocrement écrit ; il vit le jour en 1498 et t504, 
et il est pariagé en quatre-vingt-douze livres. Les œuvres complètes de 
Sabeliieus, réunies à Venise, en i560, en quatre volumes in-rolio, figqrcnt 
su nombre des livres les plus délaissée. 



DE DIVEH8 PEHSONKAGË& DE l'aNTIQUITÉ. 369 

qucul moi-inëaïc y mais quand je lis les oraisons de Gicéron , 
j'ai perdu loute mon éloquence ; je balbutie comme un enfant.» 



^£ 



Aristole est un épicurien complet ; il tient que Dieu ne se 
mêle pas des affaires de Thumanité , mais quMl nous laisse agir 
selon notre plaisir. Suivant lui, Dieu gouverne le monde comme 
une servante endormie berce un enfant. 

Cest par une grâce particulière de Dieu que les fables d'Esope 
se sont conservées dans les écoles. Il n*est, après la Bible, aucun 
meilleur livre que les fables d* Esope et les distiques de Caton *. 

Qn rapporte que Jules César disait que lorsqu'il lisait les 
discours de Cicéron, il lui semblait n'être qu'un enfant. Gi- 
céron montra une grande sagesse ; ce qu'il a souffert et ac- 
compli est considérable : j'espère que Dieu sera propice à 
lui et à ceux qui lui ont ressemblé , mais il ne nous appar- 



* De tous lef livres de morale employés dans le moyen âge pour Tio- 
•IrucUon de la jeunesse , il n'en est guère de plus célèbre que celui qui 
porte le nom de Diooysius Calo. C'est un recueil de préceptes divisé en 
quatre parties; il a été longtemps attribué A Caton Tancien, mais il est bon 
de remarquer que Virgile , Lucain et Ovide s'y trouvent cités parmi les 
poètes dont la lecture est recommandée. Le véritable auteur de ces disti- 
ques reste inconnu ; quant à la date de leur composition, Fabricius la porte, 
d'après des arguments fort plausibles , au second siècle de notre ère. 
Alcuin,Abeilard, Hincmar,Jean de Salisbury et bien d'autres leur décernent 
les plus grands éloges. Traduit en français , en allemand , en italien , ce 
recueil d'apophthegmes fût reproduit à profusion dés le début de la typo- 
graphie ; il en a paru à Amsterdam, en 1759, une édition savante qui, grâce 
à un commentaire étebdu et A une version en six langues différentes, 
remplit deux volumes in-S». Ces distiques ont récemment été reproduits 
à la suite du Publia» Syrus de C. Zell (Stuttgart, 1829;, et dans le Corpus 
ri>et, laiimr. de G. E. Wcber (Francof., 1833, p. Ii92-ii98;. 



570 rftUI*Uë HE TABLE DE NA&TIN laiTMER. 

litiDt pu d9 rien aflBriner à cet égard *. Nous ne pouvons 
connaître quand, ni comment il |ieut plaire à Dieu de dispeu- 
ser sa grùee parmi les nations. 11 y aura un nouveau ciel , une 
nouvelle terre bien plus considérable; là, chacun pourra èlre 
traité selon ses mérites. 

9SÊ 

Le dooleur Luther disait qu'il était fort néeessaire de suppri* 
mer dans le pays et dans les éeoles les écrits de iuvénal ^ de 
Catulle, de Martial, les priapées de Virgile et touf ees Uvi-es où 
il y a tant d'obscénités et de choses immorales qu'on ne peut les 
lire sins inconvénient. 

ni» COX6ILU. 

En t533, des envoyés de l'empereur vinrent trouver l'électeur 
de Saie, Jean Frédéric, pour s'entendre au sujet de la réunion 
d'un concile ; les princes de Saie répondirent qu'ils s'y rendraient 
en peraôhntt m par lenrt représentants, sons certaines mifidldêiks, 
mais qttlls voulaient avoir Passurance que ce serait tin concile 
chrétien et Indépendant. Ensuite le docteur Lttlher et Philippe 
MélaiiiShton, soapant ensemble, gémirent et se lamentèrefll sur 
le temps actuel, où il s^élcvait beaucoup d'espriu» présoin pment 
qui se combattaient les uns les autres sans qu'aucun voulût ce- 
â^t ni reconnaître un maître* Chacun, comme Osiander et Gric- 
kel, veut être un grand docteur, et de là résultent beaucoup 

' On peut rapprocher de ce passage rasiertion eontenue dans la profes- 
sion de féi que le père de la réforme en Suissoi ulrieh Swingle , adressa 
en 153S à Franfois I«r : m Dans celte réunion céleste de toutes les 
créatures admises i contempler la gloire du Très-Haut, vous devei es> 
pérer de voir Tasiembiée do tout ce qull y a eu- d'b^nmes saints , 
courageui, fidèles et vertueux dès lé commencement du monde. U voué 
verres un Abeli un Enoch» un Noét au Abraham^ un Isaaci na laeob, un 
Juda, un Mol je, un Jesué, un Gédéon, un 8amuel, un Phiaée, un ttHri an 
Isale, un bavid» un Esécbias, un Jooas, un Jean-gaptistei «a saint Pierre» 
Un saint PauK Vèus y verrefe Uereulet Thésée, Soerate i Aristide , Huma i 
Camille, lèè Caton, les ëcipien- Enfin, il n'y aura aucun hoaHie de bien, 
aucun esprit saint | auCan ami fidèle, que vevd ne vèyiea li avec DMi. » 



r>K!^ CONCttËft» %H 

de iMtebles et éHnquiétudes. tl serait donc bon que Ton réunit 
un condle, mais les papistes ne le veulent pas; ils fuient la lu- 
mière et se cachent comme des chats-huants, parce que leur 
cause est mauvaise et leur conscience corrompue ^. 

wm 

Le Si août 1538, le docteur L utber dit : « Il ne peut y avoir 
ea ce moment de concile, car le pape redoute la elarté et ne 
veut aucun jugement ; il sent qu'il 8era|t condamné lui et sa 
doctrine. Voyez ce qui se passa au concile de Nicée, où toute ras- 
semblée se laissa guider par le seul Paphnuce, qui dit que la 

* Lorf que le pape eul cooroqué le coaclle de Trente, rbumeur guer- 
rojaote de Luther se réYeilte de plus belle, l'o de ses derniers ouvrages 
fat un écrit à cet égard ; Il oe contient pas moins de 80 pages ia-folio 
d'injures furibondes. Kous en transcrirons textuellement quelques pas- 
sages. 

«Nos nullo opus habemus concilio, et si ob id nobis irascuntur, âge, fa- 
cimus eîs jus coacacandi femoralia, et a coUo suspeodendi, et hoe esset 
bulla amaraciniet osculum pacis pro id genus delicalis sanctuiis... Progre- 
dere caute, care mi Paulule, mi asine, ne subsileas. Ah ! mi Papaselle, ne 
subsileas. Garissime mi asellule, ne facias ne forte labaris et tibiam 
ft-angas, et si forte inter cadendum tuam po Jicis animam amitteres ; nam 
loti mundo te ridendum propinares, diceretque, Vah diabolo , ut Papa&i- 
nus se tolum fœdavit !.... Audis, sed quodos hic iotelligit? Num per qupd 
ventris crepitus deflare soles ? Istos tibi servandos relinquo, vel per quod 
dulceillud vinum corsicum induit? In iilud cauis alvum dejictat... crepi- 
tus et excretaies (volui dicere décrétâtes) vestrbs Hermaphroditarum 

et pediconum episcopus ac papa, diaboli aposlolus... qui vult audiior esse 
diaboli, légal excréta et décrétâtes papœ... Ipsi domini seculares, cur pa- 
tiuntur sibi lot injurias ab illo pigro ventre, rudi papasino liom» alvum 
crepitus semper défiante fieri ? » 

Plus loin, Luther discute •* « Qualis det»eat esse pœna paps et omnium 
papalus seciatorum^ Il faudrait les pendre, iraciis eorum linguts ; et il 
ajoute: « Dominus vult virtutembaptismaiis perpetuo eflicacemesse. Asi- 
nus fœtus crepilibus ncgat.» 

Il fait dire au pape : ««Qui non ventris mei crepitus adorai, qui non os- 
culalur pedes meos, et si iia ligare velim, nates mihi iarabit, mortaliter 
peccal et inferno dignus est. Et ailleurs : Ilorrebam et profecto putabam 
me tonitru fragorcm audire, tam magnum et terribilem crepilum ven- 
tris papasinus bic defluebat : fieri nonpotuiiquin prius magna vi contemi 
halitus laboraverit quam hac tuba crepitus , instar tonitru , clangeret ; 



572 PROPOS DE TABLE DE MARTIN LrTHEB. 

chtsteié conjugale éuii «u-nlessiis de la sainleté dans le célibat. 
Cest aussi ce que j*ai répété bien souvent, et saisi Paul a dit 
que le Ut conjugal était pur. Hais aujourd'hui, supposez que deux 
cents Papbnuces vinssent parler ainsi; on les brûlerait.» 



mm 



L*archevèque de Salzbourg avait réuni un grand nombre d'é- 
vèques, et comme ils s'étaient rassemblés dans une église pour 
tonirun concile, il survint un orage des plus violents, avec beau- 
coup de tonnerre et d'éclairs, et la foudre tomba parmi eux et 



mirum est ni neque anus, neque venter illi diroptus sil.... Il n'y a qu'un 
seul remèile : Agere cum pat)a, cardinalibus ei tola romana ramilla jure 
(ut vuYgus ail) vuipino, cnle videlicel rorporis detracta , pœnas luendo 
satisfiicerp, etexcoriata visccra ia •^alolare baloeum juxta Osiiam >eJ in 
flammas abjicere. » 

Les adversaires de la rérorme imitèrent de leur côté semblables empor- 
tements de style ; nous n'irons pas remuer ces vieux livres de controvers** 
rouverts, au fond des dépôts publics, d'une inamovible poussière, mais 
nous citerons , comme échantillon de pareilles aménités, quelques li- 
gnes de la Singerie des Huguenots , satire amère dirigée par Arius Désiré 
contre « les apostats lubriques et charnels sortis de leur cloisire par la 
rbaleur du Tau de paillardise , » tissu d'invectives a«sez originales contre 
ces « hérétiques cbarcuitiers d'enfer, moines reniez, sacrilèges, simonia- 
qucs, larrons, homicides et voleurs. » 

kAu lieu des orgues, ils usent de violons, lues, guiternes et autres in- 
struments provoquant à la luxure et paillardise pour resjouir leurs gue- 
nons montées sur les crouppes de leurs grands chevaux. Au lieu d'encens, 
ils ont musc, civette, perfuns et autres odeurs lubriques, pour corrom- 
pre la senteur des gresses et onguents de leur ministres goûteux et 
veroliez. Au lieu delà discipline régulière, ils ont faict des bordeaux de con- 
cubinage, pour accomplir leur paillardise et fornication, suyvant la na- 
ture des marmots et guenons qui sont les plus luxurieuses bestes de tout 

le monde Les guenons ont une longue queue et sont merveilleusement 

chaudes et lubriques, comme sont celles de ladite division qui ont ordinai- 
rement un grand nombr<e de singes et marmots à leur suite et queue, el 
attirent à leur luxure et paillardise une tnflnitez de moines reniez qu'elles 
font tomber en éternelle damnation, de sorte que lesdites guenons bé- 
reliques attireront et divertiront plus d'hommes en une heure de nuit 
que ne sauraient faire les singes et marmots en un an.... Ils aymenl trop 
mieux unjour de bonne ehére que une heure de jeusne et d'abstinence. » 



Di:s CONCILES. 373 

lesdisptîrsa tous; ils se rassemblèrent ensuil^î dans le chftteau, 
et Porage tes en chassa nne seconde fois. 

WBÊ 

Le 27 janvier 1539, le docteur Luther étant à table, tenait en 
sa main un livre sur les conciles, où se trouvait rénuméntion 
de soixante, tant généraux que provinciaux, réunis depuis Tépo- 
que des apôtres; quatre surtout se distinguaient au-dessus des 
antres et étaient dignes de louange; deux d'entre eux, celui de 
Nicée et celui de Gonstantinople, défendirent la Trinité et la divi- 
nité de Jésus-Christ; les deux autres, savoir, ceux d'£phèse et 
de Ghalcédoine, défendirent Thumanité de Jésus-Christ. Il nVst 
pas écrit qu'un évèque de Rome assista au concile de Nicéc. Il 
n'y vint qu'un prélat de l'Occident, Osius, évèque de Cordouo ; 
les autres prélats étaient venus des Eglises de l'Orient, de la 
Grèce, de l'Asie Mineure, de l'Egypte, de l'Afrique. Ah! mou 
Dieu! les conciles et les synodes, que sout-ils? sinon vanité et con- 
voitise? L'on s'y dispute pour des titres, des préséances et autres 
enfantillages et niaiseries. Voyez ce qui , depuis trois cents ans, 
est résulté de ces conciles, rien que ce qui concerne les céré- 
monies et les choses extérieures, rien qui eût trait à la véritable 
doctrine divine, au service de Dieu et à la foi. 

Les conciles n'ont poin^le droit de rendre des lois et des or- 
donnances sur ce que l'on doit enseigner et croire dans l'Eglise ; 
ils n'ont d'autre pouvoir que celui de promulguer les règlements 
sur les choses extérieures, les usages et les cérémonies, encore 
dans ce qui concerne uniquement cerlaines personnes, certains 
temps ou lieux. Lorsque ces circonstances ont changé, les règle- 
ments qui les concernaient tombent frappés de caducité et ne 
subsistent plus. Les lois romaines sont mortes et éteintes, car 
Rome n'est plus ce qu'elle était ; elle est devenue tout autre 
chose. De même les décrets et les ordonnances des conciles n'ont 
plus de vigueur, parce que nous sommes dans un tout autre teror'' 

82 



Sli I^HO^OS DIS TAM.Ë ht Ukkys LUtHER. 

Saisi Paul a dil ( EpUrê aux CWoif^ww, cb. m, t. iO ) ! « SI 
V0U8 ^tes morts au ChrUi, pourquoi roos cbarg«-tH>n d*ofdon^ 
uances qui sont toutes choses périssables par Tusage, étant éta-* 
liiies suivant les commandements et les doctrines des hom- 
mes? » Semblables commandements n*engagent donc pas les 
conittiêBcei, et auiaitdt qn*une de eea trois drconsUnces, per- 
MiiiMs, temps ou ileui. Tient à changer, ils changent aussi et 
ne sont plus en vigueur. Cest un grand aveuglement que de vou- 
loir prendre pour base et pour fondement semblables lois rela- 
tives à IVttérIeur; Il est écrit dans saint Luc : « I^ royaume de 
Dieu ne vient point avec les apparences. » 

Kl 

Le docteur Latlwr dit qu'un moine, Augustin-André Piotei, 
bomme pieux et éclairé, 6*était exprimé ainsi au sujet de la parole 
de Di«i lorsqu'on prétendait la commenter, r interpréter et Texpli- 
qiier d'après les éerits des Pères : « La parole de Dieu, en passant 
par les Pères, me fait TelTet d'une quantité de lait que l'on ferait 
couler à travers un sac à charbon ; ce lait serait gftté et tout 
noirci.» Il donnait ainsi à entendre que, par elle-même, la parole 
de Dieu est claire, limpide et nette, mais qu'elle s'obscurcit, se 
gâte et se corrompt en traversant les écrits et les doctrines des 
Pères. 

wm 

LBS ÉLiMEirrS, |.RS M.JISTBS, KTC. 

Le t6 mai 15d8, une pluie très-abondante étant tombée pen- 
dant la moitié de la journée et ayant rafratcbi la terre qui était 
fort aride, le docteur Luther eut une grande joie et il disait : 
a Ah ! rendons grâce à notre Dieu, car celte pluie nous promet 
des biens d'une valeur supérieure à des centaines de milliers de 
florins, du blé, de l'orge, de Tavoine, du vin, elc. Le Seigneur 
nouscomblede tant de faveurs, et, de plus, il nous octroie le don 
de son Esprit saint, et nous, nousIecrucîGonset nous lui faisons 
outrage. Si Dieu avait voulu accorder des faveurs spéciales aux 



LES ÉLÉMENTS, LES FLA?ITE8, EtlI. 318 

rois et aui princes, il aiihiit donné à celui-ci pouvoir contre la 
posie, à celui-là coiilre le mal français, à d^autres contre la fié* 
vre, la lèpre, etc. C'aurait été pour e\\% moyen d*amasser bien 
des florins. » 

W3Ê 

Le 18 novembre l&ss» on parla de l'Inondation des rivières 
causée par des tremblements de terre qui avaient bouleversé les 
sources dans les montagnes. Le docteur Luther dit : « Le N'il 
déborde chaque années mais il dépose snr les terres de l'Egypte . 
un limon qui les fertllisci L'Elbe n'apporte que du lable, et élite 
entraîne les arbres et les maisons. Le nom de l'Elbe lui vluUtdu 
mot el/fe (onze), parce qu'elle ptOvient, dans l'origine, des eaux 
réunies de onze sources différentes. C'est un fleuve dont le cours 
est siyet à changer à cause du sable qu'il charrie. L6 Rhin, hst P6 
et le Danube sont les princi|Niux fleuves de TEurepe ) Us arrosent 
de vastes pays. » 

iot 

Le docteur Luther dit un Jour s « Il y a de grands périls sulr 
les eaux ; Satan y exerce sa tyrannie» et souvent des hommes 
très-robustes sont submergés et périisent dans des endroits où 
il y a bien peu d'eau. » -^ Il raconta à cet égard divers évétte« 
ments qui s'étaient passés à Wittemberg ; il ne faut pas tenter 
Dieu sur les eaux. Les navires que l'on construit dans les ports 
de l'Océan septentrional sont de dimension énorme; Un seul 
coûte 86,000 ducats. L'arche de Noé éult un bAtiment c&lossal { 
il avait trois cents coudées de long, cinquante de large el trente 
coudées de hauteur, ce qui semble ptadigieux el (se que l'on ne 
croirait point» si ce n'était dans l'Écriture aalnte. 

WÊ 

Le % avril 1539) une inondation de l'Elbe mit la ville de Wit« 
temberg dans un grand périU le docteur Luther dit en soupirant : 
« Gomment pouvons-nous opposer nos prières au trè8**ittste châ- 
timent que Dieu nous inflige? telles sont l'impiété, ringrâtitudp 



376 PROi>os i»e table i>ë tuanx lutuer. 

pj varice et le luxe de iiotre temps, qu'il ne f faudrait aullemeot 
!»*élouner si rsibeéuil cbaugée en un torrenl de feu el de soufre.» 

Le docteur Luther se promenant dans son jardin, dit à maître 
Lucas : « Graude est Tutilité des arbres qui sortent d'une toute 
petite graine.» H dit ensuite «qu'un bon arbre était exposé à au- 
tant d'épreuves qu'un bon chrétien, à la tempête, à la foudre, à 
la grêle, aux insectes qui sont de diverses espèces, tels que pa- 
pillons, fourmis et araignées ; cependant l'arbre croit et donne 
son fruit. » 

iAi 11 avril 1539, le docteur Luther, se promenant dans son 
jardin et considérant le feuillage des arbres, rendait grâce à 
Dieu qui rend, lorsque vient le printemps, la vie à toutes les 
créatures qui étaient frappées de mort dans l'hiver. Prions Dieu 
qu'il nous donne notre pain de chaque jour. L'olivier est l'image 
de l'Église ; il vit et Oeurit durant deux cents ans. L'huile est le 
symbole de la douceur de l'Évangile, comme le vin est celui de 
la doctrine de la loi. Le sycomore est un arbre semblable au fi« 
guier; il donne une grande abondance de fruits, mais ils né mû- 
rissent que lorsqu'ils sont fendus par le fer et arrosés d'huile. 
C'est l'image du peuple soumis à la loi, qui ne donne des fruits 
mûrs, c'est-à-dire, qui ne fait des actions agréables à Dieu, que 
lorsqu'il a été coupé, c'est*à-dire éprouvé par de nombreuses 
tribulations. Le citronnier a la propriété de porter des fruits à 
toute époque; lorsqu'ils sont mûrs, ils tombent à terre et ils sont 
remplacés par d'autres qui mûrissent à leur tour. Le citron est 
un remède assuré contre le poison de la vipère. Cet arbre et son 
fruit offrent une excellente image de Jésus-Christ et de l'Évan- 
gile, car le Seigneur substitue de nouveaux docteurs et cham- 
pions à la place de ceux qui tombent en combattant pour lui ; il 
veille à ce que la prédication de sa parole ait lieu sans interrup- 
tion, afin que sa voix soit entendue el l'héritage étemel du Fils 
de Dieu recueilli. L'Kvangile c^t aussi un contre-i>oison très- 



LES ÉLÉMENTS, LES PLANTES, ETC. 377 

efficace et très-salutaire qu'il faut opposer au venin du serpent, 
c'est-à-dire au diable, au péché et à la mort. 

Je pense que Dieu a autant à faire et à besogner lorsqu'il em- 
ploie un objet et le fait reparaître sous une nouvelle forme, que 
lorsqu'il le crée et le fait pour la première fois. Ceci fut dit au 
sujet de la fiente qui s'emploie en fumier d'où il sort de nou- 
veaux fruits, o Et je m'étonne, ajouta le docteur Luther, que les 
hommes n'aient depuis longtemps couvert de fiente le monde 
entier jusqu'au ciel. » 

Je suis surpris que Dieu ait mis dans la fiente des remèdes si 
importants et si utiles, car l'on sait par expérience que la fiente 
de truie arrête le sang, et celle de cheval sert pour la pleurésie. 
La fiente de l'homme guérit les blessures et les pustules noires ; 
la fiente d'âne, mêlée à d'autres, s'emploie dans les cas de dys- 
senterie ; la fiente de vache mêlée avec des roses est un fort 
bon remède dans Tépilepsie qui attaque les enfants. 

i< Notre Seigneur voit fort bien comme les chiens font leurs 
ordures dans tous les coins * et il a l'air de les laisser faire, 
mais quand il commence sa visite, il s'irrite sans fin et sans me- 
sure. » Le docteur Luther s'exprima ainsi au sujet de la vie dé- 
réglée, honteuse, cochonne ', que mènent de çà et de là les 
grands seigneurs, les rois, les princes, les nobles et surtout le 
pape, les cardinaux, lesévêques, les chanoines et toute la bande 
tonsurée, qui se livrent à tout geni*e d'impudicité et à d'affhîux 
péchés. 

■ Le texte allemand est plus crû : scluimen^piissen, 
' SaUifchen. 

Mm 



S3. 



378 PBOfOS 0K TABtK UK MâAT» LUTUft. 

VISIOKS, COXRAISSAXÇB HB jésVB-€IIBI8T, BTC* 

Une jeuoc fille de Wittemberg, étant malade, eut une vision 
comme si Jéstts-Chrisl se présentait ài ses regards sous un aspect 
imposant et plein de beauté. Elle lui adressa des prières fer* 
▼entes, car elle nlmagina pas que ce pût être un autre que Je- 
sQS-ChHst. On s^empressa d*envoyer un exprès au cloître, afin 
de donner avis de cela au docteur Luther; il se rendit auprès de 
la Jeune fille et il lui dit, après avoir vu la vision, que pareilles 
Apparitions étaient souvent un effet de Timposture du diable et 
qu^elle devait se tenir en garde contre les ruses de Satan. Alors 
elle se mit en prières, et, élevant les yeux, elle vit la figure du 
Sauveur se changer aussitôt en un gros serpent qui sauta sur la 
jeune Aile dans son lit et la mordit à Toreille, de sorte quMl 
coula plusieurs gouttes de sang. Le serpent disparut ensuite. 
C*est ce que le docteur Luther a vu de ses yeux, ainsi que beau- 
coup d'autres personnes. 

Jésus-€brist s'est montré visiblement sur la terre et il a mani- 
festé sa gloire, et, conformément à la détermination préalable 
de Dieu, il a accompli Tœuvre de la rédemption du genre Ira- 
main. Je ne désire pas qu'il se montre une seconde ftns de la 
mène manière, ni je ne souhaite qu'il m'envoie un ange. D'ail- 
leurs, un ange descendrait^il du ciel vers moi, il n'ajouterait 
rien 4 ma foi, car j'ai U promesse et le sceau de Jésus-Christ 
notre Sauveur; je suis en possession de sa parole et de ses sa- 
crements ; je m'en repose sur pareilles assurances et je ne ré- 
clame pas une nouvelle révélation. Afin de me confirmer plus 
résolument dans cette détermination de m'en tenir è la seule 
parole de Dieu, je vous raconterai ce qui m'est arrivé dernière- 
ment. Le jour du vendredi-saint, j'étais dans ma chambre, livré 
à une oraison fervente, et je eontemptols en mon esprit comment 
Jésus-Christ fut attaché sur la croix et comment il sonllHt et 
mourut pour nos péchés : il ap|Mirut soudain sur le mur une 
image brillante de Jésus-Christ percé de cinq plaies, e^ raç r^ 



VISIONS, CONNAISSANCE D£ J^SUS-GHRIST, IkTC. 379 

gardant fixement comme 8i c'eût été le SauTear Un-mème eu 
présence corporelle. Au premier «aspect, je pensai que c*était 
quelque révélation céleste, mais je réfléchis ensuite qu^assnré- 
ment c'était une illusion et une ruse du diable, car Jésus-Christ 
nous a apparu dans sa parole et sous une forme beaucoup plus 
humble et plus vile. J'adressai donc la parole à la vision en ces 
termes : « Fuis, diable réprouvé i je ne connais d'autre Christ 
que celui qui a été crucifié et qui s'est retracé et présenté à moi 
dans sa parole. » Alors l'image disparut, montrant évidemm^nl 
de qui elle était l'ouvrage *. 

En 1521 , lorsque je partis de Worms et non loin d'fiiseuach , 
je fus fait prisonnier. Je fus logé dans le château de Wartbourg, 
qui fut mon Ile de Pathmos, relégué dans une chambre, loin de 
tous les hommes, et personne ne pouvait avoir accès jusqu'à moi, 
si ce n'est deux jeunes garçons qui, deux fois par jour, m'appor- 
taient à boire et à manger. Entre autres choses, ils m'appor- 
tèreatdes noisettes que je mis dans* une botte, et parfois je 
m'occupais de les briser et de les manger. Durant la nuit, le 
diable vint ; il ftortit les noisettes de la botte <st il les cassa contre 
un des pieds de mon Ht, faisant ainsi un gralnl fracas $ mais je 
n'y fis aucune attention, et je commen^isà n'endormir lorsqn'il 
lit, sur les escaliers, un affrenx vacarme, comme si une foute de 
barriques Vides dégringolaient pèle*mèle. H savmis qm T^escatter 
éuii barré par de tories grilles en fer. de imrtt quil É'| avait 
de passage ni en haut ni en bus ; je m« levai cependant, et j'al- 
lai voir ce qui en était ; mais trouvant la porte bien fonméG^ je dis * 
« Tu es là ; eh bien ! restefr-y : je me conâe en Iésiis49irisl, mon 
Seigneur et Sauveur, dont il est écrit : Tu as soumis toutes 
choses à. ses pieds » ; et je me recouchai. 

• L^iieur anglais qui a donné, tn i^H, nft extt>afl tort in»AlR«aM des 
Prt^s de takle, cherche à éUMir (pag€ iiÈ) qve mM» vHftoa M rétiks 
qu'elle fut l'œuvre du diable el que le malin esprit s'enfUit A la voix 
de Luther. 

3Si 



580 FROPOS UË TABLK OE MARTIN LUTIUR. 

Moi, le tloclcur Luther, je ne veux rien savoir d*un autri; nii;u que 
(le celui qui a été attaché surla croix, c'est -à-dire Jésus-Christ, 
le (ils de Dieu et de la vierge Marie. Si Jésus-Christ n'était pas 
Bien, il n'y aurait assurément pas de Bieu. Je ne crois point à 
un autre Dieu, bien qu'aucune religion ne semble plus insensée 
que celle du Christ i. Que Jésus-Christ soit Dieu et homme 
tout ensemble, c'est contre toute raison. Mais je rends gr&ce à 
la connaissance que j'ai de ce mystère ; il n'est pas écrit que je 
doive le comprendre ou que je ne doive croire que ce que saisira 
ma raison. Ici il ne s'agit pas de disputer. Disputer trouble l'al- 
légresse et donne motif que l'on commence à douter. Ce qui 
m'irrite si fort contre Erasme, c'est qu'il met en doute des 
choses qui doivent être pour nous des sources de la plus grande 
joie. Celui qui prend conseil de la raison ne pourra jamais avoir 
une foi sincère dans les bases de notre croyance. 



Dans les grandes luttes et combats que j'ai eu à soutenir avec 
le diable, j'ai appris de l'Écriture sainte* et je suis assuré que 
Jésus-Christ, vrai Dieu par nature, est aussi un homme; et non- 
seulement je crois, mais encore j'ai éprouvé de diverses façons 
que cet article de la foi est sincère et certain. C'est à lui que j'ai 
eu recours dans mes plus rudes épreuves, et c'est ainsi que j'ai 
éprouvé de la consolation et que j'ai repoussé le diable. Dieu a 
fort et ferme maintenu cette vérité; il l'a soutenue puissamment 
contre les hérétiques, le pape, le Turc, et il l'a appuyée de beau- 
coup de signes merveilleux. Toute la sagesse du monde n'est 
qu'enfantillage auprès de la connaissance de Jésus-Christ. 

mi 

Jésus-Christ a dû, à Nazareth, aider son père à construire des 
maisons *. Que penseront au dernier jour les habitants de Naza- 

* Wiewohl keine religion narrischer scheinl deiut der Chrisieu. 

* Les évangiles apocryphes racontent divers miracles que fit Jésus 
pour aider sou père dans sa profession de charpenlieri des pièces de bois 



VISIONS, CONNAISSANCE DE JÉStS-CURIST, ETC. 381 

reth, lorsqu'ils verront Jésus-Christ et qu'ils lui diront : k Sei- 
gneur, ne m'as-tu pas aidé à construire ma maison ? D'où vient 
donc que lu es élevé à une telle gloire ? » 

Lorsque Jésus-Christ est né, il a pleuré et crié comme un 
autre enfant ; Marie a dû le soigner et veiller sur lui, Fallaiter, 
lui donner à manger, l'essuyer, le tenir, le porter, le coucher, 
etc., tout comme une mère fait pour son enfant. Ensuite il a été 
soumis à ses parents ; il leur a souvent porté du pain, de la bois- 
son et autres objets. Marie lui aura dit : « Mon petit Jésus, où 
as-tu été ? ne peux-tu donc pas rester tranquille ? » Et, lorsqu'il 
aura grandi, il aura aidé Joseph dans son état de charpentier. 

On a écrit qu'il y avait eu un pieux évèque qui avait souvent 
demandé à Dieu avec ferveur de lui révéler ce que Jésus-Christ 
avait fait dans sa jeunesse. Cet évèque eût un songe, et il lui 
sembla qu'il voyait un charpentier occupé des travaux de sa 
profession, et, près de lui, il y avait un jeune garçon qui ramas- 
sait les copeaux de bois tombés par terre. Puis, il vint une jeune 
femme en robe verte qui les appela tous deux, leur disant de 
venir" dtner, et elle leur apporta un pot de bouillie. L'évèque, 
pendant ce temps, se tenait derrière la porte et les observait. 
Et l'enfant se mit à dire : a Que fait cet homme qui est Ift? est-ce 
qu'il ne viendra pas manger avec nous ? » L'évèque fut si épou- 
vanté de se voir ainsi interpellé, qu'il se frappa avec force la tète 
contre le chevet de son lit, et il se réveilla. 

8'aIIongeaient^ se raccourcissaient, s'étendaient à sa voix. Voir VÉvan- 
gilt de Thomas VlsraéUle^ cbap. xiii (p. 30S du Codex apocryphus de 
C. Thilo, Leipzick, 1832) et (p. 113) le chap. xxxix de V Evangile de itw 
fonce, 

>::4 



M nioros ub table i»e mautik lutiier. 

J*ai grand plaisir lorsque, à Téglise, on cbanle bien fort, avec 
lenteur el harmonie, ces paroles : Et homo fariai est. Ce sont 
des roots que le diable ne peut entendre ; il lui faut alors s'eil^ 
fuir à bien des milles de là; il sait bien ce que renferme cette 
sentence. 

Quand nous lisons que Judas s'est peudu lui-même, que son 
ventre a crevé el que ses intestins sont tombés, nous devons 
lienser qu*il y a là 4ine allégorie et un mystère. Le ventre de 
Judas signifie toute la nation juive» qui devait également tomber 
et choir par terre, si bien qu'il n'en restât rien. Quand nous 
voyons que les intestins du traUre se sont répandus, cela mon- 
trait que les enfiints des Juifs, leur race et leur postérité la plus 
reculée devaient partager leur sort. 

Quelqu'un dil à table que les éclipses n'avaient nul effet ni 
résultat, mais que, depuis une époque fort éloignée, on préten- 
dait qu'elles annonçaient la mort d'un roi ou d'un grand person- 
nage. Le docteur Luther dit : « Les écli[»ses n'auront bientôt 
aucun résultat, jé pense que notre Seigneur Dieu se montrera 
bientit et qu'il fera comparaître le monde au jugement dernier, 
ainsi que je Tal vu récemment en songe ; car m'étant , après 
midi, disposé pour dormir, j^ai fait uii rêve qui m'annonçait que le 
jugemept dernier surviendrait le jour de la fête de la conversion 
de saint Paul.» 

301 

Le docteur Luther, tenant en sa main un Pater noster < d'a- 
gate blanche, dit : « Plût à Dieu que le dernier jour vint bien- 
tôt î J'àvàleirais ce Pàter noster {>oùr que ce fût demain. » 

' Un chapelet. 

9m 



Le docteur Luther dit un jour que TEsprii saint étâtt la certi- 
tude absolue dans le monde, nous donnant une telle assurance 
en la parole de Dieu , que lious croyons fermement et sans hési- 
tation qu*il en est comme Tannonce la parole divine et non au- 
trement. L*Esprit saint est seul capable de dire que lésus-Christ 
est Dieu; il enseigne, prêche et déclare Jésus-Christ. L*Esprit 
saint va ie premier et devant, dans ce qui eonceme renseigne, 
ment ; mais quant à ce qui regarde raudition, la parole va la pre- 
mière, et TEsprit saint la suit. Car nous devons d*abord entendre 
ïa parole, et ensuite TEsprit saint opère en nos cœurs. Il opère 
dans les cœurs de qui il veut et quand il lui platt. L'Esprit saint 
n*o|ière pas sans la parole. Le Sauveur a prononcé la plus terrible 
des dénonciations contre ceux qui lui résisteront et qui péche- 
ront contre lui *. 

9l!i 

MS9 LITRB9 DE LVTHKE , SA MORT. 

Rien ne comblerait davantage mes vœux que de savoir que les 
ouvrages sortis de ma plume sont destinés à être oubliés et re- 
jetés de tout le monde, et même que leur sort est de périr com- 
plètement *. La principale raison qui me détermine à penser 

* Il serait déplacé de rechercher Ici quel est ce péché contre le Saint- 
Esprit au sujet duquel on a tellement discuté et qui paraît purement in- 
tellectuel. Voir une dissertation du bénédictin allemand MarUnGert>ert, 
impriinée eo t?6ï t Depeceato In SpMtwn sancinm in hac et in ùitera 
vUa irremissibUL 

' Les vœux du grand réformateur ont été loin de s'accooipUr; les nom- 
breux écrits de Luther ne cessent de se réimprimer en Allemagne : son 
Catéchisme- et sa traduction de la Bible y sont sans cesse reproduits sous 
tontes les formes; en ce monéni (décembre 1843) il vient de parattre le 
tome Iw éa commentaire latin sur l'Bpttre aux Galatet<Brlaiigen, euravit 
Or. J. G. Irmiseber), et le ts« volume d'une réimpreseion attenande des 
œuvres {SammtUche werke), ln-6o, publiée également à Erlangen, sous la 
direction du même éditeur. Db chanoine de Ratisbonne, Westermayer, 
vient de donner un écrit sur Luther et le célibat catholique ; Bretschnei- 
der a fait paraître ie tome XI, in -40, de son Corpus Heformatoritm ; H e^i 
consacré i Mélanehion ; E. von Bmnnow a terminé trois volumes sur 
Ulrich de Hutten ; Baum ft llerzog ont choisi, l'un Théodore de Bèze et 



384 raOHM DE TAM«E DK MAftT» LDTIIRft. 

ainsi, c'est que je vois quelles suites Acheuses résiilleni depuis 
longtemps de la trop grande ronlUpiiGité des livres. On a entassé, 
sans discernement, de grandes bibliothèqaes, et d*abord il s^en 
est suivi une honteuse perte d*nn trésor hien précieux, le teni|Ks 
ensuite Fétudedes saintes Ecritures a été abandonnée, et de plus 
ce qu*OB ne peut énoncer sans répandre des larmes, la connais- 
sance pure et sincère de la parole divine a été presque entière- 
ment anéantie, et la Bible, qui devrait être jour et nuit dans les 
mains de tous les fidèles, gisait complètement oubliée et cou- 
verte de poussière. Lorsque j^entrepris de traduire la Bible en 
allemand, c'était dans Fespoir et la pensée qu'il s'ensuivrait la 
cessation de cette habitude d'écrire sans cesse des livres nou- 
veaux. Je comptais aussi que l'étude et la méditation des livres 
raints feraient de rapides progrès parmi les perscmnes pieuses. 
Jamais nous ne pourrons égaler, dans nos écrits, les livres saints 
qui ont été inspirés de Dieu. Il nous faut laisser à la place d'hon- 
neur les prophètes et les apôtres, et nous tenir humblement à 
liMirs pieds, a6n d'écouter ce qu'ils disent et ce qu'ils enseignent. 
Je désire vivement que ceux qui voudront posséder mes livres 
et s'en servir durant ré|X)que orageuse où nous nous trouvons, 
n'y consacrent aucun instant qu'ils auraient employé à l'étude et 
à la lecture de l'Écriture sainte ; voilà ce qui doit être leur oc- 
cupation continuelle. 

L'an 1546, le 16 février, le docteur Luther, étant à Eisleben, 
dit : « Lorsque je retournerai à Wittemberg, ^e serai mis dans 
nn cercueil et je donnerai aux vers un gros Luther à manger. » 
— Kt c'est ce qui arriva, car, deux jours après, il mourut à Eisie- 

Pautre Calfin pour «ojets de leurs recherches ; enfin trois nouvelles Vies 
de Luther, sorties de la plume de Genthe (Leipilg, in-8«X de Mathesius 
(Stuttgart, io->8o), de Meuxer (Dresde, in-s»), sont venues s'ajouter i des 
biographies déjA innombrables. Tant d'écrits enfantés dans l'espace de 
quelques mois démontrent combien l'étude des premiers moments de la 
réforme continue de préoccuper les esprits de l'autre côté du Rhin. Kous 
ne parlons pas des nombreux romans historiques dont Luther est le héros; 
il vient d'en paraître un tout récemment à Grimma, en 3 vol. in-i2. fin 
français, M. Barginet en avait donné un autre (i83i, 2 vol. in-8o). 



DES LIVRES DE LUTHER, SA MORT. 5W3 

bpii * ; trois heures avant sa mort, il dcnian<1a une plume, de 
r«ncre ei du papier, et il écrivit ces mots : 

Peslis ersm vlvens, moriens ero mors tua, papa. 

' La maladie â laquelle loccomba Luther fui courte ; ce fut une vie- 
lente ioflamraalion d'entraiUea. Sea adveraairea répandirent le bruit que le 
diable l'avait emporté. « Estant arrivé â lalebe, le dix-septième de Teb- 
vrier, ayant soupe, se retira en sa chambre avec sa moniale de telle houre 
que Jamais n'en sortit vif. Aulcuns disent qu'en se levant pour secourir 
nature, il tomba mort. » (Taillepled, Vie de iMther, p. 15.) 



FIN. 



i) 



TABLK 

DES PRINCIPAUX PERS0NNA6IS8 

BT 
I>ES PRINCIPAUX OBJETS MENTIONNÉS DANS IfeS Pk0i»05 Dfe LlitfiÈjl. 



Abélistes, 336. 

Accoucbement, 254. 

yidam et Eve, p. 8, 163-165. 

Âdamistes, 84. 

Adultère, 91, 95,340. 

Alchimie, 165. 

Alexandre VI (pape), 115. 

Anabaptistes, 318 et suiv. 

Anges, 380 et suiv. 

Antéchrist, 109-113. 119. 

Apologues, 60,353. 

Atuiote, 369. 

j4riu*j 333. 

Astrologie, 362. 

Augustin (Saint), 171. 

Aumône, 197. 

Balaatn, 335. 

Baptême, 250 et suiv. 

Bernard (Saint), 172. 

Bible, 168-170. 

Bueer (Martin), 120. 

CàtheHne Bora (femme de Luther), 11) Tl, M| M| 119, i 

Cène, 250 et suiv. 

Christophe (Saint), 273. 

Cieirony 369. 

aément VU (pape), U5, J52. 

Cochlmus, 158. 

Ckïlère, 307. 

Comètes, 238. 



3H8 TABLE DES rUNCIPAUX PERSONNAGES, ETC. 

Conçu biuage, 82. 

Coules facétieux, 53 et suiv. 

CôperniCt 965. 

Crapauds, i2(. 

Crimes, i30 et suiv. 

Cygne, 175. 

David, 166. 

DécréUles, 136, 154. 

Diable, il et suiv. , S54, 379. 

Diète de Worms, 155-159. 

/)ona (André), 242. 

ïfck (Jean), 157, 316. 

Écriture sainte, 283 et suiv. 

Enfants, 198, 201, 206, 207. 

Erasme, 343 et suiv. 

Eunuques, 56, 87. 

Excommunication, 192. 

Femmes. 204, 210, 215, 218. 

Fiente, 877. 

François /•', 305. 

Gale, 221. 

Georges (duc de Saxe), 23, 121, 144. 

Guerre, 243 et suiv. 

HsnH FUI (roi d'Angleterre), 180. 

Uuss (J«an), 150. 

Hypocondrie, 314. 

Idole de Moloch, 138. 

Ivrognerie, 159. 

Jean XXili (pape), 117. 

Jérôme (Saint), 171. 

Jonas, 167. 

Judas Iseariote, 382. 

Judith, 168. 

Jugement dernier, 274 et suiv., 883 

Juifs, 70 et suiv., 362, 382. 

Jules II (pape), 81, 114. 

Justification, 260. 

Langue hébraïque, 296. 

Légistes, 354-357. 

Légendes, 271. 

lemnius, 327. 



TABLE DES PHINCirALX rËnS>ONACES, ETC. 589 

Lucain, 368. 

Maladies, 219 et suiv. 

Mariage, 76 et suiv., 217. 

Maximilien (empereur), 39, 2i9. 

Médecins, 221. 

Milanchton, 164, 349. 

Morus (Thomas). 

Monstres, 227. 

Mouches, 172. 

AIunzeTy 331 . ^ 

Musique, 39, 212, 367. 

Oraison dominicale, 259, 162. 

Ovide, 368. 

Pape, 101 et suiv., 371 et pauim 

Papesse Jeanne, 116. 

Paradis terrestre, 160 et suiv. 

Pauj /y/ (pape), 118. 

Péché origine], 258. 

Persécution, 305. 

Philippe, landgrave de Hesse, 99, 177| 187-189 

Polygamie, 85, 97. 

Poêtel (Guillaume). 323. 

Prédication, 193-196. 

Prierias (maître du sacré palais), 309. 

Prudence, 171. 

Pythonissed'Endor, 38. 

Reliques, UO, 143. 

Sadolet, 182. 

Salomon, 85, 167, 191. 

Salut des gentils, 369. 

Schmidi (évêque de Vienne), 337. 

Schwinckfsld, 341. 

Secret de la confession, 257. 

Sermon sur le mariage, 76, 217. • 

Somnambules, 48; 

Songes, 366, 381. 

Sorbonne, 145. 

Sorcières, 32-35, 51-53. 

Succubes, 27. 

Suicide. 26, 2il. 

Tentations, 300 et suiv, 



500 TAiLE lies rilL^GirAliX l>ERt>0}f,%AGfi6 , Kld. 

Têtxêi, 349. 

Tobiê, 168. 

Turcs, 60-70, 111. 

Ustirie», 358. 

Vampires, i6. 

f^irgiie, 868. 

Visions, 373 et suiv. 

Viol, 857. 

Vol, 888. 

Zwingh, 880, 370. 



FIN Iȣ LA TA8Li. 



ûft- 



JAN 15 laatj